mercredi 14 janvier 2015

Saint Hilaire de Poitiers et la défense de la vérité


Voici les premiers mots du De Trinitate III de Saint Hilaire de Poitiers. Nous y trouvons de précieux conseils méthodologiques dans le combat pour la vraie doctrine, une analyse très fine de la tournure d'esprit de celui qui s'éloigne de la vérité et des conseils sur l'état d'esprit à avoir quand nous sommes persécutés à cause de la vérité. Ce passage de Saint Hilaire donne des outils de discernement et encourage au combat. 
Nous faisons suivre cet extrait de son traité par des textes de la Messe in medio ecclesiae, dite pour la fête du saint, car nous y trouvons également des conseils précieux.


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1. Pour découvrir la vérité, il importe de faire preuve d'objectivité

Cela ne fait aucun doute, toute expression propre au langage humain est toujours susceptible de susciter la contradiction : lorsque des volontés ont une orientation différente, les manières de penser s'opposent elles aussi ; c'est pourquoi celui qui lutte contre les tendances que manifestent les jugements de ses adversaires, se doit de les réfuter en reprenant les affirmations qui l'ont heurté.
Car, bien que toute parole soit parfaite lorsqu'elle rend compte du vrai, cependant une phrase qui traduit la vérité risque encore de prêter flanc aux critiques, parce qu'elle n'a pas pour les autres la même tonalité que pour nous, ou parce qu'on est plus ou moins bien disposé à la recevoir : à une vérité mal comprise ou qui choque, s'oppose l'égarement d'une volonté, ou stupide ou vicieuse.
Car tout entêtement dans des désirs qui sont devenus nôtres, est un excès ; et la passion de la controverse se fige dans un élan aveugle, quand la volonté n'est plus soumise à la raison et ne prend pas soin d'étudier la doctrine, mais quand, au contraire, nous recherchons obstinément une bonne raison à l'appui de nos désirs, ou adaptons à nos manières de voir l'enseignement qui nous est donné. S'il en est ainsi, le système que nous construirons sera un assemblage de mots, plutôt qu'une science rendant compte de l'essence des choses ; il sera fondé non sur le vrai, mais sur ce qui nous plaira : la volonté l'utilisera à son profit pour justifier ses fantaisies, au lieu de le pousser par son impulsion, vers la perception d'une vérité conforme à la raison. Voilà donc comment toutes les objections que nous opposent nos adversaires, émergent de volontés vicieuses qui cherchent à faire aboutir leur point de vue, et un combat acharné s'engage entre l'affirmation du vrai, et la défense de ce qui plaît : la vérité tient bon, et la volonté dévoyée résiste ! Au reste, si celle-ci ne précédait pas la raison, mais si, par une saine conscience de ce qu'est le vrai, elle était poussée à vouloir ce qui est vrai, jamais elle ne chercherait une doctrine conforme à sa passion : la considération de la doctrine serait le mobile qui mettrait en branle la volonté toute entière. Aucune parole ne contredirait la vérité, puisque chacun se garderait de défendre comme vrai ce qui lui plairait, mais commencerait d'abord par vouloir ce qui est vrai.

