mercredi 3 juillet 2013

Le miracle

Le miracle


cardinal Lépicier (1893-1936)

La canonisation de Jean-Paul II serait  envisagée pour le 8 décembre prochain car un nouveau second "miracle" a été reconnu par les théologiens du Vatican. Les faits de Buenos Aires (miracle eucharistique) ainsi que les faits d'Akita  (auxquels Mgr Williamson se réfère très souvent) demandent qu'on les étudie. Nous proposons donc quelques extraits intéressants du livre Le Miracle, du cardinal Lépicier (1863-1936), afin de nous aider au discernement. Ce livre peut être lu in extenso en ligne sur le lien suivant :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Lepicier/LeMiracle.html#Trois_classes_distinctes_de_miracles


On distingue trois grandes sortes de miracles
Voici ce qu'enseigne le cardinal  Lepicier : 

Chapitre 6 :

"Passons maintenant à examiner les différentes classes dans lesquelles le miracle se divise. Mais d'abord observons qu'un effet peut surpasser le pouvoir de la nature quant à la substance du fait, c'est-à-dire lorsque la substance de l'effet est telle que la nature ne le peut absolument pas produire.

Ainsi la nature est absolument incapable non seulement de faire rétrograder le soleil de dix degrés, comme le fit Isaïe, mais aussi de l'arrêter comme le fit Josué par son commandement pendant un jour entier . La nature ne peut pas davantage faire que l'eau de la mer se divise et se dresse comme un mur de pierre, laissant libre passage à tout un peuple, comme il advint dans le Mer Rouge au commandement de Moïse. De même, elle ne peut faire que deux corps se trouvent en même temps dans le même lieu, comme il arriva quand Jésus-Christ sortit du sein virginal de sa Mère, ou quand il entra dans le cénacle les portes fermées. De même encore, la nature ne peut donner à un corps humain les qualités des corps glorieux, comme il advint quand le Sauveur fut transfiguré en présence de trois de ses Apôtres sur le Mont Thabor. De telles œuvres surpassent entièrement les forces de la nature, et occupent le premier et suprême degré parmi les miracles. [miracle quoad substantiam facti]


transfiguration



Deuxièmement, une œuvre merveilleuse peut surpasser le pouvoir de la nature, non quant à la substance de l'œuvre elle-même, mais quant au sujet dans lequel cette œuvre s'accomplit. C'est-à-dire, que cette œuvre peut surpasser le pouvoir de la nature quoad subiectum, de sorte que la nature produise une telle œuvre, mais non pas dans tel sujet déterminé, mais dans un autre. A cette classe appartient, par exemple, le fait du mort, que des passants jetèrent dans le sépulcre d'Élisée et qui revint à la vie au contact des ossements de ce saint homme, ou bien encore la guérison de l'aveugle-né, à qui Jésus-Christ donna la vue, rien qu'en lui touchant les yeux avec de la terre imbibée de sa salive. Car la nature donne bien la vie, mais pas à un corps mort ; elle donne également la vue, mais pas à un aveugle. Ces miracles occupent le second degré.

Notons ici, afin d'éviter toute équivoque, que lorsque nous disons que la nature donne la vie, mais non à un corps mort, on ne doit pas entendre par là que la nature peut donner la vie à quelque autre matière, en dehors de celle d'un cadavre. Le sens de ces paroles est que le sujet, auquel la nature donne la vie, la possède déjà en puissance, comme la possède la semence. Car la nature ne fait que réduire en acte la disposition de cette semence à la vie, laquelle disposition manque évidemment dans un cadavre.

Jésus et l'aveugle-né


En troisième lieu, viennent les miracles qui ne surpassent le pouvoir de la nature ni quant à la substance du fait, ni quant au sujet dans lequel ils sont opérés, mais seulement quant à la manière dont ils sont opérés, ou à l'ordre observé dans leur accomplissement, quoad modum. De tels effets sont produits par la nature et dans un tel sujet, non cependant dans le même ordre, ou de la même manière.

