vendredi 23 mai 2014

Douceur et puissance du nom de Marie





NB: La traduction a été modifiée par nos soins en plusieurs endroits,  en prenant à la place la traduction du Père Jean-Baptiste Favre, C. SS. R.

O dulcis Virgo Maria 
O douce vierge Marie. 

DOUCEUR DU NOM DE MARIE 


L'auguste nom de la Mère de Dieu, le nom de Marie, n'est pas d'origine terrestre ; il ne fut pas, comme les autres noms, inventé par  l'esprit des hommes ; il ne lui fut pas donné par libre choix : descendu du ciel, il lui fut imposé par un décret divin ; ainsi l'attestent  saint Jérôme, saint Épiphane, saint Antonin et d'autres auteurs. 

" Le nom de Marie, dit saint Pierre Damien, fut tiré du trésor de la Divinité". Oui, ô Marie, ajoute Richard de Saint-Laurent, votre nom sublime et admirable est sorti du trésor de la Divinité ; les trois personnes de la Trinité sainte vous l'ont donné d'un commun accord,  ce nom qui éclipse tous les noms après celui de votre Fils ; elles l'ont rempli de tant de majesté et de puissance que, quand il est  prononcé, il faut que tout se prosterne pour le vénérer, au ciel, sur la terre et dans les enfers ". Mais, sans parler des autres  prérogatives que le Seigneur a voulu attacher au nom de Marie, considérons ici combien il l'a rendu doux aux serviteurs de cette céleste Reine, soit pendant la vie, soit à l'heure de la mort. [...]

L'abbé Francon dit à ce sujet : " Après le saint nom de Jésus, le nom de Marie est si fécond en biens de tout genre, que, ni sur la terre, ni dans le ciel, on n'entend prononcer aucun nom qui remplisse les âmes dévotes d'autant de grâces, de consolation et d'espérance. En effet, continue le même auteur, le nom de Marie renferme je ne sais quoi d'admirable, de doux et de divin, qui fait qu'il ne peut retentir dans un coeur aimant sans l'embaumer d'une odeur de sainte suavité. Et voici, dit-il en finissant, la merveille de cet auguste nom : mille fois répété, il paraît toujours nouveau à ceux qui aiment Marie, aussi bien que le plaisir avec lequel ils l'entendent ". 

Le bienheureux Henri Suso avait bien fait, lui aussi, l'expérience de cette douceur du nom de Marie. En le prononçant, il se sentait, disait-il lui-même, pénétré de confiance et enflammé d'amour ; aussi, versant des larmes de joie et transporté hors de lui-même, il eut voulu que le coeur lui bondît de la poitrine jusque sur les lèvres ; car, assurait-il, ce nom si doux, si cher, se liquéfiait au fond de son âme comme un rayon de miel. Après quoi, il s'écriait : " O nom plein de suavité ! O Marie ! que devez-vous donc être vous-même, si votre nom seul est déjà si aimable et si gracieux ? " 

De son côté, saint Bernard, s'adressant à sa bonne Mère, lui disait, en ces termes pleins de tendresse, la flamme dont il brûlait pour elle : " O grande, ô clémente, ô admirable Marie ! ô Vierge très sainte et digne de toute louange, combien doux et aimable est votre nom ! On ne peut le prononcer sans se sentir embrasé d'amour et pour vous et pour Dieu ; il suffit même que ce nom se présente à la pensée de ceux qui vous aiment, pour accroître beaucoup leur amour et les consoler ". - Ah ! si les richesses consolent les pauvres, en les tirant de leur misère, ajoute Richard de Saint-Laurent, combien plus, ô Marie, votre nom nous console dans nos peines, car, bien mieux que les richesses de la terre, il adoucit les angoisses de la vie présente ! 

En un mot, votre nom, ô Mère de Dieu,  est tout rempli de grâces et de bénédictions divines, comme le dit saint Méthode, "il en déborde de toutes parts". Aussi, assure saint Bonaventure, "personne ne saurait le prononcer dévotement sans en retirer quelque faveur". Et même, ajoute l'Idiota, il y a dans votre nom, ô Vierge Marie une telle puissance, que le pécheur, si endurci et désespéré qu'il soit, verra, en le prononçant, fondre la dureté de son coeur, ranimé par vous dans l'espérance du pardon et de l'amitié de Dieu. 

Votre doux nom, dit à son tour saint Ambroise, est un baume qui répand l'odeur de la grâce ; ah ! que ce baume de salut descende au fond de nos âmes ! Voici donc ce que le saint vous demandait par ces paroles, ô Marie, et ce que nous vous demandons après lui : faites que nous pensions souvent à invoquer votre nom avec amour et confiance ; car c'est là, sinon un signe de la présence de la grâce divine en nous, du moins un gage de son prochain retour. Il en est bien ainsi, car, ô Marie, selon la pensée de Ludolphe de Saxe, " le souvenir de votre nom console les affligés, remet dans la voie du salut ceux qui en sont sortis, et fortifie les pécheurs contre la tentation du désespoir. " 
[...] Voilà pourquoi il est dit dans les cantiques sacrés : votre nom est comme une huile répandue ; paroles qu'Alain de l'Isle commente ainsi : " L'huile guérit les malades, répand une odeur agréable, et nourrit la flamme ; et le nom de Marie guérit les pécheurs, réjouit les âmes, et les embrase du divin amour." [...]

