mercredi 13 mai 2015

Nuit des sens : conseils de Dieu le Père à Sainte Catherine de Sienne (dans le Dialogue)




D'après Saint Jean de la Croix et Sainte Thérèse d'Avila, relativement nombreux sont ceux qui pénètrent dans la nuit des sens et très peu nombreux sont ceux qui en sortent. C'est la période charnière de la vie spirituelle, la plus semée d'embûches, la plus délicate, celle où le démon utilise toutes les ressources de son pouvoir. D'après ces deux saints, les deux causes principales de l'échec des âmes pendant cette période sont l'ignorance de la façon dont il faut se comporter et/ou le manque de générosité. Ils assurent que Dieu voudrait bien que toutes les âmes surmontent cette épreuve. Dans Je veux voir Dieu, le Père Marie Eugène de l'Enfant Jésus donne beaucoup de conseils tirés des écrits de ces deux saints... Ce qui n'empêche que cette période paraît encore bien complexe et ardue et qu'au bout de plusieurs années de stationnement à ce niveau, les tentations de découragement sont fréquentes. 

Nous avons trouvé dans le Dialogue de Sainte Catherine de Sienne de nombreux passages dans lesquels Dieu le Père détaille ce qui se passe dans l'âme. Il ne nomme pas la nuit des sens "nuit des sens" car cette dénomination ne sera utilisée que plus tard pour caractériser cet état. Mais on la reconnaît facilement. Dieu analyse de façon détaillée cette purification et donne des conseils qui peuvent permettre de comprendre ce qu'il faut faire. Ces conseils sont particulièrement précieux parce qu'ils viennent de Dieu Lui-même. Venant de Dieu, ils sont simples et en même temps redonnent courage. 

Le Père de Caussade explique que de nombreuses âmes sont dépourvues de direction spirituelle pendant cette période qui est pourtant celle où elles en auraient le plus besoin... Sainte Thérèse d'Avila dit qu'il faut choisir son directeur spirituel "entre mille". Encore faudrait-il que les âmes en aient mille à leur disposition, en cette période de crise ! Mais ce n'est pas une raison pour se décourager car ces saints assurent également que Dieu donne à chaque âme de bonne volonté tous les moyens pour devenir saintes, si elles les demandent avec confiance et persévérance. Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus a réussi à devenir l'une des plus grandes saintes de tous les temps sans directeur spirituel, par la confiance, la générosité, la lecture de Saint Jean de la Croix. Les écrits de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus sont un très puissant secours. Le Dialogue de Sainte Catherine  de Sienne également. 

Voici donc quelques extraits qui sont d'actualité en cette période de l'année liturgique car Dieu nous apprend que les apôtres (sauf Saint Jean qui était plus avancé) ont fait leur nuit des sens principalement pendant la période située entre le Vendredi saint et la Pentecôte, et plus particulièrement entre l'Ascension et la Pentecôte. Une nuit des sens en 50 jours ! Cela vaut donc le coup d'étudier ce qui s'est passé en eux à ce moment.

Tout le Dialogue serait à lire. La traduction de Hurtaud (faite en 1913) est largement supérieure à d'autres traductions plus récentes qui ont considérablement affadi le texte. On peut acheter le livre avec cette traduction chez Téqui ou bien la lire en ligne sur ce lien : 



De l'imperfection de ceux qui aiment et servent Dieu pour leur propre utilité et leur consolation.

Ce chapitre traite de ceux qui refusent d'entrer dans la nuit des sens en raison de la désolation qu'ils en éprouvent.