Par exemple, la nature guérit bien la fièvre, mais seulement en des circonstances déterminées, c'est-à-dire en suivant un ordre régulier, après telle période de temps et souvent aussi non sans le secours de la médecine. La nature, en effet, ne peut rendre la santé à un fiévreux, sans expulser la cause de la maladie, c'est-à-dire l'excès de la chaleur avec les dispositions pathologiques qui l'accompagnent. De même la nature produit la pluie, mais en condensant, sous l'action d'agents proportionnés et dans une suite déterminée de changements, les molécules de la vapeur d'eau. Au contraire, dans les miracles de cette classe, l'effet est produit sans que cet ordre soit suivi et sans les dispositions préalables, sans l'usage d'aucun remède, et sans passer par aucune crise, comme lorsque Notre Seigneur délivra instantanément et par son seul commandement, la belle-mère de Simon, ou quand, aux prières de Samuel et à celles d'Élie, le ciel, jusqu'alors de bronze, s'ouvrit et répandit une pluie torrentielle. De telles dérogations tiennent la dernière place parmi les miracles. (...)
Jésus guérit la belle-mère de Simon

Les œuvres correspondant aux miracles de troisième classe ne surpassent pas le pouvoir des anges.

Une question se pose ici. Une créature supérieure peut-elle, par sa propre vertu, produire quelqu'une des œuvres indiquées ?

Nous répondons que les œuvres énumérées plus haut parmi les miracles de troisième classe, ne dépassent pas en elles-mêmes le pouvoir angélique naturel, et pour cela un ange peut les produire. Toutefois, s'il arrive que ces œuvres soient produites par la vertu que possède l'Ange, elles cessent d'être des miracles : le miracle étant l'œuvre de Dieu seul.

L'Ange peut donc produire les œuvres indiquées dans la troisième classe de deux façons : premièrement, comme ministre de Dieu, et par conséquent par la vertu de Dieu lui-même, qui est l'agent principal ; deuxièmement, par sa vertu propre, en dehors du divin commandement, et seulement avec la permission divine. Dans le premier cas, de telles œuvres seront des miracles ; elles ne le seront pas dans le second cas.

Mais nous nous occuperons plus à propos de cet aspect de la question du miracle dans quelqu'un des chapitres suivants. Pour le moment, reportons-nous à une autre classification indiquée par saint Thomas dans la célèbre question de Miraculis. Cette classification est basée sur la différente disposition que peut avoir un sujet à une forme déterminée.


Autre classification

Nous avons dit plus haut que les miracles sont plus ou moins grands, selon qu'ils surpassent plus ou moins les forces de la nature. Faire rétrograder le soleil est, par exemple, une œuvre plus grande que de le faire arrêter ; de même, le fait de rappeler un mort à la vie, est une œuvre plus grande que celui de rendre la vue à un aveugle.

Considéré sous ce nouvel aspect, le miracle se divise en miracles contra naturam, praeter naturam et super naturam, suivant que le sujet se trouve soit dans une disposition contraire à la réception de la forme, soit dans la disposition à recevoir cette forme, mais dans d'autres conditions et dans d'autres circonstances ; soit qu'il ne se trouve, par rapport à la forme, dans aucune disposition, simplement parce que cette forme surpasse la capacité de la matière.

La merveilleuse préservation des trois jeunes hommes hébreux dans la fournaise ardente de Babylone, ou celle de Daniel dans la fosse aux lions, de même que l'enfantement virginal de Marie, sont des exemples de miracles de la première classe, puisque dans ces sujets, avant que ne s'introduisît la forme, il y avait une disposition contraire aux effets produits.
miracle des trois jeunes gens dans la fournaise


La multiplication des pains opérée par Jésus Christ, dans le but de rassasier quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, le changement de l'eau en vin aux noces de. Cana, cet autre changement, encore plus merveilleux, du pain et du vin au Corps et au Sang de notre divin Sauveur, changement qui a lieu tous les jours au saint Sacrifice de la Messe, sont des exemples de miracle de la seconde classe, parce qu'il y a bien, dans le pain, une disposition à se multiplier, dans l'eau à se changer en vin, dans le pain et l'eau à se changer dans le corps et dans le sang d'un homme ; mais tout ceci dans l'ordre de la nature se fait d'une autre manière et par un procédé tout différent. La première multiplication s'opère par la génération d'un grand nombre de grains de froment ; la seconde, par la lente conversion de l'eau, d'abord dans le suc de la vigne, et ensuite dans le jus du raisin ; la troisième par le changement produit par la digestion, des éléments du pain et du vin dans la chair et le sang de l'homme déjà existants.

multiplication des pains


Finalement, donner une forme glorieuse au corps humain, ou unir la nature humaine à la personne du Fils de Dieu, sont des exemples de miracle de la troisième classe c'est-à-dire supra naturam ; la forme introduite surpassant absolument toute la potentialité de la nature humaine.

