mardi 2 décembre 2014

Le distinguo église conciliaire/ Eglise catholique, fait par Mgr Lefebvre est-il de foi ? Doit-il avoir une influence sur notre attitude vis-à-vis de Rome ?



Article initialement publié le 1er décembre 2014.

Nous nous sommes aperçus il y a quelques mois, en commençant notre étude sur le sédévacantisme que le distinguo église conciliaire/ Eglise catholique était uniquement une hypothèse théologique et n’était pas du tout de foi. Nous avons donc décidé l’été dernier de ne plus employer l’expression « église conciliaire » dans nos articles, bien que cette appellation soit permise et soit très commode à utiliser pour désigner les francs-maçons ou les hérétiques qui occupent Rome... En effet, en étudiant le sédévacantisme, nous avons trouvé que ce distinguo était source de sédévacantisme. Nous en avons parlé à un prêtre de la Résistance qui nous a dit qu’en effet, il pensait qu’il était peut-être meilleur de ne pas employer cette expression. Un autre prêtre de la Résistance auquel nous en avons également parlé cet été ne nous a pas non plus condamnés de faire ce choix.

Cette expression a été employée pour la première fois par Mgr Benelli (un moderniste très probablement franc-maçon, répertorié dans la fameuse liste Pecorelli, d’après Don Luigi Villa) dans une lettre du 25 juin 1976, adressée à Mgr Lefebvre de la part du pape Paul VI : « S’ils [les séminaristes d’Ecône] sont de bonne volonté et sérieusement préparés à un ministère presbytéral dans la fidélité véritable à l’Eglise conciliaire, on se chargera de trouver ensuite la meilleure solution pour eux ». L’expression a plu à Mgr Lefebvre qui l’a reprise ensuite, suivi par Jean Madiran et Gustavo Corçao... Cette expression permettait d’insister sur la différence de doctrine entre les deux factions… Mais le bien fondé théologique de ce terme n’a jamais été vraiment démontré de façon convaincante, à notre avis. La principale justification donnée à chaque fois est la doctrine hérétique diffusée par les francs-maçons qui occupent Rome ainsi que les sacrements modifiés, douteux. Mais, selon nous, qui dit doctrine hérétique ou sacrements modifiés douteux ne dit pas forcément nouvelle société, nouvelle structure réelle.

Il est intéressant de se pencher sur la validité de ce distinguo église conciliaire/ Eglise catholique, car dans les faits, la position choisie détermine souvent (même si ce n’est pas toujours le cas) une attitude concrète vis-à-vis de la Rome moderniste. Cette attitude concrète va de l’accordisme de Mgr Fellay jusqu’au sédévacantisme, en passant par différentes nuances. Nous pensons pour notre part que notre attitude envers Rome ne peut se déterminer d'après cette notion incertaine mais bien plutôt d'après les critères donnés dans l'onglet nullam partem...

Jusqu’à présent, nous connaissions quatre courants construits  autour de ce distinguo. Nous en proposerons un cinquième, puisque l’un des deux prêtres à qui nous en avons parlé a trouvé l’idée bonne et que le deuxième prêtre auquel nous en avons également parlé ne l’a pas condamnée. L’idée n’est pas nouvelle, d’ailleurs, puisqu’elle s’inspire du titre d’un livre de Ploncard d’Assac : l’Eglise occupée.