Parmi ceux qui sont devenus mes serviteurs de confiance, il en est qui me servent avec foi, sans crainte servile: ce n'est pas la seule peur du châtiment, c'est l'amour qui les attache à mon service. Mais cet amour ne laisse pas que d'être imparfait, parce que, ce qu'ils cherchent dans ce service, c'est leur propre utilité, c'est leur satisfaction ou le plaisir qu'ils trouvent en Moi. La même imperfection se rencontre aussi dans l'amour qu'ils ont pur leur prochain. Et sais-tu ce qui démontre l'imperfection de leur amour? Dès qu'ils sont privés des consolations qu'ils trouvaient en Moi, cet amour ne leur suffit plus, et ne peut plus se soutenir. Il languit et souvent va se refroidissant de plus en plus vis-à-vis de Moi, quand, pour les exercer dans la vertu et les arracher à leur imperfection, je leur retire ces consolations spirituelles et leur envoie des luttes et des contrariétés. Je n'en agis ainsi cependant que pour les amener à la perfection, pour leur apprendre à se bien connaître, à prendre conscience qu'ils ne sont rien et que d'eux-mêmes ils [198] ne possèdent aucune grâce. L'adversité doit avoir pour effet de les porter à chercher un refuge en moi, à me reconnaître comme leur bienfaiteur, à s'attacher à Moi seul par une humilité vraie. C'est dans ce but, encore une fois, que je leur retire, non la grâce, mais la consolation que je leur avais donnée.
Mais eux, en cette épreuve, se relâchent et se rejettent en arrière avec une sorte de colère spirituelle; souvent même, ils en viennent à abandonner de différentes façons, leurs exercices, parfois sous couleur de vertu, en se disant en eux-mêmes que ces exercices ne sont plus qu'une opération toute naturelle, puisqu'ils n'y trouvent plus les consolations spirituelles que retirait leur âme.
Si une âme en agit ainsi, c'est qu'elle est imparfaite, c'est qu'elle n'a pas encore complètement rejeté le bandeau de l'amour-propre spirituel qui recouvre la pupille de l’œil de la très sainte Foi. Si elle avait bien écarté ce voile, en vérité elle verrait que toute chose procède de Moi et qu'il ne tombe pas une feuille d'arbre sans l'ordre de ma Providence; que ce que je lui promets et lui envoie, c'est uniquement pour sa sanctification, c'est-à-dire pour qu'elle possède le bien et la fin pour lesquels je la créai.
Voilà ce que mes serviteurs doivent voir et comprendre: c'est que je ne veux rien d'autre que leur bien, par le sang de mon Fils unique, dans lequel ils ont été lavés de leurs iniquités. En ce sang ils peuvent connaître ma vérité, et ma vérité la voici: [199] c'est pour leur donner la vie éternelle que je les créai à mon image et ressemblance, et que je les créa à nouveau dans le sang de mon propre Fils, en faisant d'eux mes fils adoptifs. Mais parce qu'ils sont imparfaits, c'est encore leur propre intérêt qu'ils cherchent dans mon service, et ils se relâchent pareillement de l'amour du prochain. Les premiers se sont découragés, par peur de la souffrance qu'ils avaient à endurer; et ceux-ci, les seconds, s'attardent, ils se négligent dans le service du prochain, leur charité se replie sur elle-même, parce qu'il n'y trouvent plus leur propre satisfaction ni les consolations qu'ils étaient accoutumés d'en retirer. Cela vient de ce que leur amour n'est pas assez épuré. Ils aiment leur prochain avec la même imperfection qu'ils m'aiment moi-même: ils cherchent dans leur amour leur propre intérêt. S'ils ne reconnaissent par leur imperfection, avec le désir de devenir parfaits, il est impossible qu'ils ne retournent pas en arrière.
Il est donc nécessaire, pour quiconque veut la vie éternelle, d'aimer sans calcul. Ce n'est pas assez de fuir le péché par crainte du châtiment, ni d'embrasser la vertu pour l'intérêt personnel que l'on y trouve; non, cela ne suffit pas pour obtenir la vie éternelle. Il faut sortir du péché parce qu'il me déplaît à Moi, et aimer la vertu pour l'amour de Moi.
Il est bien vrai que cette crainte est ordinairement le premier pas que tout pécheur fait vers Moi, parce que l'âme commence par être imparfaite avant d'être parfaite, mais elle doit sortir de [200] cette imperfection pour atteindre à la perfection, ou pendant le cours de sa vie, en vivant dans la vertu, avec un coeur purifié et libre de m'aimer sans aucun retour sur soi-même, ou à l'heure de la mort, en reconnaissant son imperfection avec la résolution, si elle en avait le temps, de me servir sans regarder à son intérêt.
C'est de cet amour imparfait que saint Pierre aimait le bon et doux Jésus, mon Fils unique, lorsqu'il éprouvait si délicieusement la douceur de son intimité. Mais dès que vint le temps de la tribulation, tout son courage l'abandonna. Non seulement il n'eut pas la force de souffrir pour lui, mais la première menace, la peur la plus servile eut raison de sa fidélité, et il le renia en jurant qu'il ne l'avait jamais connu.
De nombreux périls attendent ainsi l'âme qui gravit ces échelons, mue seulement par la crainte servile ou par un amour mercenaire. Mes serviteurs doivent sortir de ces sentiments pour devenir de vrais fils et me servir sans intérêt personnel. Je récompense tout labeur, je rends à chacun selon son état et ses œuvres. Aussi, s'ils ne délaissent pas l'exercice de l'oraison et des autres bonnes œuvres, et s'ils vont toujours avec persévérance, en progressant dans la vertu, ils arriveront à cet amour de fils. Et Moi, je les aimerai à mon tour comme on aime des enfants, parce que je réponds toujours par le même amour à l'amour qu'on a pour moi. Si vous m'aimez comme un serviteur aime son maître, je vous aimerai en maître, vous payant [201] votre dû suivant votre mérite; mais je ne me manifesterai pas moi-même à vous. Les secrets intimes on les livre à son ami; parce qu'on ne fait qu'un avec son ami. On ne fait pas qu'un avec son serviteur.
Le serviteur, il est vrai, peut croître en vertu, se rapproche de son maître par l'amour et devenir enfin son ami très cher. Mais tant qu'ils se contentent d'un amour mercenaire, je ne me manifeste pas moi-même à eux. S'ils rougissent de leur imperfection, s'ils se mettent à aimer la vertu, s'ils s'emploient avec haine à arracher d'eux-mêmes la racine de l'amour-propre spirituel, si, du haut du tribunal de la conscience et faisant appel à la raison, ils ne souffrent dans leur coeur aucun mouvement de crainte servile et d'amour mercenaire sans les redresser par la lumière de la très sainte Foi, je te dis qu'en agissant ainsi, ils me seront si agréables, qu'ils auront accès au coeur de l'ami. Je me manifesterai moi-même à eux, ainsi que l'a proclamé ma Vérité quand elle a dit: Celui qui m'aimera sera une même chose avec moi et moi avec lui. Je me manifesterai moi-même à lui et nous demeurerons ensemble (Jn 14, 21.35).

