dimanche 2 février 2014

Sermon des ordinations du 29 juin 1987


Homélie de Mgr Lefebvre le 29 juin 1987 à Ecône


Mgr Lefebvre et Mgr de Castromayer 

Mes biens chers Frères,

Rendons grâce à Dieu qui permet qu'une nouvelle fois nous nous retrouvions ici ensemble à Ecône pour participer à cette magnifique cérémonie de l'ordination sacerdotale qui est la raison d'être et le couronnement de nos séminaires.

Des séminaires sans ordinations ne seraient plus des séminaires catholiques, des séminaires d'Eglise. Et c'est pourquoi ayant la joie d'imposer les mains à ces nouveaux prêtres nous remercions Dieu qui a permis que nos séminaires continuent à vivre et même à se développer, puisqu'Ecône est devenu aussi Flavigny et qu'ainsi un nombre plus important de jeunes gens qui désirent devenir prêtres catholiques peuvent trouver et la formation et les grâces nécessaires pour devenir de vrais et de saints prêtres.

UNE ANNEE TRES GRAVE POUR L'EGLISE

Mes bien chers Frères, permettez que je profite de ces circonstances pour faire avec vous le point de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, comme nous le faisons habituellement à l'occasion de cette cérémonie de l'ordination sacerdotale.

Il faut le dire. Je ne puis pas me taire. Je ne puis pas le cacher, cette année a été une année très grave pour l'Eglise catholique, pour nous catholiques, pour nous prêtres catholiques.

Vous le savez, différents écrits l'ont rapporté, j'ai eu l'occasion de dire que j'attendais des signes de la Providence pour accomplir les actes qui me paraissent nécessaires pour la continuation de l'Eglise catholique. Je dois avouer maintenant que j'ai la conviction que ces signes sont venus.

Quels sont-ils ? Il y en a deux : Assise et la réponse qui nous a été faite de Rome aux objections que nous avions formulées à propos de la Liberté religieuse.

Assise a eu lieu le 27 octobre dernier et la réponse de Rome à nos objections sur les erreurs de Vatican II relatives à la liberté religieuse nous est parvenue au début du mois de mars. En elle-même, elle est plus grave encore qu'Assise.

Assise est un fait historique, une action. Mais, la réponse à nos objections sur la Liberté religieuse est une affirmation de principes et cela est donc très grave. Une chose est d'accomplir simplement une action grave et scandaleuse, autre chose est d'affirmer des principes faux et erronés, qui par conséquent ont dans la pratique des conclusions désastreuses.

C'est pourquoi la Providence a voulu que par un certain concours de circonstances nous ayons rédigé ce livre qui vient de paraître : « ILS L'ONT DECOURONNE ». Ils L'ont découronné! Qui a donc découronné et qui a été découronné ?

Qui a été découronné ? Notre Seigneur Jésus-Christ.

Qui L'a découronné ? Les autorités romaines d'aujourd'hui.

Et ce découronnement s'est manifesté d'une manière évidente lors de la cérémonie d'Assise.

Jésus-Christ est découronné. Il n'est plus le Roi, le Roi universel, le Roi que nous proclamons depuis la fête de Noël jusqu'à son Ascension. Toutes les fêtes religieuses proclament la royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Tout au cours de l'année liturgique nous chantons : Rex regum, et Dominus dominantium : Notre Seigneur Jésus-Christ! (« Le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs », I Tm. 6-15)

UN PANTHEON DE TOUTES LES RELIGIONS

Et voilà qu'au lieu de magnifier la royauté de Notre Seigneur JésusChrist on institue un panthéon de toutes les religions ! Comme les empereurs païens de Rome avaient fait ce panthéon de toutes les religions, ce sont aujourd'hui les autorités romaines de l'Eglise qui le font !

C'est un scandale immense pour les âmes, pour les catholiques de voir ainsi mise en doute la royauté universelle de Notre Seigneur Jésus-Christ. C'est là ce que l'on appelle précisément le libéralisme.

Le libéralisme est l'institution de la liberté de l'homme vis-à-vis de Dieu. Par conséquent, l'homme qui dans sa conscience croit, espère, professe une religion quelconque, devient aussi respectable que celui qui se dit professer la véritable religion.

L'Etat, la Société civile, ne sont plus capables de connaître quelle est la vraie religion. C'est ce qui nous a été affirmé dans le document que nous avons reçu de Rome. L'Etat est incompétent en matière religieuse et donc ne peut pas décider quelle est la vraie ou la fausse religion. Par le fait même il doit laisser se répandre dans cet « espace social autonome » - comme ils l'appellent - et qui est pratiquement toute la vie de l'Etat, toutes les erreurs religieuses.

