mercredi 21 mai 2014

Le nullam partem et l'apostolat (2ème partie)


Rappelons tout d'abord la première partie de cet article. Nous avons déjà vu :

1) Que les règles du nullam partem sont forcément compatibles avec l'apostolat car c'est la volonté de Dieu que les apôtres évangélisent toutes les nations. 


2) Qu'il y a donc nécessairement des règles qui permettent de concilier la doctrine du nullam partem établie par les apôtres avec l'évangélisation de ceux qui n'ont pas la bonne doctrine et que pour cela il faut faire des distinctions entre ce qui plaît à Dieu et ce qui ne lui plaît pasdans les relations que nous avons avec ceux qui n'ont pas la vraie foi. 


3) Nous avons vu également le texte du livre de l'Exode 34, 11 qui condamne l’œcuménisme et l'amitié avec ceux qui n'ont pas la bonne doctrine : Dieu dit à Moïse : « Garde-toi de t’allier aux habitants des pays où tu vas, de peur qu’ils ne soient pour toi un piège. Mais vous renverserez leurs autels et briserez leurs idoles … »


4) nous avons ensuite étudié Saint Paul aux Galates I, 8-9 :"Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème!
Nous l'avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu'un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème!"

Nous avons vu que ces paroles étaient capitales pour nous donner la marche à suivre :

a) parce que Saint Paul exige par ces mots que dès que les apôtres voient une erreur, ils la condamnent et condamnent aussi l'hérétique qui les diffuse. Donc dans les rapports que les apôtres ont avec ceux qui ont une fausse doctrine, ils ont l'obligation grave et préalable de faire savoir à tous sans ambiguïté qu'ils condamnent l'erreur professée par ces personnes et que s'ils communiquent avec elles, ce n'est que pour les ramener au bercail... 

b) nous avons ensuite étudié que le concile de Constantinople expliquait, à propos de l'anathème : "Ignorent-ils donc que la sentence d’anathème n’est autre chose qu’une sentence de séparation ?"(source Chaîne d'or de Saint Thomas sur Matthieu XVI 13-19). Le concile de Constantinople affirme donc qu'il faut rester séparé des hérétiques... Cela signifie que nous ne pouvons accepter une quelconque communion avec eux, et encore moins une reconnaissance de leur part, comme étant en conformité doctrinale avec eux. 

Continuons à présent notre réflexion sur le sujet :


L'obligation que nous fait le Concile de Constantinople de rester séparés des hérétiques implique nécessairement que nous devons refuser de nous faire reconnaître par le Pape François tant qu'il est moderniste. Saint Pie X n'a-t-il pas écrit dans Pascendi que le modernisme était l'égoût collecteur de toutes les hérésies ? Devons-nous donc nous faire reconnaître comme "doctrinalement conformes" par quelqu'un qui a une doctrine collectant toutes les hérésies ? 

- Quelle valeur aurait cette reconnaissance aux yeux de Notre-Seigneur ? Comment peut-il regarder avec bienveillance une reconnaissance qui nous fait accepter l'autorité d'un destructeur de l'Eglise comme étant légitime 
- Aux yeux des fidèles, une reconnaissance canonique implique que nous attachons de la valeur au jugement d'un hérétique... Si nous attachons de la valeur au jugement d'un hérétique, c'est donc que nous pactisons avec son hérésie. C'est donc les inciter à pactiser avec l'hérésie.

5) Or, dès que le pape s'éloigne un tant soit peu de la bonne doctrine, il ne faut plus lui obéir. Voici un exemple (qui est aussi une objection au sédévacantisme) que nous avons trouvé dans l'oeuvre d'Arnaldo Xavier da Silveira, La nouvelle Messe de Paul VI, qu'en penser?, p.232 à 234 (document anglais sur ce lien. p. 151 et 152): 


Saint Bruno de Segni et Saint Hugues de Grenoble

Saint Godefroy d'Amiens, saint Hugues de Grenoble, Guy de Vienne et d'autres évêques réunis au synode de Vienne (1112) résistèrent au Pape Pascal II, dans la question des investitures : "Si, comme nous ne le croyons absolument pas, vous choisissiez une autre voie et que vous refusiez de confirmer les décisions que nous avons prises, à Dieu ne plaise, nous serions alors éloignés de votre obéissance" (cité par Bouix, Tract. de Papa, t. II, p. 650). 

