mercredi 17 décembre 2014

Comment s'approprier les grâces et les mérites des autres


Voici un florilège de citations tirées de Sainte Mechtilde et sainte Gertrude, sur la capacité que Dieu nous donne de nous approprier les grâces ou les mérites des autres et sur la façon de le faire.

Prologue p. 3 Livre de la grâce spéciale
NB : ce livre de la grâce spéciale a été rédigé par Sainte Gertrude elle-même. Ste Mechilde vivait avec elle dans le couvent. Voici ce que dit le prologue :

"Tous ceux donc en qui Dieu a répandu l'esprit de sa charité, de cette charité, dis-je, qui croit tout, qui espère tout, qui se fait tout à tous ; tous ceux qui aspirent à la grâce de Dieu devront lire ce Livre de la grâce spéciale s'ils veulent mériter d'obtenir eux-mêmes tous les biens qui s'y trouvent décrits, et que Dieu leur a promis. S'ils y rencontrent quelque passage non appuyé sur le témoignage des Ecritures, pourvu que ce passage ne soif pas en contradiction avec l'Evangile ou l'Ancien. Testament, que les lecteurs s'en remettent à la grâce de Dieu, qui manifeste aujourd'hui comme autrefois à ceux qui l'aiment, les secrets inconnus et cachés de sa sagesse et de sa bonté. Nous prions aussi ceux qui liront ou entendront lire ce livre, de donner à Jésus-Chrisl quelque louange pour cette âme bienheureuse afin de témoigner au moins à Dieu leur reconnaissance, puisqu'il daigne renouveler ainsi ce monde envieilli, et exciter encore les hommes engourdis et glacés pour le bien."

livre de la grâce spéciale 4ème partie p. 340 :
CHAPITRE XXIX.
 28. Comment on peut réparer ses négligences par la louange. 

Elle vit un jour devant le Seigneur une personne affligée pour qui elle priait, et elle vit aussi le Seigneur : « Voici, disait-il, que je remets à celui-là tous ses péchés ; mais il devra réparer, par la louange, ses fautes et ses négligences. Quand il entendra ces paroles de la Préface : «per quem majestatem tuam landant angeli : par qui les anges louent votre majesté », il me louera en union avec cette louange supra-céleste dont les personnes de la Trinité adorable se louent et sont louées réciproquement ; c'est cette suprême louange qui découle d'abord sur la bienheureuse Vierge Marie et ensuite sur les anges et sur les saints. Qu'il récite un Pater et qu'il l'offre en union de cette louange que le ciel, la terre et toute créature font résonner pour me louer et me bénir. Qu'il demande que par moi, Jésus-Christ, Fils de Dieu, sa prière soit acceptée, puisque ce qui est offert par moi-même au Père lui plait souverainement. Ainsi je suppléerai à ses péchés et à ses négligences. »
Si quelqu'un se livre à la même pratique, on doit croire pieusement qu'il recevra la même grâce, car, ainsi que l'a dit plus haut le Seigneur, il est impossible de ne pas obtenir ce qu'on croit et ce qu'on espère.

Vème partie du livre de la grâce spéciale, p. 419 :

CHAPITRE XXIII. 26. Ceux qui aiment le don de Dieu dans les autres partageront leurs mérites

Une autrefois, après avoir prié Dieu pour tous ceux qui liraient ce livre, elle lui demanda quel mérite peuvent acquérir ceux qui aiment le don de Dieu chez autrui, et elle reçut cette réponse : « Tous ceux qui aiment mes dons chez les autres recevront le même mérite et la même gloire que ceux à qui j'ai octroyé cette grâce (1). Si une fiancée était ornée d'une parure exquise qui la ferait briller au milieu de ses compagnes, d'autres fiancées pourraient acquérir une parure semblable et devenir aussi belles ; ainsi les âmes de ceux qui, par leur charité, s'approprient de tels dons, peuvent gagner le mérite et la gloire que je destine aux personnes enrichies de ces dons. »

Note (1) 
5ème partie chapitre 7 :
"Alors celle-ci désira savoir quel mérite ce Frère avait acquis en appréciant avec fidélité de coeur le don de Dieu en la soeur M... . Et elle vit sortir du Coeur divin comme un courant qui se répandit sur ce bienheureux Frère ; elle connut que ce même courant se portait également vers toutes les âmes qui aiment le don de Dieu chez les autres, bien qu'elles-mêmes n'en reçoivent pas de pareils."

