jeudi 13 mars 2014

Mgr Fellay : "Nous ne couperons jamais tout lien avec Rome."



Un fidèle de Pologne nous a envoyé cette lettre de Mgr Fellay, écrite le 29 novembre 2013. Nous remercions ce fidèle. 


Traduction de la lettre :


Avec l'Immaculée a mis en gras dans la traduction tous les passages qui seront ensuite commentés, après celle-ci.

29 novembre 2013 


Cher Monsieur Zamojcin, 

Je vous remercie de votre lettre que j'ai lue attentivement après le retour d'un long voyage apostolique à travers le monde. Ma réponse à vos questions est assez simple : ne pas écouter ces accusations scandaleuses contre la Fraternité Saint-Pie X et ses supérieurs. Contre vents et marées, nous suivons la ligne que notre vénéré fondateur, Monseigneur Lefebvre, nous a donnée. Même si nous reconnaissons les autorités légitimes de l'Église, nous ne les suivons pas quand leur enseignement est en contradiction avec la Tradition
Bien sûr, les deux autres évêques de la Fraternité et moi-même sommes en plein accord. Il n'y a pas du tout l'intention de ma part, et il n'a jamais eu l'intention, de « vendre » la Fraternité à la Rome moderniste. Mais il est vrai que la situation de notre Fraternité dans l'Église n'est pas normale. Nous sommes catholiques et nous devrions être reconnus en tant que tels par les autorités de l'Église. Suivant l'exemple de Monseigneur Lefebvre, nous ne couperons jamais tous les liens avec Rome. Autrement, nous cesserions tout simplement d'être catholiques. 
En même temps, depuis le 13 Juin, 2012, nos relations avec Rome sont en quelque sorte bloquées. En effet, Rome a voulu nous forcer à la fois à considérer Vatican II comme partie intégrante de la Tradition et à accepter la licéité de la nouvelle Messe. Bien sûr, nous ne pouvions pas être d'accord avec ces deux exigences. 
À propos de Son Excellence Monseigneur Williamson et des prêtres de la soi-disant « résistance », la raison de leur expulsion était due à des actes répétés de désobéissance et de rébellion contre les autorités de notre Fraternité sacerdotale. C'est triste et regrettable, mais ces anciens membres sont les seules personnes en faute, ici. 
J'espère que ces réponses vous aideront à mieux comprendre notre position et vous rassureront sur notre fidélité à l'Église et à la ligne de Monseigneur Lefebvre. 

Avec ma bénédiction, 
+Bernard Fellay

Commentaires sur certaines phrases de Mgr Fellay :

1) Sur l'expression "Accusations scandaleuses contre la FSSPX et ses supérieurs."

- Avec l'Immaculée n'accuse pas la FSSPX qui est une personne morale dénuée de responsabilité vis-à-vis de Dieu. 
- Ce sont les hommes qui la dirigent et les prêtres qui les soutiennent, que nous accusons. Nous les accusons de ne plus prêcher l'Evangile de Jésus-Christ :

a) en établissant des principes qui vont contre la doctrine catholique, dans la Déclaration du 15 avril 2012laquelle accepte toutes les hérésies de Vatican II à la lumière de la Tradition, ainsi que tout le nouveau code de droit canon, tout le magistère postérieur à Vatican II et tous les nouveaux sacrements, ainsi que la nouvelle messe qui est considérée comme légitimement promulguée.


b) Ils ne prêchent plus la doctrine de Jésus-Christ à cause de l'établissement qu'ils font de la doctrine de l'herméneutique de la continuité (déguisée) qui est contenue dans cette Déclaration et qui a suivi cette Déclaration (cf. Cor unum 104 et la conférence de Mgr Fellay d'octobre 2013 à Kansas City).


c) Nous les accusons de ne pas appliquer le principe du nullam partem qui n'est pas une invention de notre part mais qui vient de Dieu par la Révélation. Les citations de l'Ecriture Sainte et l'interprétation claire qu'en ont fait les Pères le prouvent (cf. article Fondements doctrinaux du nullam partem).

