mardi 4 mars 2014

Lettre ouverte au Père Jean



Père Jean

Nous demandons à ceux de nos lecteurs qui le veulent bien de faire suivre cette lettre ouverte au Père Jean, au monastère de Morgon. Merci.

Cette lettre a été écrite également en pensant à l'abbé Chautard, dont nous apprécions les analyses sur les ralliés, en réponse à son dernier article traitant entre autres choses des zélotes. Elle a été écrite pour tous les prêtres de bonne volonté qui ont compris que Mgr Fellay était dangereux mais qui pensent que la résistance externe a tort, ou bien qui sont tourmentés, ne sachant s'ils doivent la rejoindre ou non.

Cher Père Jean,

Votre sermon du troisième dimanche après l’Epiphanie du 26 janvier 2014 insistant sur les principes qui devaient nous guider dans les relations avec Rome a eu un retentissement important dans le monde de la Tradition et a contribué à conscientiser des fidèles de la Fraternité Saint Pie X qui ne l’étaient pas et qui jusqu’à présent ne suivaient que de très loin le combat de la Résistance. Un certain nombre se sont émus du danger que courait la Fraternité et ont commencé à s’informer. Pour tous ces fidèles que vous avez contribué à réveiller, nous vous remercions. Certaines citations de votre sermon ou de votre tract nous étaient inconnues et vont dorénavant bien nous servir à fonder notre position. Nous en avons repris plusieurs pour l’article Fondements doctrinaux du nullam partem mis en onglet sur notre blog Avec l’Immaculée.

Il y a cependant un point important du sermon que nous ne pouvons pas approuver et qui est la raison principale pour laquelle nous ne l’avons pas publié sur notre blog. Nous aurions bien aimé pouvoir vous joindre de façon privée pour vous en parler mais les circonstances font que ce n’est pas possible. Nous avons donc décidé de vous écrire cette lettre ouverte pour vous exposer le problème et pour l’exposer en même temps à nos lecteurs. Nous savons que vous cherchez par-dessus tout à faire la volonté de Dieu quelles que puissent en être les conséquences pour vous et nous savons aussi que vous aimez les âmes. Cela nous donne confiance en vous.

Après avoir affirmé très justement que nous devions être des hommes de principes et que le combat de la Tradition était avant tout un combat de principes, après avoir rappelé à la suite de Mgr Freppel que « quand nous abandonnons les principes, c'est la ruine », vous avez expliqué que le combat de la Résistance était avant tout un combat de principes et que la division qui régnait dans la Fraternité était une division sur les principes. Ces idées vraies et claires ont eu un effet puissant et très bénéfique… Mais malheureusement, vous dites dans la dernière partie du sermon : « C'est cela que j'ai voulu, essayé de vous faire comprendre sans chercher à prendre parti, sans chercher à attaquer les personnes même si j'ai donné des noms. Mais je vous ai dit des choses qui sont publiques. Maintenant, je vous laisse prier, je vous laisse réfléchir sur ces choses-là pour que chacun d'entre nous, en conscience, nous puissions dire : quelle est la volonté de Dieu dans cette affaire ? C'est ça le plus important. Quelle est la volonté de Dieu dans cette affaire ? Et pas taper sur les uns et sur les autres en disant: ils ont tort etc. On n'en veut plus. Anathème à ces prêtres d'un côté ou de l'autre. Autant que possible, restons en paix, là, soyons en paix avec tout le monde. Autant que possible, et là c'est encore possible. Parce qu'il n'y a pas encore de ralliement officiel. On en est encore qu'à une bataille de principes. » 



Cher Père, il nous semble que ces paroles ont fait du mal et qu’elles en font encore. Elles ont inculqué profondément dans l’esprit des gens l’idée suivante : tant que rien n’est signé, restons tranquillement dans la Fraternité, restons charitablement en paix avec Mgr Fellay, restons soumis et obéissants, quoique douloureusement, envers un mauvais supérieur qui veut faire le mal mais qui n’a pas encore consommé son forfait. 