De quelle manière l'âme gravit le second gradin du Pont après avoir franchi le premier.
Tu as vu désormais l'excellence de celui qui est parvenu à l'amour de l'ami. Il a monté par les pieds de l'affection et il est arrivé au secret du cœur, c'est-à-dire au second des trois degrés figurés par le corps de mon Fils. Je t'ai dit que ces trois degrés représentaient les trois puissances de l'âme : maintenant je les applique à signifier les trois états de l'âme. Mais, avant de te conduire au troisième, je veux te montrer de quelle manière l'on arrive à être l'ami, comment en devenant ami l'on devient fils, en s'élevant à l'amour filial. Je te dirai ensuite ce que l'on fait, quand on est devenu ami, puis je t'exposerai, à quels signes l'on reconnaît l'ami véritable.
Et, premièrement, comment devient-on l'ami?
C'est ce que je vais te dire.
Tout d'abord, l'âme était imparfaite, dominée qu'elle était par la crainte servile ; mais avec de l'exercice et de la persévérance, elle arrive à l'amour de jouissance et d'intérêt propre, en trouvant en moi sa joie et son utilité. Telle est la voie [208] que suit celui qui désire parvenir à l'amour parfait, je veux dire à l'amour de l'ami et du fils.
Je dis que l'amour filial est l'amour parfait, parce que c'est à lui que va l'héritage, mon héritage à Moi, Père éternel. Comme l'amour du fils suppose l'amour de l'ami, c'est pour cela que je t'ai dit que c'est l'ami qui devient fils. Comment s'opère donc cette transformation ?
Voici. Toute perfection et toute vertu procède de la charité, et la charité se nourrit de l'humilité ; l'humilité à son tour dérive de la connaissance et de la sainte haine de soi-même, ou de sa propre sensualité.
Une fois parvenu là, il faut persévérer et continuer à demeurer dans la cellule de la connaissance de soi-même, ou de sa propre sensualité.
Une fois parvenu là, il faut persévérer et continuer à demeurer dans la cellule de la connaissance de soi-même. C'est là que l'âme connaîtra ma miséricorde, par le sang de mon Fils unique. Qu'elle attire sur elle par son amour, ma divine charité; qu'elle s'exerce à extirper toute volonté perverse, soit spirituelle, soit temporelle; qu'elle se cache dans sa maison, pour y pleurer, comme firent Pierre et les autres disciples, après avoir commis la faute de renier mon Fils.
Cependant la douleur de Pierre était encore imparfaite, et elle demeura imparfaite, quarante jours durant, jusqu'après l'Ascension. Mais quand ma Vérité fut retournée vers moi selon son humanité, Pierre et les autres disciples se retirèrent dans leur maison, pour attendre l'avènement de l'Esprit-Saint, que ma Vérité leur avait promis. Ils s'y étaient enfermés par peur, parce que l'âme est [209] toujours en crainte, tant qu'elle n'est pas parvenue au véritable amour. Mais, en persévérant dans les veilles, dans les humbles et continuelles prières, ils reçurent l'abondance de l'Esprit-Saint, et désormais délivrés de toute crainte, ils suivaient et prêchaient le Christ crucifié.
Ainsi fait l'âme qui veut parvenir à la perfection. Après être sortie du péché mortel et s'être reconnue elle-même telle qu'elle est, elle commence à pleurer, par crainte du châtiment; puis elle s'élève à la considération de ma miséricorde, où elle trouve satisfaction et avantage. Mais elle est, dis-je, toujours imparfaite, et pour l'amener à la perfection, après les quarante jours, c'est-à-dire après ces deux états, je me retire d'elle, non par la grâce, mais par le sentiment.
C'est ce que vous enseigna ma Vérité quand dit à ses disciples: "Je m'en irai et je retournerai vers vous." Tout ce qu'il disait s'adressait en particulier aux disciples, mais aussi généralement et communément à tous les hommes présents et futurs. A ceux donc qui devaient venir il a dit pareillement: "Je m'en irai et je retournerai vers vous." Et ainsi fut fait, puisqu'il retourna ensuite, lors de l'avènement de l'Esprit-Saint. Le Saint-Esprit ne vient pas seul : il vient avec ma puissance et avec la sagesse de mon Fils qui est une même chose avec moi, et avec la clémence de l'Esprit-Saint qui procède de Moi, le Père, et du Fils.
Or, je te le dis, c'est ainsi que j'en agis moi-même. Pour faire sortir l'âme de son imperfection, je me [210] retire d'elle, en la privant de la consolation qu'elle ressentait auparavant. Quand elle était dans l'état du péché mortel, elle s'était séparée de moi, et je l'avais privée de la grâce à cause de sa faute, parce qu'elle m'avait fermé la porte du désir. Le soleil de la grâce avait disparu de cette âme, non de lui-même, mais par le fait de la créature qui lui avait fermé la porte du désir. Mais elle a reconnu ce qu'elle était, elle a pris conscience de ses ténèbres, elle a ouvert sa fenêtre à la lumière et vomi sa souillure par une sainte confusion. Dès lors je suis retourné dans l'âme par ma grâce, et si je me retire aujourd'hui, ce n'est pas ma grâce que je lui enlève, mais la jouissance qu'elle en éprouvait.
Si je le fais, c'est pour l'exercer à me chercher Moi-même en toute vérité, pour l'éprouver à la lumière de la foi et lui apprendre la prudence. Si elle aime avec désintéressement, avec une foi vive, avec la haine d'elle-même, elle est en joie dans le moment même qu'elle souffre, parce qu'elle se juge indigne de la paix et du repos de l'esprit.
Des trois conditions que j'avais promis de t'exposer pour arriver à la perfection, c'est là la seconde. Voilà ce que fait une âme qui y est parvenue. Toute ma conduite envers elle est pour lui faire sentir que, si je me retire d'elle, elle ne doit pas cependant regarde en arrière, mais persévérer avec humilité dans ses exercices, et demeurer enfermée dans la connaissance d'elle-même et de moi, pour attendre avec une foi vive l'avènement du Saint-Esprit, c'est-à-dire Moi-même qui suis [211] le foyer même de la charité. Elle m'attend, non dans l'oisiveté, mais en prière continuelle, et dans les veilles, non seulement dans les veilles corporelles, mais dans les veilles de l'intelligence. Car l'intelligence doit avoir l'œil ouvert et, à la lumière de la foi, veiller, pour arracher du cœur par la haine des vaines pensées, veiller, dans le sentiment de ma charité pour reconnaître que je ne veux rien d'autre que sa sanctification. Tout cela est certain, tout cela est attesté par le sang de mon Fils.
Pendant que l'intelligence se tient ainsi éveillée dans la connaissance d'elle-même et de moi, l'âme, par la disposition d'une bonne et sainte volonté, s'adonnera continuellement à l'oraison. Cette oraison continue ne l'empêche nullement de se livrer à la prière extérieure, dans les temps prescrits et déterminés par l'ordre de la sainte Eglise. Voilà ce que fait l'âme qui se dégage de l'imperfection pour atteindre à la perfection, et c'est pour qu'elle y arrive que je me sépare d'elle, non par la grâce, mais par le sentiment qu'elle en éprouve.
Je me retire d'elle encore pour qu'elle voit et connaisse son péché. En se voyant en effet privée de la consolation, elle en éprouve une peine qui l'afflige, elle se sent faible, incertaine, prête au découragement, et cette expérience lui fait découvrir la racine de l'amour-propre spirituel qui est en elle. Ce lui est un moyen de se connaître, de s'élever au-dessus d'elle-même, de siéger au tribunal de sa conscience, pour ne pas laisser passer ce sentiment [212] sans lui infliger réprimande et correction, en arrachant la racine de l'amour-propre avec le couteau de la haine, avec la haine de cet amour même, par amour de la vertu [213].