Il n'est pas difficile de ramener cette nouvelle classification à celle donnée plus haut, de telle sorte que, en général, les miracles supra naturam coïncident avec ceux quoad substantiam facti ; ceux contra naturam avec les miracles quoad subiectum, et les miracles praeter naturam avec ceux quoad modum. Cette coïncidence toutefois n'est pas universelle, parce que les distinctions partent de principes divers dans l'une et l'autre classification : ainsi, par exemple, la rétrogradation du soleil est un fait contraire à la nature, et cependant, elle appartient, comme nous avons dit, à la classe des miracles quoad substantiam facti.

(...)

Chapitre 13 (extrait ) :

Les opérations angéliques peuvent ressembler à des miracles de deux façons :

Les œuvres angéliques peuvent donc sembler merveilleuses et même se confondre avec le miracle, de deux manières : premièrement, dans ce sens que, tout en n'étant pas des miracles, elles sont toutefois des œuvres réelles dont l'homme est incapable de découvrir la cause ; 
deuxièmement, parce qu'elles sont des apparences tout à fait subjectives sans aucune réalité objective. Il y a toujours là de simples hallucinations, semblables à celles qui sont parfois produites dans l'homme par une grande agitation intérieure, comme lorsqu'il se trouve en état de fièvre ou d'hystérie.

Il n'est pas difficile avec le temps de découvrir la fausseté de ces vaines apparences. De même que la médecine a des remèdes efficaces pour soigner les hallucinations, de même aussi la théologie mystique fournit des règles pleines de sagesse pour le discernement des esprits.

Quant aux œuvres merveilleuses réelles produites par le démon, elles ne peuvent jamais être comparées aux miracles de première ou de seconde classe. Elles peuvent cependant être comparées aux miracles de troisième classe, bien qu'elles ne soient pas telles en réalité. Elles ne peuvent être comparées aux miracles de première ou de seconde classe, parce que le démon n'a aucun pouvoir sur l'ordre universel de la nature et ne peut réduire des sujets à des formes vis-à-vis desquelles ceux-ci ne sont d'aucune façon en puissance, ou possèdent une disposition contraire. Le démon ne peut donc faire que le soleil rétrograde ou qu'un mort revienne à la vie. Les œuvres diaboliques peuvent cependant être comparées aux miracles de troisième classe, parce que le démon, précisément par le moyen des instruments dont il dispose, peut agir hors du cours de la nature particulière auquel nous sommes habitués. Il peut donc produire dans un sujet des effets vis-à-vis desquels ce sujet est en puissance naturelle, bien que la nature de cette puissance nous soit inconnue.

Nous ne devons pas non plus omettre d'observer ici que le démon pouvant agir directement sur le corps humain et sur le système nerveux, ne trouve pas de difficulté à susciter chez l'homme d'étranges maladies, en troublant le cours naturel du sang ou des humeurs. Il suffit ensuite que sa mauvaise influence vienne à cesser, pour que bientôt la santé revienne, chose qui, aux yeux d'une personne ignorante, semblera miraculeuse, mais en réalité ne l'est pas. « Les démons commencent par nuire, dit très bien Tertullien, puis ils prescrivent des remèdes nouveaux ou d'un effet contraire, en vue de produire leurs miracles ; après quoi ils cessent de nuire, et l'on croit qu'ils ont guéri le malade. »



Pour conclure, disons que le critère intrinsèque certain pour discerner les véritables miracles des faux, c'est-à-dire ceux qui se font par l'opération de Dieu de ceux qui ne sont que des œuvres merveilleuses faites par l'opération du démon ou, avec son aide, par les méchants, est celui-ci : que seul Dieu a un pouvoir absolu sur la substance entière des choses, et que par conséquent il peut, lui seul, mouvoir immédiatement ou directement n'importe quelle matière à n'importe quelle forme. Le démon, au contraire, comme agent fini, ne possède pas un pouvoir absolu sur la substance des choses ; c'est pourquoi il ne peut mouvoir directement la matière à n'importe quelle forme, mais il lui faut se servir des moyens naturels proportionnés aux effets qu'il entend produire.