Vous avez inculqué aux fidèles et surtout aux prêtres de la Fraternité le principe suivant : il ne faut pas s’opposer avec force à un supérieur qui prône de mauvais principes suicidaires qui mettent en danger les âmes. On peut de temps en temps lui dire calmement et en privé que l’on n’est pas d’accord, on doit même parfois faire un sermon pour alerter les fidèles mais il faut rester en paix avec ce mauvais supérieur car il ne faut pas faire la guerre pour une raison de principes. On ne fait la guerre que lorsque le forfait est consommé. Pas avant

Père, ce principe que vous venez d’énoncer n’est-il pas en fait une défense du pragmatisme ? S’il ne faut pas faire la guerre pour un principe, cela n’implique-t-il pas que ce sont les faits et non les principes qui ont leur importance ? Et si l’on affirme cela, ne devient-on pas pragmatique ? Cette idée qu’il ne faut pas faire la guerre pour une question de principes nous paraît donc erronée et très dangereuse. Juste après l’avoir énoncée, vous dites une parole forte et tout à fait vraie: « Toutes les révolutions se sont jouées sur des principes. Nos anciens nous l'ont dit, il faut nous inculquer ça dans notre esprit. »

Cher Père, par ces dernières paroles, vous faites vous-même une objection importante au faux principe que vous venez d’énoncer à votre insu. Vous affirmez en effet par ces mots que vous êtes conscient que la Révolution est en train de se jouer en ce moment, au niveau des principes… Et en même temps vous dites que ce serait manquer à la charité que de déclarer la guerre à celui qui a déjà établi officiellement les principes du piège auquel vont se prendre nos fidèles et nos prêtres ! Vous justifiez le fait que nous ne devons pas entrer en guerre contre Mgr Fellay par la constatation que l'« on en est encore qu'à une bataille de principes ». N’est-il pas paradoxal de donner cette justification à la paix que vous nous proposez alors que vous nous dites en même temps que ce sont les principes qui mènent tout, qui fondent le combat et que l’issue du combat des révolutions se décide au niveau des principes ? Et que serait une bataille de principes qui ne fasse la guerre à personne ? Que serait une bataille durant laquelle on est en paix avec tout le monde ? Père, n'y a-t-il pas une contradiction?

Depuis la déclaration du Chapitre de 2012 et les six conditions qui lui sont adjointes, la Fraternité Saint Pie X est fondée sur de mauvais principes. La trappe est tout prête à s’ouvrir sous les pas des fidèles et des prêtres inconscients du danger, et il faudrait se contenter de dire : « ce n’est pas bien ce que vous faites là, Monseigneur Fellay, je sais que vous vous apprêtez à tuer la majeure partie de ce qui restait de chrétiens, je suis conscient de ce que vous préparez, mais tant que vous ne les avez pas tués, je veux rester en paix avec vous, par charité. »

Père, si vous connaissiez un méchant qui avait préparé sur une route une embuscade mortelle pour des milliers de bons et que vous n’aviez pas la possibilité de chasser ce méchant ni d’empêcher l’embuscade de fonctionner à l’heure choisie par lui mais que vous aviez la possibilité de vous tenir debout sur le bord de la route, en amont de l’embuscade et d’avertir tout le monde, au fur et mesure qu’ils passent à portée de votre voix, pensez-vous que vous vous contenteriez de parler une fois par an à voix forte ou bien le feriez-vous tous les jours ? Père, si vous saviez que vous sauveriez davantage de monde en parlant souvent, ne le feriez-vous pas ? 

Et si certaines bonnes personnes un peu naïves vous répondaient, lorsqu’elles passaient devant vous sur la route : Mais non, Père Jean, vous vous trompez, il n’y a pas de piège. Cet homme est notre chef, nous devons lui faire confiance. Nous n’allons pas mourir car il a les grâces d’état pour nous guider… Si ces personnes vous répondaient cela, Père Jean, que feriez-vous ? Ne vous épuiseriez-vous pas en exhortations ? N’essayeriez-vous pas de fournir toutes les preuves possibles et imaginables de la forfaiture de ce chef ? N’essayeriez-vous pas de montrer le danger de ses intentions ? Tenteriez-vous de ménager cet assassin ? N’utiliseriez-vous pas au contraire toutes vos ressources, toutes vos capacités, toute votre force, toute votre éloquence, toute votre intelligence pour sauver le maximum de personnes ?

