samedi 19 avril 2014

Pâques : Paroles de Notre-Seigneur à Sainte Mechtilde



CHAPITRE XIX

31. DE LA RÉSURRECTION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST ET DE SA GLORIFICATION.

En la sainte nuit de la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la servante du Christ le vit comme s'il reposait dans le sépulcre, et elle connut par une inspiration divine comment le Père avait conféré sa toute-puissance à l'Humanité de Jésus-Christ en sa résurrection ; comment le Fils lui avait donné cette glorification qu'il tient éternellement du Père, et comment le Saint-Esprit avait répandu sa douceur, sa bonté et son amour dans cette Humanité ainsi glorifiée.
Le Seigneur lui dit : « A ma résurrection, le ciel, la terre et toute la création se mirent à mon service. »
Elle demanda : « Comment le ciel vous a-t-il servi ? 
-Tous les esprits angéliques étaient à mes ordres, » répondit le Seigneur. Aussitôt il lui sembla voir une telle multitude d'anges près du sépulcre, qu'ils environnaient le Seigneur comme un mur montant de la terre au ciel. 
Elle dit alors : « Qu'est-ce que les anges vous chantèrent à cette heure, eux qui  avaient entonné le Gloria in excelsis à votre naissance ? » 
Le Seigneur répondit : « Ils chantèrent Sanctus, Sanctus, Sanctus, Saint, Saint, Saint ; allons, allons, réjouissons-nous, louange au Très-Haut, à Dieu, dans les cieux : je ne te donne pas les paroles, mais le sens de leur cantique. »
Elle vit aussi tout le couvent autour du Seigneur qui, de son Cœur, laissait darder des rayons qui pénétrèrent en chaque personne présente ; puis le Seigneur étendit la main sur chacune des sœurs et lui communiqua sa propre gloire en disant : « Voici que je vous donne la clarté de mon Humanité glorifiée : vous la conserverez par la pureté du coeur, la douce union entre vous et la vraie patience ; au jour du jugement vous vous glorifierez de me la représenter. »
[...]
le Seigneur lui dit: « Tu sais qu'il est écrit : La louange aux choses terrestres, la gloire aux célestes. Si donc tu veux me louer, fais-le en union de cette gloire dont m'honore Dieu le Père avec le Saint-Esprit dans sa toute-puissance ; en union de cette gloire sublime dont moi, dans mon impénétrable sagesse, je glorifie le Père et le Saint-Esprit, pendant que le Saint-Esprit, en son immuable bonté, exalte le Père et moi-même d'une manière parfaite. »
[...]
Le Seigneur lui dit : « Voici que je veux ce soir vous offrir un festin composé de cinq mets. Je vous servirai d'abord la joie mutuelle que ma Divinité et mon Humanité se sont donnée aujourd'hui ; puis la joie que j'ai ressentie lorsque, pour compenser les amertumes de ma Passion, l'amour fit tressaillir mes membres sous l'effet des délices surabondantes de sa douceur. Je vous servirai aussi la joie que j'ai éprouvée lorsque je présentai à mon Père, comme un gage de haut prix, mon âme avec toutes les âmes que j'ai rachetées ; et cette autre joie que me donna mon Père en me communiquant la pleine puissance d'honorer, d'enrichir et de récompenser mes amis acquis par moi au prix de tant de labeurs. Enfin, le dernier de ces mets sera la joie que j'éprouvai en voyant le Père associer à mon règne éternel, mes rachetés devenus mes cohéritiers et les convives de ma table. Après le festin, les rois de la terre se séparent des amis qu'ils ont invités ; quant à moi, je veux, où je suis moi-même, donner à mes amis leur éternelle demeure. Si donc quelqu'un veut me faire ressouvenir de ces cinq joies spéciales, pour la première, je lui donnerais dès ce monde, s'il le désire, le goût de ma Divinité ; pour la seconde, le don de me connaître; pour la troisième, je présenterai son âme  mon Père à l'heure du trépas ; pour la quatrième, je l'associerai au fruit de ma Passion et de mes souffrances ; enfin par la cinquième, je lui donnerai l'aimable société de mes saints. »

35. LOUANGE ET PRIÈRE SUR LES CINQ JOIES DE
NOTRE - SEIGNEUR EN SA RÉSURRECTION.

Louange, adoration, grandeur, gloire et bénédiction à vous, ô bon Jésus, pour cette joie ineffable que vous avez ressentie lorsque votre bienheureuse Humanité, en votre résurrection, reçut du Père, la glorification divine et conféra à tous les élus la glorification éternelle en sa Divinité. Par cette ineffable joie, je vous prie, ô très aimable Médiateur de Dieu et des hommes, de me conserver entière, par votre grâce, cette gloire que vous m'avez alors donnée, et dont je prendrai possession au jour du jugement. Amen.

« Louange, adoration, grandeur, gloire et bénédiction à vous, ô bon Jésus, pour cette joie ineffable que vous avez ressentie, lorsque l'amour inestimable qui, du sein du Père vous avait attiré en ce monde et soumis aux peines et aux misères humaines, a comblé votre corps, en votre résurrection, d'une joie et d'une allégresse incomparables, ainsi qu'il l'avait livré, sur la croix, à d'intolérables douleurs. Par cette ineffable joie, je vous prie, ô très aimable Médiateur de Dieu et des hommes, de donner la lumière à mon intelligence et la connaissance à mon âme, afin que je sache en tout temps ce qui est agréable à vos yeux. Amen.

« Louange, adoration, grandeur, gloire et bénédiction à vous, ô bon Jésus, pour cette joie ineffable que ressentît votre très sainte âme, lorsqu'elle se présenta à Dieu le Père, comme prix et gage d'éternelle rédemption, dans la joyeuse compagnie de l'immense multitude des âmes bienheureuses, sorties des enfers. Par cette ineffable joie, je vous prie, ô très aimable Médiateur de Dieu et des hommes, d'être, à l'heure de ma mort, le gage qui rachète mon âme et le prix qui paie ma dette. Apaisez en ma faveur Dieu votre Père, juge équitable, et conduisez-moi avec allégresse en sa présence.

« Louange, adoration, grandeur, gloire et bénédiction à vous, ô bon Jésus, pour cette joie ineffable que vous avez ressentie lorsque Dieu Je Père vous a donné le plein pouvoir de récompenser, enrichir et honorer, selon la magnificence de votre libéralité, vos amis et compagnons d'armes, délivrés de la puissance du tyran, par votre glorieux triomphe. Par cette ineffable joie, je vous prie, ô très aimable Médiateur de Dieu et des hommes, de me donner une part de vos labeurs et de vos œuvres, ainsi que de votre glorieuse mort et bienheureuse Passion.

« Louange, adoration, grandeur, gloire et bénédiction à vous, ô bon Jésus , pour cette joie ineffable que vous avez ressentie lorsque Dieu le Père vous donna tous vos amis en éternel héritage, et que fut accomplie votre volonté, c'est-à-dire cette prière si bienveillante : qui vous faisait dire : Je veux, ô Père, que là où je suis, mon serviteur soit aussi (Jean XVII, 24) de telle sorte que la joie et le bien parfait qui sont vous-même deviennent leur partage à jamais. Par cette ineffable joie, je vous prie, ô très aimable Médiateur de Dieu et des hommes, de m'accorder la bienheureuse société de vos élus, afin que je vous possède avec eux, vous, ma joie et mon unique bien, ici et dans l'éternité. Amen. »