dimanche 2 février 2014

Dans "Pactes", 1er juin 1987 : « Si c'est mon devoir, je sacrerai des évêques » Mgr Lefebvre


- Monseigneur, votre dernière déclaration publique est un violent acte d'accusation contre la réunion de prière d'Assise... N'avez-vous pas l'impression de confondre l 'oecuménisme du pape Wojtyla avec l idéologie déformée du dialogue inter-religieux - si en vogue au cours des années passées -qui nie l'unicité historique du salut chrétien ?

Mgr L. - Je ne vois qu'un type d'oecuménisme : celui promu par le Concile, qui souligne le respect et la collaboration avec les fausses religions, mises sur le même pied. C'est une conception nouvelle, en contradiction avec la Tradition, qui a été ainsi imposée. A la place de l'Eglise « missionnaire » apparaît la nouvelle Eglise « oecuménique ». La réunion d'Assise consacre cette nouvelle Eglise, et cela est énorme, scandaleux. D'autre part, cette initiative a un précédent significatif : il y a près d'un siècle, en 1894, à Chicago, se tint un spectaculaire Congrès des religions mondiales auquel prirent part des évêques catholiques américains.

Si on rapproche leurs discours d'alors de celui qu'a adressé le Pape aux cardinaux en décembre dernier sur l'« esprit d'Assise », on relève des analogies impressionnantes. Mais, il y a un siècle, le pape Léon XIII condamna sans réserve la participation des évêques des Etats-Unis au Congrès de Chicago. Non, c'est un scandale, un blasphème public: pensez aux missionnaires catholiques qui, en Afrique, ont vu à la télévision les représentants des religions animistes prier à Assise à l'invitation du Pape... Dans quel esprit pourront-ils continuer l’œuvre ardue de l'évangélisation parmi les populations qui suivent ces rites païens ? Si le salut est possible même sans la conversion au Christ dans l'Eglise, et en continuant d'adorer ses faux dieux, quel sens a encore la mission ? Toutes les religions sont donc égales, bonnes... Si ce pape avait vécu au temps des persécutions romaines des premiers siècles, peut-être le christianisme aurait-il trouvé une place respectable au Panthéon des religions.

- Vous tracez une caricature de l’oecuménisme du Pape! Jean-Paul II n'a jamais dit que toute religion est une voie ordinaire dé salut. Même à Assise, il a proclamé sans équivoque la certitude que seul le Christ sauve et mène à bonne fin le sens religieux naturel.

Mgr L. - Certes, la position du Pape n'est pas celle du libéralisme pur, selon lequel toutes les religions se valent. Mais on peut parler de catholicisme libéral, qui donne la première place à la conscience et rend subjective la vérité que pourtant il professe. Vous n'êtes pas d'accord, mais si l'on examine attentivement le protocole suivi à Assise, on« voit comment la « philosophie » inspiratrice a été de mettre sur un plan d'égalité absolue, toutes les religions représentées. On peut objecter que le Pape siégeait au centre des invités, mais je suis sûr que quand il se rendra à Tokyo, lors de la prochaine édition de la réunion de prière, n'étant plus maître de maison, il n'occupera pas une place spéciale ou prééminente. Il sera un parmi les autres.

- Pourtant, lorsque vous êtes sorti de l'audience du 18  novembre 1978, le ton de vos déclarations était bien différent: « J'ai confiance, avez-vous dit, avec Jean-Paul II tout devient possible». A quoi attribuez-vous votre changement d'attitude ?

Mgr L. - J'avais été frappé par un passage de son discours dans lequel il affirmait que le Concile devait être lu à la lumière de la Tradition. Enfin! me dis-je, on peut espérer une révision de Vatican II. Mais, mon attente a été déçue. Qui sait, ce furent peut-être les hommes de la Curie qui l'empêchèrent d'avancer sur cette voie... Tout le monde sait qu'agit au Vatican une influente mafia libérale-maçonnique sans le « placet » de laquelle aucun changement n'est possible. Aussi est-on arrivé au moment actuel de l'Eglise où l'on célèbre le triomphe du libéralisme.

- Après cette audience, n'avez-vous plus rencontré le Pape en privé ?

Mgr L. - Non, je n'ai eu de contacts « officiels » qu'avec le cardinal Ratzinger, le cardinal Oddi et le cardinal Gagnon. A titre plus « officieux » j'ai aussi rencontré le Français Jean Guitton, qui se montre extrêmement intéressé à mon « cas ».

- On peut se douter qu'au cours de ces entretiens vous avez discuté d'éventuelles solutions de votre « cas ». Peut-on en parler ?

