jeudi 17 avril 2014

Jeudi Saint : paroles de Jésus et de Saint Jean à Sainte Gertrude



Source : le héraut de l'amour divin (Sainte Gertrude), livre 4

Chapitre XXV - De l'Office en la Cène du Seigneur :


[...] A Laudes, pendant le chant de l'antienne: Oblatus est quia ipse voluit : Il est offert parce qu’il l’a voulu, le Seigneur lui dit : 
« Si tu crois que j'ai été offert sur la croix à Dieu le Père parce que je l'ai ainsi voulu. crois aussi fermement que je désire encore m'offrir chaque jour pour tout pécheur avec autant d'amour que je me suis immolé pour le salut du monde entier. C'est pourquoi tout homme, bien qu'il se sente accablé sous l'énorme poids de ses crimes, doit espérer le pardon par l'offrande de ma Passion et de ma mort. Il est assuré d'obtenir le fruit salutaire de la rémission, car il n'existe pas sur la terre de remède plus efficace contre le péché, que le souvenir amoureux de ma Passion accompagné de la pénitence et d’une foi sincère. »
[...]
Une autre fois, en la même fête de la Cène du Seigneur, elle s'était recueillie pour vaquer uniquement à Dieu, lorsque le Seigneur se manifesta à elle, tel qu'il était sur la terre en ce jour si proche de sa mort. Elle le vit, toute cette journée, dans l'abattement et les angoisses de la mort, car, étant la Sagesse éternelle de Dieu le Père, il savait d'avance ce qui devait lui arriver, et les souffrances à venir lui étaient présentes. Comme il avait reçu de la très pure Vierge sa mère une nature infiniment délicate, les craintes et les frayeurs l'accablèrent à toutes les heures de cette longue journée ; la pâleur de son visage, le tremblement de ses membres manifestaient les angoisses de la mort, dont il goûtait à chaque instant les amertumes. Celle-ci éprouva dans son âme le retentissement d'une telle douleur, et fut prise d'une si grande compassion que, si elle avait possédé la puissance de mille cœurs, elle l'eût épuisée tout entière en ce jour à compatir aux douleurs du Bien-Aimé de son âme. Elle sentit aussi que les battements violents de son coeur, provoqués par le désir, l'amour et l'angoisse de la mort, frappaient à coups redoublés le Cœur de Jésus si doux et si rempli de béatitude, et l'impétuosité de ces battements la dominaient à ce point qu'elle était près de défaillir. Le Seigneur lui dit alors : « Maintenant que je ne puis plus mourir, la souffrance ne m'atteint pas ; mais l'amour qui m'animait au temps de ma vie mortelle, lorsque je supportais dans mon corps les angoisses, les souffrances et les amertumes de la Passion et de la mort, je l'ai éprouvé aujourd'hui dans ton coeur, qui tant de fois a été pénétré de compassion au souvenir des douleurs que j'ai endurées pour le rachat de tous les élus. Aussi, pour récompenser la tendre compassion dont tu m'as entouré, et pour augmenter ton éternelle béatitude, je te donne tout le fruit de ma sainte Passion et de ma mort très précieuse. J'ajoute que dans tous les lieux où l'on adore aujourd'hui le bois de la Croix. instrument de mon supplice, ton coeur, en récompense de la compassion qu'il m'a si vivement témoignée, recevra comme ton âme le fruit de sa tendresse pour moi. De plus, je veux encore que toutes les causes pour lesquelles tu me prieras aient toujours un heureux succès. » Le Seigneur continua : « Toutes les fois que tu voudras prier à une intention, prends mon Cœur que je t'ai donné si souvent comme gage de notre mutuelle tendresse, et applique-le contre moi, en union de cet amour qui m'a fait prendre un coeur de chair pour opérer le salut des hommes. Par ce moyen, j'accorderai mes bienfaits à ceux que tu désires secourir : ce sera comme si l'on présentait à un riche son coffre-fort, dans lequel il pourrait trouver des présents destinés à ses amis. » Elle demanda ensuite au Seigneur : « De quel nom appeliez-vous votre Père, lorsque vous l'invoquiez durant votre agonie ? » Le Seigneur répondit : « Je l'appelais souvent de ce nom : « O integritas substantiæ meæ ! : O intégrité de ma substance ! »

A la Messe, avant que le convent communiât et pendant le silence des mystères, le Seigneur Jésus lui apparut, non pas assis, mais étendu à terre comme s'il allait rendre le dernier souffle, et tellement privé de forces, qu'en le voyant elle fut émue jusqu'au fond de l'âme et sur le point de défaillir. Comme le Seigneur était dans cette extrême faiblesse, attendant que le convent vînt communier, elle aperçut, dans une admirable vision, le prêtre soulever le Corps sacré du Seigneur qui était cependant d'une taille dépassant de beaucoup la sienne, et porter ainsi celui qui non seulement le portait lui-même, mais qui porte encore toutes choses par la parole de sa puissance. (Hebr I. 3.) Elle comprit avec le sentiment d'une tendre affection, que cette extrême faiblesse manifestée par le Fils du Dieu tout-puissant exprimait la force victorieuse de son très doux amour [...] tant étaient grandes les délices qu'il éprouvait au moment de s'unir par la communion à des âmes qui lui étaient si chères. Il semblait privé de la vie par suite de cet excès d'amour, et ne pouvant user de ses forces, il se laissait manier et porter par les mains du prêtre.

Dans une autre occasion elle reçut cette lumière : chaque fois que l'homme regarde avec amour et désir la sainte hostie qui contient sacramentellement le Corps du Christ, chaque fois il augmente ses mérites pour le ciel. En effet, dans la vision de Dieu, il goûtera autant de délices spéciales qu'il aura de fois sur la terre contemplé le Corps du Christ ou désiré au moins le voir.

Chapitre IV - Saint Jean parle :

[...] Comme elle éprouvait une ineffable jouissance en écoutant battre le Cœur sacré du Sauveur, elle dit au bienheureux Jean : « O bien-aimé de Dieu, j'éprouve maintenant de si grandes délices en écoutant les battements de ce très doux Cœur : n'en avez-vous pas ressenti de semblables lorsque vous reposiez à la Cène sur la poitrine du Sauveur. » Il répondit : « En vérité, je les ai senties, profondément ressenties, et leur suavité a pénétré en moi comme l'hydromel parfumé imprègne de sa douceur une bouchée de pain frais ; de plus, mon âme en est devenue aussi ardente que pourrait l'être un vase placé au-dessus d'un feu violent. » Elle reprit : « Pourquoi donc avez-vous gardé sur ce sujet un silence aussi absolu, et n'en avez-vous rien écrit pour le profit de nos âmes ? » Il répondit : « Ma mission était de manifester à l'Église nouvelle, par une seule parole, le Verbe incréé de Dieu le Père; et cette unique parole peut servir jusqu'à la fin du monde pour satisfaire l'intelligence de la race humaine tout entière, bien que personne ne parvienne jamais à la comprendre pleinement. La douce éloquence des battements du Cœur sacré est réservée pour les derniers temps, afin que le monde vieilli et engourdi se réchauffe dans l'amour de son Dieu. »