(...)
chapitre 16 : Critères pour distinguer les œuvres diaboliques des miracles véritables
Nous avons déjà parlé du pouvoir que la substance séparée possède sur la matière corporelle quant au mouvement local. Nous avons montré comment l'ange, surtout l'ange des ténèbres, peut produire des effets surprenants, au point d'imiter parfois les vrais miracles. Il résulte de ce fait un danger grave pour l'homme, celui d'attribuer à Dieu des œuvres diaboliques, au grand détriment de la vérité, dont la manifestation est précisément, comme nous l'avons dit, la fin suprême du miracle. La Sainte Écriture elle-même nous avertit de ce danger. (...) En outre les œuvres diaboliques sont parfois assez importantes au point de surpasser, en apparence au moins, les vrais miracles eux-mêmes.
Il convient donc d'établir certains critères authentiques, qui nous aident à discerner, sous réserve d'un jugement plus autorisé, tel que nous le fournit le magistère suprême de l'Église, parmi les œuvres merveilleuses, celles qui doivent être attribuées exclusivement à Dieu, de celles qui sont imputables au pouvoir magique ou diabolique.

Premier critère : but des œuvres merveilleuses.

Le premier de ces critères a trait au but des œuvres accomplies. Tout vrai miracle, avons-nous dit, est l'œuvre de Dieu, qui est la sainteté même et la bonté par essence, Il est donc clair qu'aucune œuvre, qui a pour but de porter l'homme au mépris de la vertu, à la recherche du vice, à la convoitise des biens terrestres ou à l'abandon des biens éternels, ne peut être attribuée à l'immédiate et exclusive action de la divinité.
Une œuvre n'ayant pour objet que les richesses matérielles et le bien-être temporel ; une œuvre qui n'est utile qu'au corps au détriment des intérêts de l'âme, une œuvre qui lèse les droits de la religion, de la justice et de l'honnêteté, ne peut être l'œuvre de Dieu. De même, des œuvres dont la finalité ne dépasse pas l'ordre temporel, par exemple, la découverte de trésors cachés, la délivrance momentanée d'une maladie, ou des phénomènes dont le seul but serait d'exciter la curiosité, comme de faire tourner les tables, produire des bruits insolites, allumer dans l'air des feux momentanés, faire paraître, sous diverses formes des visions extravagantes, et, en particulier, des œuvres conduisant directement au vice, comme sont celles du mesmérisme ou de l'hypnotisme, - de telles œuvres, disons-nous - ne peuvent avoir d'autre cause que le pouvoir de l'ange déchu, envieux du salut du genre humain. « Quand le miracle manque de pieuse utilité ou de nécessité, dit justement le docte Gerson, il faut le tenir pour suspect et le rejeter, comme serait, pour Mahomet, le fait de voler dans les airs et comme c'est le cas pour les prestiges sacrilèges des magiciens.» Il faut ranger parmi ces sortes de manifestations suspectes et à rejeter, le fait de parler, sans aucun motif, des langues étrangères, d'annoncer des choses éloignées ou de révéler des secrets. De tels faits sont rangés par le Rituel Romain parmi les signes de l'obsession diabolique.


chute de Simon le magicien, à la prière de saint Pierre, sous les yeux de Néron.

Les œuvres de Dieu, au contraire, ont toutes un but très louable, celui de promouvoir la gloire divine et l'utilité de l'homme dans l'ordre surnaturel. Délivrer la pauvre humanité des infirmités et des misères de la vie, la fortifier dans la lutte, la préserver des dangers, lui procurer les moyens de pourvoir aux besoins de la vie, en multipliant en sa faveur le froment, le vin, l'huile, etc., la prémunir contre les maux futurs par des prédictions opportunes et des signes extraordinaires, ce sont là des œuvres qui, de par leur propre finalité, suggèrent une intervention directe de la divinité.
Telle doit être jugée également la pluie quotidienne de manne dans le désert, pour la nourriture du peuple hébreu ; telle l'étrange apparition qui se produisit à Jérusalem au temps des Machabées quand, pendant quarante jours on vit des cavaliers revêtus d'or, armés de lances et disposés en files, courir dans l'air et s'attaquer les uns les autre. Telle encore cette autre apparition d'un genre analogue qui eut lieu également à Jérusalem au temps de Titus, signe précurseur, comme l'apparition précédente, de guerre et de destruction. Tel aussi le fait de cette croix resplendissante apparue dans le ciel aux yeux de Constantin comme gage de sa future victoire sur Maxence et de cette autre croix miraculeuse apparue à Jérusalem au temps de saint Cyrille, évêque de cette ville.
II Maccabées, ch. 5 : Vers cette époque-là, Antiochus se prépare à attaquer l'Égypte pour la deuxième fois. Pendant presque 40 jours, les gens voient apparaître des cavaliers habillés de vêtements brodés d'or dans toute la ville de Jérusalem. Ils courent dans l'air, avec des troupes armées de lances et d'épées. (c'est l'annonce du pillage et du massacre des habitants de Jérusalem par Antiochus).


