mercredi 9 juillet 2014

La régulation chrétienne des naissances




Des questions nous ont été posées par plusieurs personnes à ce sujet, qui est assez délicat. Nous vous proposons donc une petite étude, avec l’aide de deux prêtres de la Résistance qui ont relu cet article. L’un d’entre eux nous a fourni son cours de théologie morale.
Addendum le 26 juillet 2014 : Deux autres prêtres ont approuvé cet article, depuis sa publication.

Voici tout d’abord les notes du cours de théologie morale :

"Raisons qui légitiment la «continence périodique» ou les méthodes naturelles. 

Les raisons qui légitiment l’emploi de ces méthodes naturelles doivent être graves. 

(I) Raisons d'ordre médical grave : 

- une femme mise en danger de mort par une nouvelle grossesse ou un nouvel accouchement. 

NB : Il faut que le médecin qui estime le danger soit savant et sage. 

- quand il y a un état momentané pathologique qui fait qu’une grossesse immédiate serait un inconvénient (par exemple, la femme a besoin de réparer ses forces affaiblies par une série de grossesses consécutives, etc.). 

Attention : Aujourd'hui, les médecins recommandent d'éviter les enfants facilement. 

(II) Motifs eugéniques de nature grave : 

Lorsque les époux ont une quasi-certitude d'avoir des enfants avec des déficiences physiques ou mentales. Ou quand une conformation défectueuse va produire nécessairement un avortement. 

(III) Raisons économiques graves :

Ne doivent pas être considérés comme des raisons économiques sérieuses la simple peur d'avoir une grande famille, ni la possibilité de mettre en péril les projets économiques des époux, ni une considération hédoniste et égoïste des époux qu’ils vont devoir diminuer leur train de vie à cause de la charge des enfants.

Il doit avoir des motifs qui, à la lumière d'une conscience droite, obligent les époux à constater qu'en l'état actuel de leur situation économique, ils ne devraient pas avoir un autre enfant.

(IV) Raisons sociales graves : 

Par exemple, un grave manque de qualités spirituelles (prudence, esprit de décision, fermeté, force de caractère, équilibre nerveux, etc.) qui font que les époux sont incapables d'éduquer leurs enfants, ou bien encore une guerre ...

(V) Raison théologique

Le nombre des enfants ne doit pas être déterminé par la volonté humaine mais par la volonté de Dieu. Les époux doivent avoir tous les enfants que Dieu veut et pas nécessairement tous les enfants qu'ils peuvent avoir. La distinction est très importante car c'est ce qui permet la continence périodique par les époux dans leur usage du mariage. (Attention, la continence périodique est différente de la "planification familiale")

Autrement dit : notamment dans le domaine de la procréation dans le mariage, Dieu montre sa volonté à travers tous les événements de la vie domestique. 

Donc, si la vie domestique présente un problème grave de santé, d’ordre économique, social ou eugénique, les époux connaissent ainsi en elle et par elle la volonté de Dieu sur leur mariage, ce qui permet la continence périodique dans la loi de Dieu tant que la difficulté demeure. 

Les époux doivent juger devant Dieu si l'abstinence périodique est permise ou non dans leur situation. Le confesseur doit seulement se contenter de leur donner les principes et il doit encourager leur générosité." (fin de citation du cours de théologie morale)

Commentaire (addendum au 26 juillet 2014 : ce commentaire a été relu et approuvé par quatre prêtres)

- Il apparaît donc, à la lumière de ce cours, que l’on ne doit pas fixer de nombre idéal d’enfants à avoir, pour une famille. Le nombre idéal varie selon chaque famille. C’est le nombre d’enfants que Dieu veut pour cette famille. Dieu manifeste sa volonté à travers les évènements et les épreuves qu’il permet. 

Certaines familles ne pourront avoir qu’un ou deux enfants, en raison de problèmes graves de santé de la mère, par exemple. On pense par exemple à une fragilité nerveuse continue et sérieuse, qui peut être un motif d’utilisation des méthodes naturelles. On est alors au deuxième cas du (I) ou à l’un des inconvénients énoncés dans les problèmes d’ordre sociaux du cours de théologie morale (en IV).

