lundi 3 juin 2013

QUAND MGR LEFEBVRE CHANGEAIT D’AVIS…

QUAND MGR LEFEBVRE CHANGEAIT D’AVIS…

Pélage des Asturies
(NB : Il s'agit d'un autre Pélage que notre ami polonais, Pelagius Asturiensis)


On vient d'envoyer à Avec l'Immaculée un bon article qui répond à des objections soulevées par Mgr Fellay et... à « L’autorité paralysée » de Mgr Williamson.

Mgr Lefebvre a certainement été un homme suscité par la Providence pour répondre à la crise de l’Eglise.
Il répondit à cette mission avec une fidélité et une constance héroïques.
Mais parfois il a dû changer d’avis, non pas dans les principes, mais lorsque les circonstances changeant lui montraient que, puisque la crise de l’église s’aggravait, il ne pouvait plus considérer l’église « conciliaire » comme étant l’église « visible ».
Mgr Lefebvre, il faut se le rappeler, avait grandi et avait été formé dans une Eglise pour ainsi dire « normale », et il essaya toujours de garder après le Concile, même lorsqu’il était persécuté, l’idée d’une Eglise telle qu’il l’avait connue avant Vatican II.
Mais il lui faudra du temps, surtout jusqu’en 1988, l’année des sacres, pour se convaincre, qu’il avait à faire à une « contre-église » avec des « anti-christs », et que par conséquence il ne pouvait plus faire confiance aux autorités conciliaires.
Mais Mgr Lefebvre, comme parfois les saints, a aussi appris à voir la main de Dieu dans les évènements et corrigea ses erreurs ou ses manques de jugement.
Ainsi donc, si on relève des faits de sa vie dans lesquels il s’est parfois trompé ou a dû changer d’avis, ce n’est pas pour le déprécier ou pour le critiquer, mais seulement pour montrer que ce n’est pas toujours facile de prendre des décisions d’ordre pratique quand les circonstances changent.

- A la fin des années soixante, Mgr Lefebvre pensait que ce n’était pas son devoir de fonder une congrégation religieuse et encourageait plutôt des séminaristes traditionnels à résister à l’intérieur de leurs séminaires, mais il changea d’avis, car cela s’avéra impossible, et il préféra les réunir à Fribourg.
- Au début de la Fraternité, Mgr Lefebvre pensait que ses prêtres seraient  accueillis par des évêques conservateurs dans leurs diocèses et qu’ils aideraient dans les paroisses, mais il changea d’avis, car aucun ne les accepta, et il abandonna cette idée.
- Au début du séminaire Mgr Lefebvre pensait que, pour la formation de ses séminaristes, l’Université de Fribourg était encore bonne et il les envoya y étudier, mais il changea d’avis, car cette université était aussi atteinte par les nouveautés conciliaires, et il décida de les former lui-même en créant son propre séminaire.
- Puisqu'au début de la Fraternité un ou deux évêques acceptèrent par amitié d’incardiner certains de ses membres, Mgr Lefebvre pensait que d'autres évêques le feraient aussi, mais il s'est trompé, car une fois la pression mise par Rome, plus aucun évêque n'accepta de le faire, et il décida d'incardiner dans la Fraternité.
- Mgr Lefebvre pensait au début d'Ecône que Mgr Adam, l’évêque de Sion (Suisse), grâce à son amitié personnelle, soutiendrait le séminaire d’Ecône jusqu'au bout, mais il s'est trompé, car une fois que la Fraternité et Mgr Lefebvre furent condamnés en 1975 et en 1976, Mgr Adam l'a lâché; et Mgr Lefebvre ne cherchera plus l'appui d'aucun évêque diocésain.
- Mgr Lefebvre, lorsque la Fraternité fut injustement supprimée en 1975, interposa un recours canonique à Rome en espérant qu'il pouvait obtenir justice, mais il s'est trompé, et puisque son recours fut bloqué et que personne à Rome ne le soutint, il abandonnera cette idée…
- Mgr Lefebvre pensait, au début des années soixante-dix, que ses séminaristes pouvaient encore assister, pendant leurs vacances, à la nouvelle Messe des prêtres conservateurs, mais il changea d’avis, car il a fini par se rendre compte que cela était une erreur et plus tard il déconseillera l'assistance à tout le monde.
- Mgr Lefebvre évita toujours d’être condamné par Rome, et pensait parfois qu'il ne serait pas condamné du tout, mais il s'est trompé, car Rome le sanctionna deux fois, en 1976 et en 1988, mais il ne tiendra aucun compte de ces "condamnations", car invalides, venant de l’église conciliaire.
- Mgr Lefebvre envoya des lettres à certains cardinaux, certaines publiques et avec Mgr de Castro Mayer, en espérant que certains le soutiendraient dans son combat contre les erreurs modernes, mais il s'est trompé, car aucun ne le soutiendra, et alors il ne leur écrivit plus après les sacres.
- Mgr Lefebvre accepta souvent d'aller, d’écrire et de discuter avec Rome, en espérant qu’il obtiendrait peut-être que les autorités, y compris les papes, changeraient ou qu'au moins comprendraient les causes de la crise de l’Église, mais il s'est trompé, et après les sacres il ne chercha plus de contact avec eux, se limitant à appeler à la conversion de Rome.
-Mgr Lefebvre, au début ne refaisait pas les confirmations faites par des évêques modernistes, mais il changea d'avis plus tard, et il n’hésitait pas à les refaire sous-condition, car il considérait que certaines étaient douteuses.
- Mgr Lefebvre au début ne réordonnait pas sous-condition les prêtres ordonnés avec le nouveau rite, mais il changea d'avis et, sans l'imposer à tous les prêtres, il le faisait volontiers.
- Mgr Lefebvre au début acceptait les nullités de mariage des tribunaux canoniques conciliaires, mais il changea d'avis et il décida l'ouverture d’une Commission canonique et des Tribunaux de suppléance dans la Fraternité pour juger  des cas de nullité de mariage.
- Mgr Lefebvre écrivit à la fin de son livre « Lettre ouverte aux catholiques perplexes », qu’il n’envisageait pas de consacrer des évêques, mais il changea d’avis, surtout après le scandale d’Assise en 1986, et il décida de consacrer les évêques en 1988 afin de réaliser « l’Opération Survie » de la Tradition.
- Mgr Lefebvre pensait jusqu'en 1988 qu'il pouvait arriver à un accord pratique avec Rome, confiant dans leur honnêteté et sans faire de concessions, mais il changea d’avis, car le Card. Ratzinger voulait seulement le piéger et ainsi amener la Fraternité à se rallier à l’église conciliaire, et jusqu’à sa mort il n'essayera plus cette voie, mais espérait seulement que Rome se convertirait.
- Mgr Lefebvre disait qu'il n'aurait pas voulu constituer la Fraternité sans autorisation « officielle » pour qu'elle soit une œuvre « d’Église », et cependant il changea d’avis, et non seulement il n'a pas hésité à poursuivre cette œuvre malgré sa « suppression officielle », mais aussi il encouragea d’autres communautés traditionnelles dans leur fondations, et cela bien qu’elles fussent « en rupture » avec leur Ordres respectifs (Dominicains, Capucins, Bénédictins) et en disant qu’elles auraient été approuvées par l’Eglise en temps normal.

