samedi 15 février 2014

Toujours dire la vérité à ceux qui sont dans l'erreur, quoi qu'il en coûte


Citations trouvées dans le tome 4 du catéchisme de Saint Pierre Canisius p. 33 et suivantes et p. 50 et 53. Toute la partie intitulée des péchés d'autrui serait à lire par ceux qui se demandent s'ils doivent ou non parler pour dénoncer l'erreur. Texte éclairant et pacifiant. En voici quelques extraits. 
Question VII

Quand est-ce qu'on participe par flatterie ou adulation au péché d'autrui ?
(...)

Proverbes, XXIV, 24-28 : Ceux qui disent au méchant : Vous êtes juste, seront maudits des peuples et détesté des nations. - Ceux qui le reprennent en seront loués ; et la bénédiction descendra sur eux. - Répondre avec droiture, c'est donner un baiser à la bouche. (note vulgate DFT 1992 : [le baiser sur la bouche] était un signe d'amitié entre les gens égaux.)

Proverbes, XXVII, 5, 6 : Une réprimande ouverte vaut mieux qu'une amitié qui se cache. - Les blessures que fait un ami sont la preuve de son amitié. Dieu nous garde des baisers d'un ennemi!

Proverbes, XXVIII, 23 : Celui qui reprend un homme trouvera grâce ensuite auprès de lui, plutôt que celui qui le trompe par des paroles flatteuses.

Isaïe, V,20 : Malheur à vous qui appelez mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal ; qui donnez aux ténèbres nom de lumière et à la lumière le nom de ténèbres qui faites passer pour doux ce qui est amer, et pour amer ce qui est doux.

Proverbes, XVII, 15 : Celui qui justifie le méchant et celui qui condamne le juste sont tous deux abominables devant Dieu.

p. 44  : 
S . Jean Chrysostome, Homélie II sur David et Saül  :

(...) ce n'est pas seulement le parti qu'on prendrait d'embrasser le vice, mais encore les louanges qu'on donnerait aux gens vicieux qui feraient encourir une punition sévère et je dirai même quelque singulier que cela puisse paraître, plus sévère que si l'on vivait soi-même dans le désordre. C'est une vérité qui nous est confirmé par saint Paul. Cet apôtre, après avoir énuméré tous les genres de malice, et s'être élevé avec force contre les hommes qui foulent aux pieds les lois divines, ajoute en parlant de leurs approbateurs (Rom. I, 32 ; Il, 4) : Quoiqu'ils sachent fort bien que, d'après les règles de la justice de Dieu, ceux qui font ces actions sont dignes de mort, non seulement ils se portent à faire ces même actions mais encore ils applaudissent à ceux qui les commettent. C'est pour cela, ô homme, que vous êtes sans excuse.
Vous voyez que saint Paul parle de manière à faire entendre que le désordre où l'on tombe en approuvant le mal est plus grave que ne l'est ce mal lui-même.
Oui, approuver le crime est plus punissable que de le commettre ; et cela est d'autant plus vrai, que cette approbation donnée au crime est la marque d'une âme perverse et incorrigible. Celui qui hait le mal, mais le condamne en même temps, peut changer un jour et se corriger ; au lieu que celui qui approuve le vice se prive lui-même du remède qu'offre le repentir. Je conclus que c'est avec beaucoup de raison que saint Paul déclare qu'approuver le mal est quelque chose de pire que de le commettre. Comme donc celui qui loue les méchants mérite une punition égale ou même plus rigoureuse, ainsi celui qui admire les bons participe aux couronnes qui leur sont réservées. C'est ce qu'on peut voir encore dans les saintes Écritures. Dieu, parlant  à Abraham, lui dit : Je bénirai ceux qui vous béniront, et je maudirai ceux qui vous maudiront ( Gen., XII, 3).

p.46 :

