lundi 9 mars 2015

Comment Jésus transforme en lui une âme contrite




2. DE L'ANNONCIATION DE LA BlENHEUREUSE VIERGE
MARIE : DU CŒUR DE NOTRE-SEIGNEUR ET DE SA LOUANGE.

En la fête de l'Annonciation, la vierge du Christ [Sainte Mechtilde] se rappelait ses péchés dans l'amertume de son âme pendant son oraison, lorsqu'elle se vit couverte de cendres comme d'un manteau ; puis cette parole s'offrit à sa pensée : Et ta justice sera la ceinture de ses reins (Is. XI , 5). Elle se demanda alors ce qu'elle ferait quand le Dieu de majesté, ceint de justice, apparaîtrait dans sa puissance et lui ferait rendre compte de sa grande lâcheté. Plus un homme est saint devant Dieu, plus il se croit vil et inférieur à tous ; plus sa conscience est pure, plus il craint et redoute d'encourir la disgrâce de Dieu. Comme elle demeurait pénétrée de cette contrition, elle vit le Seigneur Jésus assis sur un trône élevé. A son aspect d'ineffable douceur, la cendre qui la recouvrait s'évanouit et elle resta devant son Seigneur, revêtue d'un éclat aussi brillant que l'or. Elle reconnut alors que la très sainte vie et les œuvres parfaites du Christ avaient suppléé à tout le bien négligé par elle ; que toute son imperfection avait été transformée par la très haute perfection du Fils de Dieu, car lorsque Dieu arrête sur une âme son regard de miséricorde, quand il s'incline pour la prendre en pitié, tous ses crimes sont jetés dans un éternel oubli. C'est pourquoi, après avoir reçu un don si précieux, c'est-à-dire la rémission de tous ses péchés et le supplément à tous les mérites qui lui manquaient, la sécurité lui communiqua une sainte audace, et elle se reposa sur le sein de Jésus son Bien Aimé, multipliant les témoignages de son amour et échangeant avec lui des paroles d'une indicible tendresse.

Alors elle vit sortir du Cœur du Seigneur un instrument de musique dont elle se servit pour célébrer les louanges de Dieu, tout en lui demandant de daigner être lui-même sa propre louange. Aussitôt elle ouït la voix du Christ, chantre suprême, entonner cette antienne : Dites les louanges à votre Dieu, vous tous ses saints » (Apoc. XIX, 5 ). Et comme elle s'étonnait que le Seigneur pût chanter ces paroles, l'inspiration divine lui montra sous ce mot : les louangescomment Dieu se loue en lui-même d'une parfaite et éternelle louange. Sous cet autre mot : dites, elle vit Dieu, dans sa souveraine puissance, donner aux âmes vivantes le pouvoir d'inviter toute créature du ciel et de la terre à louer leur Créateur. Dans cette parole : à notre Dieu, elle comprit comment le Fils, en tant qu'il est homme, révère le Père qu'il nomme : mon Dieu et votre Dieu (Jean, XX, 19) Enfin le mot : tous ses saints, lui donna à comprendre que tous ceux qui sont sanctifiés au ciel et sur la terre, le sont par le Christ, sanctificateur souverain. (...)

Cependant le Seigneur l'ayant appelée auprès de lui, posa ses mains divines sur les mains de son épouse afin de lui donner tout le travail et toutes les œuvres de sa très sainte Humanité. Il mit ensuite ses yeux si doux sur les yeux de sa bien-aimée, et lui communiqua ainsi le mérite de ses saints regards et des abondantes larmes qu'il a versées. Par le contact de ses oreilles, il lui donna toutes les opérations de son ouïe divine, et par celui de ses lèvres vermeilles, toutes ses paroles de louange, d'actions de grâces, de prière, et même celles de ses discours publics, pour suppléer aux négligences qu'elle avait, commises. Enfin il unit son très doux Cœur à celui de sa bien-aimée ; il lui appliqua le fruit de tout son travail de méditation, de dévotion, d'amour, et l'enrichit de tous ses biens.

Alors cette âme toute entière, incorporée au Christ Jésus, fondue par l'amour, comme la cire par le feu, reçut le sceau de la ressemblance divine. C'est ainsi que cette bienheureuse devint une même chose avec son Bien-Aimé.