On pourra essayer de biaiser en affirmant que les hérésies du pape ne sont peut-être pas formelles mais matérielles, et que donc de ce fait, le principe du nullam partem ne s'appliquerait pas. Cette raison ne tient absolument pas. Du moment qu'une hérésie, c'est-à-dire une contre-vérité de foi, est formulée de façon pertinace après une seconde admonition, il faut fuir l'homme qui professe cette hérésie, affirme Saint Paul (Tite, III, 10) : 
Évite un homme hérétique après une première et une seconde admonition, sachant qu'un tel homme est perverti et qu'il pèche puisqu'il est condamné par son propre jugement.

2) A propos de la phrase : "nous suivons la ligne que Mgr Lefebvre nous a donnée" : une étude d'Avec l'Immaculée est en préparation sur le sujet. Il faut étudier toutes les paroles de Mgr Lefebvre.

3) A propos de l'expression "les autorités légitimes de l'Eglise" : nous avons étudié, grâce à la Sapinière, que n'est légitime en droit canon que quelque chose qui est conforme à la loi divine.(1)
Aussi, bien que cela diffère de ce que Mgr Lefebvre disait, Avec l'Immaculée propose qu'on ne parle plus d'autorités légitimes de l'Eglise, mais seulement d'autorités valides. Exactement comme pour la nouvelle messe qui est illégitime mais probablement valide si le prêtre qui la célèbre est validement ordonné et s'il a l'intention de consacrer, lorsqu'il prononce les paroles de la consécration. Les miracles eucharistiques faits dans le novus ordo, en protestation contre le manque de révérence envers les saintes espèces, nous paraissent confirmer puissamment cette thèse.
Ceux qui profèrent des hérésies et détruisent la foi ne peuvent pas être légitimes,  à notre avis, mais seulement validement élus et donc par le fait même, autorités valides. 
Il nous semble difficile d'affirmer que la nouvelle messe est illégitime tout en disant que les autorités qui la promulguent (ou affirment qu'elle est le "rite ordinaire" de l'Eglise) sont légitimes
Un pape qui mène les âmes à leur perte en détruisant la foi et qui "ne croit pas en un Dieu catholique" (cf. entretien de François à la Repubblica) est à notre avis, illégitime, même s'il est réellement le pape. La position d'Avec l'Immaculée n'est donc ni sédévacantiste, ni dans la continuité de Mgr Lefebvre, sur ce point précis. Si Dieu le permet, nous ferons dans les mois qui viennent une étude approfondie qui abordera ce sujet. Cette étude est devenue nécessaire, pour répondre en autres à l'objection sédévacantiste qui se fait de plus en plus insistante et pressante, suite aux scandales de François.

4) Mgr Fellay dit, dans cette lettre, qu'il ne suit pas les autorités légitimes de l'Eglise "quand leur enseignement est en contradiction avec la Tradition." 

a) Mgr Fellay dit donc ici qu'il opère un tri sélectif dans le magistère post-conciliaire et Vatican II. Il faut bien repérer ici le mensonge : dans la DQA, Mgr Fellay n'a pas opéré de tri sélectif. Il a TOUT accepté. Mgr Fellay a donc une attitude double : dans les textes il accepte tout Vatican II et tout le magistère post-conciliaire à la lumière de la Tradition et dans les discours qui suivent, il dit qu'il trie entre le vrai et le faux. Le paragraphe III § 6 de la DQA dit bien que certains point de Vatican II ou du Magistère ne PARAISSENT pas conciliables avec la Tradition. Il aurait fallu employer le verbe "être" et non le verbe "paraître", si Mgr Fellay avait voulu défendre la thèse du tri sélectif. Il aurait dû écrire, pour avoir un texte en conformité avec ses discours, que certains points de Vatican II ou du magistère postérieur à celui-ci ne SONT pas conciliables avec la Tradition. Or il a préféré le verbe "paraître".

b) Cette position selon laquelle il faut opérer un tri sélectif n'est pas tenable car tous les textes conciliaires comportent des ambiguïtés. ( Et donc même l'emploi du verbe être dans la DQA aurait été complètement insuffisant). L'examen de ces textes concilaires serait une source de litiges continuels, interminables et multiples, les avis des théologiens divergeant forcément sur ce qui peut être ou non accepté à la rigueur. 