CHAPITRE XLIII
(73)
De quelle manière l’âme quitte l’amour imparfait et arrive à l’amour parfait.

Jusqu’ici je t’ai montré de différentes manières comment l’âme sort de l’imperfection et s’élève à l’amour parfait, et ce qu’elle fait après qu’elle est arrivée à cet amour de l’ami, à cet amour filial. Je t’ai dit et je te répète qu’elle y parvient par la persévérance, en s’enfermant dans la maison de la connaissance d’elle-même. Cette connaissance d’elle-même doit être accompagnée de la connaissance de Moi-même, pour qu’elle ne tombe pas dans le trouble et la confusion. Car la connaissance d’elle-même lui inspirera la haine de l’amour sensitif qu’elle a de soi, et aussi de son attrait pour les consolations personnelles.
De cette haine fondée sur l’humilité naîtra la patience, par laquelle elle deviendra forte contre les assauts du démon, contre les persécutions des hommes, et même vis-à-vis de Moi quand, pour son bien, je lui retirerai les joies spirituelles. Cette vertu lui fera supporter toutes les privations.
Si, dans quelque épreuve, la sensualité voulait relever la tête et s’insurger contre la raison, le juge [247] qu’est la conscience devrait se dresser au-dessus d’elle, pour maintenir contre elle et sur elle les droits de la raison, et réprimer tous les mouvements désordonnés. L’âme qui se conserve dans la haine de la sensualité, se corrige sans cesse et réprime en tout temps, non seulement les mouvements qui sont contre la raison, mais encore ceux qui parfois viennent de Moi.
C’est ce que veut faire entendre mon doux serviteur saint Grégoire, lorsqu’il dit qu’une conscience qui est sainte et pure, pèche sans cesse, c’est-à-dire qu’à raison de sa pureté même, elle voit des fautes là où il n’y en a pas. Ainsi doit faire, ainsi fait l’âme qui veut sortir de l’imperfection, en attendant, dans le réduit de la connaissance d’elle-même, les ordres de ma Providence avec la lumière de la foi, comme les disciples qui n’allèrent point au-devant de l’avènement de l’Esprit-Saint, mais se tinrent enfermés dans le cénacle, pour y persévérer avec humilité dans les veilles et les oraisons continuelles.
Voilà, je Le l’ai dit, ce que fait l’âme quand elle est sortie de l’imperfection et s’est enfermée dans sa maison pour parvenir à la perfection. Là, elle veille, l’œil de l’intelligence toujours ouvert sur la doctrine de ma Vérité humiliée, qu’elle a connue en elle-même, et elle se tient en prière continuelle, en cette prière du saint et vrai désir, parce qu’en elle aussi elle connaît l’amour de ma Charité [248].
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CHAPITRE XLIV
(74)
  
Des signes auxquels on connaît que l'âme est parvenue à l'amour parfait.
Il me reste maintenant à te dire à quel signe l'on voit que l'âme est arrivée à l'amour parfait. Ce signe est celui-là même qu'on vit dans les disciples saints, après qu'ils eurent reçu le Saint-Esprit. Ils sortirent du cénacle, et délivrés de toute crainte, ils annonçaient même parole, et prêchaient la doctrine de mon Fils unique. Loin de redouter les souffrances, c'est de leurs souffrances qu'ils se faisaient gloire. Ils n'avaient pas peur d'aller devant les Tyrans, pour leur annoncer et leur faire connaître la Vérité, pour l'honneur et la gloire de mon nom.
Ainsi, pour l'âme qui attend ma venue, dans la connaissance d'elle-même, comme je L'ai dit. Je suis retourné vers elle, par le feu de ma Charité. Cette Charité, pendant qu'elle se tenait enfermée dans sa demeure avec persévérance, lui a fait concevoir la vertu par sentiment d'amour en la faisant participer à ma Puissance, à ma Force, à ma Souveraineté, et elle a vaincu par elle son amour-propre sensitif.
Par cette même Charité, je la rendais participante de la Sagesse de mon Fils. Par cette Sagesse, l'oeil de son intelligence vit et connut ma Vérité, et les illusions de l'amour-propre spirituel, de l'amour imparfait des consolations personnelles. Elle connut la fourberie et la malice avec lesquelles le démon abuse l'âme qui est encore retenue dans les liens de cet amour imparfait, et elle sentit monter en elle la haine de cette imperfection avec l'amour de la perfection.
Cet amour, c'est le Saint-Esprit lui-même qui se répand dans sa volonté, lui communiquant sa Force, lui inspirant le désir de supporter la souffrance et de sortir de sa retraite, pour produire les bonnes oeuvres envers le prochain. En réalité elle ne quitte pas la cellule de la connaissance d'elle-même; elle fait seulement sortir d'elle les vertus qu'elle a conçues par sentiment d'amour, et elle les fait fructifier de diverses manières, quand les besoins du prochain le demandent. Elle n'a plus peur de perdre ses consolations spirituelles, comme je te l'ai dit plus haut. Une fois parvenue à l'amour parfait et libre, elle sort au dehors, rien ne la retient plus.
L'âme atteint ainsi le quatrième état, qui fait partie du troisième, qui est l'état parfait. Mais, dans ce troisième état, où elle goûte et enfante la charité dans son prochain, elle reçoit un état ultime de parfaite union avec moi. Ces deux états sont unis ensemble; l'un ne va pas sans l'autre, car la charité n'est pas séparée de la charité envers le prochain et la charité envers le prochain de celle qu'on a pour moi; l'une ne peut exister sans l'autre. Ainsi en est-il de ces deux états, l'un n'est pas sans l'autre, comme je te l'expliquerai quand je te parlerai de troisième état.