Le couple doit demander régulièrement à Dieu quelle est sa volonté en ce domaine. Il ne doit chercher en tout que l’accomplissement de cette volonté, en se désintéressant du regard des autres à son égard. Il doit veiller à être à la fois prudent et généreux.

- il faut être prudent : 

Si l’on sait qu'avoir d’autres enfants provoquera :

- une maladie grave de la mère, 

ou bien 

- un fort risque de décès de la mère 

ou bien

- la mort certaine de l’enfant (1)

ou bien 

- un fort risque d’avoir un enfant ayant une malformation ou une maladie grave 

ou bien

- une pauvreté gravement dangereuse pour l’équilibre familial, 

cela signifie que Dieu nous manifeste par les évènements qu’il ne nous oblige pas à avoir d’autres enfants. Dans ce cas, on peut utiliser les méthodes naturelles de façon continue, tout en essayant de remédier au problème grave, quand cela est possible. 

On ne peut pas se faire stériliser, ni avorter, ni prendre la pilule contraceptive (2) ou abortive pour éviter d'avoir des enfants, même dans les cas graves.

Si une femme est gravement épuisée, on n’est pas obligé d’attendre qu’elle tombe malade pour utiliser les méthodes naturelles et ainsi lui permettre de se reposer. On est alors dans le deuxième cas du problème grave de santé énoncé au (I) du cours de théologie morale.

S’il est impossible de remédier à ce grave problème, alors on peut utiliser de façon permanente la continence périodique. Si l’inconvénient a une chance de disparaître, il faut tenter de trouver une solution, si cela est possible. Mais tant que l’inconvénient demeure, on peut continuer l’abstinence périodique. 

Nota bene : 

(1) Une femme ayant tendance à faire des fausses couches régulières mais ayant des chances de garder ses enfants ne peut pas pratiquer l’abstinence périodique pour cette raison, du moment qu’elle n’a pas d’autres problèmes de santé ou économiques, ou eugéniques ou sociaux. La continence périodique n’est légitime qu’en cas de fausse couche certaine et systématique.

(2) on peut prendre une pilule contraceptive cependant en tant que médicament, si c’est le seul médicament qui peut répondre à un problème de santé, par exemple pour répondre à un problème hormonal. Il faut qu’il n’y ait pas d’autre solution meilleure que la pilule contraceptive pour soigner cette maladie. Dans ce cas, l’intention de la mère n’est pas d’éviter d’avoir des enfants mais de se soigner. La pilule contraceptive est alors utilisée en tant que médicament nécessaire pour la santé. Mais on n’a jamais le droit de prendre la pilule contraceptive dans le but d’éviter d’avoir des enfants. Mais comme la pilule contraceptive peut causer des avortements, la femme qui a besoin de la prendre doit s’abstenir de rapports conjugaux pendant toute la durée du traitement et tant que l’effet contraceptif de cette pilule demeure.

- il faut être généreux :

Les inconvénients qui légitiment l’utilisation ponctuelle ou en continu des méthodes naturelles doivent être réellement graves et mettre d’une façon ou d’une autre l’équilibre familial en danger de façon préoccupante. Il faut donc veiller à ne pas trop se dorloter. Il faut être prêt à accepter de faire des sacrifices du moment qu’ils ne mettent personne en danger. Il faut donc demander à Dieu le discernement. De nombreux saints étaient des enfants de famille très nombreuses : ex : Noël Pinot, 16ème enfant, Sainte Catherine de Sienne, 24ème enfant. Il ne faut pas craindre une certaine frugalité, du moment que l’équilibre psychologique et physique de chacun n’est pas mis en grave danger et que les enfants peuvent bien s’épanouir.

La fin première du mariage : la procréation ET l’éducation des enfants.