2. Tel n'est pas le cas des hérétiques

L'Apôtre connaissait bien ces volontés dévoyées ; il écrit à Timothée et lui dit, entre autres conseils lui permettant de témoigner de sa foi et d'annoncer la parole : « Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais, l'oreille les démangeant, ils s'entoureront de maîtres en quantité, au gré de leurs propres désirs ; détournant l'oreille de la vérité, ils se tourneront vers des fables » (2 Tm 4, 3).
En effet, lorsque, poussés par l'impiété, ces gens ne supporteront plus la saine doctrine, ils se donneront alors une foule de maîtres pour leur enseigner ce qu'ils souhaitent, c'est-à-dire qu'ils se construiront des systèmes adaptés à leurs désirs : n'ayant nul souci d'être instruits, ils rassembleront des docteurs pour leur donner un enseignement conforme à leurs goûts ; ainsi, cette horde de maîtres qu'ils auront recherchés et rassemblés, donnera satisfaction à l'ardeur de leurs vœux par les doctrines qu'ils mettront au jour. Et si l'on ignore par quel esprit un tel délire inspiré par une stupide impiété, désire un enseignement falsifié, faute de pouvoir supporter une saine doctrine, qu'on l'apprenne du même Apôtre qui écrit encore à Timothée : « L'Esprit dit clairement que dans les derniers temps, certains renieront la foi pour s'attacher à des esprits trompeurs et à des doctrines diaboliques, séduits par des menteurs hypocrites » (1 Tm 4, 1-2).
Quels progrès peut-on faire en effet, dans la connaissance de Dieu, si l'on recherche de tous côtés ce qui nous plaît, plutôt que ce qui nous est enseigné ? Et quel respect pour l'enseignement donné par Dieu montre-t-on, lorsqu'au lieu de désirer. apprendre, on projette sur la doctrine l'objet de nos vœux ? Ces gens ont en abondance de quoi exciter leurs esprits qui ne cherchent qu'à tromper, et ils apportent des preuves pour appuyer les mensonges que débite leur prétendue fidélité à Dieu.
Car mentir sans en avoir l'air, va de pair avec l'abandon de la foi ; cela permet de montrer, au moins dans les paroles, la foi que la conviction intime a perdue. Et chez eux, cette foi simulée devient sacrilège, par tout ce mensonge dont leurs paroles sont remplies, eux qui altèrent la sainteté de la vraie foi par les élucubrations de leur fausse doctrine : de fait, leur enseignement est un ramassis composé en fonction de ce qui leur plaît, plutôt qu'en conformité avec la foi de l'Evangile. Leurs oreilles les démangent, et le plaisir tant attendu d'entendre annoncer des nouveautés conformes à leurs désirs, les chatouillent agréablement ; aussi, complètement sourds à l'écoute de la vérité, ils se vouent tout entiers à des chimères : ils habillent leurs paroles d'une apparence de vérité, alors qu'ils sont bien incapables de dire ou d'entendre ce qui est vrai !

3. La saine doctrine est vouée à l'exil

Oui, cela saute aux yeux : nous voici arrivés à ces temps si déplorables dont nous parle l'Apôtre ! Car après s'être cherché des maîtres pour nous annoncer que le Fils est une créature plutôt que Dieu, on s'intéresse à présent davantage à des caprices humains qu'aux doctrines que professe une foi saine. La démangeaison qu'en éprouvent leurs oreilles, porte ces gens à écouter ce qui flatte leurs désirs, à tel point que maintenant, la multitude de leurs docteurs, pour avoir du succès, n'a plus qu'à répéter un seul refrain : Dieu, le Fils unique, n'a rien à voir avec la puissance et la vraie nature de Dieu le Père ; et voilà que nous n'avons plus qu'à croire, ou bien qu'il est un Dieu d'une autre espèce, ou bien qu'il n'est pas Dieu. Dans l'un et l'autre cas, il s'agit d'une profession de foi impie et propre à donner la mort, soit qu'on nous parle de deux dieux dotés d'une divinité différente, soit qu'on nie catégoriquement qu'il soit Dieu, celui dont la nature procède de Dieu par sa naissance. 
Mais un tel enseignement plaît aux oreilles de ceux qui se sont écartés de l'écoute de la vérité pour se tourner vers des fables. Car on ne supporte plus d'entendre la saine doctrine, et celle-ci est tout entière vouée à l'exil avec ceux qui la proclament.