3e LE DON DES LARMES

CHAPITRE I
(88)

Comment il y a cinq sortes de larmes.

O Fille très chère et très aimée, tu me demandes de te faire connaître les différentes espèces de larmes et leurs fruits. Je n'ai pas méprisé ton désir. Ouvre donc bien l’œil de ton intelligence, et par les différents états que je t'ai expliqué, je te ferai voir qu'il y a des larmes imparfaites qui viennent de la crainte. Mais tout d'abord je te parlerai des larmes des hommes pervers ce sont des larmes de damnation. Les secondes sont les larmes de crainte : elles sont versées par ceux qui ne sont conduits que par la peur du châtiment dû au péché, et qui en pleurent d'épouvante.
Les troisièmes, sont de ceux qui, sortis du péché, pleurent avec douceur et commencent à me servir. Mais, comme leur amour est imparfait, imparfaits aussi sont leurs pleurs, comme je te l'ai dit.
Les quatrièmes, sont de ceux qui arrivés à la perfection de la charité envers le prochain, aiment [303] sans aucun intérêt personnel: Car ceux-là aussi pleurent, et leur pleur est parfait.
Les cinquièmes sont unies aux quatrièmes. Ce sont ces larmes de douceur, répandues avec grande suavité, comme je te l'exposerai plus au long.
Je te parlerai encore des larmes de feu, qui ne jaillissent pas des yeux, celles-là, pour donner satisfaction à ceux qui parfois désireraient pleurer et ne le peuvent faire.
Et je veux que tu saches que tous ces différents états peuvent se rencontrer dans une même âme, qui sort de la crainte et se dégage de l'amour imparfait pour parvenir à la chanté parfaite du dernier état.
Et donc je commence à t'exposer ce que sont ces larmes. Voici : [304]
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CHAPITRE II
(89)
  
De la différence des larmes par rapport aux différents états d’âme.

