mardi 1 septembre 2015

Que disent les saints du petit nombre des élus ?



L'abbé Godts dans son livre Que disent les saints du petit nombre des élus ? montre que l'opinion commune de l'Eglise et des saints de tous les temps est que même parmi les chrétiens baptisés, les élus sont en très petit nombre. Les affirmations ci-dessous ne sont pas à lire si l'on est scrupuleux. Si quelqu'un a la volonté droite de faire ce que Dieu veut, d'être un saint, il n'a pas à s'inquiéter. Il doit s'abandonner avec confiance à la miséricorde divine. 

Les citations ci-dessous sont réservés à ceux qui vivent en état de péché mortel, qui le savent et qui s'en réjouissent ou s'en moquent. Même parmi les chrétiens et même parmi les traditionalistes, ces personnes sont nombreuses. Ces citations sont aussi destinées aux non scrupuleux qui veulent stimuler leur piété en priant pour les pécheurs. Beaucoup d'âmes vont en enfer parce que personne ne prie et se sacrifie pour elles.

Saint Alphonse de Liguori, Instruction Pratique pour les Confesseurs.
 "On doit savoir aussi que parmi les fidèles défunts, beaucoup sont damnés
 Chapitre V Du second principe, premier point du Blasphème, tome 1, p.276, ce passage se trouve dans la Lettre réponse à la lettre apologétique écrite pour la défense de la dissertation sur l'abus de maudire les morts, Oeuvres Complètes, tome 23, édition Parents-Desbarres éditeur, Paris.

Vénérable Janvier-Marie Sarnelli, c.s.s.r. p.54. (+1744) ami de saint Alphonse de Liguori :
«La plus grande partie des fidèles se damne. »


Saint Léonard de Port Maurice (+1751)    p.51
Deux éminents cardinaux, Cajetan et Bellarmin, appuyés sur le savant Jean d'Avila, se prononcent d'un commun accord contre le sentiment des libertins et déclarent ouvertement que selon eux, la majeure partie des chrétiens adultes se damnent. 
Suarez, après avoir consulté toutes les autorités, après avoir tout pesé, a écrit ces mots: "le sentiment le plus commun tient que, parmi les chrétiens, il y a plus de réprouvés que d'élus." Communior sententia tenet ex christianis plures esse reprobos quam praedestinatos."


Saint Vincent Ferrier (+1419) 

Ce très grand prédicateur interroge  ainsi ses auditeurs : « Comment le Christ  peut-il dire  que les élus sont peu nombreux  alors qu’ils sont innombrables selon l’apôtre Jean dans l’apocalypse ?   Et il répond ainsi : « On peut faire concorder ces deux textes au moyen d’une distinction,   parce que des élus nous pouvons parler de deux façons :  absolument parlant  ou en les comparant à autrui. Si on parle d’eux  dans l’absolu,  ils sont nombreux, comme le dit Jean. Mais si nous voulons parler des élus en les comparant aux damnés, ils sont peu nombreux comparativement à ces derniers. Ainsi en est-il des grains de sable que l’on tient dans la main. On peut dire qu’il y en a beaucoup si la main en est pleine. Mais ils sont en petit nombre si on les compare à ceux qui sont sur la grève. Ainsi le genre humain est comparé au sable pour la multitude,  comme il appert de la promesse de Dieu faite à Abraham : Je multiplierai ta descendance comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer qui se trouve sur le rivage.  Dieu s’en emplit la main, car les âmes des justes sont dans la main de Dieu lesquelles, prises absolument parlant, sont innombrables comme le dit saint Jean. Mais en comparaison des damnés  elles ne sont presque rien.