Donc l'unique solution à cette question épineuse est encore le principe du nullam partem. En effet, puisque nous savons par Saint Augustin, (repris par le concile de Constantinople et Saint Thomas d'Aquin), que lorsqu'un hérétique dit une erreur contre la foi, il doit être anathémisé, alors, il est évident par voie de conséquence qu'il ne faut pas opérer de tri dans les textes de ceux qui doivent être anathémisés. Il faut tous les rejeter. L'Eglise n'a jamais opéré de tri dans les textes d'Arius ou de Luther. Elle a tout mis à la poubelle. Continuons donc sur la même lancée.


5) A propos des trois évêques qui seraient "en plein accord", nous avons à présent suffisamment de citations de Mgr Tissier, pour savoir que cela est faux. Au moins à cause du procès de l'abbé Pinaud, procès qui a choqué Mgr Tissier. Ce que nous aimerions, c'est que Mgr Tissier nous rejoigne également sur le principe du nullam partem. 

Les faits divers choquants, comme le procès de l'abbé Pinaud, sont une aide puissante pour discerner... Mais si on s'arrête uniquement aux injustices subies par notre abbé, cela n'est pas suffisant. Ce qui est le plus important, dans le procès de l'abbé Pinaud, ce sont les faux principes qui ont été affirmés pendant celui-ci. C'est là-dessus qu'il faut travailler le plus.  C'est cela qui peut aider le plus à la décision. 
Pour en revenir au nullam partem avec la Rome maçonnique, Mgr Tissier ne nous rejoint pas sur ce principe, malheureusement. Il croit aux six conditions pragmatiques édictées par le Chapitre de 2012. Cependant, nous ne désespérons pas qu'il puisse être convaincu un jour, si Dieu le permet. Prions pour lui.

6) Mgr Fellay : "nous ne couperons jamais tous les liens avec Rome. Autrement, nous cesserions tout simplement d'être catholiques."

Cette phrase est ambiguë, comme tout ce que dit Mgr Fellay. Il ne précise pas que les autorités romaines diffusent une doctrine qui va contre celle de Notre-Seigneur. Couper avec les hérétiques est OBLIGATOIRE. Couper avec le principe de l'autorité papale est évidemment, en effet, schismatique. Mais cela, personne ne songe à le faire, ni chez nous, dans la Résistance, ni même chez les sédévacantistes. Le schisme serait de dire : il n'y a plus besoin de pape, cela ne sert à rien, Dieu ne le veut pas.
Mais dire : je suis persuadé qu'il faut un bon pape mais je dois me rendre à l'évidence que je dois complètement et entièrement fuir les papes actuels parce qu'ils profèrent des hérésies, n'est pas schismatique. C'est au contraire très catholique, puisque en cela, nous appliquons le principe du nullam partem enseigné par Saint Paul et Saint Jean. C'est Mgr Fellay qui n'est pas catholique et qui désobéit à Saint Paul et Saint Jean en ne suivant pas ce principe qui fait partie de la Révélation, puisqu'il est affirmé à plusieurs reprises dans l'Ecriture Sainte.

7) Mgr Fellay : "En effet, Rome a voulu nous forcer à la fois à considérer Vatican II comme partie intégrante de la Tradition et à accepter la licéité de la nouvelle Messe. Bien sûr, nous ne pouvions pas être d'accord avec ces deux exigences." 

Cette phrase est hypocrite :
- Dans la DQA, Vatican II a été accepté en entier à la lumière de la Tradition, comme partie intégrante de celle-ci (cf. explication en 1) a, ci-dessus). 
- Pour ce qui est de la distinction entre la licéité de la nouvelle messe (ce qu'il est impossible de dire, selon Mgr Fellay) versus l'affirmation selon laquelle elle a été "légitimement promulguée" (ce qu'il est possible de dire, selon Mgr Fellay), elle est nulle et non avenue, factice. L'abbé de la Rocque, qui ne nous est pourtant pas favorable, a affirmé lui-même dans sa conférence du 18 mai 2012 que dire que la nouvelle messe est légitime ou légitimement promulguée revenait au même. Et la note 1 ci-dessous défini les mots "légitime" et "licite". On voit qu'ils reviennent au même. Mgr Fellay joue donc sur les mots, comme d'habitude. C'est un champion en la matière et en cela il s'éloigne du conseil de Jésus : que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du démon.