Il ne faut pas oublier que la fin première du mariage est en deux volets : la procréation et l’éducation des enfants. L’éducation des enfants est donc primordiale. Il ne sert à rien d'avoir de nombreux enfants si ceux-ci vont en enfer parce que leur éducation a été négligée. Si donc un trop grand nombre d’enfants entraîne une grave fatigue des parents, qui manquent ensuite gravement de forces pour s’occuper correctement des enfants qu’ils ont déjà, il faut arrêter d'avoir des enfants pour s’occuper de bien éduquer ceux qui existent déjà. Le but n’est pas d'avoir 15 enfants, même si certaines familles ont la grâce et la capacité de le faire avec bonne santé et bénédictions du ciel. Ces familles sont admirables. Mais il ne faut pas perdre de vue le but final qui est de rendre tous nos enfants saints. Mieux vaut un seul saint que quinze damnés. Les saints ne se font pas tout seul. Ils apprennent le plus souvent à aimer Dieu sur les genoux de leur mère. Il faut donc pouvoir bien s’occuper de tous ses enfants afin de les épanouir au plan naturel d’abord --car la grâce se greffe sur la nature--, et ensuite, il faut également bien s’occuper de ses enfants au plan surnaturel, veiller à leur éducation religieuse, ne pas les mettre dans de mauvaises écoles etc.

Là, un problème se pose avec acuité, pour la Résistance. Nous n’avons que très peu d’écoles et de toute façon, tous les enfants ne supportent pas la pension. Les écoles de la Fraternité saint Pie X peuvent donner un mauvais esprit à partir du collège et deviennent dangereuses, au moins pour certaines. Il faut donc envisager sérieusement la scolarisation à la maison. Cela demande beaucoup de travail et cela peut, par voie de conséquence, produire un surmenage important chez les parents. Certains parents se débrouillent très bien avec sept enfants scolarisés à la maison. D’autres n’arrivent pas à bien s’occuper de trois enfants scolarisés à domicile… Cela varie beaucoup en fonction de la santé de la mère, de ses capacités intellectuelles et d’organisation. Il n’y a pas de règle générale. Si une mère faisant l’école à la maison se sent réellement surmenée (problèmes de sommeil, épuisement, émotivité, tendance à se mettre en colère etc.), ce surmenage, quand il devient grave, peut être un motif de continence périodique d’ordre social. Il pourrait être imprudent d’avoir davantage d’enfants s’il y a réellement de graves difficultés à élever ceux qui existent déjà. 

La Bible insiste sur la primauté de l’éducation. Le but du mariage est de faire des élus pour le ciel. C’est à cela qu’il faut tendre, avant tout :


CHAPITRE 16

1 Ne désire pas un grand nombre d'enfants inutiles, 
et ne mets pas ta joie dans des fils impies. 
2 S'ils se multiplient, ne t'en réjouis pas, 
si la crainte du Seigneur n'est pas avec eux. 
3 N'espère pas pour eux une longue vie, 
et ne fais aucun fond sur leur prospérité. 
Un seul vaut mieux que mille; 
et mieux vaut mourir sans enfants que d'avoir des fils impies. 
4 Car un seul homme intelligent peuplera un pays, 
mais la race des méchants sera détruite. 
5 J'en ai vu de mes yeux beaucoup d'exemples, 
et mes oreilles en ont entendu de plus graves encore. 

Ce passage de la Bible insiste donc sur l’importance de l’éducation. Si nos enfants ne vont pas au ciel en raison d’une négligence éducative de notre part, Dieu nous en demandera des comptes rigoureux. Il faut donc s’investir auprès de nos enfants, bien s’occuper d’eux, veiller à qu’ils ne soient pas livrés à une oisiveté malsaine qui pourrait les conduire au péché, les former au plan intellectuel, moral et spirituel par des discussions, etc. Il faut que l’enfant aime bien se confier à ses parents et pour cela, il faut une disponibilité de leur part.

Mais la Bible loue aussi la fécondité et la souhaite comme une bénédiction : 

Psaume 128

« […] Tu te nourris alors du travail de tes mains; tu es heureux et comblé de biens. Ton épouse est comme une vigne féconde, dans l'intérieur de ta maison; tes fils, comme de jeunes plants d'olivier, autour de ta table. Voilà comment sera béni l'homme qui craint Yahweh. […]»

Ce qui n’empêche que Dieu a envoyé l’épreuve de la stérilité à de très grands saints de l’Ancien Testament (ex : Abraham et Sarah, Rebecca, Rachel…) et à Sainte Elisabeth, mère de Saint Jean Baptiste. 

