mercredi 9 juillet 2014

Une déclaration abusive



Nous venons de découvrir que le « serment », communément nommé ainsi dans la Fraternité Saint Pie X, à tel point que des prêtres croient qu’’ils signent un serment et que nous croyions aussi que c’en était un, n’en est pas un.

Un prêtre de la Résistance, qui a relu cet article, nous a expliqué qu’il s’agissait d’une déclaration. Le titre de ce texte que les séminaristes de la Fsspx doivent signer, s’ils veulent pouvoir accéder à l’ordination, le dit bien : il y a le terme « déclaration ». Le nom de Dieu n’est pas invoqué non plus dans cette déclaration, à la différence d’un serment dont la définition même est que c’est l’invocation du nom de Dieu, pris comme témoin de la vérité. Donc il s’agit bien d’une déclaration et non d’un serment. En effet le code de droit canon de 1917 dit :

Canon 1316 :
"§1 Le serment, c'est-à-dire l'invocation du Nom divin pris comme témoin de la vérité, ne peut être prêté qu'en vérité, avec sérieux et avec justice. "

Lisons donc cette déclaration :

DÉCLARATION DE FIDÉLITÉ AUX POSITIONS DE LA FRATERNITÉ SAINT PIE X

Je soussigné, reconnais François comme Pape légitime de la sainte Église catholique. C’est pourquoi je suis prêt à prier publiquement pour lui en tant que Souverain Pontife. Je refuse de le suivre quand il s’écarte de la Tradition catholique, particulièrement en matière de liberté religieuse et d’œcuménisme, ainsi que dans les réformes qui sont nocives pour l’Église.

J’admets que les Messes célébrées selon le nouveau rite ne sont pas toutes invalides. Cependant, eu égard aux mauvaises traductions du N.O.M, à son ambiguïté qui favorise son interprétation dans un sens protestant, et à la pluralité des modes de célébration, je reconnais que le danger d’invalidité est très grand. J’affirme que le nouveau rite de la Messe ne formule, il est vrai, aucune hérésie expresse, mais qu’il «s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe» et que pour cette raison ce nouveau rite est en soi mauvais. C’est pourquoi je ne célébrerai jamais la sainte Messe selon ce nouveau rite, même sous la menace de peines ecclésiastiques ; et je ne conseillerai jamais à quiconque, de manière positive, de participer activement à une telle messe.

J’admets enfin comme légitime et conforme à la Tradition la réforme liturgique de Jean XXIII.

J’en reçois donc comme catholiques tous les livres liturgiques : missel, bréviaire,. etc., (et je m’engage à les utiliser exclusivement selon leur calendrier et leurs rubriques, en particulier pour la célébration de la Messe et pour la récitation du bréviaire). Je désire ce faisant manifester l’obéissance qui me lie à mes supérieurs, ainsi que celle qui me lie au Pontife Romain dans tous ses actes légitimes. En ce qui concerne l’interprétation et l’utilisation du nouveau Code de droit canonique, je me déclare enfin prêt à suivre les directives de mes supérieurs. Fait à (lieu et date) :... Signature :...

Il y aurait beaucoup à dire sur ce texte. Nous allons nous contenter de commenter rapidement ce passage : 

« Je soussigné, reconnais François comme Pape légitime de la sainte Église catholique »

Cette première phrase ne peut être demandée en conscience aux séminaristes comme condition à leur ordination. En effet, même s’il ne s’agit pas d’un serment avec le nom de Dieu, cette déclaration est quand même capitale, puisque l’ordination en dépend. On dit au séminariste : « vous ne voulez pas signer cette déclaration ? Très bien, vous ne serez jamais ordonné. » On exerce donc un véritable forcing sur l’âme du séminariste, pour ne pas dire un chantage. Expliquons pourquoi c’est immoral :

Nous savons que le sédévacantisme est une opinion libre. Pourquoi est-ce une opinion libre ? Parce que les papes depuis Vatican II sont au moins hérétiques matériels. On ne peut donc pour l’instant, en l’état des études théologiques actuelles, savoir avec une certitude de 100% si le pape est le pape. Pour le savoir avec certitude, il faudra attendre la fin de cette crise et qu’un bon pape tranche sur ce sujet.

On ne peut donc pas faire dépendre l’ordination des séminaristes d’une déclaration qui affirme des choses qui sont incertaines. C’est un abus à notre avis. Cela accule les âmes droites qui souhaitent suspendre leur jugement à affirmer solennellement quelque chose dont elles ne sont pas sûres. Peut-on demander cela en conscience ? Non, bien sûr. On pourrait nous répondre : ces personnes n’ont qu’à aller chez les sédévacantistes… Le problème est que l’on peut très bien avoir un cas de conscience de cet ordre et ne pas être sédévacantiste. Cela peut donc acculer un séminariste à aller voir les sédévacantistes dogmatiques alors qu’il ne l’est pas. C’est donc vraiment un texte nocif.