Père, quand tout le monde sera tombé dans la fosse, combien croyez-vous que vous pourrez en retirer ? Pas beaucoup, car ils auront appris de vous qu’il ne faut pas faire la guerre pour un principe. Et les conditions pratiques de l’accord avec Rome seront présentées d’une façon si rassurante que les pauvres brebis penseront pouvoir juger que les principes sont suffisamment préservés pour pouvoir suivre leur mauvais pasteur. Il les endormira par des paroles faussement surnaturelles, il leur dira d’un ton douloureux et pénétré qu’elles doivent aller au secours de l’Eglise, il leur parlera de l’abandon à la divine Providence. Il leur donnera la crainte du schisme. Il les rassurera par de fausses promesses en leur promettant qu’elles pourront combattre l’erreur. Il dira que la sainte Vierge a vraiment gouverné la Fraternité d’une façon providentielle, etc. 

Père, vous avez dit ensuite, tout à la fin du sermon : « ce sont des prêtres qui ont un grave problème de conscience et ils ne sont pas les seuls, moi aussi. Qu'est-ce que je dois faire en ce moment ? Qu'est-ce que je dois faire en ce moment ? Alors prions bien (…) »

Ces paroles nous donnent espoir. On comprend que vous cherchez ardemment la volonté de Dieu et que vous ne l’avez pas encore trouvée avec certitude. Comme tant de prêtres, votre cœur est déchiré, il souffre, il cherche la vérité. Il crie vers le ciel, mais le ciel reste silencieux. Père, nous nous souvenons avoir lu un jour dans Saint Jean de la Croix que lorsque nous ne savons pas où est la volonté de Dieu, il faut suivre la droite raison… Ne pensez-vous pas que lorsque nous connaissons les desseins d’un criminel que nous ne pouvons empêcher de nuire, il faut au moins le démasquer tant que l’on peut et avertir notre prochain tant que nous le pouvons ? N’est-ce pas la droite raison ? Quelqu’un qui tue les âmes n’est-il pas plus dangereux que quelqu’un qui tue les corps ? Notre-Seigneur l’a affirmé. Les autorités maçonniques de Rome ne tuent-elles pas les âmes ? Mgr Fellay ne va-t-il pas nous mettre sous l’autorité de tueurs d’âmes ? N’est-il pas comme un homme qui mène ses brebis à l’abattoir ? 

Peut-on rester en paix avec quelqu’un qui a le dessein de nous remettre sous la coupe des autorités maçonniques et qui en a déjà établi tous les principes ? Peut-on rester en paix avec un évêque qui défend de façon sournoise et continuelle l’herméneutique de la continuité ? Peut-on donc rester en paix avec un homme qui, de ce fait, met depuis 2012 les âmes en grave danger ? Peut-on rester en paix avec un séditieux, au sens donné par Saint Thomas d’Aquin ? Ne faut-il pas plutôt combattre de toutes nos forces le révolutionnaire et le séditieux ? 

Père, votre saint patron, Jean, que ferait-il ? N’a-t-il pas dit dans II Jean, 10 : « Si quelqu’un vient à vous qui ait une doctrine différente, ne le recevez pas chez vous et ne le saluez même pas. Car celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises. » Père, la doctrine de Mgr Fellay est différente de celle de Saint Jean. Il faut donc cesser de le saluer et d’être en paix avec lui. Il faut au contraire dire aux fidèles et aux prêtres : Quittez la Fraternité, vous êtes en danger. Les mauvais supérieurs font de mauvais sujets. Votre supérieur est mauvais, vous risquez d’être contaminés, fuyez ! Battez-vous dès maintenant pour les principes, car c’est maintenant que tout se joue. Quand l’accord sera signé, il sera trop tard, pour la grande majorité d’entre vous. 