Mgr L. - Le Saint-Siège serait disposé à « régulariser » l'existence de notre oeuvre, la « Fraternité sacerdotale Saint-Pie X », à laquelle fut retirée en 1975, par une décision que je tiens pour invalide au plan juridique, l'approbation ecclésiastique accordée le l er novembre 1970. On a dit que le Pape serait tout à fait disposé à ériger la Fraternité en Prélature personnelle. Nous aurions en outre l' autorisation, déjà prévue en partie par l'indult de 1984, de célébrer la messe selon l'ancien rite de saint Pie V. Le tout à condition, cependant, que nous souscrivions à une déclaration de pleine acceptation des décrets et réformes de Vatican II. Mais, cela en conscience, ne nous est pas possible.

- Le 29 janvier 1979, vous avez déclaré avec satisfaction à un journal suisse: « Le Pape lui-même m'a dit qu il suffirait d'une déclaration de ma part, dans laquelle je dise accepter le Concile selon la Tradition ». Un accord est alors apparu possible, ou bien faisons-nous erreur ?

Mgr L. - Même le cardinal Ratzinger, quand il fut nommé Préfet de l'ex Saint Office, pensa que notre cas pourrait être résolu en quelques mois. Mais il faut être honnête. La phrase que vous avez citée peut être interprétée de diverses manières. Que signifie « accepter le Concile selon la Tradition ? » Nous en avons parlé plusieurs fois, précisément avec le cardinal Ratzinger

pour lui, cela veut dire que les thèses de Vatican II devraient être intégrées dans celles de la Tradition. Mais, intégrer, est un verbe encore vague. A mon avis, il convient de distinguer. II y a quelques textes conciliaires évidemment, conformes à la Tradition, qui ne posent aucun problème: je pense à Lumen Gentium, mais aussi à d'autres documents, tel celui sur la formation sacerdotale et sur les séminaires. Il y a ensuite des textes ambigus, qui peuvent cependant d'une certaine manière être correctement « interprétés » selon le Magistère précédent. Mais il y a aussi des textes franchement en contradiction avec la Tradition et qu'il n'est possible en aucune manière d'« intégrer » : la Déclaration sur la Liberté religieuse, le décret sur Oecuménisme, celui sur la Liturgie. Ici, l'accord devient impossible...

- Pour autant que nous le sachions, vous avez voté en faveur du décret sur la Liturgie...

Mgr L. - Oui, je dois l'admettre... mais, je ne pouvais prévoir juqu'où irait la réforme liturgique...

- Et vous avez célébré pendant quelques années, la messe selon le nouveau rite...

Mgr L. - J'ai célébré la messe selon les nouvelles directions liturgiques de 1965, mais jamais selon celles définitives de 1968 et qui portent la signature de Mgr Bugnini. De toute façon, c'est la Déclaration sur la Liberté religieuse qui est la vraie pomme de discorde, parce que de l'introduction de ce principe libéral dans l'Eglise, découlent les autres erreurs. La rupture avec la Tradition dans ce cas est évidente: onze papes, de Pie VI à Pie XII, ont condamné le libéralisme, le Concile l'a approuvé. Personne ne peut me convaincre qu'il n'existe pas une contradiction. Quand, au cours de l'audience que j'eus à Castelgandolfo en septembre 1976, je posai la question à Paul VI, il me répondit: « On n'a pas le temps maintenant de parler de théologie ». Comme s'il s'agissait d'une question purement académique !

- Et le cardinal Ratzinger, quelle réponse vous a-t-il donnée ?

Mgr L. - Le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi m'avait demandé de mettre par écrit mes opinions et mes doutes sur ce thème. C'est ce que j'ai fait, et je lui ai envoyé en novembre 1985 une étude de cent cinquante pages dactylographiées. En janvier 1986, il m'a répondu qu'il avait reçu ces documents et qu'il en avait apprécié le soin philologique. Nous savons que le Saint Siège a demandé à tous les épiscopats d'envoyer à Rome une étude sur le thème de la liberté religieuse et que l'épiscopat français a déjà envoyé sa contribution. Le père jésuite qui en est le rédacteur écrit : « Il est tragique que tous les papes du XIXe siècle n'aient pas compris la vérité chrétienne qui se trouve dans les principes de la Révolution française » . Vous voyez, il y a rupture, et comment!

REVISER VATICAN II

- Etant donné ces préliminaires, la seule solution du « cas » Lefebvre que vous puissiez accepter, semblerait être un désaveu public de Vatican II par le Souverain Pontife. Mais, est-ce que vous voyez le Pape, un dimanche matin, se montrer place Saint-Pierre et annoncer aux fidèles qu'après plus de vingt ans, il s’est avisé que le Concile s est trompé et qu il faut abolir au moins deux décrets votés par la majorité des Pères et approuvés par un Pape ?

Mgr L. - Allons donc! A Rome, on saurait bien trouver une modalité plus discrète... Le Pape pourrait affirmer avec autorité que quelques textes de Vatican II ont besoin d'être mieux interprétés à la lumière de la Tradition, de sorte qu'il devient nécessaire de changer quelques phrases, pour les rendre plus conformes au Magistère des papes précédents.