Ce qui compte, c’est donc avant tout de faire la volonté de Dieu sur nous. Le nombre d’enfants n’a aucune importance, du moment que nous faisons cette volonté. 

Ne jugeons personne en disant : ce sont des libéraux, ils n’ont que x enfants. Nous n’en savons rien, nous ne connaissons pas forcément toutes les épreuves de ce couple. Contentons-nous de rechercher pour nous la volonté de Dieu, c’est cela qu’il nous demande. Évitons de faire à la sortie de la messe des réflexions blessantes sur ce sujet.

Par contre, c’est aux prêtres à rappeler les principes, de façon délicate, dans un bulletin, par exemple. Mais il ne faut pas que lorsqu’ils le font, certaines personnes se sentent attaquées devant tout le monde. 

Le couple n’est pas obligé d’aller demander au prêtre la permission pour utiliser la continence périodique. Mais si les conjoints ont un doute, ils peuvent aller demander conseil au prêtre et le prêtre doit leur rappeler les principes énoncés plus haut. S’ils ont des difficultés à appliquer ces principes à leur cas personnel, ils peuvent alors aussi consulter le prêtre. Mais ce sont ensuite les époux seuls qui se décident face à Dieu et à leur conscience. Le prêtre n’a pas le droit d’exiger des certificats médicaux ou de poser des questions trop personnelles, si l’on ne se confie pas à lui. Il ne peut pas exiger non plus une visite dans la famille. Il peut la proposer en cas de détresse économique et sociale, par exemple, afin de voir s’il est possible d’améliorer les conditions de vie de cette famille… Mais il faut alors que la visite soit faite dans une optique d’aide charitable et non pour juger lui-même du bien-fondé qu’auraient les époux à utiliser la continence périodique ou non. Et ce n’est pas à lui à trancher en dernier ressort. Cette décision appartient aux époux.


Voici quelques textes incontournables à connaître sur le sujet :



"La régulation des naissances

"En outre, de nos jours, se présente le grave problème de savoir si et dans quelle mesure l’obligation de disponibilité au service de la maternité est conciliable avec ce recours toujours plus fréquent aux périodes de stérilité naturelle (périodes agénésiques chez la femme), recours qui semble être une claire expression de la volonté contraire à cette disponibilité. 

On attend précisément de vous que vous soyez bien informées, au point de vue médical, de cette théorie connue et des progrès qu’en cette matière on peut encore prévoir, et, d’autre part, que vos conseils et votre assistance ne s’appuient pas sur de simples publications populaires, mais soient basées sur l’objectivité scientifique et sur le jugement autorisé de consciencieux spécialistes en médecine et en biologie. C’est votre rôle, non celui du prêtre, d’instruire les époux, soit dans des consultations privées, soit au moyen de sérieuses publications, de l’aspect biologique et technique de la théorie, sans cependant vous laisser entraîner à une propagande qui ne serait ni juste ni convenable. Mais, dans ce domaine encore, votre apostolat réclame de vous, comme femmes et comme chrétiennes, que vous connaissiez et défendiez les règles de la morale auxquelles est soumise l’application de cette théorie. Et, ici, l’Eglise est compétente. 

Il faut, tout d’abord, considérer deux hypothèses si l’application de cette théorie ne veut signifier rien d’autre que la possibilité pour les époux de faire usage de leur droit conjugal même aux jours de stérilité naturelle, il n’y a rien à redire. De cette façon, en effet, ils n’empêchent ni ne gênent en aucune manière la consommation de l’acte naturel et de ses conséquences naturelles ultérieures. C’est précisément en cela que l’application de la théorie dont nous parlons se distingue essentiellement de l’abus déjà signalé, qui consiste dans la perversion de cet acte. Si, au contraire, on va plus loin, c’est-à-dire qu’on entende ne permettre l’acte conjugal que ces jours-là, alors la conduite des époux doit être examinée plus attentivement. 

