jeudi 22 octobre 2015

Le rôle des démons





Fille très chère, le démon est devenu l’exécuteur de ma justice, pour tourmenter les âmes qui m’ont misérablement offensé. En cette vie, je l’ai placé pour tenter, pour provoquer mes créatures, non pour que mes créatures soient vaincues, mais pour qu’elles triomphent de lui et reçoivent de moi la gloire de la victoire après avoir fourni la preuve de leur vertu. Personne ne doit avoir peur d’aucune bataille, d’aucun assaut du démon, parce que j’ai fait de tous des forts. Je leur ai donné une volonté intrépide, en la trempant dans le sang de mon Fils. Cette volonté, ni démon, ni aucune puissance créée ne la peut ébranler. Elle est à vous, uniquement à vous : c’est Moi qui vous l’ai donnée avec le libre arbitre. C’est donc à vous qu’il appartient d’en disposer, par votre libre arbitre, et de la retenir ou de lui lâcher la bride suivant qu’il vous plaît. La volonté, voilà l’arme que vous livrez vous-même aux mains du démon : elle est vraiment le couteau avec lequel il vous frappe, avec lequel il vous tue. Mais si l’homme ne livre pas au démon ce glaive de la volonté, je veux dire, s’il ne consent pas aux tentations, à ses provocations, jamais aucune tentation ne pourra le blesser et le rendre coupable de péché : elle le fortifiera au contraire, en éclairant son intelligence sur ma charité et en lui faisant comprendre que c’est par amour que je vous laisse tenter, pour vous faire aimer et pratiquer la vertu. Car l’on en vient à aimer la vertu que par la connaissance que l’on prend de soi-même et de moi. Et cette connaissance, c’est surtout dans le temps de la connaissance qu’elle s’acquiert. C’est alos que l’homme apprend bien qu’il n’est pas l’être même, puisqu’il ne peut faire disparaître des ennuis et des embarras qu’il souhaiterait pourtant d’éviter ; et il me connaît aussi Moi dans sa volonté, que ma Bonté rend assez forte pour ne pas consentir à ces pensées. Il voit bien que c’est ma charité qui en dispose ainsi : car le démon est faible ; il ne peut rien par lui-même, sinon qu’autant que je le lui permets. Et moi, c’est par amour que je vous laisse tenter et non par haine, pour votre triomphe, non pour votre défaite ; c’est pour que vous parveniez à la parfaite connaissance de vous-même et de moi ; c’est pour que votre vertu fasse ses preuves, et elle ne peut être éprouvée que par son contraire.

Tu vois donc bien que les démons sont à mon service pour tourmenter les damnés de l’enfer, et en cette vie pour exercer et procurer la vertu dans les âmes. Non que l’intention du démon soit de promouvoir votre vertu, car il n’a pas la charité et il ne veut que vous la faire perdre ; mais cela il ne le peut, si vous ne le voulez pas. Quelle étrange nature que l’homme, qui se fait lui-même débile, quand moi-même je l’avais fait si fort, et qui se livre ainsi aux mains des démons !