D'autre part, au témoignage de Thomas a Kempis " les démons redoutent à tel point la Reine du ciel, que, si quelqu'un vient à prononcer son nom, ils fuient incontinent loin de lui, comme on fait pour échapper aux atteintes de la flamme ". Et, d'après une révélation de la bienheureuse Vierge elle-même à sainte Brigitte, "il n'est pas sur la terre de pécheur tellement froid dans l'amour de Dieu qu'en invoquant mon nom avec la bonne volonté de se convertir, il ne force le démon à s'éloigner aussitôt de lui." Et pour lui faire encore mieux comprendre quel respect et quelle terreur son nom inspire à l'enfer, elle lui dit une autre fois : "tous les démons tremblent devant mon nom. Dès qu'ils l'entendent, ils relâchent aussitôt l'âme qu'ils tenaient captive entre leurs griffes." Par contre, pendant que les anges rebelles s'éloignent des pécheurs qui invoquent le nom de Marie, les bons anges se rapprochent davantage des âmes justes qui le prononcent dévotement ; c'est ce qu'a dit encore Notre-Dame à sainte Brigitte. 

Selon saint Germain, comme la respiration est un signe de vie, ainsi la répétition fréquente du nom de Marie est un signe, ou que déjà la grâce vit en nous, ou qu'elle y revivra bientôt ; car ce nom puissant a la vertu d'attirer en ceux qui l'invoquent, le secours de Dieu et la vie. Enfin, Richard de Saint-Laurent dit que ce nom admirable est comme une forte tour où le pécheur qui s'y réfugie est à l'abri de la mort, où les plus désespérés trouvent une défense sûre et le salut. Mais, continue le même, cette tour céleste ne préserve pas seulement les pécheurs du châtiment qui leur serait dû ; elle protège encore les justes contre les assauts de l'enfer ; et, après le nom de Jésus, aucun nom n'est secourable aux hommes, aucun n'est salutaire à l'égal du grand nom de Marie. 

Notamment, c'est chose universellement reconnue, et dont les serviteurs de Marie font tous les jours l'expérience, que son nom puissant donne la force de vaincre les tentations contre la chasteté. Sur ces paroles de saint Luc : " Et le nom de cette vierge est Marie ", le même Richard observe que l'évangéliste a joint ensemble le nom de Marie et celui de Vierge, pour nous donner à entendre que le nom de cette Vierge très pure ne va jamais sans la chasteté. De là, cette sentence de saint Pierre Chrysologue : " Le nom de Marie est une marque de chasteté ". C'est-à-dire : celui qui doute s'il n'a pas consenti à une tentation impure, mais qui se souvient en même temps d'avoir invoqué le nom de Marie, a la preuve certaine qu'il n'a pas blessé la sainte vertu. 

Suivons donc le bon conseil de saint Bernard : " Dans les périls, dans les difficultés, dans les doutes, pense à Marie, invoque Marie ; que son nom soit sans cesse sur tes lèvres, qu'il soit toujours dans ton coeur ". Oui, toutes les fois que nous sommes en danger de perdre la grâce de Dieu, pensons à Marie, invoquons le nom de Marie, conjointement avec celui de Jésus ; car ces deux noms ne doivent jamais se séparer. Que ces deux noms si doux et si puissants ne s'éloignent jamais de notre coeur ni de nos lèvres ; ils nous donneront la force de ne pas succomber et de vaincre toutes les tentations. 

Admirables sont les faveurs promises par Jésus-Christ à ceux qui sont dévots au nom de Marie ; sainte Brigitte les apprit de la bouche du Sauveur lui-même s'entretenant avec sa sainte Mère : " Quiconque , lui disait-il, invoquera votre nom avec confiance et avec la résolution de se convertir recevra trois grâces signalées : une parfaite douleur de ses péchés et le don de satisfaire pleinement pour eux, la force de parvenir à la perfection, et finalement la gloire du Paradis. Car, ajouta le divin Sauveur, vos paroles me sont si douces et si chères, que je ne puis repousser aucune de vos demandes ". 

[...] Richard de Saint-Laurent nous assure que, par l'invocation de ce nom si saint et si doux, nous acquérons une grâce surabondantes en cette vie et un sublime degré de gloire en l'autre. 