II faudrait qu'on dise clairement que l'erreur ne peut être que « tolérée », mais qu'elle ne peut avoir de « droits » ; et que l'Etat neutre au plan religieux ne peut, ni ne doit exister. Mais, bien sûr, je ne me fais pas d'illusions : même si le Pape voulait apporter ces corrections, il ne pourrait pas le faire. Cette « mafia libérale-maçonnique » à laquelle j'ai déjà fait allusion, ne peut le tolérer.

- Vous avez un certain penchant à voir des « complots » un peu partout. Cinq jours avant d'être frappé de la suspense « a divinis », écrivant à Paul VI, vous avez dénoncé « une entente secrète entre de hauts dignitaires ecclésiastiques et francs-maçons, établie dès avant le Concile »...

Mgr L. - Mais, tous les journaux américains ont écrit que, avant le Concile, le cardinal Bea, fondateur du Secrétariat du Vatican pour l’œcuménisme, rencontra à l'hôtel Astoria de New York, les chefs de la loge judéo-maçonnique la plus influente et leur demanda ce qu'ils espéraient du Concile. « Une déclaration sur la liberté religieuse », lui répondirent-ils.

- Vous avez plusieurs fois qualifié de défenseurs de 1’« ordre chrétien » des personnages comme Franco, Salazar et maintenant Pinochet. Les régimes dictatoriaux sont-ils donc la seule traduction historique possible de l'« Etat catholique » ?

Mgr L. - Prenons Pinochet. Je ne dis pas que son régime soit parfait, mais du moins trouvons-nous les principes chrétiens pour programme fondamental de son orientation politique. C'est un homme de justice et d'ordre et il favorise la présence de l'Eglise catholique, même si les évêques chiliens - quel paradoxe! - ne lui sont nullement reconnaissants. Il semble plutôt que les évêques chiliens veuillent pour leur pays, un nouvel Allende. Par bonheur, le peuple catholique ne les suit pas sur ce point. Je suis allé à Santiago il y a un mois, pour inaugurer l'ouverture de l'une de nos églises. Je crois que les fidèles nous suivraient en masse, si nous avions suffisamment de prêtres, tant ils sont exaspérés par l'attitude de leur hiérarchie ! Quand Pinochet a échappé dernièrement à un attentat, il s'est déroulé dans la capitale des manifestations de solidarité et d'affection à son égard. Beaucoup d'entre elles ont eu un caractère religieux spontané. Les gens criaient : « Merci, très Sainte Vierge, d'avoir protégé la vie du général ».

- Pouvez-vous tracer à grands traits, une carte de 1’extension de votre Oeuvre dans le monde ?

Mgr L. - Nous sommes présents dans vingt-huit nations et sur tous les continents, sauf l'Asie, bien que nous projetons de fonder une maison en Inde. Nous gérons cinq séminaires, environ quatre-vingt-dix prieurés, plusieurs écoles et à Paris, un Institut universitaire. Deux cents prêtres et cinquante religieuses sont effectivement membres de notre Fraternité. Mais, un bien plus grand nombre de prêtres et de soeurs, sans en être membres, se reconnaissent dans notre OEuvre.


UN ISOLEMENT QUI N'EST QU'APPARENT

- Votre isolement croissant dans l'Eglise ne fait-il pas grandir quelque doute en vous ?

Mgr L. - Notre isolement est plus apparent que réel. De nombreux évêques et au moins une dizaine de cardinaux m'ont dit en privé qu'ils partagent nos positions. Je pourrais dévoiler leurs noms et prénoms. Nous savons par exemple qu'un certain nombre de cardinaux n'étaient pas d'accord avec la réunion d'Assise et ont manifesté leurs réserves au Pape. Mais aussi, et surtout, nous ne nous sentons pas isolés par rapport au passé, à la Tradition. Nous nous faisons fort des paroles et du Magistère de l'Eglise qui nous a précédés.

- Récemment, deux cas de défection dans vos rangs ont eu un écho discret dans l'opinion publique: les six jeunes séminaristes d’Ecône et le couvent du père Joly à Flavigny. Comment les expliquez-vous ?

Mgr L. - Les séminaristes ont été influencés par des prêtres de l'extérieur qui ont agité devant eux l'épouvantail de l'excommunication. Mais, il est normal que, dans un séminaire, il se produise de temps en temps des abandons. Il faut dire aussi que, en regard des défections motivées par notre « raidissement » présumé vis-à-vis de Rome, il y en a eu d'autres justifiées par notre « faiblesse » présumée à l'endroit du Pape.

- Parler d '« influences extérieures » est peut-être valable pour ce qui concerne les jeunes séminaristes, mais cela ne tient pas dans le cas du père Joly ..

