mercredi 28 mai 2014

Révélations de saintes sur l'Ascension



"Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, en redescendra un jour de la même manière que vous l'avez vu y monter." (Actes I, 11)


"DU PROFIT QUE LES HOMMES PEUVENT RETIRER DE L’ OFFRANDE FAITE PAR LE SEIGNEUR ET LES SAINTS.

Celle-ci [Ste Gertrude] devait, un matin, recevoir le corps du Christ et gémissait de se trouver si peu préparée. Elle pria la sainte Vierge et tous les saints d'offrir pour elle au Seigneur les ferventes dispositions qu'ils apportaient durant leur vie à la réception de la grâce. De plus, elle supplia Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même d'offrir cette perfection dont il était revêtu au jour de son Ascension lorsqu'il se présenta à Dieu le Père pour être glorifié.
Tandis qu'elle s'efforçait, plus tard, de connaître le résultat de sa prière, le Seigneur lui dit : « Aux yeux de la cour céleste, tu apparais déjà revêtue de ces mérites que tu as désirés. » Il ajouta : « Aurais-tu donc tant de peine à croire que moi, qui suis le Dieu bon et tout-puissant, j'ai le pouvoir d'accomplir ce que peut faire le premier venu ? En effet, celui qui veut honorer un ami le couvre de son propre vêtement ou d'un costume semblable, afin que cet ami se montre en public aussi richement habillé que lui. »
Mais celle-ci se souvint qu'elle avait promis à plusieurs personnes de communier ce jour-là à leur intention, et pria Dieu de leur accorder le fruit de ce sacrement. Elle reçut cette réponse : « Je leur donne la grâce réclamée, mais elles garderont la liberté de s'en servir à leur gré. »
Comme elle demandait ensuite de quelle manière il voulait que ces âmes cherchassent à en tirer profit, le Seigneur ajouta : « Elles peuvent se tourner vers moi à toute heure, avec un cœur pur et une parfaite volonté ; et lorsque avec leurs larmes et leurs gémissements elles auront imploré ma grâce, elles apparaîtront aussitôt revêtues de cette parure céleste que tu leur as obtenue par les prières. » 




"[...] Une grande troupe de saints apparut encore en ce lieu. Jean-Baptiste, Joseph, père nourricier du Seigneur, Siméon, qui recut le Christ dans le temple, y tenaient le premier rang ; tous montaient avec le Roi. La bienheureuse Vierge, Mère du Seigneur, parut aussi sur la montagne, revêtue d'un manteau semblable à celui de l'Amour, sa tunique était de couleur rouge. Elle dit à l'âme : « Toutes les douleurs que j'ai endurées avec mon Fils et à cause de mon Fils , je les ai supportées en silence et patience. J'offrais au Seigneur une prière continuelle pour l'Eglise naissante et je l'ai souvent incliné vers une miséricorde spéciale. C'est ainsi que, maintenant encore, il ne peut se dérober aux désirs de l'âme qui aime, et il en résulte que, sur terre, cette âme agit sur le Seigneur plus que si elle était déjà dans le ciel. » Alors celle-ci [Sainte Mechtilde] rappela à la bienheureuse Vierge toute la joie qu'elle ressentit à l'Ascension de son Fils : « J'ai appris dans cette joie l'allégresse et la béatitude que je recevrais à mon Assomption. » répondit-elle. 

Puis le Seigneur Jésus, s'élevant dans une ineffable allégresse, arriva devant son Père et lui présenta, renfermées en lui-même, les âmes de tous les élus, tant de ceux qui étaient montés avec lui que des élus à venir, avec toutes leurs œuvres, leurs souffrances et leurs mérites. Celles-là même qui, pour le moment, étaient en état de péché, apparaissaient dans le Christ, telles qu'elles seraient plus tard dans le ciel. Mais les âmes éprises d'amour et patientes dans la souffrance étincelaient en son Cœur d'un éclat particulier, tandis que les autres brillaient, selon leur rang, dans les diverses parties de son corps. Le Père céleste accueillit son Fils avec les plus grands honneurs et dit : « Voici que je te donne ces délices surabondantes que tu as pour ainsi dire abandonnées en descendant sur la terre d'exil ; j'y adjoins la pleine puissance de les communiquer sans réserve à toutes les âmes que tu me présentes maintenant avec toi. »
Alors le Seigneur Jésus offrit à Dieu le Père la pauvreté, les opprobres, les mépris, les douleurs, tout le labeur et les œuvres de son Humanité, comme un présent nouveau et très agréable qui n'avait jamais paru dans le ciel, quoiqu'il eût été prévu d'avance en Dieu. Le Père éternel attira ce présent en lui-même et l'unit à sa Divinité, aussi intimement que s'il eût souffert en personne. Le Seigneur Jésus offrit aussi au Saint-Esprit tout le parfum de l'amour qui avait consumé son très saint Cœur d'ardeurs sans égales, et les sept dons du même Esprit, avec leur fruit plénier, car c'est dans le Christ seul que le Saint-Esprit par ses dons a opéré d'une manière absolument parfaite, selon cette parole d'Isaïe : L'Esprit du Seigneur se reposera sur lui, esprit de sagesse, etc. (Is., XI, 3.) Aux esprits angéliques, il fit don du lait de son Humanité, dont les anges n'avaient pas eu jusque-là l'expérience ; c'est-à-dire qu'il leur donna une surabondance de douceur à puiser en cette Humanité pleine de charmes pour accroître leur joie et leur gloire. Aux patriarches et aux prophètes, il offrit une liqueur délicieuse, et ayant ainsi apaisé tous leurs désirs, il les fit reposer en lui-même. Quant aux Innocents et à ceux qui étaient morts pour la vérité, il embellit et ennoblit leurs souffrances, en les recouvrant pour ainsi dire de l'or précieux de sa glorieuse Passion et de sa mort. Il fit aussi des dons nombreux aux habitants de la terre, c'est-à-dire aux apôtres et aux autres fidèles, au sujet de la consolation intérieure, de la connaissance des choses spirituelles et de l'amour fervent. Ensuite le Seigneur, tourné vers l'âme, lui dit : « Voici que je suis monté comme un glorieux triomphateur, et j'ai enlevé avec moi tous tes fardeaux. » Par cette parole, elle comprit que les besoins et les peines de tous les hommes sont présents au Seigneur et, que combattant lui-même en nous et pour nous, il remporte une glorieuse victoire. Il ajouta : « Comme je l'ai dit à mes disciples, Dieu le Père a donné à mon Humanité la puissance de faire toute ma volonté, au ciel et sur la terre ; de remettre aux hommes leurs péchés, de faire obstacle à tout ce qui leur est hostile, d'incliner ma Divinité vers eux en proportion de leurs indigences. » Alors l'âme se prosterna aux pieds du Seigneur pour l'adorer et lui rendre grâces, mais il daigna lui adresser encore la parole et dit : « Lève-toi, ma reine, (car toutes les âmes unies à mon amour seront reines.) » L'âme, continuant à converser avec le Seigneur, lui dit encore : « Pourquoi, ô Dieu très aimable, la pensée de la mort ne me cause-t-elle que peu ou point de joie, tandis que d'autres attendent cette heure avec des transports d'allégresse ? » Le Seigneur répondit : « Cela vient d'un effet spécial de ma bonté, car si tu désirais mourir, tu attirerais mon Cœur divin avec tant de douceur que je ne pourrais te le refuser. » Elle reprit : « Pourquoi donc bien des hommes, quelquefois même très parfaits, ont-ils si grande frayeur de la mort ? Et moi-même, qui suis une misérable, je suis saisie d'effroi à la pensée de mourir. » Le Seigneur répliqua : « La crainte du trépas vient de la nature, car l'âme aime le corps et frissonne d'horreur devant l'amertume de la séparation. Mais toi, que craindrais-tu, puisque tu as reçu mon Cœur en gage d'immortelle alliance, pour maison de refuge et pour demeure éternelle ? »