1er courant : La doctrine de Mgr Fellay :
Ce courant affirme que l’« église conciliaire » n’est qu’une façon de parler et n'existe pas. Il y a l’Eglise catholique, qui souffre sa Passion due à la crise post-concile. Elle reste l’Eglise catholique et à ce titre, il faut la sauver et faire l’accord pratique avec les modernistes, à certaines conditions. L’Eglise souffre, c’est notre Mère, allons à son secours
Commentaire :
La lutte contre l’expression « église conciliaire » est donc utilisée d’une façon dangereuse, en vue d’un accord pratique avec Rome avant qu’elle ne soit convertie parfaitement. Le fait que cette Eglise soit vraiment l’Eglise est le moyen, pour Mgr Fellay, d’exercer une pression morale culpabilisante en vue d’un accord. Il fait une obligation à ses prêtres d’aller voir les hérétiques romains pour discuter sans cesse. Si nous refusons de discuter, dit-il, nous manquons de piété filiale, vis-à vis de l’Eglise et nous prenons un esprit schismatique. 
Conséquences pratiques :
Dans ce courant, l'étude du distinguo église conciliaire/ Eglise catholique a des conséquences pratiques importantes dans les rapports avec Rome. On lie le fait que l'église conciliaire n'existe pas avec la conclusion qu'il faut faire un accord avec Rome, puisque c'est la véritable Eglise. C'est en fait un faux raisonnement, nous allons tenter de le démontrer dans la deuxième hypothèse.

2ème hypothèse : L’hypothèse d’Avec l’Immaculée 
Nous pensons que l’expression « église conciliaire » peut être dangereuse car elle mène au sédévacantisme. (cf. explications plus bas, dans l’article). Elle est incertaine théologiquement. Il y a, selon nous plus probablement uniquement une Eglise catholique, occupée par des francs-maçons qui diffusent une doctrine hérétique. Pour être certains de ne pas nous tromper, nous pensons donc qu’il vaut mieux parler d’Eglise occupée ou des modernistes qui occupent l’Eglise, plutôt que de l’église conciliaire…
Concernant l’attitude concrète à avoir, nous disons qu’il est de notre devoir de refuser entièrement l’autorité de ces hérétiques sur nous car s’ils sont validement élus, ils n’en détruisent pas moins l’Eglise, perdent les âmes et seraient anathématisés (c’est-à-dire déclarés hors de l’Eglise) en temps normal.
Le pape, même s’il est franc-maçon, est validement élu (cf. Constitution Apostolique, Vacantis Apostolicae Sedis, titre II, ch. I, § 34, 8 décembre 1945 : « 34. Aucun cardinal ne peut d'aucune manière être exclu de l'élection active et passive du Souverain Pontife sous le prétexte ou par le motif de n'importe quelle excommunication, suspense, interdit ou autre empêchement ecclésiastique. » [ndlr : « élection passive » signifie « être élu pape »])
Nous sommes contre un accord pratique avec le Pape tant qu’il n’est pas parfaitement converti et tant qu’il n’a pas prouvé sa conversion dans tous ses actes, en condamnant en entier Vatican II, la nouvelle messe, les nouveaux sacrements, le nouveau code de droit canon etc. (cf. conditions à l'onglet nullam partem)
Conséquences pratiques :
Donc pour nous, le fait qu'il ait ou non une "église conciliaire" en tant que structure à part entière n'influe en rien sur notre attitude vis-à-vis de Rome.  Ce qui influence notre attitude, c'est la doctrine diffusée par le pape et la Curie : elle est hérétique, donc fuyons. Quand elle sera impeccable et sera suivie des actes qui correspondent, nous reviendrons. Peu importe que l'église conciliaire soit une structure réelle ou non... Ce qui compte, c'est la doctrine diffusée par les autorités romaines et les actes de ces autorités romaines. Tant qu'ils ne sont pas tous parfaitement conformes à la bonne doctrine, nous refusons de nous remettre sous l'autorité du Pape.

3ème courant. la position de Mgr Lefebvre, de Mgr Tissier de Mallerais, de l'abbé Pivert, de la déclaration de fidélité catholique de France fidèle :
Ils pensent que distinguo église conciliaire/ Eglise catholique est capital et que l’église conciliaire existe comme structure à part entière et est une secte. Le pape a une double fonction : chef de cette secte et chef de l’Eglise catholique. On peut faire un accord pratique avec Rome avant sa conversion complète si celle-ci accepte de reconnaître les textes du magistère antérieur au Concile Vatican II et donne des garanties de sa sincérité et de sa bonne volonté, garanties qui nous permettraient de prêcher la bonne doctrine sans contrainte.
Conséquences pratiques : 
- Bien que ce courant croie en l'existence d'une église conciliaire qu'il nomme parfois "secte", cela ne l'empêche nullement de vouloir faire un accord avec les hérétiques. Ce qui est contraire à la bonne doctrine de Saint Jean et Saint Paul (cf. onglet nullam partem). Donc le distinguo église conciliaire/ Eglise catholique n'influence pas ce courant dans ses rapports avec Rome.