Mgr L. - Il a toujours été un homme assez fermé. Il était difficile d'entrer dans son couvent. Un jour, presque à l'improviste, il a décidé d'accepter de nouveau la juridiction de l'évêque de Dijon. Etrange. II était beaucoup plus traditionaliste que nous. J'ai procédé à vingt-quatre ordinations sacerdotales dans son couvent. Il devra désormais célébrer la nouvelle messe de Paul VI.


LA FOI CATHOLIQUE EN PÉRIL

- Admettons, comme une simple hypothèse, que vous ayez raison. Est-ce que l'histoire de l'Église et la Tradition de ses saints ne nous enseignent pas précisément que la voie droite de 1’obéissance est la seule qui avec le temps porte ses fruits ?

Mgr L. - S'il ne s'agissait que d'une difficulté « disciplinaire », je n'aurais aucune hésitation. Si Pie XII était aujourd'hui vivant et me demandait de fermer le séminaire d'Ecône, mon obéissance serait immédiate et sans problème. Mais, aujourd'hui, c'est la foi elle-même qui est en jeu. Je sens que l'Église « conciliaire » change et met en péril le centre de la foi catholique. Pour ce motif l'obéissance n'est plus possible. Même le Pape n'a pas le pouvoir de changer la foi, il n’en est que le serviteur. Accepter la liberté religieuse, l'oecuménisme, les réformes conciliaires, signifierait pour moi contribuer à l’œuvre d'« auto-démolition » de l'Église. En conscience, cela ne m'est pas possible. Le libéralisme du Pape détruit de l'intérieur la foi catholique.

- Pardon, mais quelle définition donnez-vous de la foi ?

Mgr L. - La foi est l'enseignement de l'Église au cours des siècles, conformément à l'enseignement des Apôtres.

- Cela semble plutôt une définition de la tradition, non de la foi...

Mgr L. - Alors, je vous donne une autre définition, celle que contient le serment anti-moderniste de Pie X : la soumission de l'intelligence et de la volonté à la Révélation de Dieu, parce que Dieu est l'autorité suprême et qu'Il ne peut se tromper.

- Et il vous semble vraiment que Paul VI et Jean-Paul II ont changé en substance ce noyau fondamental de la foi ? Vous iriez jusqu à 1’affirmer ?

Mgr L. - Je pense qu'ils donnent une autre définition de la foi. Pour eux la foi est un sentiment religieux, un acte intérieur, subjectif.

- Subjectif ? « Redemptor Hominis s dit que « le Christ est le centre du cosmos et de I histoire ! » C est autre chose que de I 'intériorité pure !

Mgr L. - Mais alors, pourquoi mettent-ils une aussi grande emphase sur la conscience, sur le devoir de « respecter » les consciences ? La conscience est faite pour obéir à la Révélation, non pour soi-même. Le problème est que pour les derniers papes - chrétiennement parlant - le « sujet » vient avant « l'objet ». Tandis que pour la tradition de l'Église, c'est exactement le contraire qui est vrai : l'objet précède le sujet... Il existe donc une obligation morale d'adhérer à la foi catholique, que l'État, en tant qu'organisation suprême de la communauté publique, peut et doit reconnaître et privilégier.

- Sans nier, du reste, un principe fondamental de la Tradition, saint Thomas en tête, à savoir que l’obéissance au donné de la Révélation, si elle n'est pas pleinement libre et consciente, n'est pas une véritable obéissance... En tout cas, on peut discuter sur la validité historique ou non de I’ « Etat catholique » dans le monde d 'aujourd'hui ; ce qui apparaît pour le moins exagéré, c’est de faire de sa nécessité, un article de foi..

Mgr L. - A mon avis, les questions sont inséparablement connexes. L'acceptation du principe de la « liberté religieuse » manifeste une vision « subjective » de la foi. Le pape Wojtyla peut même affirmer que le Christ est le centre du cosmos et de l'histoire, mais en même temps percevoir cette affirmation comme l’« opinion » personnelle des catholiques. Niant, de cette manière, le caractère « exclusif » et « catholique », c'est-à-dire universel de la foi. Non, tout cela est inacceptable, cela va à l'encontre de la tradition, de la foi, à l'encontre du Magistère de onze papes, de Pie VI à Pie XII .Je choisis de suivre ces onze papes et non les deux derniers.

AVEZ-VOUS SACRE SECRETEMENT UN EVEQUE ?

- Monseigneur, vous avez plusieurs fois menacé de sacrer un évêque qui poursuive votre oeuvre. D'aucuns pensent que vous avez déjà procédé secrètement, à un épiscopat: pouvez-vous en conscience démentir des rumeurs ?

Mgr L. - Oui, de la manière la plus catégorique. Si je le fais, je le ferai publiquement.

- Quelles circonstances devront se produire pour que vous franchissiez ce pas gravissime qui entraîne « ipso facto », 1 excommunication ?

