vendredi 11 juillet 2014

Paroles de Notre-Seigneur sur l'amour de la vérité



CHAPITRE XLVI. 


[...] Sainte Madeleine s'avança alors, se prosterna aux pieds du Seigneur, les baisa avec amour et les éleva ensuite de ses deux mains afin de les offrir, par la vertu de ses mérites, à tous ceux qui désiraient s'en approcher par une sincère pénitence. Celle-ci [Sainte Gertrude] vint avec dévotion baiser tendrement ces pieds sacrés et dit : « Voici, ô très aimé Seigneur, que je vous offre les peines de vos servantes qui me sont confiées, et en leur compagnie je lave vos pieds très saints. » Le Seigneur répondit : « C'est avec raison que tu m'as lavé les pieds en leur nom ; et maintenant dis à celles pour qui tu pries qu'elles me les essuient elles-mêmes de leurs cheveux, qu'elles les baisent et les oignent de parfums. » Elle comprit alors que ces personnes devaient observer trois choses : 

- d'abord pour essuyer les pieds du Seigneur, elles devaient considérer et rechercher avec soin si dans les peines qu'elles supportaient il ne se trouvait rien qui fût opposé à Dieu ou qui les empêchât d'appartenir à Dieu. Dans ce cas, elles devaient diriger leur intention de manière à être prêtes, pour éloigner ces obstacles, à supporter toutes les douleurs possibles. 
- Secondement, pour baiser les pieds du Seigneur, elles devaient se confier pleinement à la Bonté divine qui leur pardonnerait volontiers ce qu'elles regretteraient de tout cœur. 
- Enfin pour oindre de parfums les pieds du Seigneur, elles devaient avoir la volonté bien sincère d'éviter, autant que possible, tout ce qui déplaît à Dieu.


Le Seigneur ajouta : « Si tu veux aussi m'offrir le parfum que, d'après l'Écriture, cette femme dévote répandit sur ma tête en brisant le vase qui le contenait, d'où il advint que « la maison fut toute remplie de l'odeur du parfum : et domus impleta est ex odore unguenti » (Jean. XII. 3), tu devras aimer la vérité. En effet celui qui par amour de la vérité et pour défendre la vérité, s'expose à perdre ses amis, s'attire des peines ou entreprend volontiers de grands travaux ; celui-là brise réellement le vase d'albâtre et répand sur ma tête un parfum précieux qui remplit la maison de son odeur délicieuse. Il donne en vérité le bon exemple, et tandis qu'il s'efforce de corriger les autres, il s'amende lui-même de tous ses vices, car il évite de commettre les fautes qu'il blâme dans le prochain, ainsi la bonne odeur se répand par la correction d'autrui et par le bon exemple qu'il donne. S'il arrive que, dans son amour pour la vérité, il commette quelque faute, soit en corrigeant le prochain avec un zèle excessif et de dures paroles, soit en se montrant négligent ou trop rigoureux ; je l'excuserai auprès de Dieu le Père et de tous les habitants du ciel comme autrefois j'ai excusé Marie ; bien plus, je satisferai pour toutes ses fautes. »
Celle-ci dit encore : « O Seigneur, il est rapporté que Marie a acheté ce parfum ; comment pourrai-je vous rendre un hommage si agréable que je semble aussi l'avoir payé d'un grand prix ? » Le Seigneur répondit: « Celui qui m'offre sa bonne volonté en toute occasion où il s'efforce d'agir pour mon amour, et s'expose même à de durs labeurs afin de procurer ma gloire, achète vraiment ce parfum précieux et agréable. II l'achète pourvu que, préférant mon honneur à son propre avantage, il s'expose volontiers à mille désagréments, lors même que, par suite de certains obstacles, il ne peut réaliser son dessein. »