dimanche 12 avril 2015

Quelques extraits tirés du procès de canonisation de Sainte Thérèse de l'EJ

Mère Agnès de Jésus (Pauline Martin)


Monseigneur Gay : " La sainte enfance spirituelle est un état plus parfait que l’amour des souffrances, car rien n’immole tant l’homme que d’être sincèrement et paisiblement petit. L’esprit d’enfance tue l’orgueil bien plus sûrement que l’esprit de pénitence ".

Extraits d'une des dépositions de Mère Agnès de Jésus (c'est-à-dire sa sœur Pauline) :
Source : Procès Apostolique de Ste Thérèse EJ - Inchoatif 1-7 sur ce lien
[NB : la citation ci-dessous est une citation différente de celle qui est publiée dans l'article en onglet, le secret inconnu de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Nous la rajoutons à cet article]
Mère Agnès de Jésus :
"Il est à remarquer qu’en s’offrant en victime à l’Amour miséricordieux, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus demande deux faveurs bien extraordinaires : celle de conserver dans son coeur la présence réelle de Notre Seigneur d’une communion à l’autre, et celle de voir briller sur son corps glorifié les sacrés stigmates de la passion de Jésus. Elle avait exprimé déjà bien des fois au bon Dieu ces deux grands désirs avec une absolue confiance en leur réalisation. 

[403] [Demande du vice-promoteur : la Servante de Dieu vous a-t-elle exposé de vive voix comment elle entendait cette présence de Notre Seigneur Jésus-Christ en dehors du temps de la sainte communion ?] : 

Elle m’en a parlé plusieurs fois, pas très souvent néanmoins. Je suis sûre toutefois que, dans cette prière, elle avait en vue la permanence miraculeuse des saintes espèces et non pas uniquement la permanence de l’influence divine qui se produit, sans miracle, dans les âmes fidèles. D’ailleurs, dans son " Acte d’offrande ", elle fait appel à ce sujet à la toute puissance de Jésus-Christ. Si elle désirait les stigmates au ciel, c’était uniquement par amour, pour être plus semblable à son Jésus, et par là lui rendre plus de gloire ; et si elle désirait sur la terre le privilège de la présence réelle et permanente de Jésus dans son coeur, c’était encore pour lui être plus unie et par là devenir plus capable de l’aimer. 

Elle était persuadée que ses désirs plaisaient beaucoup au bon Dieu ; elle ne s’étonnait pas de ses merveilles, trouvant que la puissance de Dieu est toujours pour nous au service de son amour infini. Elle avait été frappée de ces paroles de Notre Seigneur à sainte Mechtilde [ndlr: Attention ! nous citons ici Mère Agnès, mais elle se trompe dans le texte de la citation. Jésus n'a jamais encouragé à la présomption] : " Je te le dis en vérité, c’est un grand plaisir pour moi que les hommes attendent de moi de grandes choses. Si grande soit leur foi ou leur présomption, autant et plus encore je les rémunérerai au-delà de leurs mérites. Il est impossible en effet que l’homme ne reçoive pas ce qu’il a cru et espéré de ma puissance et de [404] ma miséricorde ". 

ndlr 1 : La vraie citation de Saint Mechtilde est celle-ci :
"Je te dis en vérité qu'il m'est très agréable de voir les hommes attendre de moi avec confiance des choses vraiment grandes. Quiconque croira que je le récompenserai après cette vie au delà de ses mérites et m'en offrira par avance ses actions de grâces, celui-là me sera si agréable que tout ce qu'il aura présumé et espéré lui sera donné, dans une mesure qui surpassera infiniment son mérite. Il est impossible que l'homme soit frustré de ce qu'il a cru et espéré. Donc il est avantageux qu'on attende de grandes choses et qu'on se fie à moi. »
[ pour lire plus avant le texte de Sainte Mechilde , voir ici ]

[ndlr 2 : à propos de la présence corporelle de Jésus en soi: Il est intéressant de voir que Mgr Alexandre Verde, avocat du diable, avait parlé de cette croyance de Thérèse en la présence corporelle de Jésus en elle, en l'appelant "présomption". On peut lire sur ce lien toute la série de ses objections, faites le 8 avril 1914. Les avocats de Thérèse ont répondu à Mgr Verde le 18 avril 1914 et le 10 juin 1914, Saint Pie X a signé l'introduction de la cause. Ce qui prouve que pour Saint Pie X, la croyance de Thérèse en la présence corporelle de Jésus en elle n'était pas un problème.]
[Réponse à la vingt-huitième demande] : 

