samedi 15 novembre 2014

16 novembre : fête de sainte Gertrude. Sainte Gertrude et une âme du purgatoire




D'UNE ÂME QUI FUT SOULAGÉE PAR LES SUFFRAGES DE L'EGLISE A LA PRIÈRE DE CELLE-CI.

Comme on annonçait à une personne la mort d'un membre de sa famille et qu'elle en concevait beaucoup de peine, celle-ci fut touchée de compassion, et priant avec ferveur pour l'âme du défunt, elle comprit pourquoi la Providence avait permis que l'annonce de cette mort arrivât en sa présence. Mais elle dit au Seigneur : « Vous eussiez bien pu me faire la grâce de prier pour cette âme, ô Seigneur, sans me donner une telle émotion ! — II me plaît singulièrement, répondit-il, que l'homme tourne vers moi ses émotions naturelles aussi bien que sa bonne volonté; son action est ainsi complète. » Lorsque celle-ci eut prié longtemps pour le défunt, son âme lui apparut sous la forme d'un crapaud noir comme un charbon, qui se tordait sous l'effort des tourments. On ne voyait pas là de bourreaux, mais cette âme était torturée intérieurement dans chacun des membres qui lui avait servi à commettre le péché. 
Or celle-ci s'occupait aussi de son amour pour le Bien-Aimé, et en lui prodiguant les témoignages de sa tendresse, elle lui dit entre autres choses : « O mon Seigneur, voudriez-vous à cause de moi avoir pitié de cette âme ? » Le Seigneur lui répondit aimablement : « Pour ton amour j'aurai pitié non seulement de cette âme, mais d'un million d'autres encore. » Il ajouta : « Comment désires-tu que je fasse éclater ma miséricorde envers elle ? Veux-tu que je lui remette toutes ses fautes et que je la délivre de ses tourments ? » Elle répondit : « Une si grande miséricorde ne conviendrait peut-être pas à votre justice ! — Elle lui con-viendrait très bien, dit le Seigneur, si tu savais seule-ment me le demander avec confiance, car moi qui étant Dieu connais l'avenir, j'ai inspiré à cette âme certains désirs pendant son agonie pour la préparer à cette faveur. » Elle dit alors : « O salut de mon âme, exécutez ce que votre miséricorde a préparé ! Par un effet de votre grâce, j'attends avec confiance les faveurs de votre bonté. » A peine avait-elle dit ces paroles, que l'âme du défunt se leva, et parut avoir repris la forme humaine : l'horrible noirceur avait disparu, la peau était blanche, quoiqu'elle restât encore souillée, et l'âme rendait grâces avec une grande joie comme si elle eût été délivrée de toutes ses peines.

Cependant celle-ci comprit que cette peau souillée devait être purifiée et devenir aussi blanche que la neige pour que l'âme jouisse de la vision divine ; cette purification s'accomplirait par des coups de marteau qui la débarrasseraient de sa rouille. Mais comme elle avait été longtemps en l'état de péché, elle paraissait aussi difficile à blanchir qu'une toile qu'il faudrait exposer une année entière aux rayons du soleil. Celle-ci s'étonnait de la voir joyeuse au milieu de tant de souffrances, surtout quand elle apprit comment une âme qui quitte la terre, chargée de si énormes péchés, ne peut être aidée par les suffrages ordinaires de l'Eglise ; car il faut que la miséricorde de Dieu lui accorde une première puri-fication, afin qu'elle dépose le fardeau des péchés qui l'empêche de profiter des prières de la sainte Eglise, qui descendent sans cesse sur les âmes du purgatoire comme une rosée salutaire, un baume délicieux, un rafraîchissant breuvage.

Celle-ci rendit grâces et interrogea le Seigneur : « Veuillez, dit-elle, me faire connaître, ô très aimant Seigneur, par quels travaux et quelles prières on peut obtenir qu'une âme soit délivrée de ce poids de péchés qui met obstacle aux prières de l'Eglise. Je voyais que cette âme était aussi joyeuse, après avoir déposé seulement ce fardeau, que si elle avait passé du fond des enfers à la gloire du ciel ; et maintenant je voudrais la voir profiter des suffrages de l'Eglise afin qu'elle arrive à jouir d'un bonheur sans fin. » Le Seigneur répondit : «Aucune prière, aucun acte ne peut procurer ce secours à une âme ; seule la force de l'amour qui tout à l'heure embrasait ton cœur a pu obtenir cette faveur. Et comme aucun homme ne possède l'amour si je ne lui en fais don, de même un tel secours ne peut être accordé à une âme après la mort, que si elle a coopéré pendant sa vie à une grâce spéciale. Mais apprends qu'une telle peine peut être soulagée à la longue par les prières et les souffrances assidues d'amis dévoués. Les fidèles délivreront une âme plus ou moins vite, selon qu'ils prieront avec plus ou moins de ferveur, et aussi selon que chacun aura acquis plus ou moins de mérites pendant sa vie. »

Cependant l'âme dont nous avons parlé ressentit le soulagement que lui procurait cette prière : elle étendit alors les mains vers Dieu et lui demanda d'agréer l'offrande de ce bienfait, au nom de l'amour qui l'avait fait descendre du ciel sur la terre pour y subir la mort, et de récompenser aussi par ce même amour tous ceux qui l'avaient soulagée. Alors le Seigneur, pour montrer qu'il exauçait cette prière, reçut la drachme que lui offrait cette âme et la mit dans ses trésors afin de la donner en récompense à ceux qui avaient prié pour elle.