Père, si c’est Avec l’Immaculée qui dit cela, cela aura peu de poids car nous sommes de simples laïcs et les gens sont davantage sensibles à la qualité de la personne qui parle qu’aux idées qui sont proposées. Mais si c’est vous qui le dites, beaucoup de monde vous croira. Et si tous les prêtres de France qui y voient clair le disaient aussi, cela pourrait sauver encore davantage de monde. Les brebis ont besoin d’entendre la voix de leurs bergers. C’est à la voix du berger qu’elles obéissent.

Le Bon Dieu a permis que vous établissiez un mauvais principe au milieu d’autres principes très bons. Vous seul pouvez réparer ce que vous avez fait vis-à-vis des prêtres de la Fraternité Saint Pie X et des fidèles. C’est vous que les gens croient, c’est vous qu’ils suivront. Nous savons que, comme Saint Augustin, vous n’hésiterez pas à reconnaître que vous vous êtes trompé, si le Bon Dieu vous en donne la claire connaissance. Nous savons aussi que lorsqu’il vous aura donné cette connaissance, vous irez jusqu’au bout, quelles que soient les conséquences pour vous. 

Jésus a promis : « C’est pourquoi, je vous le dis, tout ce que vous demanderez dans la prière, croyez que vous l’obtiendrez et vous le verrez s’accomplir. » (Marc XI, 24) Si donc on a en son âme la ferme confiance que Jésus nous montrera sa volonté, cela fait violence à son Cœur et il est comme obligé de nous exaucer. Père, nous regrettons de ne pas avoir prié pour vous et nous voulons à présent réparer cette négligence. Nous demandons à tous nos lecteurs de faire une prière pour Père Jean, même s’ils ne sont pas d’accord avec nous, afin qu’il voie clairement la volonté de Dieu et qu’il l’accomplisse.

Cet extrait du Héraut de l'Amour divin, de Sainte Gertrude, peut aider à comprendre quelle est la volonté de Dieu :


Source du texte :

http://jesusmarie.free.fr/gertrude_d_helfta.html

Livre 4, CHAPITRE XXXVIl.
PRÉPARATION A LA FÊTE DE LA PENTECÔTE.


«1 La fête solennelle de la Pentecôte étant proche, elle eut l'idée, le dimanche précédent, avant de communier, de prier le Seigneur afin d'être convenablement préparée à la réception du Saint-Esprit, par les vertus de pureté de cœur, d'humilité, de paix et de concorde. En demandant la pureté, elle connut que son cœur était devenu blanc comme la neige. Quand elle demanda la vertu d'humilité, elle vit le Seigneur creuser dans son âme une sorte de cavité destinée à recevoir ses dons. Enfin, lorsqu'elle pria pour obtenir la paix, le Seigneur parut entourer son cœur d'un cercle d'or afin de le défendre contre toute attaque des ennemis. Elle lui dit alors : « Hélas ! mon Seigneur, j'ai peur de renverser bientôt ce rempart de paix, parce que je ne puis me retenir lorsque je vois qu'on vous offense, et je m'y oppose avec force. » Le Seigneur répondit : « Cette commotion ne renverse pas le rempart qui te protège, mais elle le garnit plutôt de meurtrières par lesquelles l'inextinguible ardeur du Saint-Esprit s'ouvre passage pour souffler sur ton âme ses brises rafraîchissantes. »

2 Tandis qu'elle demandait la concorde de la charité, le Seigneur la fortifia, en recouvrant son âme d'une sorte de voile, destiné à conserver en elle les dons du Saint-Esprit. Elle craignit ensuite de perdre bientôt cet abri, en s'élevant avec fierté contre les oppositions soulevées par quelques personnes contre la Religion. Le Seigneur répondit: « On ne perd pas la concorde en s'opposant à l'injustice. Bien plus, je me pose moi-même sur les fissures de ce cœur que le zèle fait éclater, et ainsi j'affermis et je conserve en lui l'habitation et les opérations de mon divin Esprit. » 
Elle comprit aussi que tous ceux qui demanderaient au Seigneur de les préparer à la venue du Saint-Esprit par les vertus dont nous avons parlé, et s'efforceraient de les pratiquer, obtiendraient les mêmes grâces»