Apprends donc que toute larme procède du coeur: car aucun organe du corps ne sympathise aussi parfaitement que l'oeil avec les affections du coeur. Si le coeur souffre, l'oeil le fait aussitôt paraître. Sa douleur est-elle sensuelle, le coeur fait verser aux yeux des larmes qui engendrent la mort, parce qu'en venant du coeur elles procèdent d'un amour déréglé, et qui par là même m'offense. La douleur qu'il occasionne est mortelle comme lui, et mortelles aussi les larmes qu'il fait verser.
La gravité de la faute, et par conséquent des larmes, peut être plus ou moins grande, il est vrai, suivant que l'amour est plus ou moins déréglé. Mais je n'entends parler ici que de ceux dont les larmes sont mortelles.
Considère maintenant les larmes qui commencent a donner la vie, les larmes de ceux qui, a la vue de leurs fautes et de leurs péchés, par crainte du châtiment, se mettent à pleurer. Ces larmes du coeur procèdent de la sensibilité. L'âme, n'ayant pas [305] encore conçu une haine parfaite de sa faute en considération de l'offense que j'en ai reçue, n'est mue que par la douleur qu'elle éprouve en son cœur, du châtiment qui la menace après la faute commise, et les yeux, en pleurant, ne font que satisfaire à cette douleur du cœur.
Mais en s'exerçant à la vertu, l'âme peu à peu se dégage de la crainte, parce qu'elle connaît que la crainte ne suffit pas à donner la vie éternelle, comme je te l'ai exposé à propos du second état d'âme. Elle s'élève donc, par l'amour, à la connaissance d'elle-même et de ma Bonté en elle, et elle en conçoit de l'espérance dans ma miséricorde. Cette espérance réjouit son cœur. A cette allégresse que lui cause l'espérance en la divine miséricorde se mêle la douleur de la faute, et les yeux alors, commencent à pleurer. Ces larmes jaillissent de la source du cœur. Mais parce que l'âme n'est pas arrivée à la grande perfection, souvent les larmes qu'elle verse ainsi ne sont pas exemptes de quelque sensualité. Si tu me demandes pourquoi et comment, je te répondrai: parce que la racine de l'amour-propre n'a pas été arrachée. Je ne parle pas de l'amour sensitif, car celui-là a été vaincu de la façon que j'ai dite, mais il reste l'amour-propre spirituel, avec ce besoin égoïste des consolations spirituelles, qu'elles viennent de moi directement ou de quelque créature aimée d'une affection spirituelle, comme je te l'ai expliqué longuement.
Quand donc elle se voit privée de ce qu'elle aime, des consolations, soit intérieures qui viennent de Moi, [306] soit extérieures, qui lui viennent des créatures, et qu'elle se trouve en butte aux tentations ou aux persécutions des hommes, son cœur est en souffrance. Aussitôt les yeux, qui sympathisent avec la douleur et la peine du cœur, se mettent à pleurer. Ce sont les larmes de tendresse et de compassion que l'âme répand sur elle-même, d'une compassion spirituelle il est vrai, mais qui n'en procède pas moins de l'amour-propre. Elle n'a pas encore foulé aux pieds et renié entièrement sa propre volonté: voilà pourquoi elle verse ces larmes sensibles, qu'une douleur spirituelle lui fait répandre.
Mais en s'exerçant et en progressant encore dans la connaissance d'elle-même, elle apprend à se mépriser et à se haïr parfaitement, en même temps qu'elle en arrive à une vraie connaissance de ma Bonté, où s'enflamme son amour. Elle commence dès lors à unir et à conformer sa volonté à la mienne, et à éprouver en elle-même, une joie et une compassion toutes nouvelles. La joie qu'elle ressent en elle, c'est de m'aimer, la compassion qui l'émeut c'est sur le prochain qu'elle se porte, comme je te l'expliquai à propos du troisième état. Elle gémit alors dans la charité qu'elle a pour Moi et pour ses frères, en s'affligeant, avec un cordial amour, de l'offense qui m'est faite et de la perte du prochain. Voilà la douleur qui est dans son cœur, et qui lui tire les larmes des yeux. Elle n'a pas un regret pour sa propre souffrance, pour son propre dommage. Bien au contraire, elle se désole de ne pouvoir rendre honneur