En effet, pour ces saints, la question des investitures touchait à la foi. Voici une lettre le prouvant. Il s'agit d'une lettre écrite au pape Pascal II par Saint Bruno de Segni, ami de Saint Hugues de Grenoble :


« [...].Je vous estime comme mon père et seigneur [...]. Je dois vous aimer ; cependant, je dois aimer encore plus Celui qui nous a créés vous et moi. [...]. Je n'approuve pas le pacte [signé par le pape] si horrible, si violent, fait avec tant de traîtrise, et si contraire à la piété et à la religion. [...]. Nous avons les canons; nous avons les constitutions des Pères, depuis l'époque des apôtres jusqu'à vous. [...]. Les apôtres condamnaient et expulsaient de la communion des fidèles tous ceux qui obtenaient des charges dans l'Eglise au moyen du pouvoir séculier. [...]. Cette détermination des apôtres est sainte et catholique et celui qui la contredirait ne serait pas catholique. Car seuls sont catholiques ceux qui ne s'opposent pas à la foi et à la doctrine de l'Eglise catholique, et ceux qui s'opposent obstinément à la foi et à la doctrine de l'Eglise catholique sont hérétiques. [...] » (1).

Quand, enfin, le pape se rétracta devant un synode réuni à Rome pour examiner la question, saint Bruno de Segni s'écria : « Dieu soit loué ! car voilà que c'est le pape lui-même qui a condamné ce prétendu privilège [des investitures par le pouvoir temporel], lequel est hérétique » (2).


"Par cette phrase, saint Bruno, pour la première fois, révéla publiquement à quel point il doutait de l'orthodoxie de Pascal II", commente Arnaldo Xavier da Silveira. C'est pour cela que le synode de Vienne menaça de s'éloigner du pape en lui désobéissant.


Commentaire :

On voit donc que si le Pape s'éloigne de la bonne doctrine, même sur un seul point (ici, les investitures par le pouvoir temporel), il faut lui désobéir et s'éloigner de lui, d'après plusieurs saints. Ces saints, bien loin de chercher une quelconque reconnaissance par le pape ont menacé au contraire en synode "de s'éloigner de son obéissance".

6) Saint Paul résistant en face à Saint Pierre est aussi un guide pour nous. Une telle attitude était justifiée, dit Saint Thomas,  par la défense de la foi :
"Résister en face", c'est-à-dire devant tout le monde, dépasse la mesure de la correction fraternelle ; et Paul n'aurait pas ainsi repris Pierre s'il n'avait été son égal en quelque manière pour la défense de la foi. [...] s'il y avait danger pour la foi, les supérieurs devraient être repris par les inférieurs, même en public." (IIa IIae question 33 article 4.)


Nous pouvons donc en déduire quelques règles pour évangéliser l'Eglise conciliaire :


- il faut publiquement reprendre le pape et les autorités  tant que la foi est attaquée. cf. Synode de Vienne et Saint Paul résistant en face à Saint Pierre.


- il faut anathémiser l'erreur.


- il faut anathémiser l'hérétique, c'est-à-dire se séparer de tout hérétique, dit le concile de Constantinople. Donc on ne peut faire de reconnaissance canonique (même tels que nous sommes et sans signature) car ce serait être complice de l'hérétique en accordant un crédit à son jugement et à son autorité.


- L'exemple de Saint François de Sales avec les Protestants peut nous inspirer : de même qu'il leur a fait une lettre ouverte, nous pouvons et même nous devons interpeller publiquement les autorités romaines. Tout apostolat public, qui dénonce systématiquement les erreurs et enseigne la vérité opposée est excellent.


Concrètement, voici donc comment la Fraternité Saint Pie X pourrait procéder vis-à-vis de l'Eglise conciliaire, afin d'être apostolique sans faire de compromis. 


a) établir le principe du nullam partem avec l'hérésie. C'est-à-dire proclamer qu'il n'y aura aucun accord avec Rome, aucune reconnaissance canonique (avec ou sans signature), tant que Rome ne sera pas convertie entièrement et parfaitement... Il faut que la Rome maçonnique prouve sa conversion en condamnant solennellement Vatican II, le nouveau code de Droit Canon de 1983, la nouvelle liturgie et tout ce qui met la foi en danger. 

