mardi 2 juillet 2013

Mise au point sur la conférence de l'abbé de la Rocque du 18 mai 2012 : du bon, du mauvais.

Mise au point sur la conférence de l'abbé de la Rocque du 18 mai 2012 : du bon, du mauvais.


Nous nous sommes aperçus que la publication que nous avons faite sans commentaires de la conférence de l'abbé de la Rocque du 18 mai 2012 pouvait prêter à confusion. Cet article a donc pour but de lever une ambiguïté éventuelle qui pourrait s'installer. Dans la conférence de l'abbé de la Rocque, il y a de bonnes et de mauvaises choses.

De bonnes choses :
Il est frappant de constater que l'abbé de la Rocque, sans avoir lu la déclaration doctrinale de Mgr Fellay, y répond à l'avance, le 18 mai 2012. De nombreuses erreurs qu'il disait dangereuses y figurent. Il avait reconnu à l'avance qu'il était impossible :  
1) de reconnaître la légitimité de la  promulgation de la nouvelle messe, 
2) de reconnaître la légitimité du nouveau code de droit canon, 
3) de reconnaître le magistère conciliaire à la lumière de la Tradition, le magistère actuel étant l'interprète "authentique" du précédent.

De plus, il affirme dans cette conférence les mauvaises intentions de Rome et il les expose.
Enfin, il rappelle courageusement à Mgr Fellay, de façon un peu détournée mais très claire cependant, qu'il ne peut conclure d'accord sans la permission du Chapitre général ni sans l'avoir consulté.

Il y a cependant également de mauvaises choses :

1) L'abbé de la Rocque affirme que si l'on rejette entièrement le magistère actuel, on est sédévacantiste, ce qui est excessif. Sacerdos explique bien que tous les textes du Magistère depuis le concile sont ambigus et qu'aucun, sauf peut-être Humanae vitae, ne peut être accepté sans réserves. Devant un document ambigu, écrit dans un esprit maçonnique et conciliaire, nous ne sommes pas obligés en conscience de trier les phrases en disant : celle-ci je la prends, celle-là je ne la prends pas. Nous pouvons très bien dire : le tout est écrit dans un mauvais esprit. Nous rejetons donc ce texte ambigu qui ne correspond pas aux consignes de Notre-Seigneur : "est, est, non, non" et nous attendons un pape qui parle clairement. 
Commencer à discuter et à trier est très dangereux car les phrases étant ambiguës, l'un acceptera l'une, l'autre la jugera inacceptable et dangereuse et nous n'en finirons pas. A notre avis, faire le tri, c'est discuter avec le démon car ces textes étant tous au moins ambigus, (parfois même il y a des passages hérétiques), ils viennent donc du démon, selon le critère de discernement donné par Notre-Seigneur.

Un autre argument qui montre que l'on peut rejeter le magistère conciliaire est que l'erreur est souvent mêlée de vérité, même dans les autres religions. Prenons par exemple le protestantisme. Il y a des choses vraies. Cependant, nous devons rejeter le protestantisme entièrement. Avant Vatican II, l'Eglise a toujours rejeté entièrement toutes les fausses religions en les condamnant.

Prenons un autre exemple : une soupe contenant un certain pourcentage de poison. Nous devons la rejeter entièrement, sous peine de mourir. Il nous semble qu'il en est de même avec le magistère conciliaire et avec Vatican II. Il est clair que ces textes étant sous influence maçonnique, nous ne devons nous sentir en rien liés par eux et n'avoir aucun scrupules à déclarer qu'ils ne sont dignes que d'une chose : être jetés au panier. 

2) L'abbé dit qu'un accord avec Rome est possible si la foi est préservée : il n'a donc pas compris le principe de Mgr Lefebvre selon lequel ce sont les supérieurs qui font les sujets et non l'inverse. Il dit, tout à la fin de la conférence : "évitons d’en faire des divisions, accusant les uns d’ « accordistes à tout prix », les autres d’ « anti-accordistes par principe ». Arrêtons ces bêtises. Ce n’est pas cela du tout qui est en jeu. Ce n’est pas un refus par principe de tout accord".
(...) "On a le droit aux différences, on n’a pas le droit aux divisions, sauf si la Foi et les mœurs sont engagées. A l’heure qu’il est, avec les éléments que nous avons, la Foi, et le combat de la Foi n’est pas engagé."

L'abbé de la Rocque n'est donc pas contre le principe d'un accord pratique. Il pense qu'il est possible de faire un accord pratique qui protège la foi. Nous gageons donc que la première condition sine qua non, établie  le 14 juillet 2012 par le Chapitre, a dû l'enchanter. Cette condition est pourtant d'une naïveté suicidaire. Nous savons grâce à Mgr Lefebvre qu'un accord pratique est impossible sans conversion de Rome.