et gloire à mon nom comme elle le voudrait [307], et dans l'angoisse de son désir, elle trouve délicieux d'être admise à se rassasier à la table de la très sainte Croix, pour ressembler à l'Agneau sans tache, humble et patient, mon Fils unique, dont j'ai fait un pont, comme je te l'ai dit. Après donc qu’elle a si doucement avancé sur ce pont, en suivant la doctrine de ma douce Vérité, elle est passée par ce Verbe, en supportant avec une véritable et douce patience, toutes les peines, toutes les afflictions que je le lui envoyais pour son salut. Elle les reçoit désormais virilement, sans choisir celles qu’elle préfère. Elle ne se contente pas de s'y résigner avec patience, c'est avec allégresse qu'elle les accueille, et elle regarde comme une gloire d'être persécutée pour mon nom. Pourvu qu'elle ait quelque chose à souffrir, elle est heureuse! L'âme est envahie alors d'une si grande joie, d'une si parfaite tranquillité d'esprit, qu'aucune langue ne le saurait exprimer.
Lors donc qu'elle a passé par ce Verbe, par la doctrine de mon Fils unique, et fixé l'oeil de son intelligence sur moi, la Vérité première, elle contemple cette Vérité; en la voyant elle la connaît, et en la connaissant elle l'aime. Son amour suit l'intelligence et goûte ma Divinité éternelle, qu'elle voit unie à votre humanité. Alors elle se repose en moi, l'Océan de paix, son coeur est uni à moi par le sentiment de l'amour, comme je te l'ai dit à propos de ce quatrième état d'union. Cette présence sentie de ma Divinité éternelle, fait alors couler des yeux des larmes de douceur, qui vraiment sont un lait dont l'âme se nourrit dans la véritable patience.
Ces larmes sont comme un onguent parfumé, qui répand une odeur d'une grande suavité. O ma fille bien-aimée, combien glorieuse est cette âme qui a réellement su traverser la mer des tempêtes, et arriver jusqu'à moi l'Océan de paix, pour y remplir le vase de son coeur, dans les flots de ma souveraine et éternelle Divinité. Les yeux, où se déverse le coeur, s'empressent à le satisfaire, et ils répandent des larmes.
C'est la le dernier état, où l'âme est tout ensemble bienheureuse et affligée bienheureuse à cause de l'union qu'elle a faite avec moi par le sentiment de ma présence, en goûtant l'amour divin ; et affligée par l'offense qu'elle voit faire à ma Bonté et à nia Grandeur, qu'elle a contemplées et savourées dans la connaissance d'elle-même et de moi, par laquelle elle est parvenue à ce dernier état.
Cette affliction ne fait pas obstacle à l'état d'union ni n'empêche les larmes de grande douceur que lui fait répandre la connaissance d'elle-même. C'est la Charité qu'elle a pour le prochain qui la fait, tout ensemble, pleurer d'amour pour la divine miséricorde, et pleurer de douleur pour les péchés d'autrui. Elle meure avec ceux qui pleurent, elle se réjouit avec ceux qui sont dans la joie. Ceux-là sont dans la joie qui vivent dans la charité, et avec eux l'âme se réjouit, en voyant que mes serviteurs rendent honneur et gloire à mon nom.
Ainsi, loin que les larmes d'affliction empêchent les larmes de douceur que fait verser le sentiment [309] de ma présence, elles en sont comme le condiment. Si les douces larmes que l'âme a trouvées dans l'union avec moi n'étaient pas assaisonnées par celles que fait répandre la charité du prochain, elles seraient imparfaites. Par cette exclusion, l’âme tomberait dans la présomption. Un souffle subtil de vaine gloire la précipiterait de cette hauteur, dans la bassesse de sa première abjection. Il faut donc qu'elle ne sépare jamais la charité du prochain d'avec cette vraie connaissance d'elle-même, et que par ce moyen elle nourrisse en elle le feu de ma charité.
En effet la charité que l'on a pour le prochain dérive nécessairement de la charité qu'on a pour Moi, c'est-à-dire de cette connaissance par laquelle l'âme se connaît et ma Bonté en elle. Elle voit alors que je l'aime ineffablement, et de ce même amour dont elle se voit aimée, elle aime toute créature raisonnable. Voilà la raison pour laquelle l'âme, dès qu'elle me connaît, dilate son amour pour y envelopper le prochain. Dès qu'elle le voit, elle l'aime ineffablement, afin d'aimer ce qu'elle voit que j'aime davantage.