Livre de la grâce spéciale septième partie, chapitre 17 extrait

"A une autre question posée [par sainte Gertrude] pour savoir si elle était salisfaite ou mécontente que ce livre fut écrit, l'âme [de sainte Mechtilde, décédée] fit cette réponse : « C'est ma plus grande joie, car il procurera la louange et l'accomplissement de la volonté de mon Dieu et aussi l'avantage du prochain. Ce livre sera appelé : « Lumière de l'Eglise », parce que ceux qui le liront seront illuminés par la lumière de la connaissance ; ils y reconnaîtront de quel esprit ils sont animés, et les affligés y trouveront consolation.
» En effet, quiconque aime ce don en reçoit sa part aussi réellement que l'âme à qui Dieu l'a donné. Si quelqu'un recevait un cadeau du roi par un intermédiaire, ce cadeau lui appartiendrait en propre, et il en retirerait les mêmes avantages que s'il le tenait de la main même du roi.
En de tels dons, Dieu réclame pour lui seul la louange, la gloire et la reconnaissance." 


Ce troisième livre est tout rempli d'instructions et de consolations. II contient grand nombre de pieux exercices dans lesquels chacun, selon son état, peut apprendre comment il doit servir Dieu et lui plaire ; comment il doit offrir à Dieu le Père les, mérites et le fruit de la Passion de son Fils pour l'expiation de ses péchés et de ses fautes, et s'approprier les mérites du Sauveur ; comment encore il doit aimer Dieu de tout son cœur; avec quelle dévotion il doit recevoir les sacrements, et enfin comment il doit toujours se tenir prêt à se conformer au bon plaisir de Dieu. Toutes ces choses et beaucoup d'autres du même genre contenues dans ces livres, sont l'expression continuelle de l'amour de Dieu envers ses élus. Cet amour rend en ces derniers temps le seigneur si compatissant à la faiblesse humaine qu’il nous prodigue, pour ainsi dire avec autant d'abondance que de miséricorde, et ses dons, et ses saints, et lui-même sans aucune réserve, pourvu que notre bonne volonté se montre disposée à tout recevoir. Continue donc, lecteur, tu ne regrettera, pas d'avoir lu ces pages. 


CHAPITRE XXIX- ÉTREINTE ET SALUT DU SEIGNEUR
Celle-ci repassait en son esprit plusieurs circonstances où elle avait expérimenté la fragilité et l'inconstance humaines ; se tournant ensuite vers le Seigneur : M'attacher à vous seul, ô mon Bien-Aimé, dit-elle, c'est là tout mon bien. Le Seigneur, s'inclinant, la serra dans ses bras avec tendresse : « Et m'attacher à toi, ma bien-aimée, répondit-il, m'est extrêmement doux. » A peine eut-il prononcé ces mots que tous les saints se levèrent devant le trône de Dieu et offrirent leurs mérites au Seigneur, afin que pour sa plus grande gloire il daignât les communiquer à cette âme qui deviendrait ainsi une demeure digne du Très-Haut.

Elle vit alors avec quelle promptitude le Seigneur daigne s'incliner vers nous, et combien les saints désirent l'honneur de Dieu, puisqu'ils offrent leurs mérites pour suppléer à l'indigence des hommes. Aussi, comme elle s'écriait, dans toute l'ardeur de son âme : « Moi, petite et vile créature, je vous salue, ô très aimé Seigneur », elle reçut cette ineffable réponse : « A mon tour je te salue, ô ma très aimée ! » Il lui fut donné de comprendre que si une âme dit à Dieu: Mon Bien-Aimé, mon très doux, mon très aimé Seigneur, ou autres paroles de ce genre, à chaque fois elle recevra ici-bas la même réponse, et elle jouira au ciel d'un privilège spécial, analogue à celui de Jean l'Évangéliste, qui obtint sur la terre une gloire particulière parce qu'il était appelé « discipulus quem diligebat Jesus : le disciple que Jésus aimait ». (S. Jean, xxi, 7.)