Quand certains voudraient faire un parallèle entre Mgr Lefebvre et Mgr Fellay en disant que tous les deux ont changé selon les circonstances, et qu’il n’y a rien de condamnable  pour  ce dernier d’avoir cherché ces dernières années un accord pratique avec Rome, ce parallèle n’est qu’apparent… car ces deux évêques ont agi d’une façon totalement opposée.
Il n’y a rien de plus condamnable chez un supérieur religieux que de voir qu’il ne tire pas les leçons des événements et qu’il refuse de rétracter ses erreurs.
Mgr Lefebvre a toujours montré une grande humilité « en changeant le cap » quand il fallait, car il ne cherchait pas son avantage, mais le bien commun de la Fraternité et de l’Eglise, comme nous l’avons vu dans les faits précédents. Il acceptait aussi d’écouter l’avis des siens et parfois changeait même son jugement s’il n’obtenait pas le consensus sur des points essentiels.
Par contre, Mgr Fellay a dit publiquement qu’il chercherait un accord pratique avec Rome, même au risque de sacrifier « le bien commun de la Fraternité », et il refusa d’écouter ses trois confrères dans l’épiscopat et beaucoup de prêtres de la Tradition qui lui déconseillaient de faire un accord pratique avec Rome en 2012.
Un deuxième aspect, c’est que si Mgr Lefebvre changea d’avis, c’était pour rendre plus ferme sa position, car l’église conciliaire changeait pour le pire, ou montrait ses vraies intentions, il fallait aussi « durcir » nos positions.
Au contraire, Mgr Fellay, pour plaire à Rome, a voulu manipuler tout le monde en essayant de faire croire que la situation dans l’église conciliaire était en train de changer pour le mieux, afin de justifier un accord pratique avec elle.
Finalement, et c’est le plus important, Mgr Lefebvre n’a jamais fait de compromis dans les principes, alors que la Déclaration doctrinale du 15 avril 2012 de Mgr Fellay est une preuve accablante contre lui, qui montre clairement qu’il a cédé dans les principes doctrinaux, en acceptant les doctrines les plus mauvaises de Vatican II (collégialité, liberté religieuse et œcuménisme), a reconnu la « licéité » de la nouvelle Messe et a promis de suivre le nouveau Code de droit canon.
Et le comble c’est que Mgr Fellay continue de manipuler « son monde », en affirmant qu’il a « retiré » sa Déclaration doctrinale.
Ceci n’est pas suffisant pour réparer le mal qu’il a fait avec sa Déclaration, car «  retirer » un document n’est pas le « rétracter » !
Et surtout, c’est insuffisant car il donne comme raison pour retirer sa Déclaration « l’opposition » rencontrée dans les rangs de la Tradition, et non pas les erreurs doctrinales intrinsèques au document !
Le mieux qu’il pourrait faire, ce serait de démissionner.


Pélage des Asturies