Puis elle connaît qu'elle ne peut me procurer à Moi-même aucune utilité; ni me rendre ce pur amour dont elle sent que je l'aime. Dès lors elle se met à me témoigner son amour, par le moyen que je lui ai donné, c'est-à-dire par le prochain, auquel vous devez vos services. Toute vertu, ai-je dit, s’exerce à l'égard du prochain, en général ou en particulier, selon les dons divers que vous avez reçus de moi et dont je vous ai confié la dispensation. Vous devez donc aimer, de ce pur amour dont je vous ai [310] aimés, mais cela, vous ne le pouvez faire vis-à-vis de moi. Parce que je vous ai aimés, je dois être aimé, et aimé sans intérêt personnel ; car je vous ai aimés, sans être aimé de vous, et avant même que vous ne fussiez. C'est l'amour qui m'a porté à vous créer à mon image et ressemblance. Or, cela, vous ne pouvez me le rendre à Moi-même. Mais, vous le devez faire aux créatures douées de raison, et les aimer sans en être aimés, et sans viser aucun intérêt personnel, temporel ou spirituel. Il vous faut les aimer, uniquement pour l'honneur et la gloire de mon nom, parce que je les aime. C'est ainsi que vous accomplirez le commandement de la Loi, qui est de m'aimer par-dessus toute chose, et le prochain comme vous-mêmes.
Il est donc bien vrai que l'âme ne peut parvenir à cette hauteur que par le second degré d'union que l'on trouve dans le troisième état. Mais aussi, après y être arrivée, elle ne s'y peut maintenir, si elle s'éloigne du sentiment qui produit les secondes larmes, les larmes de douleur. Il est impossible [311] d'accomplir la loi qui me concerne moi, le Dieu éternel, sans observer celle qui regarde le prochain: ce sont là les deux pieds de l'affection, par lesquels l'on marche dans la voie des commandements et des conseils, que vous a donnés ma Vérité, le Christ crucifié. Ainsi ces deux sentiments, unis ensemble, nourrissent l'âme dans les vertus, accroissent sa perfection, et font de plus en plus étroite son union avec Moi. Arrivée à ce point, l'âme en vérité, ne change pas d'état; c'est dans le même état, qu'elle voit accroître son trésor de grâce par des dons nouveaux et variés, par d'admirables extases, qui lui procurent, je te l'ai dit, une connaissance de la Vérité qui semble convenir aux immortels plus qu'aux mortels, parce que le sentiment de la sensualité propre a été détruit, et que la volonté est morte, par l'alliance qu'elle a contractée avec moi.
O combien est douce cette alliance, pour l'âme qui en jouit, car, en en jouissant, elle voit tous mes secrets! Maintes fois, elle reçoit l'esprit de prophétie, qui lui fait connaître les choses à venir. Ce sont là des faveurs de ma Bonté. Mais l'âme humble n'en doit pas moins mettre toute son espérance dans le sentiment même de ma charité, qui dompte l'appétit des consolations spirituelles, et se regarder comme indigne de la paix et du repos de l'esprit, pour mieux croître dans la vertu intérieure.
L'âme n'est pas établie à demeure à cette hauteur de ce sommet, elle redescend dans la vallée [312] de la connaissance d'elle-même. Ces lumières particulières sont des grâces que je lui accorde, pour qu'elle grandisse toujours. Car, en cette vie, l'âme n'est jamais si parfaite, qu'elle ne puisse encore s'élever à une plus grande perfection d'amour.
Il n'y a que mon très cher Fils unique, votre chef, qui ne pouvait croître en perfection, parce qu'il était une même chose avec moi et moi avec lui. Son âme par conséquent était béatifiée par l'union de la nature divine; mais vous, ses membres, vous encore voyageurs, vous êtes toujours susceptibles d'une perfection plus grande. Vous ne vous élevez pas, pour cela, à un autre état, comme il a été dit, puisque c'est le dernier auquel on arrive, mais vous pouvez à votre plaisir, par le secours de ma grâce, développer sans cesse la perfection de ce dernier état.