Second critère : nature de ces œuvres.

Il ne suffit pas cependant que les œuvres merveilleuses aient en elles-mêmes un but moralement bon, pour qu'on doive les attribuer nécessairement à la divinité, car la fin ne justifie pas les moyens par lesquels cette œuvre est accomplie et ne peut, par conséquent, imprimer à cette œuvre un caractère surnaturel. Pour être œuvre de Dieu, un fait merveilleux doit être bon non seulement quant à son entité morale, mais aussi quant aux moyens par lesquels il s'accomplit et quant à toutes les circonstances de personne, de lieu et de temps qui l'accompagnent.
C'est pourquoi, le second critère pour connaître si une œuvre merveilleuse est vraiment un miracle, doit se tirer de la nature même de l'œuvre accomplie.
Le miracle étant une œuvre faite par Dieu en faveur de l'homme, afin qu'un caractère merveilleux lui soit attribué, il faut qu'il convienne à la dignité de Dieu aussi bien qu'à celle de l'homme, c'est-à-dire qu'il revête une empreinte de bonté morale conforme aux règles de l'honnêteté. Aussi devra-t-on attribuer au démon, les œuvres qui, de par leur nature, sont indignes de Dieu et de l'homme, ou capables uniquement de satisfaire la curiosité ou de provoquer l'hilarité.
En effet, comment attribuer à l'action de Dieu la forfanterie de Zoroastre, se faisant verser sur la poitrine nue du bronze liquéfié, sans qu'il prétendît en ressentir aucune douleur, ou ces ridicules convulsions des jansénistes du dix-septième siècle, cette insensibilité de leurs membres sous les coups les plus violents, ces faits non moins puérils et vulgaires, que l'on raconte comme arrivés sur la tombe du diacre Paris, au cimetière de Saint-Médard, en somme, tous ces phénomènes d'hypnotisme, de magnétisme et de clairvoyance, dans lesquels c'est déjà beaucoup si l'honnêteté même rudimentaire est sauvegardée ?
Comment, au contraire, ne pas reconnaître l'intervention de Dieu dans le don des langues accordé aux Apôtres, dans la délivrance des possédés par Jésus-Christ ou ses disciples, dans les victoires obtenues avec un prodigieux succès sur les ennemis de la foi, dans les guérisons merveilleuses obtenues dans les sanctuaires les plus fameux du monde catholique ?