3) Quant à la critique de Mgr Fellay, l'abbé de la Rocque avait aussi le 18 mai 2012 une conception radicalement différente de la nôtre :
 "on n’a pas le droit aux divisions, sauf si la Foi et les mœurs sont engagées. A l’heure qu’il est, avec les éléments que nous avons, la Foi, et le combat de la Foi n’est pas engagé. Peut-être la question se posera-t-elle ainsi demain si cette Déclaration vient à être publique et normative d’une nouvelle Prélature personnelle. Mais pour l’instant, nous n’avons pas le droit aux divisions. Pitié, aucun élément ne vous le permet, à moins que vous ne soyez dans le secret des dieux, et que vous ayez lu cette fameuse déclaration Doctrinale."
Donc, à l'inverse de nous, il pensait que nous n'avions pas suffisamment d'éléments en notre possession pour nous opposer au Supérieur général. Or nous avions la réponse de Mgr Fellay aux trois évêques et l'interview  de CNS du 11 mai 2012.  Par la suite, nous avons eu également la fameuse conférence de l'abbé Pfluger le 5 juin 2012 à Saint Joseph des Carmes et l'interview de Mgr Fellay du 8 juin 2012 sur DICI. C'était donc largement suffisant pour motiver le combat. A en croire l'abbé de la Rocque, il fallait attendre de lire la déclaration doctrinale en entier et donc ne rien faire avant mars dernier, ce qui est bien sûr une erreur, l'abbé Pfluger ayant révélé le paragraphe le pire de cette déclaration. En admettant que l'abbé n'avait pas encore les idées claires le 18 mai, il aurait dû réagir après la conférence de l'abbé Pfluger du 5 juin suivant.

Une autre question se pose : quand l'abbé de la Rocque a lu la fameuse déclaration, enfin publiée, en mars 2013, pourquoi n'a-t-il pas réagi ? Pourquoi ne s'est-il pas levé pour le combat? Probablement parce qu'il pense, à l'instar de Mgr Tissier et Mgr de Galarreta, que les six conditions protègent la Fraternité. Il a donc préféré se contenter du retrait diplomatique de la déclaration par Mgr Fellay... Mais Dieu, lui, se contente-t-il de ce retrait diplomatique ? Si nous combattons encore aujourd'hui, c'est bien parce que nous ne le pensons pas.

Donc si nous avons publié cette conférence de l'abbé de la Rocque datant de un an, ce n'est pas du tout parce que nous le soutenons ou parce que nous nous réjouissons de sa nomination à saint Nicolas. Non. Nous avons publié cette conférence parce que nous avons trouvé que cet abbé étayait puissamment la critique que nous faisons de la Déclaration doctrinale du 15 avril 2012. On voit en effet un prêtre qui est un théologien et  qui n'est pas contre le principe d'un accord pratique condamner à l'avance ce texte inique de Mgr Fellay. Cela démontre donc que nous ne sommes pas  des "excités" en critiquant la déclaration doctrinale du 15 avril 2012 comme nous le faisons. Certains propos de l'abbé sont accablants pour Mgr Fellay. En effet, concernant la légitimité de la nouvelle messe, l'abbé de la Rocque, affirme que dire que la nouvelle messe est légitimement promulguée, c'est affirmer qu'elle est légitime. Et l'abbé considère que c'est inacceptable. 

L'abbé Themann, en défendant Mgr Fellay, dit au contraire que le supérieur de la Fraternité n'a jamais voulu affirmer que la nouvelle messe était légitime en affirmant la légitimité de sa promulgation. L'abbé de la Rocque est d'une opinion opposée, et étant donné sa fonction passée de théologien préposé aux discussions doctrinales avec Rome, l'avis de l'abbé de la Rocque a beaucoup plus de poids que l'avis de l'abbé Themann.

Malheureusement, le problème moral qui se pose actuellement est que l'abbé de la Rocque, resté silencieux lors de la publication de la déclaration, accepte à présent une mutation/promotion de la part de ce supérieur qui écrit à Rome des choses inacceptables, de son propre aveu. Il a tort. A notre avis, cela ne plaît pas du tout au bon Dieu. L'abbé sait qu'il y a ambiguïté, il sait que Mgr Fellay n'a pas changé d'avis. Le cor unum 104 est clair à ce sujet. Nous pensons donc qu'il devrait nous rejoindre et se servir de son expérience et de sa science pour aider à défendre la Fraternité. Le problème est que pour faire cette démarche, il faut d'abord être convaincu intellectuellement qu'un accord pratique sans conversion de Rome est totalement impossible, ce qui n'est pas le cas pour notre abbé... 

Cette conférence est donc utile pour notre combat, mais à prendre aussi avec précaution. Elle est également attristante, car on voit comment un brave prêtre peut se faire prendre au piège. Prions pour lui, afin qu'un jour il ouvre les yeux. Et s'il ne les ouvre jamais, que cette prière serve à aider un autre prêtre plus clairvoyant à nous rejoindre afin de combattre activement et construire le premier nouveau bastion où l'on osera prêcher sans compromission.