vendredi 11 septembre 2015

La préface du Père Antoine de Morgon (article revu et augmenté)



Article initialement écrit le 11 septembre 2015. 
Ce matin du 12 septembre, prise de doutes sur le bien fondé de l'accusation que je lançais contre le Père Antoine, j'ai consulté les différents sens des mots "issu de" dans plusieurs dictionnaires de la langue française. Les dictionnaires me donnent tous raison. Je publie donc à la suite de cet article, en note, ce qu'ils disent. A partir de leurs définitions, on voit que lorsqu'on parle d'une famille, issu de signifie toujours la génération, stricto sensu. Il est donc impossible théologiquement de dire que Jésus est issu de la Sainte Famille.

La préface du livre de François-Xavier Péron sur le Pape François, rédigée par le Père gardien de Morgon se termine ainsi (le passage problématique a été mis en caractères gras soulignés par Avec l'Immaculée):


Que la Sainte Famille, dont notre Sauveur trois fois Saint est issu intercède auprès de la sainte Trinité afin que soient promues à nouveau dans l’Eglise les vraies valeurs catholiques de la famille pour que refleurisse aux quatre coins du monde la Sainteté chrétienne et qu’enfin soit définitivement renouvelée la face de la Terre comme nous le récitons dans le « Veni Sancte Spiritus » !

Fr. Antoine de Fleurance O.F.M Cap.
Père Gardien du Couvent Saint-François de Morgon

Commentaire d'Avec l'Immaculée :

Il est entièrement faux d'écrire que notre Sauveur est issu de la Sainte Famille, à moins que pour le Père Antoine, Notre Sauveur ne soit pas Notre-Seigneur Jésus-Christ mais quelqu'un d'autre. Cette expression ne peut se comprendre d'une façon catholique. En effet, Jésus n'a pas été conçu de façon naturelle, mais par l'opération du Saint Esprit, troisième personne de la Sainte Trinité. Saint Joseph est vierge et la Très Sainte Vierge Marie aussi. Le Saint-Esprit l'a prise sous son ombre et a conçu en elle Jésus-Christ, Dieu fait homme. 

Saint Joseph est le père nourricier de Jésus mais n'est intervenu en rien dans sa conception. Jésus peut donc être considéré à raison comme étant issu de la Sainte Vierge Marie car il a été formé de la chair de Marie et le sang de sa sainte Mère coule en ses veines... mais par contre, il ne peut absolument pas être considéré comme étant "issu de la Sainte Famille". 

Une famille comporte en effet au minimum deux personnes. Si l'expression "notre Sauveur, issu de la Sainte Famille" était vraie, cela impliquerait que Jésus est issu de Saint Joseph et de la Sainte Vierge ! Saint Joseph serait donc celui qui a conçu Jésus, ce qui est faux et blasphématoire. Jésus a été conçu par le Saint-Esprit, voilà ce que nous enseigne la foi catholique. Il y a en lui une seule personne divine et deux natures : la nature humaine et la nature divine, unies "sans confusion ni changement, sans division ni séparation"  en sa personne adorable (cf. Concile de Chalcédoine en 451): c'est le mystère de l'union hypostatique. Jésus est pleinement Dieu et en même temps pleinement homme. Il a été conçu du Saint-Esprit et est né de la Sainte Vierge Marie. 

Conclusion :

Il est entièrement faux, hérétique et blasphématoire d'écrire que notre Sauveur est issu de la Sainte Famille.

Note :
Voici ce que disent les dictionnaires :
Larousse en ligne :
être issu
verbe intransitif
(ancien français issir, sortir, du latin exire)
- Provenir par descendance de quelqu'un, d'une famille : Issu d'une famille de paysans.
- Être la conséquence de quelque chose : La révolte est issue du mécontentement général.
- En parlant d'une droite (respectivement demi-droite), contenir (respectivement avoir pour origine) un point donné.

Dictionnaire en ligne de l’académie française :
ISSU, -UE adj. XIIe siècle, eissuz. Participe passé de l'ancien eissir, issir (voir Issant).
Issu de, qui est né de telle famille, de telle lignée ; qui descend de. De ce mariage sont issus beaucoup d'enfants. Il est issu d'une famille de magistrats. Des cousins issus de germain, dont les parents respectifs étaient cousins germains.  
Par ext. Un homme issu du peuple, de telle province. Deux ingénieurs issus de la même école.  
Fig. Qui est venu à la suite de, constitue le prolongement, le résultat de. Les langues issues du latin. Une doctrine issue de la pensée des Lumières.

Littré :
issu, ue
(i-su, sue) part. passé de l'ancien verbe issir, qui signifiait sortir
1. Descendu d'une personne, d'une race.
[Il] est d'aïeux issus de sang royal, [Rotrou, Vencesl. IV, 6]
Et, malgré le héros de Jupiter issu [Alexandre], [La Fontaine, Fabl. IV, 12]
Issue de cette race [de saint Louis], fille de Henri le Grand et de tant de rois, son grand cœur a surpassé sa naissance, [Bossuet, Reine d'Anglet.]
Alors soyez issu des plus fameux monarques, [Boileau, Sat. V]
Et vous-même ignorez de quels parents issu, De quelles mains Joad en ses bras l'a reçu, [Racine, Athal. III, 4]
Cousins issus de germain, enfants de deux cousins germains.
Mon dessein, dit la princesse, est assurément de ne jamais me séparer de mon cousin issu de germain mais je crois qu'il convient que je me rende auprès du roi mon père, [Voltaire, Princ. de Babyl. 11]
On dit absolument : ils sont issus de germain.
2. Provenu, advenu.
S'il doit réparer le mal qui en sera issu, [Pascal, Prov. 8]

 Petit Robert :
Issu, ue adj. (p.p de l’ancien français issir « sortir » (latin exire)
- qui est né (de qqu) : il est issu d’une famille modeste.
- qui provient ( de qqch) : Les progrès issus des travaux scientifiques.