Concluons par cette exhortation de Thomas a Kempis : " Voulez-vous donc, mes frères, être consolés dans toutes vos peines, recourez à Marie, invoquez Marie, recommandez-vous à Marie ; réjouissez-vous avec Marie, pleurez avec Marie, priez avec Marie, marchez avec Marie, cherchez Jésus avec Marie, désirez enfin vivre et mourir avec Jésus et Marie. Par ce moyen, ajoute-t-il, vous avancerez toujours dans la voie du Seigneur ; car Marie priera volontiers pour vous, et le Fils exaucera certainement sa Mère ". [...]

Le Père Sertorius Caputo de la Compagnie de Jésus, engageait tous ceux qui doivent assister un mourant, à lui répéter fréquemment le nom de Marie ; prononcé à l'heure, disait-il, ce nom de vie et d'espérance suffit à lui seul pour mettre en fuite tous les démons et fortifier les mourants dans toutes leurs angoisses. Avec non moins de zèle, saint Camille de Lellis recommandait à ses religieux d'exciter souvent les moribonds à invoquer les noms de Jésus et de Marie. Après avoir lui-même suggéré toujours cette sainte pratique aux autres, il apprit par sa propre expérience combien elle est douce et salutaire à l'heure de la mort. En ce moment suprême, raconte l'auteur de sa vie, il prononçait avec tant de tendresse les noms, si chers à son coeur, de Jésus et de Marie, que les flammes dont il était consumé se communiquaient aux assistants. Enfin, les yeux amoureusement fixés sur les images de Jésus et de Marie, le front serein et les bras en croix, il expira dans une paix céleste, en invoquant encore ces doux noms, qui furent les dernières paroles de sa vie. 

Jésus ! Marie ! . . . est-il prière plus courte que celle-là ? Et pourtant, remarque Thomas a Kempis, autant elle est facile à retenir, autant elle est douce à méditer, et elle est une puissante sauvegarde contre tous les ennemis de notre salut. 

Heureux, s'écriait saint Bonaventure, heureux celui qui aime votre doux nom, ô Mère de Dieu ! Votre nom est si glorieux, si admirable en est la vertu, que tous ceux qui ont soin de l'invoquer à l'article de la mort, n'ont rien à craindre des attaques de l'ennemi. [...]


Prière de Saint Alphonse de Liguori

O Marie, auguste Mère de Dieu et ma Mère, il est vrai que je ne suis pas digne de prononcer votre nom ; mais, puisque vous m'aimez et que vous désirez mon salut, c'est à vous de m'accorder de pouvoir toujours, quelque impure que soit ma langue, appeler à mon aide ce nom si saint et si doux, notre soutien pendant la vie, et notre salut à l'heure de la mort. 

Oui, ô Marie, Vierge si pure, ô Marie, Mère si douce, faites que votre nom soit désormais la respiration de ma vie ; et chaque fois que je vous appellerai, ah ! ma Souveraine, ne tardez pas à me secourir ; dans toutes les tentations qui viendront m'assaillir et dans toutes les épreuves que j'aurai à traverser, je veux vous appeler et ne jamais cesser de m'écrier  : Marie ! Marie ! Voilà ce que j'espère faire durant le reste de ma vie, voilà ce que j'espère faire surtout à ma mort, pour aller ensuite louer éternellement votre nom bien-aimé, ô clémente, ô bonne, ô douce Vierge Marie ! 

Aimable, tout aimable Marie, quelle consolation, quelle douceur, quelle confiance, quelle tendresse ressent mon âme, à prononcer seulement votre nom, à me rappeler seulement votre souvenir ! Je remercie mon Seigneur et mon Dieu de vous avoir donné, pour mon bonheur, ce nom si doux, si aimable et si puissant. Mais, ô ma Souveraine, il ne me suffit pas de prononcer votre nom, je veux encore le prononcer par amour. Je veux que l'amour me mette au coeur la pensée de vous appeler à chaque instant du jour, en sorte que je puisse moi aussi m'écrier comme Saint Anselme : "ô Nom de la Mère de Dieu, vous êtes mon amour !"(1)

Marie, ma Mère Bien aimée et vous aussi, ô mon bien-aimé Jésus, que vos doux noms vivent toujours dans mon coeur et dans tous les cœurs ! Que mon âme oublie tous les autres noms, pour ne se rappeler que vos noms adorés et les vénérer sans cesse ! 

Ah ! Jésus, mon Rédempteur, et vous, ô Marie, ma Mère, quand arrivera pour moi le moment de la mort, où, exhalant mon dernier souffle, je devrai quitter ce monde, oh ! alors  par vos mérites, accordez-moi cette grâce que ma bouche s'ouvre une dernière fois pour dire et redire : Jésus, Marie, je vous aime. Jésus, Marie, je vous donne mon coeur et mon âme.

Note :
(1) "O amor mei ! Nomen Matris Dei !" S. Anselmus Mantuanus, Meditatio de Salutatione B. V. M.