- Exiger la conversion totale de Rome est un attentisme dangereux, pensent l’abbé Pivert et ceux qui soutiennent la déclaration de fidélité catholique de France fidèle.

- Mgr Lefebvre et Mgr Tissier de Mallerais, eux, n’ont pas dit qu'attendre la conversion de Rome était un attentisme dangereux. A la différence de l’abbé Pivert et de France fidèle, ils n’ont pas condamné la position officielle de la Résistance qui est exposée ci-après, en 4. 

4ème courant : Position de la Résistance, à laquelle nous appartenions initialement et que nous ne condamnons pas du tout, tout en mettant en garde contre sa propension, selon nous, à fabriquer des sédévacantistes et tout en rappelant qu’elle est une opinion libre et non un dogme :
Le distinguo Eglise catholique/ église conciliaire est capital car il permet de nous distinguer des modernistes qui occupent Rome. L’église conciliaire est une structure à part entière, c’est une secte. Le pape est validement élu et a double fonction : chef de la secte conciliaire et chef de l’Eglise catholique. Pas d’accord pratique avec lui tant qu’il n’est pas parfaitement converti et tant qu’il n’a pas prouvé sa conversion dans tous ses actes, en condamnant en entier Vatican II, la nouvelle messe, les nouveaux sacrements, le nouveau code de droit canon etc.
Conséquences pratiques :
Il y a à notre avis un danger qui se fait jour dans la Résistance et contre lequel nous voudrions mettre en garde : par réaction à Mgr Fellay qui affirme que l'Eglise qui est à Rome actuellement est l'Eglise catholique, et qu'à ce titre, il faut faire au plus vite un accord avec elle pour la sauver, certains d'entre nous croient de bonne foi que l'attitude théologique antidote à Mgr Fellay est de proclamer comme une vérité de foi l'existence de l'église conciliaire. On aime donc à citer souvent, pour affirmer la bonne doctrine, des paroles de Mgr Lefebvre à ce sujet... Et l'existence de l'église conciliaire devient un dogme qu'il est indispensable de croire pour avoir une doctrine orthodoxe...Toute personne mettant en doute l'existence de l'église conciliaire en tant que structure devient suspecte, puisque Mgr Fellay en fait autant... 
Cependant, la preuve que le distinguo Eglise catholique / église conciliaire n'est pas du tout indispensable pour nous protéger en vue d'un accord, c'est que Mgr Tissier de Mallerais et l'abbé Pivert font ce distinguo et sont pourtant en faveur [ou tout au moins, pas hostile, pour ce qui est de Mgr Tissier de Mallerais] d'un accord pratique avec Rome avant que celle-ci ne soit entièrement convertie, s'ils estiment que Rome donne des garanties suffisantes... 
Selon nous, ce qui protège donc d'un accord pratique avec la Rome moderniste, c'est le principe du nullam partem avec les hérétiques, exposé dans notre onglet nullam partem

L'inconvénient de cette conception est que si nous disons : « l’Eglise conciliaire n’est pas l’Eglise catholique », cela implique que le pape est chef d’une secte. S’il s’agit d’une secte, il est aisé de franchir rapidement le pas suivant en niant la validité de la messe nouvelle et des nouveaux sacrements. Or, ils sont uniquement douteux et il faut voir au cas par cas. Nous ne pouvons pas dire qu’ils sont certainement invalides. 

