samedi 16 août 2014

Mgr Fellay à Winona le 2 février 2012 : acceptation de Vatican II à la lumière de la Tradition


Pour les besoins d'un futur article, nous avons besoin de nous rafraîchir un peu la mémoire, concernant le sermon de Mgr Fellay fait à Winona le 2 février 2012. Voici un extrait brièvement commenté :

Mgr Fellay : "[...] Aussi, quand on entend le pape actuel dire qu’il doit y avoir continuité dans l’Eglise, nous disons : « bien sûr ! » C’est ce que nous disons depuis toujours. Quand on parle de la Tradition, c’est précisément ce que l’on veut dire. Ils affirment qu’il doit y avoir Tradition, qu’il doit y avoir continuité, et donc qu’il y a continuité. Vatican II a été fait par l’Eglise, or dans l’Eglise il doit y avoir continuité, donc Vatican II appartient aussi à la Tradition. Et nous de réagir : « pardon, que dites-vous là ? »
Commentaire :
Ici, Mgr Fellay semble bien traditionnel car il semble affirmer que Vatican II n'appartient pas à la Tradition. Mais cela se gâte juste après :

Mgr Fellay : "Mais cela va encore plus loin, bien chers fidèles. Ce que je viens de décrire se passait pendant les discussions à la fin desquelles nous recevions l’invitation de Rome. Dans cette invitation se trouvait la proposition d’une solution canonique pour régulariser notre situation. Et je peux affirmer que ce qui nous est présenté aujourd’hui – et qui est différent de ce qui nous a été présenté le 14 septembre 2011 – peut être considéré comme bon. Ils remplissent toutes nos conditions, si je puis dire, au niveau pratique. Il n’y a pas beaucoup de problèmes sur ce plan. Mais le problème demeure à un autre niveau, au niveau de la doctrine. Toutefois, même dans le domaine doctrinal, on avance très vite, mes bien chers frères. La clé du problème est un principe (celui de la cohérence avec la Tradition). Ils nous disent : « vous devez accepter que dans les cas où il y a des difficultés dans les documents du Concile – tels points ambigus qui font débat – ces points, comme l’œcuménisme, la liberté religieuse, doivent être interprétés en cohérence avec l’enseignement de toujours de l’Eglise ». Et ils ajoutent : « ainsi lorsqu’il y a une ambiguïté dans le Concile, vous devez la comprendre comme l’Eglise a enseigné depuis toujours ».
Ils vont encore plus loin et disent : « on doit rejeter tout ce qui est opposé à l’enseignement traditionnel de l’Eglise ». Bon, c’est ce que nous avons toujours dit. C’est surprenant, n’est-ce pas, que Rome nous impose ce principe ? Surprenant. Alors vous pourriez demander : « pourquoi n’acceptez-vous pas ? » 
Commentaire :
Mgr Fellay dit ici qu'il serait d'accord pour interpréter les ambiguïtés du concile en rejetant toute interprétation opposée à l'enseignement traditionnel de l'Eglise. Ce qui confirme cette interprétation, c'est la réponse qu'il fait ensuite à la question : "pourquoi n'acceptez-vous pas ?" :

Mgr Fellay : "Eh bien, chers fidèles, c’est qu’il y a encore un problème. Dans le texte de ce Préambule doctrinal, ils donnent deux applications du comment nous devons comprendre ces principes. Ils nous donnent les exemples de l’œcuménisme et de la liberté religieuse, tels qu’ils sont décrits dans le nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique, qui reprend exactement les points que nous reprochons au Concile.
Commentaire :
Donc si Rome, au lieu du catéchisme de l'Eglise catholique avait présenté des encycliques passées des papes en disant : Vatican II, c'est la même chose que Quanta cura etc.,  Mgr Fellay aurait accepté.

Mgr Fellay : "En d’autres termes, Rome nous dit : « nous avons toujours fait cela. Nous sommes traditionnels ; Vatican II c’est la Tradition. La liberté religieuse, l’œcuménisme c’est la Tradition. C’est en parfaite cohérence avec la Tradition. » Vous vous demandez : « où cela nous conduit-il ? » Quels mots trouverons-nous pour dire que nous sommes d’accord ou que nous ne le sommes pas ? 
Commentaire :
Donc selon Mgr Fellay, il est possible en un sens de dire  que l'on est d'accord avec cette affirmation de Rome, si on accepte de dire qu'il faut comprendre la liberté religieuse et le faux œcuménisme à la lumière des encycliques qui les condamnent... Or, ce n'est pas possible. On ne peut pas dire : j'accepte l'hérésie parce que vous me dites que je dois l'interpréter comme disant le contraire de ce qu'elle dit.