Mgr L. - J'attends un signe de la Providence. Lequel, je ne sais pas. Je ne suis pas prêt à le faire tout de suite... peut-être d'ici un an. Mais, je veux préciser une chose : les évêques que je sacrerai, si j'en sacre, n'auront aucune autorité spéciale dans la Fraternité. Ils auraient pour seule tâche d'administrer les ordinations sacerdotales et de donner la Confirmation. Ils n'auront pas un territoire, une région ; la juridiction de l'Ordre appartient au Supérieur général : c'est lui le chef de la Fraternité, qui envoie les personnes et fonde les prieurés. Actuellement, le Supérieur général est l'abbé Schmidberger, qui a été élu par le chapitre général de 1982, avec un mandat de douze ans, donc jusqu'en 1994. C'est lui qui me succède comme autorité à l'intérieur de la Fraternité.

- Sauf erreur de notre part, vous avez utilisé le pluriel, en parlant de sacres épiscopaux..

Mgr L. - Si en conscience je juge nécessaire, pour le bien de Oeuvre par moi fondée, de franchir ce pas, je procéderai non pas à un, mais à trois, quatre ou peut-être cinq sacres épiscopaux. L'Oeuvre a des maisons dans le monde entier et je dois en tenir compte en pensant à l'avenir.

- Mais concrètement, qu'est-ce qui pourrait vous empêcher de faire ce geste ouvertement « schismatique » ?

Mgr L. - Si la situation ecclésiale redevenait normale, si on revenait à la Tradition, il n'y aurait plus de problème.


DIEU SEUL EST MAITRE DE L'AVENIR

- Monseigneur, comment imaginez-vous ce « retour » à la tradition ? Pensez-vous qu'il puisse se produire dans le cours des années qu’il vous reste à vivre ?

Mgr L. - Dieu le sait. Qui peut dire quels événements nous réserve le proche avenir ? Peut-être un conflit nucléaire éclatera-t-il et la situation changera-t-elle radicalement... Que le changement advienne sous ce pontificat, pour le moment cela semble improbable, presque un miracle. Mais qui sait ?

- A la seule pensée de terminer votre vie non réconcilié avec l'Eglise, quels sentiments éprouvez-vous ?

Mgr L. - On ne peut considérer comme hors de l'Eglise que ceux qui n'ont pas la foi, car la raison fondamentale de l'unité, dans l'Eglise catholique, c'est la foi. Ceux qui provoquent le schisme, ce sont ceux qui changent la foi. Je suis certain d'appartenir à l'Eglise catholique de toujours, l'Eglise éternelle...

- Dans votre optique, le Pape serait donc schismatique ?

Mgr L. - Oui... peut-être... plus ou moins. Mais la réunion d'Assise constitue un fait gravissime. Et, si le Pape, dont la fonction est de confirmer la foi, n'accomplit plus son devoir, que faire ? La situation atteint son plus haut degré de gravité. Je ne vois pas de précédents analogues dans l'histoire de l'Eglise. Au XIVe siècle, un pape, Jean XXII, fut condamné et déposé par un Concile spécial parce que sur un point il ne fut pas trouvé conforme à la doctrine catholique. Aujourd'hui, c'est encore pis : ce n'est pas un seul article, mais tout un contexte qui n'est plus catholique.

- Est-ce que vraiment la menace d’une excommunication de la part de la hiérarchie catholique actuelle vous laisserait indifférent ?

Mgr L. - Absolument indifférent. Quelle valeur aurait une excommunication décidée par l'actuel gouvernement libéral de l'Eglise ? Pendant plus d'un siècle des papes conservateurs ont condamné et excommunié les Lamennais, les Buonaiuti, les Loisy, parce que libéraux et modernistes. Ce sont eux maintenant qui détiennent le pouvoir dans l'Eglise et ils veulent excommunier les traditionalistes, c'est-à-dire les vrais catholiques ».


LE BON DIEU NE PEUT PAS NE PAS VOULOIR QUE LA FRATERNITE CONTINUE

La réponse que Mgr Lefebvre a faite aux deux journalistes italiens à propos d'un sacre éventuel d'évêques, ne constitue pas ce que l'on appelle en jargon journalistique un « scoop ».

En effet, Monseigneur a bien des fois exprimé sa préoccupation quant à 1 avenir de la transmission du sacerdoce catholique, sans toutefois vouloir devancer la Providence.

Très officiellement dans la solennelle mise en garde qu'il avait adressée au Saint Père, conjointement avec Mgr de Castro Mayer, le 31 août 1985, les deux évêques concluaient en affirmant K ...nous ne pourrons que persévérer dans la sainte tradition de l'Eglise et prendre toutes les décisions nécessaires pour que l'Eglise garde un clergé fidèle à la foi catholique ».

Au mois de septembre dernier, lors de la retraite sacerdotale à Ecône. Mgr Lefebvre avait explicité sa pensée.

Evoquant les fatigues que lui causent ces incessants déplacements à travers le monde et qui se multiplient au fur et à mesure que se développe la Fraternité, Monseigneur a d'abord défini le rôle des évêques qu il pourrait être amené à sacrer, comme devant être ses « auxiliaires ».

