lundi 11 août 2014

St Jean Eudes : comment bénéficier de la miséricorde de la Sainte Vierge + deux conversions miraculeuses (5ème jour)



p. 10 du document pdf :


[..] C'est ainsi que la divine Miséricorde communique ses très douces inclinations au sacré Cœur de la bienheureuse Vierge. Si vous désirez, mon très cher frère, ressentir les effets de la miséricorde non pareille qui règne dans ce Cœur très bénin, reconnaissez premièrement que vous êtes un abîme de misères, que vous avez un besoin infini du secours de cette Mère de miséricorde, et que vous en êtes infiniment indigne.

Secondement, invoquez-la néanmoins avec très grande confiance en toutes vos nécessités.

En troisième lieu, si vous voulez qu'elle ait un Cœur plein de piété au regard de vous, ayez un coeur plein de bénignité au regard du prochain ; portez-vous volontiers, selon le pouvoir que Dieu vous en donnera, à toutes les œuvres de miséricorde, qui sont sept corporelles et sept spirituelles.

Les sept corporelles sont : donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, revêtir ceux qui sont nus, racheter les captifs et prisonniers, visiter les malades, loger les pèlerins et étrangers, ensevelir les morts.

Les sept spirituelles sont : donner de bons et salutaires conseils à ceux qui en ont besoin, enseigner les ignorants, corriger ceux qui font des choses répréhensibles, consoler les affligés, supporter les défauts et imperfections d'autrui, prier pour les vivants et pour les trépassés.

[...]

Chapitre II du même document.

"En l'année 1648, dans la grande ville de Naples, où il y a tant de dévotion à la bienheureuse Vierge, que l'on y compte environ soixante-dix églises consacrées à son honneur, et un grand nombre de ses images à l'entrée des principales maisons, ayant devant elles des lampes allumées durant toute la nuit; dans cette ville, dis-je, il y avait deux Turcs très passionnés pour la secte impie de Mahomet ; tous deux esclaves de l'un des principaux seigneurs de la ville, nommé Octavio Monaco d'Aragona, tous deux d'une vie très dépravée, mais l'un pourtant beaucoup plus que l'autre. Celui-ci néanmoins avait quelque chose de bon: c'est que, de l'argent qu'il gagnait par son travail, il en employait toujours quelque chose pour acheter de l'huile qu'il mettait dans une lampe, qui brûlait continuellement toute la nuit devant une image de la Mère de Dieu, qui était peinte sur la muraille, à l'entrée du palais de son maître. Quelques-uns des domestiques qui le voyaient faire cette action, s'en moquaient; mais il ne leur répondait autre chose sinon que celle à laquelle il rendait ce petit service saurait bien l'en récompenser et l'assister quand il en aurait besoin.

Il ne fut pas frustré de son attente; car, le vingtième de juillet de la même année, comme il reposait la nuit dans le lieu où il se retirait, qui était une remise de carrosse, il entendit une voix qui l'appelait par son nom et qui l'éveilla. Étant éveillé, il voit le lieu où il était rempli d'une lumière fort éclatante, au milieu de laquelle il aperçoit une dame d'une grande majesté et revêtue de blanc, à la gauche de laquelle il vit un vénérable vieillard. Tout étonné, et se souvenant qu'il avait fort bien fermé sa porte avant que de se coucher, il demanda à cette dame et à ce vieillard comment ils avaient pu entrer ?