Heureusement, presqu’aucun séminariste ne se pose ces questions au moment où il prononce cette déclaration… Mais imaginons un séminariste qui se poserait la question. Ce séminariste connaîtrait très bien le sédévacantisme et tout en ne l’acceptant pas, il saurait qu’il n’a pas le droit de le condamner ni de le rejeter. Il saurait qu’il n’a pas le droit d’avoir une certitude concernant le pape tant qu’un pape n’aura pas tranché… Ne ferait-il pas alors un péché véniel volontaire en prononçant cette déclaration, alors qu’il n’est pas sûr de ce qu’il déclare ? Nous pensons que oui. Or, tous les saints nous enseignent qu’il faut être prêt à mourir plutôt que de faire un péché véniel volontaire. On accule donc le séminariste un peu trop clairvoyant à faire un péché véniel volontaire pour accéder à l’ordination, s’il veut rester dans la FSSPX. Et s’il n’est pas content, il n’a pas de solution alternative, si ce n’est d’aller voir les sédévacantistes, ce qu’il ne veut pas, puisqu’il ne l’est pas.

… A moins qu’il ne vienne voir la Résistance ? Pour l’instant, aucune décision n’a été prise au sujet de cette déclaration, dans la Résistance. Nous voudrions bien que ses responsables nous rassurent vite sur ce sujet et puissent promettre aux jeunes séminaristes qu’on ne leur fera pas de chantage à l’ordination en leur demandant de déclarer quelque chose dont ils n’ont pas le droit d’être certains théologiquement. 

Il est important que la Résistance, si elle veut être bénie de Dieu, soit très délicate avec les consciences des séminaristes et leur enseigne à avoir un grand amour pour la vérité et une grande haine pour les mensonges, l’hypocrisie, la simulation, l’ambiguïté, les choses à double sens. 

Mais alors, diront certains, nous allons nous faire envahir par les sédévacantistes, si nous ne protégeons pas par cette déclaration. La réponse est que dans la Résistance, la règle devrait être de ne pas faire l’apologie du sédévacantisme qui est une opinion libre source de discordes. Une opinion libre n’a pas à être prêchée, puisqu’elle n’appartient pas au dépôt de la foi. Les sédévacantistes éventuellement infiltrés ne pourraient donc pas prêcher leur doctrine. Il ne serait donc pas gênant qu’ils soient avec nous, puisqu’ils ne pourraient faire aucun mal, si ce n’est nous fournir de la main d’œuvre supplémentaire. S’ils se mettaient à prêcher leur doctrine, ils sauraient qu’ils seraient renvoyés immédiatement. Ils n’auraient donc pas le temps de mettre du désordre, et auparavant, ils nous auraient aidés... De plus actuellement, nous ne sommes plus dans les années 80. Il y a à présent des séminaires sédévacantistes dans le monde entier. Les sédévacantistes vont donc dans leurs séminaires. Un sédévacantiste n’a pas un tempérament de franc-maçon. Nous ne pensons donc pas que nous nous ferions infiltrer par eux. Et s’ils le faisaient, cela ne serait pas un bien grand mal, puisque l’apologie du sédévacantisme serait interdite, comme nous l’avons vu plus haut.

Un autre argument contre cette déclaration peccamineuse est que la fin ne justifie pas les moyens. On n’a donc pas le droit de demander au séminariste de faire un péché véniel volontaire en déclarant une chose incertaine. Le séminariste qui ne veut pas offenser Dieu serait contraint de quitter la Résistance. Cela entraînerait certains séminaristes à aller voir les sédévacantistes, même s’ils ne le sont pas. Le séminariste qui voudrait ne se compromettre ni avec les sédévacantistes, ni avec une déclaration abusive, en serait réduit à errer de par le monde, à la recherche d’un évêque catholique refusant Vatican II et acceptant d’ordonner des non-sédévacantistes, tout en ne faisant prononcer aucun serment, si ce n’est le serment anti-moderniste. Il serait donc dans une situation impossible et vivrait un calvaire. Il ne le faut pas.

Conclusion

Cette déclaration est mauvaise, même si la quasi-totalité des séminaristes qui la signent n’en sont pas conscients et ne commettent donc aucun péché. Elle est un abus, puisque c’est une position incertaine théologiquement. Nous supplions donc Mgr Williamson de ne pas permettre qu’on inflige une telle déclaration aux séminaristes et de ne pas permettre que la Résistance soit souillée par l’exigence d’une telle déclaration. Notre-Seigneur vient à notre aide par ces paroles : « Que votre oui, soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du démon. » Une déclaration incertaine n’est pas un oui franc et massif. C’est un oui ambigu. Nous laisserons donc le lecteur en tirer les conclusions, grâce aux paroles de Notre-Seigneur.