lundi 1 juin 2015

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus définit l'enfance spirituelle et avertit contre l'orgueil





Mère Agnès de Jésus : Je lui demandai le soir pendant Matines ce qu'elle entendait par « rester petite enfant devant le bon Dieu. » Elle me répondit :

"C'est reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son père ; c'est ne s'inquiéter de rien, ne point gagner de fortune. Même chez les pauvres, on donne à l'enfant ce qui lui est nécessaire, mais aussitôt qu'il grandit son père ne veut plus le nourrir et lui dit : Travaille maintenant, tu peux te suffire à toi-même.

C'est pour ne pas entendre cela que je n'ai pas voulu grandir, me sentant incapable de gagner ma vie, la vie éternelle du Ciel.

Je suis donc restée toujours petite, n'ayant d'autre occupation que celle de cueillir des fleurs, les fleurs de l'amour et du sacrifice, et de les offrir au bon Dieu pour son plaisir.

Etre petit, c'est encore ne point s'attribuer à soi-même les vertus qu'on pratique, se croyant capable de quelque chose, mais reconnaître que le bon Dieu pose ce trésor dans la main de son petit enfant pour qu'il s'en serve quand il en a besoin ; mais c'est toujours le trésor du bon Dieu. Enfin, c'est de ne point se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal."

7 août 1897


"Oh ! si j'étais infidèle, si je commettais seulement la moindre infidélité, je sens que le paierais par des troubles épouvantables, et je ne pourrais plus accepter la mort. Aussi je ne cesse de dire au bon Dieu : « O mon Dieu, je vous en prie, préservez-moi du malheur d'être infidèle. »

Mère Agnès de Jésus : De quelle infidélité voulez-vous parler ?

D'une pensée d'orgueil entretenue volontairement. Si je me disais, par exemple : J'ai acquis telle vertu, je suis certaine de pouvoir la pratiquer. Car alors ce serait s'appuyer sur ses propres forces, et quand on en est là, on risque de tomber dans l'abîme. Mais j'aurai le droit sans offenser le bon Dieu de faire de petites sottises jusqu'à ma mort, si je suis humble, si je reste toute petite. Voyez les petits enfants : ils ne cessent de casser, de déchirer, de tomber, tout en aimant beaucoup, beaucoup leurs parents. Quand je tombe ainsi, cela me fait voir encore plus mon néant et je me dis : Qu'est-ce que je ferais, qu'est-ce que je deviendrais, si je m'appuyais sur mes propres forces ? !...

Je comprends très bien que St Pierre soit tombé. Ce pauvre Saint Pierre, il s'appuyait sur lui-même au lieu de s'appuyer uniquement sur la force du bon Dieu. J'en conclus que, si je disais : « O mon Dieu, je vous aime trop, vous le savez bien, pour m'arrêter à une seul pensée contre la foi » ; mes tentations deviendraient plus violentes et j'y succomberais certainement.

Je suis bien sûre que si St Pierre avait dit humblement à Jésus : « Accordez-moi je vous en prie, la force de vous suivre jusqu'à la mort », il l'aurait eue aussitôt.

Je suis certaine encore que Notre-Seigneur n'en disait pas davantage à ses Apôtres par ses instructions et sa présence sensible, qu'il ne nous dit à nous-mêmes par les bonnes inspirations de sa grâce. Il aurait bien pu dire à St Pierre : Demande-moi la force d'accomplir ce que tu veux. Mais non, parce qu'il voulait lui montrer sa faiblesse, et que, devant gouverner toute l'Eglise qui est remplie de pécheurs, il lui fallait expérimenter par lui-même ce que peut l'homme sans l'aide de Dieu.

... Avant sa chute, Notre Seigneur lui dit : « Quand tu seras revenu à toi, confirme tes frères ». Cela voulait dire : Persuade-les par ta propre expérience de la faiblesse des forces humaines."