Le même jour , comme on chantait le répons  : « Omnis pulchritudo Domini : toute la beauté du Seigneur, etc., » elle s'écria dans un élan d'amour: « Mon Seigneur, votre beauté, votre splendeur nous est enlevée ! » « Il n'en est rien, répondit avec bonté le Seigneur, car dans ma beauté et ma force, ma louange, ma gloire et mon amour, je demeure avec vous et j'y demeurerai à jamais » Comme on chantait à la procession : « Et benedixit eis : il les bénit », elle aperçut dans les airs, au-dessus de l'abbaye, une main admirablement belle qui bénissait la communauté pendant que le Seigneur disait  « La bénédiction que j'ai donnée jadis à mes disciples est éternelle, elle ne vous sera jamais enlevée. »



"DU JOUR SOLENNEL DE L'ASCENSION DU SEIGNEUR.


Au jour solennel de la glorieuse Ascension, elle [Sainte Gertrude] chercha dès le matin quel doux hommage de tendresse elle pourrait offrir au Seigneur, à l'heure où il s'éleva vers le ciel, c'est-à-dire à l'heure de midi. Le Seigneur lui dit : « Tu peux m'adresser dès maintenant les louanges que tu prépares pour cette heure, car en venant ce matin en toi, par le sacrement de l'autel, je goûterai de nouveau toutes les joies de mon Ascension. -- Enseignez-moi, reprit-elle, ô vous l'unique ami de mon âme, comment je puis organiser une procession qui vous soit agréable, en mémoire de cette marche si célèbre que vous fîtes avec vos disciples de Jérusalem à Béthanie avant de remonter vers votre Père. » Le Seigneur répondit : « Le nom de Béthanie signifie maison d'obéissance. Celui qui veut organiser une procession digne de moi doit, par l'offrande de son entière bonne volonté, m'introduire jusque dans le plus intime secret de son âme. Qu'il regrette ensuite les circonstances dans lesquelles il aurait préféré sa volonté à la mienne et qu'il se propose de chercher, de désirer et d'accomplir en tout mon bon plaisir. »

Au moment où elle allait recevoir la sainte communion : « Voici que je viens à toi, ô mon épouse, lui dit le Seigneur, moins pour te faire mes adieux que pour t'emmener avec moi et te présenter à mon Père. » Elle comprit alors qu'en se donnant à une âme par le sacrement de son Corps et de son Sang, le Seigneur attire et scelle en son être divin le désir et la bonne volonté de cette âme. Comme la cire offre aux regards l'empreinte dont elle a été marquée, ainsi le Fils de Dieu présente-t-il à son Père cette créature dont il a gravé l'image en lui-même, et obtient-il pour elle des grâces abondantes.

Celle-ci offrit ensuite à Dieu de courtes invocations qu'elle-même et d'autres personnes avaient adressées au Seigneur, dans le dessein d'orner ses plaies glorieuses et ses membres sacrés en sa triomphante Ascension. Aussitôt le Seigneur Jésus parut devant son Père, comme tout resplendissant de riches joyaux. Le Père céleste, dans la puissance infinie de sa Divinité, semblait attirer et absorber en lui cet éclat dont les âmes ferventes avaient orné son Fils unique. Il en faisait aussi rejaillir une splendeur merveilleuse sur les trônes réservés dans le ciel aux personnes qui avaient récité ces courtes prières, leur réservant une gloire spéciale, après l'exil de cette vie. [...]"