samedi 4 avril 2015

LA VÉNÉRATION DE LA SAINTE FACE DE JÉSUS


Livre I, chapitre X p. 35 du livre


Pour exciter la dévotion des fidèles à vénérer la très sainte Image de Notre-Seigneur Jésus-Christ le dimanche Omnis terra où l'on célèbre à Rome l'ostension de cette image, Mechtilde eut la vision qui va suivre : elle aperçut le Seigneur sur une montagne couverte de fleurs, assis sur un trône de jaspe orné d'or et de rubis. Le jaspe représentait l'éternelle jeunesse de sa Divinité ; l'or, son amour ; les rubis, sa Passion soufferte par amour pour nous. La montagne était entourée d'arbres magnifiques et couverts de fruits ; les âmes des saints se reposaient à l'ombre de ces arbres, sous des tentes dorées, et se nourrissaient de leurs fruits, dans la joie et les délices.
Cette montagne figurait la vie de Jésus-Christ ; les arbres, ses vertus : la charité, la miséricorde et toutes les autres. Selon que chaque saint avait imité le Seigneur en telle ou telle vertu, il se reposait sous tel ou tel arbre. Ainsi celui qui avait imité le Seigneur dans sa charité mangeait du fruit de l'arbre de la charité ; celui qui avait pratiqué les œuvres de miséricorde se nourrissait des fruits de l'arbre de la miséricorde, et ainsi des autres, selon leurs vertus spéciales.
Ensuite tous ceux qui s'étaient préparés par une prière particulière à vénérer la sainte image, s'approchèrent du Seigneur, portant sur leurs épaules le fardeau de leurs péchés, qu'ils déposèrent à ses pieds. Aussitôt ces péchés furent changés en cadeaux magnifiques. Ceux dont l'amour animait le repentir, c'est-à-dire ceux qui ressentaient plus de douleur d'avoir offensé Dieu que d'avoir encouru la peine, voyaient leurs péchés changés en bijoux d'or. Ceux qui avaient racheté leurs fautes par des psautiers et des prières les voyaient, changés en nœuds d'or, pareils à ceux dont on se sert dans les fiançailles. Les âmes qui avaient par de grands combats résisté aux tentations retrouvaient leurs luttes sous forme de boucliers d'or, celles qui s'étaient purifiées du péché en châtiant leur chair semblaient devenues des encensoirs d'or parce que la mortification monte devant Dieu comme un encens d'agréable odeur. Le Seigneur jeta les yeux sur tous ces présents et dit : « Qu'en ferons-nous ? Qu'ils soient tous brûlés dans le Feu de l'amour ! » Puis il ajouta : « Qu'on prépare une table. » Aussitôt apparut devant le Seigneur une table chargée de plats et de coupes d'or. La face du Seigneur, brillante comme le soleil, remplissait ces plats et ces coupes de la lumière de son visage, en guise de mets et de vins. Ensuite tous ceux qui étaient présents, fléchissant le genou devant la table, revêtus de la splendeur de la face divine comme d'un manteau, prirent les mets et le breuvage qui sont le délicieux aliment des anges et des élus.  [...]