mercredi 30 avril 2014

De l’infaillibilité pontificale à l’infaillibilité fellaysienne


 

Le chrétien de base sait qu’il doit obéir au pape et à l’évêque du diocèse sauf s’ils exigent une obéissance dommageable à la foi ou aux mœurs. C’est le sens du combat de la Tradition accusée de rébellion orgueilleuse par les modernistes. Les prêtres et les fidèles suivent la Tradition dans la mesure où elle poursuit le but de continuer à faire ce qu’a toujours fait l’Église. L’adhésion aux vues de la FSSPX est toujours sous condition car la FSSPX n’est pas une nouvelle église infaillible qui aurait les paroles de la vie éternelle et dont le Supérieur Général aurait des grâces d’état lui assurant l’inerrance.
Cependant, l’habitude est maintenant prise dans la FSSPX de présenter cette Fraternité comme une sorte de nouvelle église ne pouvant ni se tromper, ni nous tromper. Cela permet de disqualifier le contradicteur en le qualifiant de rebelle, d’orgueilleux, etc. sans jamais apporter d’arguments rationnels. La technique est la même que celle des modernistes. Mais elle est encore plus ridicule car Mgr Fellay n’est pas le pape.

La lettre sur les vocations n°22 d’avril 2014, dans un article de l’abbé G. Gaud, reprend cette idée d’infaillibilité de la FSSPX p. 10 et 11 :
« Un grand nombre de prêtres a quitté la Fraternité Saint-Pie X depuis le début de son existence. Parmi ceux-ci, certains ont quitté en « claquant la porte », en accusant la Fraternité de déviation doctrinale moderniste, libérale, sédévacantiste, ralliée, schismatique... et sont partis tantôt à gauche, tantôt à droite. Ces prêtres ont suivi les orientations différentes données par leurs défauts dominants, provenant de l'excès de leur qualité dominante.
Ainsi tel prêtre, rempli de bonté, sera facilement découragé par la dureté de certains confrères, et le démon va le pousser à abandonner le bon combat. Ceci sous le bon motif de préserver la charité.
Tel autre prêtre, très théoricien, va être choqué par un certain pragmatisme apostolique d'autres confrères, et le démon va le pousser à se défaire du joug de la hiérarchie. Sous le bon motif de fidélité aux principes.
Un autre, de tempérament sensible, console facilement les souffrants, mais sera abattu par la méchanceté de certains paroissiens ; il cherchera inconsciemment des affections humaines, sous le bon motif de soutenir les autres.
Ou encore, celui qui est très généreux et zélé, sera trop fatigué et cherchera des consolations sensibles. Sous le bon motif de se détendre pour pouvoir travailler davantage. »