Et ici, de nouveau, deux hypothèses se présentent à notre attention. Si déjà, au moment de la conclusion du mariage, au moins l’un des deux époux avait eu l’intention de restreindre aux moments de stérilité le droit conjugal lui-même, et pas seulement l’usage de ce droit, de telle sorte que, aux autres jours, l’autre époux n’aurait pas non plus le droit de réclamer l’acte, cela impliquerait un défaut essentiel du consentement matrimonial, qui comporterait de soi l’invalidité du mariage, pour la raison que le droit dérivant du contrat matrimonial est un droit permanent, ininterrompu et non pas intermittent de chacun des époux vis-à-vis de l’autre. 

D’autre part, si cette limitation de l’acte aux jours de stérilité naturelle se rapporte non au droit lui-même mais à l’usage du droit, la validité du mariage reste hors de discussion ; cependant, la licéité morale d’une telle conduite des époux serait à affirmer ou à nier, selon que, l’intention d’observer constamment ces périodes est basée ou non sur des motifs moraux suffisants et sûrs. Le seul fait que les époux ne violent pas la nature de l’acte et sont même prêts à accepter et à élever l’enfant qui, malgré leurs précautions, viendrait au monde, ne suffirait pas à soi seul à garantir la rectitude des intentions et la moralité indiscutable de ces mêmes motifs. 

La raison est que le mariage oblige à un état de vie qui, de même qu’il confère certains droits, impose également l’accomplissement d’une oeuvre positive concernant ce même état. Dans ce cas, on peut appliquer le principe général qu’une prestation positive peut être omise si de graves motifs, indépendants de la bonne volonté de ceux qui y sont obligés, établissent que cette prestation est inopportune ou prouvent qu’elle ne peut être légitimement réclamée par le requérant, en l’espèce, le genre humain. 

Le contrat matrimonial, qui accorde aux époux le droit de satisfaire l’inclination de la nature, les établit dans un état de vie, l’état conjugal. Or, aux époux qui en font usage, en posant l’acte spécifique de leur état, la nature et le Créateur imposent la fonction de pourvoir à la conservation du genre humain. Telle est la prestation caractéristique qui fait la valeur propre de leur état : le « bonum prolis, les enfants « . Le peuple et l’Etat, l’Eglise elle-même dépendent pour leur existence, dans l’ordre établi par Dieu, du mariage fécond. Par suite, embrasser l’état de mariage, user constamment de la faculté qui lui est propre et qui n’est licite que dans cet état et, d’autre part, se soustraire toujours et délibérément, sans un grave motif, à son devoir principal, serait un péché contre le sens même de la vie conjugale. 

On peut être dispensé de cette prestation positive obligatoire, même pour longtemps, voire pour la durée entière du mariage, par des motifs sérieux, comme ceux qu’il n’est pas rare de trouver dans ce qu’on appelle « l’indication » médicale, eugénique, économique et sociale. D’où il suit que l’observance des époques infécondes peut être licite sous l’aspect moral ; et, dans les conditions indiquées, elle l’est réellement. Cependant, s’il n’y a pas, d’après un jugement raisonnable et juste de semblables graves raisons, soit personnelles, soit découlant des circonstances extérieures, la volonté chez les époux d’éviter habituellement la fécondité de leur union, tout en continuant à satisfaire pleinement leur sensualité, ne peut venir que d’une fausse appréciation de la vie et de motifs étrangers aux règles de la saine morale. [...]

Allocution de Pie XII aux associations de familles nombreuses : 26 septembre 1951 :

L'Église sait considérer avec sympathie et compréhension les difficultés réelles de la vie conjugale à notre époque. C’est pourquoi, dans notre dernière allocution sur la morale conjugale [cad le discours aux sages femmes], nous avons affirmé la légitimité et en même temps les limites - bien larges, en vérité - d’une “ régulation ” des naissances, qui, contrairement à ce qu’on appelle le “ contrôle des naissances ”, est compatible avec la loi de Dieu. "

NB : Pour apprécier la largeur des limites, se reporter au discours des sages-femmes.


[...]"méthode Ogino-Knaus.