CHAPITRE XXXIV. DU PROFIT QUE LES HOMMES PEUVENT RETIRER DE L’ OFFRANDE FAITE PAR LE SEIGNEUR ET LES SAINTS.
Celle-ci devait, un matin, recevoir le corps du Christ et gémissait de se trouver si peu préparée. Elle pria la sainte Vierge et tous les saints d'offrir pour elle au Seigneur les ferventes dispositions qu'ils apportaient durant leur vie à la réception de la grâce. De plus, elle supplia Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même d'offrir cette perfection dont il était revêtu au jour de son Ascension lorsqu'il se présenta à Dieu le Père pour être glorifié.
Tandis qu'elle s'efforçait, plus tard, de connaître le résultat de sa prière, le Seigneur lui dit : « Aux yeux de la cour céleste, tu apparais déjà revêtue de ces mérites que tu as désirés. » Il ajouta : « Aurais-tu donc tant de peine à croire que moi, qui suis le Dieu bon et tout-puissant, j'ai le pouvoir d'accomplir ce que peut faire le premier venu ? En effet, celui qui veut honorer un ami le couvre de son propre vêtement ou d'un costume semblable, afin que cet ami se montre en public aussi richement habillé que lui. »
Mais celle-ci se souvint qu'elle avait promis à plusieurs personnes de communier ce jour-là à leur intention, et pria Dieu de leur accorder le fruit de ce sacrement. Elle reçut cette réponse : « Je leur donne la grâce réclamée, mais elles garderont la liberté de s'en servir à leur gré. »
Comme elle demandait ensuite de quelle manière il voulait que ces âmes cherchassent à en tirer profit, le Seigneur ajouta : « Elles peuvent se tourner vers moi à toute heure, avec un cœur pur et une parfaite volonté ; et lorsque avec leurs larmes et leurs gémissements elles auront imploré ma grâce, elles apparaîtront aussitôt revêtues de cette parure céleste que tu leur as obtenue par tes prières. »

CHAPITRE LXIV.
DU FRUIT DE LA BONNE VOLONTÉ.
"Moi aussi je prends plaisir à proposer à mes élus plusieurs difficultés qui ne se présenteront jamais, afin d'éprouver leur fidélité et leur amour. Je les récompense alors pour une infinité de mérites qu'ils n'auraient jamais pu acquérir, parce que je considère comme accomplis les désirs de leur bonne volonté."

CHAPITRE LXV. COMMENT PEUVENT SERVIR LES PRIÈRES DU PROCHAIN.
Un jour celle-ci offrait à Dieu, pour une personne qui l'en avait priée, tout ce que la divine bonté avait opéré gratuitement dans son âme, afin que cela servit au salut de cette personne. Aussitôt elle lui apparut debout devant le Seigneur, qui siégeait sur un trône de gloire et tenait sur son sein une robe d'une merveilleuse magnificence qu'il déploya devant elle sans toutefois l'en revêtir. Celle-ci en demeura toute surprise et dit au Seigneur : « Il y a quelques jours, lorsque je vous fis une offrande semblable, vous daignâtes aussitôt élever aux joies les plus sublimes du paradis l'âme d'une pauvre personne pour laquelle je vous priais. Pourquoi maintenant, ô Dieu de toute bonté, par le mérite de ces grâces que vous m'avez accordées, ne revêtez-vous pas cette personne de la robe que vous lui montrez et qu'elle désire avec tant d'ardeur ? » Le Seigneur répondit : « Lorsqu'on me fait, par charité, une offrande en faveur des âmes du purgatoire, je la leur applique aussitôt en leur donnant la rémission des fautes, le soulagement dans les peines et l'augmentation de la béatitude, selon l'état ou le mérite de chacune. J'ai pitié de la pauvreté de ces âmes, car je sais qu'elles ne peuvent s'aider en rien, et ma bonté m'incline toujours à la miséricorde et au pardon. Toutefois, lorsqu'on me fait de semblables offrandes pour les vivants, je les garde en vérité pour leur salut; mais comme ils peuvent eux-mêmes augmenter leurs mérites par des oeuvres de justice, par leur désir et leur bonne volonté, il convient qu'ils gagnent aussi par leurs propres efforts ce qu'ils souhaitent obtenir par les mérites d'autrui.
« C'est pourquoi, si la personne pour laquelle tu pries désire se parer des bienfaits que je t'ai conférés, elle doit s'appliquer spirituellement à trois choses :
1° que par l'humilité et la reconnaissance, elle s’incline pour recevoir cette robe, c'est-à-dire qu'elle confesse avoir besoin des mérites des autres, et me rende grâces, le coeur plein d'amour, d'avoir suppléé à son indigence par l'abondance d'autrui.
2° Qu'elle prenne cette robe avec l'espérance certaine de recevoir par ce moyen un grand profit pour le bien de son âme.
3° Qu'elle revête enfin cette robe en s'exerçant à pratiquer la charité et les autres vertus.