Il faut donc se rappeler que la notion d'église conciliaire n'est qu'une opinion théologique née d'une lettre écrite par un franc-maçon et que le critère pour savoir si l'on fait un accord avec Rome est la doctrine et les actions des autorités romaines et non leur statut juridique, qui nous importe peu. Ils sont hérétiques, cela nous suffit pour dire qu'il faut les fuir. Mais ne dogmatisons pas plus loin... Parce que si nous dogmatisons, nous risquons d'entraîner certains des nôtres vers la position 5.

5ème courant : la position sédévacantiste :
Il est historiquement prouvé que cette hypothèse théologique d'église conciliaire amène chaque année un certain nombre de personnes à dire : non, finalement, ce n’est pas possible d’avoir un pape à double fonction. On ne peut être à la fois chef d’une secte et chef de l’Eglise catholique… Etant donné que le pape n’a pas la foi et qu’il est hérétique, il n’est chef que de cette secte et n’est pas chef de l’Eglise catholique.. Donc il n’est pas pape. La personne qui tient ce raisonnement devient alors sédévacantiste. Elle ne s’aperçoit pas que les prémisses de son raisonnement (c’est-à-dire les affirmations selon lesquelles l’église conciliaire existe en tant que structure, est une secte et que le pape est chef de cette secte) sont complètement incertaines et découlent des propos informels d’un franc-maçon, Mgr Benelli. C'est pour cela que nous préférons abandonner l'appellation "église conciliaire" qui n'apporte rien au combat selon nous, sauf l'inconvénient de glisser vers le sédévacantisme qui est certes une opinion libre autorisée mais présente souvent de graves inconvénients, même si ce n'est pas toujours le cas et que nous connaissons des sédévacantistes édifiants par leur charité.
Les sédévacantistes pensent qu'il est impensable d’imaginer un pape ayant une double fonction et étant hérétique et franc-maçon. Le pape  actuel n’est donc pas le pape, pour eux. Ils n'aiment pas le mot "église", dans l'expression "église conciliaire" surtout quand il est employé avec une majuscule... car la majuscule est réservée à l'Eglise catholique. Ils disent donc que « l’église conciliaire » n’est pas une église. [Stricto sensu, il ont raison, bien sûr... Mais de nombreuses fausses religions s'appellent "églises" de ceci ou de cela sans qu'il y ait besoin d'en faire tout un plat...] Il n’y a qu’une seule Eglise, disent-ils, l’Eglise catholique. Ce qui est vrai, si on s'en tient stricto sensu à la définition de l'Eglise catholique qui est une. Ils disent qu'on peut parler d’une secte conciliaire dont M. Bergoglio (qui n'est en fait pas pape, selon eux) est le chef. L’Eglise catholique n’a pas de Pape actuellement, selon eux ; le Saint Siège est vacant.


Conclusion

- Seul le Saint Pape qui arrivera après cette crise pourra repréciser infailliblement si la distinction église conciliaire/ Eglise catholique était bonne.

- L’affirmation « Il y a deux églises : l’Eglise catholique et l’église conciliaire », n’est donc pas de foi.  

- A notre avis, il vaut mieux récuser des expressions du style : « l’église conciliaire n’est pas l’Eglise catholique. »  Il vaut mieux dire : "l’Eglise catholique est occupée par des francs-maçons et des hérétiques qui ne sont pas catholiques, diffusent une fausse doctrine qui n'est pas catholique et qui perd les âmes. Fuyons-les."

- Le critère qui doit diriger notre attitude vis-à-vis de Rome ne peut être une opinion théologique, surtout si incertaine et venant d'un franc-maçon. Nous avons absolument besoin d'un critère certain et de foi pour savoir comment nous comporter vis-à-vis de Rome. Nous ne pouvons nous donner le luxe de nous tromper. Des âmes sont en jeu. La solution est donc d'adopter comme critère d'action les principes exposés par l'Ecriture sainte et la Tradition, dans l'onglet nullam partem.