« Par contre, la mise à profit de la stérilité temporaire naturelle, dans la méthode Ogino-Knaus, ne viole pas l'ordre naturel, comme la pratique décrite plus haut, puisque les relations conjugales répondent à la volonté du Créateur. Quand cette méthode est utilisée pour des motifs sérieux proportionnés (et les indications de l'eugénique peuvent avoir un caractère grave), elle se justifie moralement. Déjà Nous en avons parlé dans Notre allocution du 29 octobre 1951, non pour exposer le point de vue biologique ou médical, mais pour mettre fin aux inquiétudes de conscience de beaucoup de chrétiens, qui l'utilisaient dans leur vie conjugale. D'ailleurs, dans son encyclique du 31 décembre 1930, Pie XI avait déjà formulé la position de principe : Neque contra naturae ordinem agere ii dicendi sunt coniuges, qui iure suo recte et naturali ratione utuntur, etsi ob naturales sive temporis sive quorundam defectuum causas nova inde vita oriri non possit . »

« Nous avons précisé dans Notre allocution de 1951 que les époux, qui font usage de leurs droits conjugaux, ont l'obligation positive, en vertu de la loi naturelle propre à leur état, de ne pas exclure la procréation. Le Créateur en effet a voulu que le genre humain se propageât précisément par l'exercice naturel de la fonction sexuelle. Mais à cette loi positive Nous appliquions le principe qui vaut pour toutes les autres : elles n'obligent pas dans la mesure où leur accomplissement comporte des inconvénients notables, qui ne sont pas inséparables de la loi elle-même, ni inhérents à son accomplissement, mais viennent d'ailleurs, et que le législateur n'a donc pas eu l'intention d'imposer aux hommes, lorsqu'il a promulgué la loi. »

Addendum 1 : sur la pureté et la modération que les époux doivent avoir dans les relations conjugales.


La dignité humaine dans l’acte conjugal

Cependant, Notre exposé de l’exercice de votre apostolat professionnel serait incomplet, si Nous n’ajoutions encore un mot rapide au sujet de la dignité humaine dans l’usage de la tendance à donner la vie. 

Le Créateur lui-même, qui, dans sa bonté et sa sagesse, a voulu, pour la conservation et la propagation du genre humain, se servir du concours de l’homme et de la femme, en les unissant dans le mariage, a établi aussi que dans cette fonction les époux éprouvassent un plaisir et une satisfaction du corps et de l’esprit. Donc, les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant. Ils acceptent ce que le Créateur leur a destiné. 

Néanmoins, là encore, les époux doivent savoir se maintenir dans les limites d’une juste modération. Comme dans la gustation des aliments et des boissons, ainsi, dans le plaisir sexuel, ils ne doivent pas s’abandonner sans frein à la poussée des sens. La juste règle est donc celle-ci : l’usage de la fonction génératrice naturelle n’est moralement permis que dans le mariage lui-même. Il en résulte que c’est encore seulement dans le mariage et en observant cette règle que le désir et la jouissance de ce plaisir et de cette satisfaction sont licites. Car la jouissance est soumise à la loi de l’action dont elle dérive, et non, vice versa, l’action à la loi de la jouissance. Et cette loi, si raisonnable, regarde non seulement la substance, mais encore les circonstances de l’action, de telle façon que tout en sauvegardant l’essentiel de l’acte, on peut pécher dans la façon de l’accomplir. 

Addendum 2 : Même si les époux sont dans un cas où ils ne doivent pas utiliser les méthodes naturelles car ils n’ont aucun problème grave, ce n’est pas un péché d’avoir ponctuellement des relations conjugales dans les périodes infécondes, du moment que cela n’est pas calculé de façon systématique, pour éviter d’avoir des enfants.


« Il ne faut pas non plus accuser d'actes contre nature les époux qui usent de leur droit suivant la saine et naturelle raison, si, pour des causes naturelles, dues soit à des circonstances temporaires, soit à certaines défectuosités physiques, une nouvelle vie n'en peut pas sortir. Il y à, en effet, tant dans le mariage lui-même que dans l'usage du droit matrimonial, des fins secondaires — comme le sont l'aide mutuelle, l'amour réciproque à entretenir, et le remède à la concupiscence — qu'il n'est pas du tout interdit aux époux d'avoir en vue, pourvu que la nature intrinsèque de cet acte soit sauvegardée, et sauvegardée du même coup sa subordination à la fin première. »