Troisième critère: manière dont sont accomplies ces œuvres.
Le troisième critère servant à distinguer les œuvres du démon de celles de Dieu, consiste à observer la façon dont les unes et les autres sont accomplies. Dieu est le Maître et Seigneur suprême du monde entier. A sa justice est soumis l'ordre de l'univers, et tout ce qui se vérifie dans cet ordre a sa raison d'être dans cette justice, de même que les magistrats qui,dans la société, exercent une fonction juridique, le font précisément en vertu de la loi publique. Il y aura donc miracle quand l'œuvre sera faite en vertu de cette justice et précisément en relation avec l'invocation du suprême pouvoir que Dieu possède sur toute la nature.
Au contraire, les œuvres faites par des moyens futiles et, pour ainsi dire, hors de l'ordre de la divine justice, ne pourront pas être retenues comme œuvres de Dieu, mais bien comme des tromperies du démon. Il faudra les comparer à ces marchandises introduites dans les provinces par contrebande, ou encore comme ces contrats illicites, rédigés de façon à échapper à la loi. Par contre, les vrais miracles ressemblent à des actes légaux, revêtus des formalités prescrites et validés par l'autorité suprême. C'est ce que saint Augustin exprimait, quand il disait que les magiciens font des miracles par des contrats privés ; tandis que les bons chrétiens le font en vertu de la justice publique.
Avec ce critère devant les yeux, nous pouvons dès maintenant tirer une ligne de démarcation très nette entre les miracles faits en réponse à la prière ou à l'invocation du nom de Dieu, tels que les miracles de Notre-Seigneur et des Saints, et les œuvres accomplies grâce à des artifices plus ou moins suspects et parfois même ridicules, comme sont des gesticulations magnétiques, des attouchements lubriques, des regards lascifs, des paroles dénuées de sens, des lettres, des figures ou même des textes de la Sainte Écriture employés abusivement ; la même chose doit se dire de l'observation des astres, des mains, des animaux et choses semblables.
Avant donc d'attribuer à Dieu une œuvre merveilleuse quelconque, il faut procéder avec prudence et examiner tous les points par où elle peut pécher. On ne saurait assez admirer à ce propos la grande prudence et la sage lenteur suivies par l'Église, avant d'admettre, comme miracle, des œuvres, même très merveilleuses en apparence, accomplies dans le monde.

De combien de façons un miracle peut-il, d'après saint Thomas, être tenu pour faux

Il ne sera pas inutile de mettre ici sous les yeux du lecteur un passage de saint Thomas qui, avec sa clarté habituelle, expose les différents motifs pour lesquels on doit conclure à la fausseté d'un miracle. Commentant le passage où saint Paul peint l'Antéchrist comme celui « dont l'avènement se produira par l'opération de Satan parmi toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges menteurs», il écrit : «On dit qu'un miracle est faux quand il lui manque soit l'existence d'un fait réel, soit la vraie nature du miracle, soit, enfin, le but légitime du miracle.
« Dans le premier cas, un fait peut être l'effet d'une simple prestidigitation, c'est-à-dire quand les sens, trompés par l'œuvre du démon, font voir ce qui en réalité n'existe pas, comme ce fut le cas lorsque Simon le magicien fit décapiter un bélier qu'il fit voir ensuite comme s'il était en vie ; quand un homme, également, après avoir été décapité, fut montré vivant encore et qu'on le crut ressuscité. Ces choses sont l'œuvre des démons qui créent des phantasmes pour tromper les gens.
«Dans le second cas, on appelle improprement miracles des faits qui sont admirables, où l'on voit un effet dont on ne connaît pas la cause. En réalité, les faits qui ont leur cause occulte pour quelqu'un seulement et non pas absolument, sont appelés faits miraculeux, mais non pas des miracles ; ceux au contraire, dont la cause est universellement cachée, sont dits miracles dans le sens propre, cette cause étant le Dieu de gloire, d'où il suit que de tels faits surpassent tout l'ordre de la nature créée. Quelquefois, il est vrai, des choses merveilleuses se produisent, mais non en dehors de l'ordre de la nature, dont cependant les causes sont cachées. C'est là précisément le cas de ces faits merveilleux qui, plutôt que l'œuvre de l'homme, sont l'œuvre des démons, Ceux-ci, en effet, connaissent. bien les lois de la nature et en plus, possèdent une efficacité déterminée sur certains effets, comme la possédera l'Antéchrist ; mais ces faits n'ont pas la vraie raison de miracle, parce qu'ils ne transcendent pas les lois de la nature.
« Dans le troisième cas, certains faits sont dits miracles en tant qu'ils sont ordonnés à confirmer la vérité de la foi, pour ramener l'homme à Dieu. Mais si quelqu'un possède la grâce de faire des miracles et ne s'en sert pas dans ce but, ces miracles sont véritables quant à la substance du fait et quant à la raison du miracle, mais sont faux par rapport à leur fin légitime et à l'intention de Dieu. Toutefois, personne ne peut faire de vrais miracles contre la foi, parce que Dieu ne peut servir de témoin à l'erreur. C'est pourquoi un homme qui prêche une fausse doctrine ne peut pas faire de miracles, tandis qu'un homme même mauvais, peut en faire de véritables. »

Addendum : on peut aussi consulter cette encyclopédie en anglais : Catholic encyclopedia