Mère Agnès de Jésus : Sa conformité à la volonté de Dieu dépassait même ses désirs du martyre et du ciel. Elle me dit un jour, vers la fin de sa vie : " On ne pourra pas dire de moi comme de notre mère sainte Thérèse : ‘Elle se meurt de ne point mourir ; pour ma nature, c’est vrai, j’aime mieux aller vite au ciel, mais la grâce a pris beaucoup d’empire sur ma nature, et maintenant je ne puis que répéter au bon Dieu : 

Longtemps encore je veux bien vivre, [407] Seigneur, si c’est là ton désir. 

Dans le ciel, je voudrais te suivre, si cela te faisait plaisir. 

L’amour, ce feu de la patrie, ne cesse de me consumer. 

Que me fait la mort ou la vie, mon seul bonheur, c’est de t’aimer "".


Elle traduisit son amour par un très grand dégagement des créatures et d’elle-même, par le désir de souffrir pour être plus semblable au bien-aimé de son coeur, par une union constante avec lui, une tendre délicatesse qui lui était spéciale, enfin, par une conformité entière à ses divins vouloirs et un désintéressement touchant. 

[408] [Suite de la réponse à la même demande] : 

Elle désirait la souffrance, parce que Notre Seigneur l’a choisie pour lui- même, et parce qu’elle est une occasion de prouver l’amour qu’on a pour Dieu, mais au-dessus de ses désirs de souffrance, elle mettait la conformité entière à la volonté divine. Je lui demandais si elle ne serait pas plus contente de mourir que de rester malade pendant des années ; elle me répondit : " Oh ! non, je ne serais pas plus contente. Ce qui me contente uniquement, c’est la volonté du bon Dieu " 

Elle exprime, dans sa vie, le désir extrême qu’elle avait du martyre. Mais, vers la fin, lorsqu’elle fut arrivée au sommet de la perfection, elle éprouva un apaisement qui lui fait écrire : " Je ne désire plus ni la souffrance, ni la mort, cependant, je les aime toutes les deux, mais c’est l’abandon seul qui me guide maintenant. Je ne puis plus rien demander avec ardeur, excepté l’accomplissement parfait de la volonté de Dieu sur mon âme " .
(...)

Voici maintenant ce qu’elle entendait par " rester petit enfant " devant Dieu. Je cite ses propres paroles :

" C’est reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu comme un petit enfant attend tout de son père. C’est ne s’inquiéter de rien, ne point gagner de fortune. 

" Même chez les pauvres, on donne au petit enfant ce qui lui est nécessaire ; mais aussitôt qu’il a grandi, son père ne veut plus le nourrir [412] et lui dit :Travaille maintenant, tu peux te suffire à toi-même ‘. Eh bien, c’est pour ne pas entendre cela que je n’ai pas voulu grandir, me sentant incapable de gagner ma vie, la vie éternelle du ciel. Je suis donc restée toujours petite, n’ayant d’autre occupation que celle de cueillir les fleurs de l’amour et du sacrifice et de les offrir au bon Dieu pour son plaisir. 

" Etre petit, c’est encore ne point s’attribuer à soi-même les vertus qu’on pratique, se croyant capable de quelque chose, mais reconnaître que le bon Dieu pose ce trésor de la vertu dans la main de son petit enfant, pour qu’il s’en serve quand il en a besoin ; mais c’est toujours le trésor du bon Dieu. 

" Enfin, c’est ne point se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal ".

(...)

[414] Chargée des novices, c’est de plus en plus qu’elle attend tout du bon Dieu. Elle dit comment " en face d’une tâche qui dépasse ses forces ", elle se met"comme un petit enfant dans les bras de son père ", le regardant lui seul et croyant bien que ce simple regard d’amour et de confiance va faire " que sa main se trouve pleine pour nourrir ses enfants ". " Alors - ajoute-t-elle - sans détourner la tête, je leur distribue cette nourriture qui vient de Dieu seul ". 

Et cet abandon d’enfant était loin d’être de l’insouciance, car elle dit encore : " Depuis que j’ai pris place dans les bras du bon Dieu, je suis comme le veilleur observant l’ennemi de la plus haute tourelle d’un château fort, rien n’échappe à mes regards ".

"Déjà en 1889, elle m’écrivait : " C’est ma faiblesse qui fait toute ma force."