Celui qui désire participer aux grâces et aux mérites de son prochain peut agir de même, et il en retirera un grand profit. »

CHAPITRE LXXVI. 
DE LA COMMUNICATION SPIRITUELLE DES MÉRITES.
Une autre personne s'étant dévotement recommandée à ses prières, celle-ci, dès sa première entrée à l'oratoire, demanda au Seigneur que cette âme eût part à toutes les œuvres que Dieu laissait faire à son indigne servante : ses jeûnes, ses prières et ses autres actes de piété. Le Seigneur lui répondit: « Je communiquerai à cette âme toutes les faveurs que la libéralité sans bornes de ma Divinité t'accorde gratuitement et t'accordera jusqu'à ta mort. » Elle reprit : « Puisque l'Église entière participe à tout ce que vous daignez accomplir en moi ou par moi votre indigne servante, et aussi en tous vos élus, cette personne reçoit-elle de votre bonté quelque chose de plus, lorsque, en vertu d'une affection spéciale, je demande qu'elle ait part à tous les bienfaits que vous m'accordez ? » Le Seigneur répondit par cette comparaison : « Une noble damoiselle, qui sait préparer des perles et des pierreries pour en faire des joyaux dont elle orne sa sœur aussi bien qu'elle-même, relève ainsi l'honneur de son père, de sa mère et de toute sa maison. Bien que la louange du public s'adresse surtout à celle qui porte les colliers façonnés par elle-même, la sœur bien-aimée, parée de bijoux semblables quoique moins élégants peut-être, sera plus admirée que les autres sœurs qui n'ont rien reçu. De même, quoique l'Église participe à toutes les faveurs accordées à chacun des fidèles en particulier, l'âme qui les reçoit en retire un plus grand profit, et ceux à qui elle désire les communiquer en bénéficient ensuite plus que l'ensemble des autres chrétiens. »

DE LA DOUCE FÊTE DE LA PENTECÔTE.
"Les saints se levèrent avec joie, et pour suppléer à toutes ses négligences et à sa misère, ils offrirent à Dieu tous leurs mérites, dont elle se trouva magnifiquement parée."

CHAPITRE XLII. DE SAINT JEAN-BAPTISTE.
A la messe, tandis que le convent communiait, le bienheureux Jean-Baptiste lui apparut de nouveau couvert de magnifiques vêtements roses. Ces vêtements étaient ornés d'autant d'agneaux d'or qu'il y avait dans toute l’Église de personnes ayant reçu le Corps du Seigneur en ce jour, pour célébrer la naissance de Jean. Elle voyait aussi le même Jean-Baptiste prier pour tous ceux qui avaient célébré sa fête, et leur obtenir les mêmes mérites que lui le Précurseur avait acquis par ses fidèles travaux, quand il s'appliquait avec zèle à convertir au Seigneur les cœurs des peuples.

CHAPITRE XLIV. 
DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL
Pendant qu'elle priait après avoir reçu la communion, elle parut être assise au côté du Seigneur, comme s'assied la reine sur le trône du roi ; et les Princes des Apôtres venaient fléchir les genoux devant le trône, à la manière des chevaliers qui se présentent pour recevoir les récompenses distribuées par leur Seigneur et leur Dame. Il semblait en effet que la vertu de sa communion avait ajouté quelque chose aux mérites des saints. Elle se demanda alors avec étonnement si les Apôtres n'avaient pas acquis assez de mérites sur la terre en offrant souvent ce même sacrifice ; elle fut instruite par cette comparaison : Bien que ce soit un honneur suffisant pour la reine d'être l'épouse du roi, elle goûte cependant encore beaucoup de joie quand elle voit arriver le jour des noces de sa fille. De même tous les saints prennent part au bonheur de l'âme qui reçoit avec amour le Sacrement de l'autel.