Nous disons : non, non et non ! Et la Sainte Messe nous le montre. Il y a une loi, une loi d'amour que Notre Seigneur Jésus-Christ sur la Croix nous clame, proclame et nous prêche. Il nous dit: « Vous devez obéir à la loi d'amour. Quiconque n'obéit pas à la loi d'amour, n'est pas digne de la vie éternelle. C'est donc une loi obligatoire. Nous ne sommes pas libres de choisir notre religion. Il n'y en a qu'une! Celle que Notre Seigneur JésusChrist a proclamée du haut de sa Croix.

Le libéralisme est devenu l'idole de nos temps modernes, une idole qui est maintenant adorée dans la plupart des pays du monde, même dans les pays catholiques. C'est cette liberté de l'homme vis-à-vis de Dieu, qui défie Dieu, qui veut faire sa propre religion, des droits de l'homme ses propres commandements, avec ses associations laïques, avec des Etats laïcs, avec un enseignement laïc, sans Dieu, voilà le libéralisme. Comment est-il possible que les autorités romaines encouragent et professent ce libéralisme dans la déclaration de Vatican II sur la Liberté religieuse ? C'est cela, qui à mon sens, est très grave. Rome est dans les ténèbres, dans les ténèbres de l'erreur. Il nous est impossible de le nier.

Comment pouvons-nous supporter de nos yeux de catholiques et à plus forte raison de nos yeux de prêtres ce spectacle que l'on a pu voir à Assise : l'église Saint Pierre qui a été donnée aux bouddhistes pour y célébrer leur culte païen. Etait-il concevable de les voir faire leur cérémonie païenne devant le tabernacle de Notre Seigneur Jésus-Christ, vide sans doute, mais coiffé par leur idole, par Bouddha, et cela dans une église catholique, une église de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce sont là des faits qui parlent d'eux-mêmes. Il nous est impossible de concevoir une erreur plus grave.

Comment cela a-t-il pu se réaliser ? Laissons la réponse au Bon Dieu. C'est lui qui mène toute chose. C'est Notre Seigneur Jésus-Christ qui est le maître des événements. C'est lui qui connaît ce que sera l'avenir de cette emprise des erreurs sur Rome et les plus hautes autorités, depuis le Pape et les Cardinaux en passant par tous les évêques du monde. Car tous les évêques du monde suivent les fausses idées du Concile sur l’œcuménisme et le libéralisme.

Dieu seul sait où cela va aboutir! Mais, pour nous, si nous voulons rester catholiques et si nous voulons continuer l'Eglise, nous avons des devoirs imprescriptibles. Nous avons des devoirs graves, qui nous obligent d'abord à multiplier les prêtres qui croient en Notre Seigneur Jésus-Christ, en sa royauté, en sa royauté sociale selon la doctrine de l'Eglise.

C'est pourquoi je suis heureux que ce livre sur le libéralisme soit paru, afin que tous puissent s'en nourrir et bien comprendre le combat que nous menons.

UN COMBAT AVEC SATAN

Ce n'est pas un combat humain. Nous sommes aux prises avec Satan. C'est un combat qui demande toutes les forces surnaturelles dont nous avons besoin pour lutter contre celui qui veut détruire l'Eglise radicalement, qui veut la destruction de l’œuvre de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il l'a voulu depuis que Notre Seigneur est né et il veut continuer d'abolir, de détruire son Corps mystique, de détruire Son Règne, et toutes ses institutions quelles qu'elles soient. Nous devons être conscients de ce combat dramatique, apocalyptique dans lequel nous vivons et ne pas le minimiser. Dans la mesure où nous le minimisons, notre ardeur au combat diminue. Nous devenons plus faibles et nous n'osons plus proclamer la Vérité. Nous n'osons plus proclamer le règne social de Notre Seigneur parce que cela sonne mal aux oreilles du monde laïque et athée. Dire que Notre Seigneur Jésus-Christ doit régner dans les sociétés paraît au monde une folie. On nous prend pour des retardataires, des attardés, figés dans le Moyen Age. Tout cela appartient au passé. C'est fini. C'est un temps révolu. Il n'est plus question que Notre Seigneur Jésus-Christ puisse régner dans les Sociétés.

Nous pourrions peut-être subir un peu la tendance à avoir peur de cette opinion publique qui est contre nous, parce que nous, nous affirmons la royauté de Notre Seigneur. Ne nous étonnons donc pas que les manifestations que nous pouvons réaliser en faveur de la royauté sociale de Notre Seigneur suscitent devant nous une armée dirigée par Satan pour empêcher notre influence de croître et même la détruire.

C'est pourquoi nous sommes heureux aujourd'hui de faire cette ordination sacerdotale et nous pensons sincèrement qu'il n'est pas possible d'abandonner cette oeuvre que le Bon Dieu a mise entre nos mains. Car, en vérité, ce n'est pas moi qui l'ai fondée, mais bien Notre Seigneur et cela dans des circonstances incroyables. Maintenant, après quinze années d'existence, notre Fraternité a pris des dimensions mondiales.

