dimanche 25 octobre 2015

Les velléités de conversion




Il est bien vrai que, communément et en règle générale, c’est par la crainte du châtiment que les serviteurs du monde commencent de se sonvertir. Les tribulations de cette vie font souvent qu’ils deviennent à charge à eux-mêmes, et ils commencent ainsi à se détacher du monde. S’ils soumettent cette crainte à la lumière de la foi, elle les conduira à l’amour de la vertu. Mais il en est qui avancent avec tant de tiédeur, que maintes fois, à peine arrivés à la rive, ils se rejettent dans le fleuve. Viennent alors à souffler des vents contraires, ils sont à nouveau roulés par les flots, ballotés par les tempêtes de cette vie ténébreuse.

Est-ce un souffle de prospérité qui passe avant que, par leur négligence, ils n’aient gravi le premier degré, avec le sentiment de l’amour et de la vertu, les voilà qui regardent en arrière, les voilà repris par l’amour désordonné des plaisirs du monde ! Mais c’est le vent de l’adversité qui souffle : c’est leur impatience alors qui les détourne de la rive. C’est que, ce n’est pas vraiment la faute qu’ils ont commise, ce n’est pas l’offense qu’ils m’ont faite qu’ils détestent et qu’ils veulent éviter. Ce qui les a ébranlés et soulevés, c’est uniquement la crainte du châtiment réservé au péché.

(...)

Parfois, en effet, le démon essaye de déprécier ce premier effort et d’en inspirer de la confusion. "Ce bien que tu a entrepris, insinue-t-il, qu’est-ce que cela, auprès de tes péchés, auprès de tes fautes ?" Il en agit ainsi pour les ramener en arrière et pour qu’ils renoncent au peu de bien qu’ils ont commencé de faire ! D’autres fois, il les provoque à s’abandonner en toute confiance à ma miséricorde. "Pourquoi tant de fatigues ? leur souffle-t-il : jouis de cette vie ; au moment de la mort il sera toujours temps de te reconnaître et d’obtenir ton pardon." Par ce moyen, le démon leur fait perdre la crainte qui les avait portés à commencer.