-- « N'en soyez pas surpris, répondit cette Princesse du ciel, je suis Marie, la Mère du Sauveur du monde, et celui que vous voyez avec moi c'est mon époux saint Joseph, qui pouvons entrer partout où nous voulons, quoique les portes soient fermées. Je viens ici pour reconnaître le service que vous m'avez rendu continuellement depuis cinq ans, par l'entretien de la lampe qui brûle durant la nuit devant mon image en cette maison. »
Ce pauvre esclave, entendant ces paroles, se jette hors de son lit et se prosterne aux pieds de celle qui lui parlait, pour lui rendre ses hommages. 
--« La reconnaissance que j'ai dessein de vous rendre, lui dit alors cette Mère de grâce, n'est autre sinon de vous exhorter d'embrasser la religion chrétienne, et de prendre désormais le nom de mon époux Joseph.»  
-- Oui, madame, dit-il, c'est ce que je veux; mais comme je n'ai point de mémoire, je ne sais comme je pourrai apprendre ce qu'il faut savoir pour être chrétien, et les prières que disent les chrétiens. » 
-- « Ne vous mettez pas en peine de cela, dit la Mère de miséricorde, j'y donnerai bon ordre. » Alors s'approchant de lui et l'ayant frappé de la main sur l'épaule, quoique légèrement, il se sentit en un moment tout changé intérieurement en un autre homme, et s'écria de tout son coeur :
--« Ah ! je veux être chrétien; mais je n'ai aucune mémoire, que ferai-je, que ferai-je ? » 
Mais la Mère de bonté lui prenant la main, lui fit faire le signe de la croix, en disant : In nomine Patris, etc. Ensuite de quoi elle lui ordonna d'aller trouver le Père de la congrégation des Esclaves, aux Jésuites, qui l'instruirait des choses qu'il fallait savoir pour être chrétien. -- « Ayez bon courage, lui dit-elle, vous apprendrez bientôt et facilement ce qu'il faut savoir pour être baptisé.» 
Après cela, comme elle commençait à s'en aller, l'esclave tout transporté de joie, prenant le bas de sa robe, la supplia de le revenir visiter, spécialement quand il aurait quelque affliction d'esprit ou de corps. Ce qu'elle lui promit de faire; et au même temps, lui jetant de l'eau qui était dans le vaisseau d'argent que portait saint Joseph: « C'est ainsi, lui dit-elle, que vous serez lavé de l'eau du baptême, par laquelle vous serez purifié de tous vos péchés, et votre âme sera rendue plus blanche que la neige. »
Cela fait elle disparaît, et l'esclave se levant promptement, s'en va trouver son compagnon, auquel ayant raconté tout ce qui lui était arrivé, il en fut tellement touché, qu'à l'heure même il prit la résolution d'être chrétien.
Tous deux vont trouver le Père de la congrégation des Esclaves, qui, ayant appris ce qui s'était passé, les instruisit pleinement des saints mystères de notre religion. Ensuite de quoi, le jour de leur baptême ayant été pris, et le bruit de ce miracle s'étant répandu dans toute la ville, on y accourut de toutes parts, et ils furent baptisés très solennellement le 11 août, avec une joie incroyable de tout le monde. Ce qui fit un merveilleux changement en eux; car c'étaient deux loups qui devinrent deux agneaux ; c'étaient deux démons qui devinrent deux anges, commençant à vivre en véritables chrétiens.

Après tout cela, la Mère de bonté ne manqua pas à la promesse qu'elle avait faite au nouveau Joseph. Car, lorsqu'il souffrait quelque tristesse dans son coeur, dont il ne se pouvait dégager, ou quelque mal au corps, dont il ne pouvait se délivrer, il appelait sa divine Marie en cette façon : « Il est temps que vous veniez, ma très bonne Marie, pour m'assister dans ce besoin. » Et au même temps cette Vierge très bénigne paraissait visiblement, et lui disait seulement ces trois paroles : Joseph, patientiam habe: « Joseph, ayez patience. » Ces trois paroles prononcées de la sacrée bouche de la Mère de Dieu, étaient un remède infaillible à toutes sortes de maux pour ce pauvre esclave. Elles essuyaient toutes les peines de son esprit et guérissaient tous les maux de son corps.

O Mère de clémence et de miséricorde, si votre Cœur est si rempli de bonté pour des Turcs, que ne feriez-vous pas pour des chrétiens, s'ils voulaient vous servir ? Si vous faites tant de miracles pour un mahométan, lorsqu'il est encore engagé dans le parti de Satan et ennemi de votre Fils, quelles faveurs ne faites-vous pas à ceux qui font profession de vous honorer et aimer comme leur très bonne et très aimable Mère ?"

SUB TUUM

Sub tuum praesidium confugimus,
sancta Dei Genitrix.
Nostras deprecationes ne despicias
in necessitatibus,
sed a periculis cunctis
libera nos semper,
Virgo gloriosa et benedicta.

Sous l'abri de votre miséricorde,
nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu.
Ne méprisez pas nos prières
dans les épreuves,
mais de tous les dangers
délivrez-nous toujours,
Vierge glorieuse et bénie.