Il est clair, comme il l’a dit aux journalistes italiens, que la tâche qui leur serait confiée serait essentiellement celle des ordinations et des confirmations, sans aucune attribution de juridiction, ni autorité territoriale particulière dans la Fraternité, le Supérieur général, élu par le chapitre, l’exerçant.

« Ils pourraient avoir une fonction, comme moi-même en son temps, lorsque je dirigeais le séminaire d'Ecône et allais donner les confirmations.

Ce qui compte devant l'Eglise, devant les autorités de l'Eglise, qui espérons-le, un jour changeront d'esprit et de doctrine, c'est ce que représente la Fraternité, et non les évêques que je pourrais sacrer, ou son Supérieur général.

Ils seraient au service de la Fraternité, parce que c'est elle qui est d'Eglise, qui est entée sur l'Eglise et qui a reçu les approbations officielles de l'Eglise .

Si un jour, je sacre des évêques, ce ne sera jamais dans l'intention de créer une église parallèle. Il n'en est absolument pas question. Il s'agit simplement de pouvoir continuer la Fraternité, afin qu'elle ne meure pas de sa belle mort, parce qu'il n'y aurait plus personne pour faire des prêtres. C'est tout, uniquement tout.

Et le jour où le Bon Dieu permettra qu'à Rome la lumière remplace les ténèbres qui y règnent maintenant, la Tradition reviendra. Il n'y aura plus aucun problème. Les évêques remettront leur charge épiscopale entre les mains du Pape en disant: « Maintenant, nous vivons comme de simples prêtres et si vous le désirez, utilisez-nous ».

Ce qui importe, c'est que la Fraternité, qui est une oeuvre voulue par Dieu, continue. Je voudrais bien qu'il y ait quatre ou cinq évêques qui viennent me dire : « Nous nous chargeons des ordinations et des confirmations ». Alors ce serait fini. II n'y aurait plus de problème. Nous dirions : Deo gratias ! »


ASSURER LA PERPETUATION DU SACERDOCE CATHOLIQUE

Au cours d’une conférence faite au mois de février au séminaire de Zaitzkofen, Mgr Lefebvre a de nouveau développé sa préoccupation relative à la perpétuation du sacerdoce catholique.

« Comment voyez-vous l'avenir ? Comment allez-vous assurer votre succession ? Ce sont les questions que tous me posent.

Il nous faut d'abord nous placer dans le contexte historique où nous nous trouvons parce qu'il est le signe de la Providence.

J'ai toujours souhaité suivre la Providence et non la devancer. Or, actuellement les signes de la Providence sont clairs : Rome est en train de perdre la foi. Non pas que tout le monde soit hérétique, mais beaucoup perdent la foi.

L'influence de Rome s'exerce sur l'Eglise tout entière, sur les diocèses, sur toutes les institutions et nul ne peut contester qu'à l'heure actuelle il n'y a plus de séminaires traditionnels dans le monde, mis à part ceux de la Fraternité. Même si certains ont un aspect un peu traditionnel, comme le séminaire du cardinal Siri à Gênes, ou celui de Ratisbonne en Allemagne fédérale, ou celui qui se trouve en Espagne, ou bien encore le séminaire de Paray-le-Monial, tous subissent l'influence de Vatican II. On y porte quelquefois la soutane, dans les cérémonies il y a une certaine discipline, une forme de piété, mais on admet la liberté religieuse, l’œcuménisme, la nouvelle liturgie, la collégialité, le nouveau droit canon, enfin tout ce qui vient de Vatican II. L'esprit libéral et moderniste a pénétré dans ces séminaires.

Je n'en connais pas un seul où l'on ait gardé fidèlement ce que nous conservons dans nos séminaires.

Lorsque je vais mourir, qui va continuer le sacerdoce catholique ? On ne forme pas les prêtres n'importe comment. Le sacerdoce catholique maintient l'esprit de l'Eglise et perpétue l’œuvre de la Rédemption de Notre-Seigneur Jésus-Christ par l'Eglise, par le Saint Sacrifice de la Messe, par les sacrements, par la foi intégrale, par la tradition. C'est simple.


« FAUT-IL QUE JE SACRE DES EVEQUES ? »

Evidemment la question se pose. Pour continuer, faut-il que je sacre des évêques, ou faut-il que je laisse les séminaristes se débrouiller pour qu'après ma mort ils trouvent des évêques pour les ordonner ?

Je ne connais pas dans le monde un évêque qui accepterait de le faire, Plusieurs cardinaux et des évêques ont une certaine sympathie pour la Fraternité. Mais je ne crois pas que l'un ou l'autre accepterait d'ordonner nos séminaristes, de crainte des foudres de Rome. C'est pour avoir ordonné des prêtres que j'ai été illégalement et injustement frappé d'une mesure de suspense. A plus forte raison si je sacrais des évêques !