8) Mgr Fellay : "ces anciens membres sont les seules personnes en faute, ici." 

Cette phrase est inacceptable. Les bons prêtres se sont rebellés héroïquement pour défendre la Foi qui était attaquée par l'abandon du principe pas d'accord pratique sans accord doctrinal. Non seulement il n'ont pas fait de faute mais ils ont fait un acte de vertu héroïque, car cela a entraîné leur expulsion de la Fraternité. Nous ne leur serons jamais assez reconnaissants pour ce qu'ils ont fait et nous leur devons en retour notre soutien financier ainsi que le soutien de nos prières, pour qu'ils restent fidèles jusqu'au bout.

Note :

(1) Sur la définition de la légitimité, voici un extrait de cet excellent article de la Sapinière :
(...) depuis juin l’on nous dit que Mgr Fellay n’a pas pu signer le 13 juin un accord basé sur ce Préambule doctrinal car Rome lui demandait de reconnaître le concile VII et la licéité de la nouvelle messe. Ce terme de licéité n’était pas employé avant dans nos milieux. Intrigué, j’ai vérifié les définitions dans différents dictionnaires et j’ai pu constater que légitimité et licéité veulent dire à une nuance très subtile la même chose.
Licéité :
En théologie :  qualité de ce qui est objectivement bon
Droit canon :
caractère d’un acte permis par la loi. « Toutes les conditions sont observées pour que le sacrement soit administré conformément aux exigences de la morale et du droit canonique. (…) la licéité et la validité posent des conditions à la fois dans le ministre, le sujet et le sacrement (Théol. cath.t. 14, 11939, p. 635). »

Légitimité :
Qualité, état de ce qui est légitime, conforme au droit, à la loi.
Conformité de quelque chose, d’un état, d’un acte, avec l’équité, le droit naturel, la raison, la morale.

Légitime :
Qui est conforme au droit positif.
Qui est conforme à l’équité; qui est fondé sur le droit naturel, la morale, la loi divine.
Qui est dicté, justifié, explicable par le bon droit, le bon sens, la raison.
J’en conclus que maintenant à la Fraternité certains sont passés :

- de la seule reconnaissance de la validité des nouveaux sacrements « célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Eglise » (ce qui était l’opinion de Mgr Lefebvre)
- à également la reconnaissance de leur légitimité donc de leur conformité à la loi divine selon la définition ci-dessus (légitimité que Mgr Lefebvre a toujours contestée)
- mais qu’ils nient encore à ces nouveaux sacrements leur licéité c’est-à-dire qu’ils soient objectivement bons.
[ndlr : Voici la partie la plus importante du raisonnement. C'est nous qui la mettons en rouge :]
Or si quelque chose est légitime car conforme à la loi divine, cette loi divine ne pouvant être que bonne puisque issue de Dieu, cette chose a donc obligatoirement la qualité de ce qui est objectivement bon. Par voie de conséquence, si les nouveaux sacrements sont légitimes ils sont alors conformes à la loi divine objectivement bonne, et ils acquièrent donc ce caractère objectivement bon qui fait leur licéité. En conclusion, plus rien de formel ne s’oppose à ce que nous assistions ou recevions ces nouveaux sacrements, seule notre sensibilité pourrait nous en détourner.
Pour conclure, si certains dans la Fraternité admettent la légitimité de la nouvelle messe ils admettent alors implicitement sa licéité. Ou alors nous concluons qu’ils n’ont pas la même définition des termes. Ou alors qu’ils ne sont pas à une contradiction près. Ce que nous avions d’ailleurs remarqué.(...)"


C'est donc le raisonnement de ce fidèle qu'Avec l'Immaculée transpose, quant au pape.