Mgr Fellay : "Même s’ils acceptent les principes que nous avons toujours soutenus, c’est parce que, pour eux, ces principes signifient ce qu’ils pensent, mais qui est en exacte contradiction avec ce que nous affirmons."
Commentaire :
Il ne suffit pas de condamner Rome pour une interprétation moderniste des principes. Ce qu'il faut, c'est refuser d'accepter Vatican II, même à la lumière de principes traditionnels bien interprétés. Car c'est un mensonge et une compromission grave de faire semblant d’interpréter des hérésies manifestes de façon traditionnelle. Les mots sont les mots. Ils ne faut pas vouloir leur faire dire autre chose que ce qu'ils signifient. "Est, est, non, non", a dit Notre-Seigneur.


Mgr Fellay : "Je crois qu’on ne peut pas aller plus loin dans la confusion. En d’autres termes, cela signifie qu’ils donnent une autre signification au mot « Tradition », et peut-être au mot « cohérence ». Voilà pourquoi nous avons été obligés de dire « non ». Nous n’allons pas signer cela. Nous sommes d’accord dans le principe, mais nous nous rendons compte que la conclusion est contraire."
Commentaire :
Il est clair ici que Mgr Fellay dit qu'il aurait été d'accord pour signer avec Rome si celle-ci avait été d'accord pour interpréter Vatican II d'une façon traditionnelle. 

Mgr Fellay : "Grand mystère ! Alors, que va-t-il se passer maintenant ? Nous avons envoyé notre réponse à Rome. Ils continuent à dire qu’ils y réfléchissent, et cela veut dire que probablement ils sont embarrassés. En même temps je crois que nous pouvons voir maintenant ce qu’ils veulent vraiment. Nous veulent-ils vraiment dans l’Eglise ou non ? Nous leur avons parlé très clairement : « si vous nous acceptez c’est sans changement. Sans obligation d’accepter ces choses ; alors nous sommes prêts. Mais si vous voulez nous les faire accepter, alors c’est non. » Et nous n’avons fait que citer Mgr Lefebvre, qui avait déjà dit cela en 1987 – plusieurs fois auparavant, mais la dernière fois qu’il l’a dit c’était en 1987."
Commentaire :
C'est ici la reprise de la fameuse idée que nous pouvons faire un accord pratique avec Rome si elle nous accepte tels que nous sommes. On voit ici que Mgr Fellay était déjà tout à fait dans l'optique d'un accord pratique, en février 2012. Il préparait le terrain en se protégeant derrière Mgr Lefebvre qui a en effet affirmé ce principe à plusieurs reprises, même après les sacres (cf. Fideliter 70 de juillet 1989). Or, sur ce point, Mgr Lefebvre s'est trompé de bonne foi. Même si Rome avait été loyale avec lui et lui avait donné l'évêque traditionnel qu'il souhaitait ainsi que la commission romaine qu'il désirait, il n'en reste pas moins que la Fraternité Saint Pie X aurait été remise sous l'autorité d'un pape hérétique... Ce qu'il est impossible d'accepter en conscience. 

Parce que personne n'a osé condamner ce principe erroné de vouloir être reconnus tels que nous sommes par un pape hérétique, (car cela aurait condamné en même temps Mgr Lefebvre sur ce point), ce mauvais principe n'a pas été complètement éradiqué. C'est pourquoi Mgr Fellay s'abrite encore derrière lui aujourd'hui, en 2014, en se réclamant toujours de Mgr Lefebvre qui est devenu la référence de ses actions, alors que la référence de nos actes doit être en priorité la doctrine de l'Eglise et l'exemple de Notre-Seigneur... 

Il faut donc veiller à ne pas tomber dans le même travers pour notre part. Tout en gardant à Mgr Lefebvre notre reconnaissance, nous ne devons pas hésiter à condamner ses erreurs. Même Saint Pie X, d'ailleurs, a fait lui aussi des erreurs et cela ne nous empêche pas de l'aimer. Un article récent du Sel de la Terre n°89 montre qu'il a nommé des libéraux comme cardinaux, en leur recommandant d'être bien traditionnels (*)... Les enfants de lumière ont parfois tendance involontairement à suivre un peu trop la simplicité de la colombe au détriment de la prudence du serpent. Nous nous efforcerons donc de les imiter dans leur amour de Dieu, mais pas dans leurs rapports trop confiants avec les ennemis de l'Eglise.

Note :

(*) Sel de la Terre n°89, p.64 : 
La tactique moderniste de Saint Pie X à Pie XI
"[...] Peu avant sa mort, Saint Pie X avait nommé plusieurs nouveaux cardinaux à qui il avait adressé une émouvante adjuration de conserver l'union dans l'intégrité de la doctrine, tout en se plaignant de n'avoir pas été obéi ; cet appel resta sans effet car les nouveaux promus étaient tous des progressistes et des libéraux (1). Dès lors le résultat du prochain conclave ne pouvait faire de doute. De fait, ce fut un des nouveaux promus, le cardinal della Chiesa, ancien secrétaire de Rampolla qui fut élu et prit le nom de Benoît XV." [ndlr d'Avec l'Immaculée : Rampolla était un franc-maçon. On a retrouvé juste après sa mort des documents le prouvant et on les a montrés à Saint Pie X.]
(1)  Poulat, Intégrisme et catholicisme intégral, p. 455 - 457.