CHAPITRE XLVIII.
DE L'ASSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE.
A la Messe, celle-ci dit trois fois le Laudate Dominum omnes gentes : Louez le Seigneur, tous les peuples, et demanda à tous les saints, selon sa coutume, par le premier, d'offrir pour elle au Seigneur leurs nombreux mérites afin de la préparer à recevoir le sacrement de vie. Au second Laudate, elle pria la bienheureuse Vierge, et au troisième, le Seigneur Jésus. La bienheureuse Vierge, à cette prière, se leva et vint offrir à la resplendissante et toujours tranquille Trinité les mérites de ces ineffables grandeurs qui l'avaient. au jour de son Assomption, élevée au-dessus des hommes et des anges, et rendue très agréable à Dieu. Puis, quittant le lieu qu'elle occupait, elle fit signe à cette âme en disant avec une grande tendresse : « Viens, bien-aimée, et mets-toi à ma place, revêtue de toute cette perfection de vertus qui attirait sur moi les regards de complaisance de l'adorable Trinité, afin que tu reçoives la même faveur dans la mesure possible. » Mais celle-ci, profondément étonnée, répondit avec mépris d'elle-même : « O Reine de gloire, par quels mérites pourrais-je obtenir cette faveur ? Il en est trois, dit la bienheureuse Vierge, qui peuvent t'en rendre capable : 
- Demande, par la très innocente pureté avec laquelle j'ai préparé au Fils de Dieu une demeure agréable en mon sein virginal, d'être purifiée par moi de toute souillure. 
- Prie ensuite afin que toutes tes négligences soient réparées par la profonde humilité qui m'a exaltée au-dessus des anges et des saints. 
- En troisième lieu, demande par l'incomparable amour qui m'a unie à Dieu pour toujours, d'être enrichie de mérites abondants. » 
Celle-ci, après avoir fait ces trois demandes, fut tout à coup élevée en esprit à la gloire sublime qui lui était accordée avec tant de bonté par les mérites de la Souveraine des cieux ; et lorsqu'elle apparut, occupant la place de cette Reine céleste et parée de ses mérites, le Dieu de majesté prit en elle d'inexprimables complaisances, tandis que les Anges et les saints venaient à l'envi lui rendre de respectueux hommages.(...)
Comme celle-ci, après avoir aussi communié, offrait au Seigneur en louange éternelle cet adorable sacrement, pour l'augmentation de la gloire et de la joie de sa bienheureuse Mère, et en retour du don que cette Mère bien-aimée lui avait fait de ses mérites, le Seigneur Jésus parut offrir un présent à sa très douce Mère et lui dit: « Voici, Mère, que je vous rends au double ce qui est vôtre ; cependant je n'enlève rien à cette âme que vous avez enrichie pour mon amour. »

CHAPITRE XLIX. DE SAINT BERNARD, ABBÉ.
En la fête de ce saint, comme elle assistait à la Messe chantée en son honneur, elle pria spécialement pour les personnes qui lui étaient recommandées, et aussi pour d'autres qui ne s'étaient pas confiées à ses prières, mais qui avaient une grande dévotion au bienheureux Bernard. Alors elle vit de nouveau ce très saint Père dans la gloire céleste : une lumière merveilleuse s'échappait de l'ornement qu'il portait sur sa poitrine et se dirigeait vers ceux qui désiraient, par ses mérites et son intercession, obtenir un fervent amour de Dieu. Cette lumière formait aussi sur la poitrine de ces personnes une sorte de collier d'un travail merveilleux où les exercices du divin amour pratiqués sur la terre par le bienheureux Bernard semblaient avoir été accomplis par toutes ces personnes elles-mêmes. A ce spectacle, elle éprouva une grande admiration et dit au saint : « O Père illustre, ces âmes qui paraissent revêtues de vos mérites, n'ont accompli aucune oeuvre semblable : quel fruit de salut pourront-elles donc obtenir ? » Il répondit : « La jeune fille ornée de parures étrangères a-t-elle moins de beauté que celle qui a revêtu les siennes, si ces joyaux sont également précieux et bien travaillés ? Ainsi les vertus des saints, dont les fidèles obtiennent par leur ferveur d'être revêtus, leur sont communiquées avec une si tendre bienveillance, qu'ils pourront pendant toute l'éternité se réjouir et se glorifier des fruits de ces vertus comme s'ils les avaient eux-mêmes produits. »
Aux paroles : perpes corona virginum du répons : Veræ pudicitiæ auctor, celle-ci rendait grâces au Seigneur pour les mérites de ces vierges et pour les faveurs qu'elles avaient reçues, quand elle les vit autour du trône du Seigneur diriger vers lui des rayons de lumière, symboles de leurs actions de grâces. Le Seigneur absorbait en lui ces rayons et les renvoyait ensuite vers l'âme qui lui avait rendu grâces pour toutes ces vierges. Celle-ci comprit alors que si on rend grâces à Dieu pour la gloire d'un saint, le Seigneur puise dans les mérites de ce saint afin d'accroître les biens de l'âme qui a su lui renvoyer toute louange.