Grâce à Dieu, bien d'autres initiatives se sont levées aussi avec nous, autour de nous. Tous les religieux et les religieuses qui assistent à cette cérémonie se sont dressés eux aussi pour proclamer la royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ et leur volonté de ne pas L'abandonner.

Allons-nous L'abandonner, Le laisser une deuxième fois crucifier, et laisser aussi l'Eglise dans l'état de la Passion qu'elle vit actuellement et cela sans que nous venions à son secours ? Et que deviendront les âmes si plus personne ne proclame la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ ? Que deviendront-elles si nous ne leur donnons pas la véritable grâce dont elles ont besoin pour leur salut ?

Il s'agit d'une nécessité évidente. Il faut que nous en soyons convaincus. C'est pourquoi, il est vraisemblable que je me donnerai des successeurs pour pouvoir continuer cette oeuvre, parce que Rome est dans les ténèbres. Rome ne peut plus actuellement écouter la voix de la vérité.

Quel écho nos appels ont-ils reçu ?

Voilà vingt ans que je vais à Rome, que j'écris, que je parle, que j'envoie des documents pour dire: Suivez la Tradition. Revenez à la Tradition, sinon l'Eglise va à sa perte. Vous qui êtes placés à la succession de ceux qui ont construit l'Eglise, vous devez continuer à la construire et non à la démolir. Il sont sourds à nos appels

Le dernier document que nous avons reçu le prouve amplement : ils s'enferment dans leur erreurs. Ils s'enferment dans les ténèbres. Et ils vont conduire les âmes à l'apostasie tout simplement, à la ruine de la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, à la ruine de la foi catholique et chrétienne.

C'est pourquoi, si Dieu nous le demande, nous n'hésiterons pas à nous donner des auxiliaires pour continuer cette oeuvre, car nous ne pouvons pas penser que Dieu veuille qu'elle soit détruite, quelle ne continue plus et que les âmes soient abandonnées et que par le fait même, l'Eglise n'ait plus de pasteurs. Nous vivons une époque tout à fait exceptionnelle. Il faut que nous nous en rendions compte. La situation n'est plus normale, à Rome tout particulièrement.

Lisez le journal Si, Si, No, No, fait par les chères sœurs qui sont venues voir Ecône et trouver ici un encouragement à poursuivre l’œuvre qu'elles accomplissent. Ce journal donne des indications très précises sur la situation romaine. Une situation qui est invraisemblable, telle que l'histoire n'en n'a jamais connue. Jamais l'histoire n'a vu le Pape se faisant en quelque sorte le gardien du panthéon de toutes les religions, comme je l'ai évoqué, se faisant le pontife du libéralisme.

Que l'on me dise si pareille situation a jamais existé dans l'Eglise.

Que devons-nous faire devant une telle réalité ? Pleurer sans doute. Oh ! nous pleurons et notre cœur est brisé et douloureux. Nous donnerions notre vie, notre sang, pour que la situation change. Mais, la situation est telle, l’œuvre que le Bon Dieu a mise entre nos mains est telle, que devant cette obscurité de Rome, devant ce refus de revenir à la Vérité et à la Tradition, il nous semble que le Bon Dieu demande que l'Eglise continue. C'est pourquoi, il est vraisemblable que je devrai, avant de rendre compte de ma vie au Bon Dieu, faire des ordinations épiscopales.

LE REFUS DU MESSAGE DE FATIMA

Mes bien chers amis, mes bien chers frères, prions de tout notre cœur, prions la Très Sainte Vierge Marie. Nous allons aller à Fatima le 22 août pour demander à Notre-Dame-de-Fatima de nous aider.

On n'a pas voulu révéler son secret. On a enfoui le message de la Vierge Marie. Ce message devait sans doute empêcher ce qui se passe aujourd'hui. Si son message avait été connu, il est très vraisemblable que nous n'en serions pas là et que la situation à Rome ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui. Les Papes ont refusé de publier le message de la Très Sainte Vierge. Les punitions annoncées par la Vierge Marie viennent. L'apostasie annoncée par l'Ecriture arrive. La venue de l'Antéchrist approche. C'est d'une évidente clarté.

Devant cette situation tout à fait exceptionnelle, nous devons aussi prendre des mesures exceptionnelles.

Mes biens chers frères, mes bien chers amis, pendant cette Messe, nous allons prier particulièrement les Saints Apôtres Pierre et Paul, responsables de l'Eglise, afin qu'ils nous éclairent, qu'ils nous aident, qu'ils nous donnent le don de la Force et de la Sagesse afin de poursuivre leur oeuvre et celle de tous leurs successeurs.

Demandons-le surtout à la Très Sainte Vierge Marie et consacrons nos personnes, nos familles, nos cités aux Cœurs de Jésus et de Marie.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.