Dans le nouveau droit canon, l'excommunication est portée et sans doute n'est-ce pas un hasard. Cela n'a pas été fait sans penser à nous. Alors ces évêques n'oseront pas risquer d'être excommuniés.

Moi, cela ne me fait pas peur, car Rome nous traite déjà pratiquement comme si nous étions excommuniés. Que peut-on faire de plus contre nous.

A supposer que je sois excommunié, que nous soyons tous excommuniés, quel mal supplémentaire viendrait s'ajouter à ce que nous subissons déjà maintenant ? Nous ne pouvons plus aller dans les paroisses. On ne peut pas célébrer la messe dans une église. Si nous demandons une autorisation à un évêque pour une circonstance exceptionnelle, elle nous est refusée. Si nous voulons faire la moindre cérémonie dans un diocèse, des communiqués sont donnés à la presse, interdisant aux fidèles de s'y rendre : « Ils sont suspens! Ils sont en rupture avec Rome, contre Rome. Ils ne sont plus en communion avec le Pape ».

Une excommunication ne nous apporterait rien de plus, surtout si l'on veut bien considérer d'où elle viendrait. Etre excommunié par des libéraux, par des modernistes, ce serait plutôt une marque d'orthodoxie. Cela prouverait que nous sommes demeurés dans la bonne ligne. Nous serions excommuniés parce que l'on ne pense pas comme eux. Eh bien oui, nous ne pensons pas comme eux. C'est vrai!

Nous nous trouvons donc dans une situation qui revêt un certain caractère d'urgence. Certes le Bon Dieu me laisse une assez bonne santé. Mais, les années passent et j'approche de la fin. Nos séminaires sont remplis de séminaristes, prêts à recevoir le sacerdoce. Alors devant ce refus qui nous est opposé de lever cette suspense, à laquelle ils croient, mais dont j'ai déjà prouvé qu'elle était illégale, nous sommes empêchés de poursuivre normalement l’œuvre de la Fraternité pourtant reconnue officiellement et en l'absence d'évêque qui puisse me remplacer, que faut-il faire ?

Dois-je ne rien faire et m'en remettre totalement à la grâce de Dieu, à la Providence : arrivera ce qui arrivera ; ou bien dois-je considérer qu'il est de mon devoir de sacrer quelques évêques pour permettre au sacerdoce catholique de continuer afin de sauver les âmes ?

C'est pourquoi, avec Mgr de Castro Mayer, lors de notre dernière rencontre en Argentine, nous n'avons pas écarté cette éventualité.

Naturellement on peut rétorquer que pour sacrer des évêques qui aient la succession apostolique, il faut l'autorisation de Rome. C'est vrai. Et pourquoi n'aurions-nous pas cette autorisation ? Non pas parce que ce que nous ferions serait mauvais, mais parce que ce serait contraire à l'orientation actuelle moderniste et libérale de Rome. « Vous allez faire des évêques traditionnels, pour ordonner des prêtres traditionnels. Nous n'en voulons plus. Nous voulons des prêtres qui soient dans l'esprit de Vatican II ».

On peut conclure de cette opposition radicale, qu'il est impossible d'accéder moralement au Pape - physiquement bien sûr c'est toujours possible - mais moralement, parce qu'il est orienté vers l'application du Concile et ses conséquences. C'est son oeuvre. C'est son but. Il est inutile d'essayer de placer la tradition dans son esprit.

POURTANT LE PAPE FAIT DE BONNES CHOSES...

On nous dira mais enfin Jean-Paul II fait une année mariale, il publie des lettres qui ne sont pas mauvaises... Alors, relisons l'Encyclique Pascendi du pape Pie X, il dit en substance : Voilà comment sont les modernistes. Vous lisez une page. C'est parfait, orthodoxie rigoureuse, excellente. Vous tournez la page, celle-là n'est plus du tout conforme à la doctrine de l'Eglise catholique, absolument opposée au magistère de l'Eglise. Cela, c'est proprement moderniste. Il y a deux hommes dans le moderniste : celui qui se dit catholique et celui qui se dit moderne, avec les idées du monde, avec le monde. Il y a toujours deux visages, deux pensées, comme deux âmes... C'était le propre de Paul VI: un homme au double visage, à la double pensée. Jean-Paul II c'est la même chose. Tantôt ce qu'il dit ou fait n'est pas mauvais, tantôt c'est tout le contraire, c'est proprement moderniste. On ne peut pas compter sur des hommes comme cela.

Donc je pense qu'étant donné l'impossibilité d'atteindre le Pape moralement parlant et devant la nécessité de la continuation du sacerdoce catholique, cela peut-être une exigence de la Providence ».