S. Jérôme Lib. l adversus Pelagianos : "Si un serviteur de Dieu doit ne laisser sortir de sa bouche aucune parole amère et n'avoir rien que de doux et d'attrayant dans son langage, ou les prêtres et les docteurs ne sont pas des serviteurs de Dieu, eux qui doivent reprendre hardiment les pécheurs, et adresser leurs réprimandes indistinctement à tous, sans flatter personne, ou, s'ils sont non seulement des serviteurs de Dieu, mais même au premier rang de ses serviteurs, c'est sans raison que vous avez donné aux serviteurs de Dieu pour partage les paroles doucereuses et mielleuses tandis que c'est au contraire le propre des hérétiques et de ceux qui s'étudient à séduire leurs auditeurs, selon ce que dit saint Paul : Ces hommes ne servent point Jésus-Christ Notre-Seigneur, mais leur ventre, et par des paroles flatteuses ils séduisent les âmes simples. L'adulation est toujours insidieuse, adroite, caressante. Et c'est avec esprit que les philosophes ont défini le flatteur un ennemi qui cherche à enjôler.
La vérité au contraire est amère, a l'air triste, porte un front ridé et déplaît à ceux qu'elle reprend. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : Vous suis-je devenu odieux pour vous avoir dit la vérité. Le Poête comique a dit de son côté : La complaisance nous fait des amis, et la franchise nous fait des ennemis. C'est pourquoi Dieu ordonnait de manger l'agneau pascal avec des laitues amères, et le vase d'élection nous exhorte à célébrer la pâque dans la vérité et la sincérité. Que la vérité et la sincérité soient en nous, et l'amertume ne tardera pas à se faire sentir."
[NB  d'avec l'Immaculée. Il faut cependant éviter le zèle amer. En d'autres lieux, il est dit dans le livre qu'il faut reprendre avec charité.]


Question VIII. p. 50 du livre
Quand est-ce que, par réticence de notre part, nous devenons cause du péché d'autrui ?
C'est lorsqu'en gardant le silence mal à propos, nous causons un dommage, soit à quelqu'un de nos subordonnés soit à tout autre de nos semblables. Par exemple, c'est ce qui arrive, si, chargé d'enseigner, d'avertir ou de reprendre un individu ou une communauté nous cessons sans un juste sujet de remplir cette fonction dans un moment où par-là nous nous serions rendus utiles. C'est pourquoi le Seigneur dans Isaïe adresse cet avis à tout prédicateur de l’évangile : Criez sans cesse, faites retentir votre voix comme une trompette; annoncez à mon peuple les crimes qu'il a commis, et à la maison de Jacob ses prévarications. 
Apprenons d'un autre côté le péril que courent ceux qui, n'ayant pas la force d'aboyer, sont appelés non sans raison des chiens muets : Si lorsque je dirai à i'impie: "Vous serez puni de mort", vous ne lui annoncez pas ce que je vous dis, et si vous ne lui parlez pas afin qu'il se détourne de la voie de son impiété et qu'il vive, l'impie mourra dans son iniquité, mais je vous redemanderai son sang.
Tant il est nécessaire d'observer ce que saint Paul recommande avec de si fortes instances : Annoncez la parole aux hommes; pressez-les à temps, à contre-temps; reprenez, suppliez, menacez, sans vous lasser jamais de les supporter et de les instruire; comme ce qu'il dit ailleurs : Reprenez devant tout le monde ceux qui se rendent coupables de quelque crime, afin que les autres aient de la crainte.

Actes, XX, 17- 18 ; 20-21; 26-27 : Etant à Milet, Paul envoya à Éphèse pour faire venir les prêtres de cette Eglise; - Et quand ils se furent rendus et assemblée auprès de lui, il leur dit : Vous savez de quelle manière je me suis conduit pendant tout le temps que j'ai été avec vous, depuis le premier jour où je suis entré en Asie ; (...) Et je ne vous ai rien caché de tout ce qui pouvait vous être utile, rien ne m'ayant empêché de vous l'annoncer, et de vous en instruire et en public et en particulier, - prêchant aux juifs aussi bien qu'aux gentils de revenir à Dieu par la pénitence et de croire en Notre-Seigneur Jésus-Christ (...) - Je vous déclare donc aujourd'hui que je suis innocent du sang de vous tous. - Car je n'ai point hésité à vous annoncer toutes les volontés de Dieu.