Le Seigneur a dit « Entrez par la porte étroite  parce qu’elle est la large la porte et spacieuse la voie  qui conduit  à la perdition. Elle est étroite et resserrée celle qui conduit à la vie, et peu la trouvent. Ils sont encore moins nombreux ceux qui la conservent une fois trouvée. Ils sont très peu nombreux  ceux  qui se rendent jusqu’au bout.  Chacun veut marcher selon son bon plaisir.  La porte étroite du paradis est la volonté de Dieu. C’est à son observance que doit se contraindre celui qui veut entrer dans  le ciel.  La porte large est la volonté propre. La voie resserrée qui mène à la vie  est la souffrance acceptée en expiation du péché. La voie spacieuse de l’enfer  est la conversation mondaine, le bien manger, le bien boire, la luxure, la délectation malsaine, la vengeance des injures etc.. »
Ensuite ce saint très éloquent résout ainsi l’objection  habituelle tirée de la miséricorde divine. « Comme chaque chose agit naturellement selon sa vertu, étant par nature d’une miséricorde infinie, Dieu  doit sauver un nombre infini d’âmes. Comment donc peut-on dire qu’il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus,  alors que les élus devraient être en nombre infini ? »  En réponse, on doit noter que Dieu est infini dans sa bonté, sa piété et sa miséricorde, et qu’Il a tout fait ce qu’Il pouvait et devait faire, d’une façon même infinie, pour que tous soient sauvés. Pourquoi donc tous ne se sauvent pas ? Parce que tous ne veulent pas être sauvés.  Je dirais même plus :  peu nombreux sont ceux qui veulent recevoir le salut.  Notez  la ressemblance qu’il y a avec ce que le roi a fait récemment  pour le rapatriement  des captifs. Il a déboursé une somme considérable  pour le rachat de ceux qui étaient en barbarie. Il a mis à leur disposition des navires et des galères  pour leur faciliter le retour  à la patrie. Mais il ne voulurent pas s’en retourner.  Le Seigneur Jésus a payé très abondamment le prix de la rédemption  des humains, même au cas où ils seraient infinis en nombre, et nous a préparés les navires de l’innocence baptismale,  de la pénitence sacramentelle,  et de l’obéissance en tout.  Mais les gens ne veulent pas sortir de la captivité, comme les Juifs n’ont pas voulu sortir de la prison  de Moïse, ni les Agariens de la prison de Mahomet,  ni les orgueilleux de la prison de l’orgueil,  et ainsi de suite pour les autres . » 


Saint Jean Chrysostome , docteur de l’Eglise, 407

Ce saint docteur à la bouche d’or nous a révélé sa pensée dans la célèbre homélie vingt-quatrième sur les actes des apôtres, homélie qu’il a prononcée devant les fidèles de l’église d’Antioche : " Je dis cela, non parce que je hais la multitude que vous formez, mais parce que je voudrais que tous soient éprouvés et que vous ne vous fiiez pas en la multitude. Il y a beaucoup de gens qui tombent dans la géhenne. Combien pensez-vous qu’il y a de nos concitoyens qui obtiendront le salut? Stupéfiant est ce je vais vous dire, mais je le dirai quand même . Parmi tant de milliers,-- (Cornelius a Lapide dit en note que la ville d’Antioche comptait au moins cent mille habitants)-- il n’y en a pas cent qui parviendront au salut. Je doute même qu’il y en ait tant ! Quelle débauche chez les adolescents ! Quelle perversité chez les plus âgés ! "

Ce jugement si notoire du saint docteur a suscité la réaction de certains théologiens, telle celle de l’auteur de la théologie à l’usage du séminaire de Mechline : "C’est de l’enflure verbale. Il ne faut pas prendre ces mots à la lettre. Il s’agit d’une condamnation conditionnelle : s’ils fréquentent les spectacles dégradants, s’ils recherchent les voluptés, les vices… " Il y a d’autres homélies de saint Jean Chrysostome sur les Actes des Apôtres dont l’authenticité, il est vrai, est contestée à cause de la pauvreté du style et de certaines contradictions apparentes. Mais les Bénédictins les reconnaissent comme étant bien de notre auteur. Il faut se rappeler, en outre, que nous avons, il n’y a pas si longtemps, entendu le vénérable Claude de la Colombière déclarer : " Je m’étonne que de cent mille il y en ait trois de sauvés ".

Le même Chrysostome prêche ailleurs ainsi à ses prêtres : " Ce sont eux que je déplore, c’est à cause d’eux que je pleure, quand il me vient à la pensée la grande quantité de ceux qui se perdent parmi les baptisés. Quelle séparation devrais-je faire entre les frères pour les réduire au petit nombre de ceux qui obtiennent le salut, afin que la plus grande partie du corps de l’Eglise ressemble à un corps mort et immobile ? En quoi cela nous concerne-t-il, dira quelqu’un. Cela vous concerne extrêmement vous qui ne vous souciez pas d’eux, qui ne les exhortez pas, qui ne les aidez pas de vos conseils, qui ne les secourez pas dans leurs besoins, qui ne les traînez pas par la force, et qui ne vous détournez pas de cette si grande négligence. Le Christ nous montre que nous ne devons pas nous soucier uniquement de nos intérêts mais aussi de ceux d’autrui, quand il nous compare au sel et au levain et à la lumière ".