Il faut aussi exiger que soient impitoyablement  renvoyés tous les  prélats et évêques qui refusent de se soumettre parfaitement  aux nouvelles mesures traditionnelles ou qui ont eu une vie scandaleuse. 
Il faut que soient réaffirmés clairement et préalablement par Rome tous les principes et enseignements traditionnels, notamment la Royauté sociale de Notre-Seigneur ;
Il faut que la messe tridentine, l'ancien code de droit canon et les anciens rituels des sacrements soient pleinement rétablis dans leurs droits. 
Il faut dire et affirmer que le nullam partem n'est pas un principe sur lequel on peut revenir car en effet, ce principe est révélé par les Apôtres.

b) Il faut faire ensuite un apostolat public, qui touche le  public le plus large possible. L'enseignement doit être accessible facilement à tous. Pour cela, il faut se servir de tous les médias qui sont à notre disposition, sans préjugés. Il faut donc utiliser largement internet, faire des vidéos en ligne de formation, avec différentes séries destinées à des personnes d'âges et de niveaux différents. Il faut aborder systématiquement dans certaines séries les sujets de fond (conférences sur chaque point de Vatican II, par exemple), faire de nombreux articles correspondant aux vidéos, écrire des livres, proposer des abonnements dans l'esprit de la lettre à nos frères prêtres (à condition bien entendu que les articles tiennent la route et ne soient pas faits par l'abbé Célier, par exemple).


c) Il faut bannir les entrevues secrètes. Dans le contexte actuel, qui dit entrevue secrète ou privée dit tractations non avouables, en vue d'une reconnaissance. Tout doit donc se faire publiquement au grand jour. 

Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour, et ce que vous entendez à l'oreille, publiez-le sur les toits, a dit Notre-Seigneur (Matthieu, X). Saint Paul dit de prêcher à temps et à contretemps
Rome et la FSSPX pourraient s'échanger des lettres ouvertes doctrinales. Ce serait très formateur pour les prêtres conciliaires et les fidèles de tout bord qui suivraient ce débat. 

d) On pourrait reprendre l'idée de l'abbé Chazal de faire un site d'observation du Vatican, qui relèverait au fur et à mesure les erreurs du Pape et de la hiérarchie. Il serait intéressant par exemple d'analyser systématiquement les sermons de François faits à Saint Marthe. Il faudrait ne laisser passer aucun scandale, aucune hérésie. 


Plusieurs prêtres devraient donc travailler à plein temps à cet apostolat public qui demanderait un gros travail, mais qui aurait beaucoup d'audience, s'il était fait de façon systématique, régulière, professionnelle, attrayante et sérieuse en même temps.


Ces règles suivraient le nullam partem tout en étant très apostoliques. Nous ne convertirons pas les hérétiques en faisant "un bout de chemin avec eux". Ce n'est pas aux enfants de lumière de suivre les pécheurs et les loups, mais c'est aux loups de se convertir à Jésus-Christ. Nous  ne les convertirons donc pas en faisant des concessions coupables, comme cette rencontre du 13 décembre 2013 de Mgr Fellay avec la commission Ecclesia Dei, rencontre qu'il nous a cachée et qu'il n'a été forcé de révéler qu'à cause des médias. Nous convertirons les loups en suivant les conseils de Dieu Lui-même, c'est-à-dire en proclamant la vérité sur les toits, en toute droiture et charité. Si la FSSPX respectait ces règles, elle suivrait le commandement du Maître : Soyez donc prudents comme les serpents [nullam partem] et simples comme les colombes [prêcher sur les toits]. 

Notes :

(1) Lettre de saint Bruno de Segni à Pascal II, écrite en 1111. P.L., tome 163, col. 463. Voir aussi Baronius, Annales, ad ann. 1111, n• 30, p. 228; Hefele-Leclercq, tome V, part. 1, p. 530.
(2) Cité par Hefele-Leclercq, tome V, part. 1, p. 555.