Devant son auditoire Monseigneur a posé les questions qu'on soulève le plus souvent vis-à-vis d'une telle éventualité et il y a fourni les réponses. Les voici :

Q. - Les évêques consacrés contre Rome seront-ils nécessairement schismatiques ?

R. - Je distingue : contre la Rome catholique et fidèle à la tradition : oui c'est vrai. Contre la Rome infidèle à la tradition : Non.

Q. - Considérez-vous le Pape actuel comme infidèle ?

R. -Dans le sens de l'infidélité à sa tâche primordiale qui est de préserver ses frères dans la foi : oui. Non seulement il ne préserve pas leur foi, mais il les en détourne.

Q. - Implicitement, il semble que vous soyez « sedevacantiste » ?

R. - Non, ce n'est pas parce que je dis que le Pape est infidèle à sa tâche que je dis qu'il n'y a plus de pape, ou que je dis qu'il est hérétique formel. Je crois qu'il faut juger les hommes de la Rome actuelle et ceux qui sont dans leur influence, comme les évêques, ainsi que le pape Pie IX et saint Pie X considéraient les libéraux et les modernistes.

Q - Comment les considéraient-ils ?

R. - Le pape Pie IX condamnait les catholiques libéraux. Il a même eu cette phrase terrible : « les catholiques libéraux sont les pires ennemis de l'Eglise ». Que pouvait-il dire de plus ?

Toutefois, il n'a pas dit: tous les catholiques libéraux sont excommuniés, sont hors de l'Eglise et il faut leur refuser la Communion. Non, il considérait ces hommes comme « les pires ennemis de l'Eglise » et cependant il ne les a pas excommuniés.

Le saint pape Pie X, dans son Encyclique Pascendi Dominici Gregis, a porté un jugement aussi sévère sur le modernisme le qualifiant de « rendez-vous de toutes les hérésies ». Je ne sais pas s'il est possible de porter un jugement plus sévère pour condamner un mouvement ! Mais, il n'a pas dit que tous les modernistes seraient désormais excommuniés, hors de l'Eglise et qu'il fallait leur refuser la communion. Il en a condamné quelques-uns.

Aussi je pense, que comme ces deux papes, nous devons les juger sévèrement, mais pas nécessairement en les considérant comme étant hors de l'Eglise. C'est pourquoi je ne veux pas suivre les « sédévacantistes » qui disent : ce sont des modernistes ; le modernisme est le carrefour des hérésies ; donc les modernistes sont hérétiques ; donc ils ne sont plus dans la communion de l'Eglise : donc il n'y a plus de pape...

On ne peut pas formuler un jugement d'une logique aussi implacable. Il y a dans cette manière de juger de la passion et un peu d'orgueil. Jugeons ces hommes et leurs erreurs ainsi que les papes eux-mêmes l'ont fait.

Le Pape est moderniste c'est sûr, comme le sont le cardinal Ratzinger et bien des hommes de leur entourage. Mais, jugeons-les comme les papes Pie IX et saint Pie X les ont jugés.
C'est pourquoi d'ailleurs, nous continuons à prier pour le Pape et à demander à Dieu de lui accorder les grâces dont il a besoin pour accomplir sa tâche.

Q. - Malgré l'excommunication, vous n'excluez pas la possibilité de sacrer des évêques.

R. - Pour le moment les signes de la Providence inclinent plutôt vers la nécessité d'accomplir cet acte. Mais, avec Mgr de Castro Mayer, nous partageons le même point de vue : patienter encore un peu.

Si je le fais, je ne le ferai pas secrètement. J'agirai dans le sens qui me semblera conforme à la volonté de Dieu.

Q. - Ne craignez-vous pas qu'alors beaucoup de fidèles, effrayés par l'excommunication, vous quittent ?

R. - C'est possible qu'il y en ait un certain nombre. Mais beaucoup ont compris la situation qui prévaut à Rome : d'un côté on n'est plus catholique et de l'autre on est encore catholique. Ils ont fait leur choix. Ils veulent demeurer catholiques, avec Notre Seigneur Jésus-Christ et ne pas abandonner la véritable Eglise catholique.

Il n'est cependant absolument pas question de faire une Eglise parallèle, parce que nous sommes un rameau puissant de l'Eglise, parce que nous avons été reconnus officiellement comme tel, même si nous avons été ensuite condamnés injustement et illégalement.

Pour conclure, Monseigneur a ajouté

« Je ne pense pas que ce soit la volonté du Bon Dieu que la Fraternité disparaisse, alors qu'Il lui a ménagé tant de grâces et de bénédictions. Or, si l'on ne fait plus de prêtres, bien sûr ceux qui le sont le resteront, mais est-ce que le Bon Dieu ne veut pas plus que cela ? Ne veut-Il pas que cette oeuvre continue, se propage encore davantage. Je ne pense pas que le Bon Dieu ait pu dire jusqu'à maintenant : « Marche, marche » et que tout à coup Il dise :
« Arrête ! Lorsque les oeuvres sont bonnes, Il veut qu'elles continuent ».