Ce qui est dit est souvent vrai, les passions peuvent expliquer les départs : tel prêtre de la FSSPX se marie, tel prieur de la FSSPX rejoint les modernistes, etc. (ce qui montre en passant qu’il ne faut pas avoir une confiance aveugle dans les prêtres mais toujours conserver l’usage de la droite raison). Il y a du vrai dans ce que dit l’abbé Gaud mais est-ce toujours vrai ? Est-ce forcément vrai ? N’y a-t-il pas eu quantité de saints qui ont été expulsés de leur congrégation qu’ils avaient parfois même fondée ? 
Les prêtres de la Résistance ont-ils décidé de partir parce qu’ils étaient choqués par le pragmatisme de tel confrère ? Non. Les prêtres de la Résistance sont partis parce qu’ils ne pouvaient en conscience rester silencieux et passifs devant le texte de la déclaration doctrinale du 15 avril 2012 qui attaque la foi. Ils ne pouvaient rester silencieux devant les mauvais principes énoncés par les six conditions, qui attaquent également la foi. On ne peut en conscience subir passivement ces principes qui sont peccamineux, sous peine de pécher. Les six conditions établissent le principe peccamineux selon lequel on peut se mettre sous l’autorité d’un hérétique à condition que celui-ci nous laisse parler à notre guise pour lutter contre l’erreur. Même si c’était possible, il faudrait refuser de le faire car il faut refuser de se mettre, ainsi que le troupeau, sous l’autorité d’un homme qui serait excommunié et anathème en temps normal. Se soumettre à un hérétique signifie accréditer son erreur. Accepter d'être reconnu par un pape qui détruit l'Eglise signifie que l'on reconnaît son jugement sur nous comme valable et donc que l'on considère qu'un hérétique peut diriger des catholiques valablement. Reconnaître une quelconque autorité à un hérétique est donc cautionner son oeuvre de destruction, même si l'on s'en défend. C'est un péché qui s'oppose à la doctrine de saint Jean et saint Paul, laquelle fait partie de la Révélation. Les prêtres de la Résistance ont quitté la Fraternité parce qu'ils ne voulaient pas faire de péché. De plus, la Fraternité, qui défend le texte du 15 avril 2012 ne peut pas bien lutter contre l’erreur puisqu’au contraire elle l’accrédite et la diffuse par ce texte, par la déclaration du chapitre de 2012 et par les six conditions.
Ainsi, pour l’abbé Gaud, tout départ de la FSSPX semble par définition peccamineux et correspond à une déficience morale. Cela sous-entend que hors de la FSSPX, il n’y a pas de salut car la FSSPX est infaillible : pour lui, celui qui part a tort. Il n’est pas même besoin d’examiner les arguments avancés, il a tort parce qu’il se sépare de l’autorité légitime incarnée par Mgr Fellay. Or l’autorité légitime est celle qui mène les âmes à leur fin, qui est le ciel. Quand un supérieur attaque la foi, on doit lutter contre lui et le quitter s’il refuse de s’amender.
La FSSPX a été une œuvre providentielle mais actuellement elle est mal dirigée. Elle devenue une œuvre avec laquelle il faut prendre ses distances ; il est possible que le Supérieur général soit un saint mais il est aussi possible qu’il soit un scélérat. Aucun dogme ne prévoit l’inerrance de la FSSPX.
Avant de lancer la pierre à ces prêtres qui ont quitté la FSSPX, il faudrait se demander : l’autorité est-elle crédible quand elle dit et fait n’importe quoi ? Par exemple, Mgr Fellay anathémise le nouveau Code de droit canon dans sa Lettre n° 82 aux Amis et Bienfaiteurs de la FSSPXd'avril 2014 : Le nouveau Code, expression des nouveautés conciliaires. Ce nouveau droit accentue la fausse dimension œcuméniste de l’Église… et les juges de l’abbé Pinaud utilisent ce code moderniste !
L’absence de juridiction officielle (due à la crise de l'Eglise) fait de Mgr Fellay un évêque qui ne doit sa légitimité qu’à la juridiction de suppléance donnée par les fidèles. Les prêtres et les fidèles, désobéissant déjà au pape, ne doivent donc suivre Mgr Fellay que dans la mesure où il poursuit le bon travail de la Tradition. Quand il déclare, il y a deux ans, que la reconnaissance canonique est proche et qu’il faudra demander l’autorisation de l’évêque hérétique du lieu pour pouvoir ouvrir une chapelle catholique, quand le Chapitre Général de la FSSPX propose, comme condition de ralliement, la garantie d’un seul évêque pour toute la Tradition, il est normal que des prêtres et des fidèles quittent la FSSPX. Cela est non seulement normal mais vertueux : ils montrent par là qu’ils sont attachés, non pas à une organisation et à ses biens, non à un homme, prêtre ou évêque, mais à l’Église catholique.

Si l’amour pour la FSSPX passe devant l’amour pour la véritable Église et pour le Christ, il ne sera pas source de sainteté mais d’attachement déréglé. Se détacher de soi pour s’attacher sans réflexion à une autorité ou une structure ne fait pas grandir. Se détacher du respect humain, du confort de son prieuré et de ses habitudes peut être un signe de sainteté car il manifeste l’amour de la Croix. Ceux qui partent n’ont donc pas forcément tort, mais peu le comprennent, car la voie est étroite. Sur l’ensemble de l’épiscopat mondial, sur tous les membres du Coetus, seuls deux ont résisté à l’autorité "légitime". C’est peu.
Cependant, l'abbé Gaud fait aussi des réflexions dont nous pouvons tirer profit. Il dit par exemple : "Et combien de chrétiens prient vraiment pour la fidélité de leur prêtres ? "On a les prêtres que l'on mérite", dit l'adage. Cela signifie que vous pouvez mériter par la prière et le sacrifice la sainteté de vos prêtres ; mais si vous ne le faites pas, vous ne le méritez pas et vous ne l'obtiendrez pas... et vos prêtres risquent la damnation."
Ici, l'abbé Gaud a raison. C'est d'ailleurs pour cela qu'il y a des parrains et marraines dans la résistance : pour aider nos prêtres. Ceux d'entre nous qui le sommes doivent prendre ce rôle au sérieux, surtout tant que nous avons peu de religieuses de la Résistance. Nous devons essayer de les remplacer du mieux que nous pouvons, et gagner des mérites et des grâces pour nos prêtres. Nous ne devons pas nous croire meilleurs que les autres, dans la Résistance. Personne n'est à l'abri de tomber. 
I Pierre, V 6-9 :"Abaissez-vous donc sous la main puissante de Dieu, pour qu’il vous élève en temps voulu. Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous. Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui avec la force de la foi, car vous savez que tous vos frères, de par le monde, sont en butte aux mêmes souffrances."