4. Mais nous nous réjouissons de notre exil

Bien que la saine doctrine connaisse l'exil, par la volonté de tous ceux qui se sont donnés une foule de maîtres selon leurs désirs, la prédication de la vérité, elle, ne sera pourtant pas vouée à l'exil, éloignée de tous les saints ! Car, exilés, nous parlerons au moyen de ces livres, et la parole de Dieu qui ne saurait être enchaînée, se répandra librement, avertissant de la venue de ce temps dont parle l'Apôtre dans cette prophétie : puisque les hommes ne peuvent plus supporter avec patience d'entendre la vérité, et qu'ils se trouvent une foule de maîtres pour satisfaire à leurs caprices humains, il n'y a plus à en douter, nous voici arrivés à cette époque ; et l'on comprend que, si les hérauts de la vraie foi sont en exil, la vérité est exilée, elle aussi avec eux. Mais ne nous attristons pas sur le temps présent ! Au contraire, nous avons de quoi nous réjouir, puisque l'iniquité se manifeste en ces jours qui nous voient en exil : incapable de supporter la vérité, elle bannit ceux qui annoncent une doctrine intègre, pour se donner une foule de maîtres selon ses désirs. Oui, nous nous réjouissons de notre exil, nous exultons dans le Seigneur, car la plénitude de la prophétie faite par l'Apôtre, s'est réalisée pleinement en nous !

5. Nous avons réfuté les textes que nous opposaient nos adversaires

Les livres précédents, me semble-t-il, présentaient l'exposé d'une foi saine et pure ; et même si, comme il en est de tout langage humain, toute parole risque de prêter flanc à la contradiction, le déroulement de notre réfutation a, je pense, été réglé de manière à ce que personne ne puisse s'y opposer sans étaler son impiété. Car voilà si bien démontrée la vérité de tous les textes qu'avec l'art inspiré par leur fourberie, les hérétiques empruntent aux Evangiles, que maintenant, il n'est plus permis de les combattre avec l'ignorance pour excuse, mais qu'au contraire, les contester c'est affirmer son impiété. En effet, selon le don qui nous a été départi par le Saint-Esprit, nous avons adopté une telle démarche dans l'exposé de notre foi, que, personne du moins, ne puisse s'arroger le droit de nous accuser d'avoir menti.

Extrait de l'épître de la messe in medio ecclesiae :
Ce texte de Saint Paul tient les deux bouts de la chaîne : il ne faut pas céder un pouce de terrain dans la défense de la vérité mais en même temps il ne faut pas avoir de zèle amer et il faut garder la patience et le souci d'instruire.
II Tim. IV, 1-2 (français) (latin)

"Je t'adjure devant Dieu et le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, et par son apparition et par son règne : prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, censure, exhorte, avec une entière patience et souci d'instruction."

Evangile de la messe in medio :

Nous en donnons le texte intégral ( Saint Matthieu V, 13-19), précédé des deux versets qui viennent juste avant celui-ci, dans le texte de la messe. Il est frappant de voir que la défense de la vérité est liée à la persécution, dans l'esprit de Notre-Seigneur. De plus, Notre-Seigneur affirme non seulement que c'est un devoir de montrer à tous la vérité, mais qu'il faut la montrer sans l'altérer, même sur un détail. Les derniers versets sont traduits d'après le missel Dom Lefebvre et non la Bible Crampon.

Saint Matthieu V, 11-19 :
Heureux serez-vous, lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux ; car c'est ainsi qu'ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous.
Vous êtes le sel de la terre; mais si le sel s'affadit, avec quoi le salera-t-on ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors pour être foulé aux pieds par les hommes. 
Vous êtes la lumière du monde : une ville, située au sommet d'une montagne, ne peut être cachée. 
Et on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. 
Qu'ainsi votre lumière brille devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. 
Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir, mais parfaire. 
Car, je vous le dis en vérité, jusqu'à ce que passent le ciel et la terre, pas un seul iota, pas un menu trait de la Loi ne passera, que tout ne soit accompli. 
Celui-là donc qui violera un seul de ces commandements, même des plus petits et enseignera aux hommes à faire de même, sera déclaré le plus petit dans le royaume des cieux ; celui au contraire qui les aura pratiqués et enseignés, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des cieux.