samedi 11 mai 2013

Première partie de la traduction de l'abbé Chazal de la réponse à l'abbé Laisney

Première partie de la traduction de l'abbé Chazal de la réponse à l'abbé Laisney

L’ILLUSION LIBERALE II

Abbé François Chazal

si si no no

L'abbé Chazal a profité de cette traduction pour mettre légèrement à jour son texte initial. Les caractères gras sont d'Avec l'Immaculée. Avec son humour habituel, l'abbé Chazal développe deux notions qui nous paraissent très intéressantes et importantes : 

1. l'herméneutique de la continuité est la même chose que "la lumière de la tradition" à laquelle Mgr Fellay dit vouloir considérer Vatican II et le magistère pontifical postérieur au Concile. Il faut bien comprendre que, bien qu'il s'en défende, Mgr Fellay valide dans cette déclaration du 15 avril 2012 le principe de l'herméneutique de la continuité, en employant le terme "à la lumière de la Tradition". 

2. Il y a une autre notion que l'abbé Chazal développe et qui nous paraît également capitale : Vatican II, selon les mots de Mgr Lefebvre, est une "complète perversion de l'esprit" et donc il ne faut pas essayer de faire le tri dedans. Il faut rejeter ce concile en entier, car dans Vatican II même les bonnes affirmations sont mises au service de l'erreur, afin de mieux la faire passer, sous couvert de tradition. 
Avec l'Immaculée ajoute que, de l'aveu même de grands maîtres de la franc-maçonnerie (cf. Jaime Ayala Ponce et Carlos Vazquez Rangel), ce concile est imprégné des principes maçonniques. Il est donc dangereux de vouloir en garder une partie. 


Manille 18 avril 2013, ensuite mis à jour à Manille le 12 mai 2013.                             

 Cher Monsieur l’abbé Laisney,

Première Partie

LES IMPLICATIONS DE LA DECLARATION DU QUINZE AVRIL

Le fardeau des preuves à l’encontre de Mgr Fellay est tel que vous trouvez plus facile d’ignorer simplement les nombreux discours, déclarations, interviews, sermons, lettres internes, discussions, etc. tous ces éléments ayant été produits publiquement par nous au fil des mois. Pourquoi Monseigneur éprouve-il ce besoin de rassurer l’électorat sur son opposition à Vatican II et à la nouvelle Messe, juste après que la déclaration du quinze avril soit rendue publique? Entre toutes les accusations nombreuses que nous avons faites, et que vous refusez de reconnaître comme preuves du libéralisme de Mgr Fellay, cette déclaration, présentée au Cardinal Levada (j’abrégerai en "DQA" [Déclaration du Quinze Avril]), est en effet la pièce qui nous manquait au centre du puzzle, de même qu’a l’intérieur de la Fraternité, les libéraux font principalement reposer leurs arguments sur le Protocole du 5 mai 1988.
Tout le monde doit lire la DQA, parce qu’elle regorge d’implications dont Mgr Fellay a beaucoup de mal à se dépêtrer lui même  parce qu’il refuse de retirer la substance de ce texte. “ce texte peut être lu avec des lunette roses (façon DICI) ou sombres (style résistance)” Mais pour quelques minutes, cher adversaire, mettez ces lunettes sombres, elles font très chic et vous permettent de vous interroger:

1- En admettant même que Mgr Fellay fasse [un jour] la liste des mauvais points du textes  pour les rétracter  (ce qu’il refuse de faire dans le Cor Unum) COMMENT MGR FELLAY A-T-IL PU ECRIRE, NE SERAIT-CE QU’UNE FOIS, UN PAREIL TEXTE ?
Comment un fils renommé de Mgr Lefebvre peut-il déclarer, de sa propre main, simultanément :
-        Que la Tradition est une “transmission vivante”, une première, officiellement dans la FSSPX (III,3). (Autre formule dangereuse: “La Tradition progresse…” (ibid.))
-        Que Vatican II “illumine” (grâce à la miraculeuse “lumière de la Tradition”), “approfondit et rend explicite” la doctrine de l’Eglise, alors que depuis le Concile, nous n’avons rien eu d’autre qu’une désorientation diabolique dans l’Eglise ? (III,4)
-        Que le pire texte du Concile, (qui est directement oppose à Quanta Cura et au Syllabus de Pie IX, et qui fut continuellement invoqué pour détruire l’union passée entre l’Eglise et l’Etat et les anciens Concordats, aboutissant, par exemple à une apostasie massive en Amérique du Sud), que ce texte est CONCILIABLE, quoique avec difficulté, avec le Magistère précédent. (III,5).
-        Que le Magistère postconciliaire concernant la relation avec les Luthériens, Calvinistes, Evangélistes, Schismatiques etc. peut être compris à la lumière de la Tradition.
-        L’euphémisme du #III,6 disant qu’il faut étudier certains passages du Concile qui ne paraissent pas conciliables avec la Tradition.
-        Que la nouvelle Messe a été légitimement promulguée, (III,7).
-        Que les Sacrements du novus ordo sont à la fois valides et légitimes, alors que nous avons des doutes certains sur la validité des Confirmations et des doutes un peu moindres sur l’Ordre (III,7).
-        Que nous promettons de suivre spécialement le nouveau code de Jean-Paul II, sans même mentionner le code de 1917 que Mgr Lefebvre nous a dit de suivre. (III,8)
-        La Profession de Foi de 1989 est accréditée (dans les notes), un document totalement rejeté par Mgr Lefevbre (au Bourget, entre autres), parce qu’il force l’acceptation de Vatican II sur les consciences et soumet les esprits à Lumen Gentium 25, même dans les circonstances anormales d’aujourd’hui (#II).  LG 25 ne peut pas être appliqué au magistère erroné postconciliaire, et ne peut pas non plus nous obliger à nous soumettre aux enseignements réputés non infaillibles, comme ce que disent les évêques diocésains (cf. premier paragraphe de LG 25).

Evidemment, comme M. l’abbé Themann l’a dit récemment, c’est un bon document diplomatique… et quel dommage que le Cardinal Levada l’ait défiguré le 13 juin dernier, en ajoutant des conditions inacceptables. Les lunettes roses ne verront que prudence et diplomatie dans ce texte, les foncées voient dans cette liste terrible la nouvelle doctrine officielle de la Fraternité (Cor Unum 104). La doctrine de la Foi est ce qui a préservé l’unité de la Fraternité, miraculeusement. Jusqu’à présent on pensait que dans les choses essentielles il doit y avoir unité  Mgr Fellay a divisé le monde de la Fraternité en deux camps; et à l’intérieur de la Fraternité officielle, certains prêtres ratifient ou défendent cette déclaration en conformité avec la défense qu’en font leurs supérieurs majeurs. Trois prêtres ont “payé de leur vie” pour que le texte voie la lumière du jour.

2 -  COMMENT PEUT-ON DIRE QUE CE N’EST PAS NOUS QUI REJOIGNONS LA ROME DE VATICAN II, MAIS QUE C’EST ROME QUI NOUS REJOINT EN ECRIVANT CETTE DQA ?
L’an dernier, lors de son sermon de Pentecôte, Son Excellence déclarait “Aujourd’hui au moins j’arrive à cette certitude que c’est bel et bien le Pape qui veut nous reconnaître”. “L’attitude de l’Eglise officielle a changé, pas nous” (interview du 08 juin) Dans les nombreuse conférences que le Supérieur Général et M. l’abbé Pfluger donnaient aux abords de cette crise, la notion était martelée constamment : Nous ne changeons pas, mais Rome change. Les trois supérieurs de Morgon, Avrillé et Bellaigue furent sermonnés là-dessus pendant deux heures et demie.
Las, toutes ces discussions se déroulèrent alors que se concoctait avec érudition et avec l’aide de théologiens  ce mouvement massif vers Vatican II et le Nouvel Ordo Missae. Menzingen, obligée de s’expliquer, s’enfonce encore plus. “Vous avez pris Menzingen la main dans le pot de confiture, et vous vous attendez à ce qu’ils soient contents!..” , m’a dit l’abbé Sélégny.

3 - POURQUOI RIEN N’EST-IL FAIT A L’ENCONTRE DE CEUX QUI SOUTIENNENT LA DQA, ET POURQUOI MGR FELLAY REFUSE DE RETIRER LE TEXTE POINT PAR POINT ?
Je pose cette question, parce que certains confrères prétendent ici que la DQA a été retirée. Le seul retrait que je connaisse et celui à caractère privé, à Ecône, non pour des raisons de substance, mais “parce que c’est un texte qui nous divise” (le moins que l’on puisse dire), et que c’est un texte où Monseigneur Fellay “pensait avoir évité toutes les ambiguïtés”. Ce texte est en fait très lié à la lettre du jour précédent aux trois évêques et l’interview sur CNS du 10 Mai.
Mgr Fellay peut essayer de nous dire qu’il est toujours contre Vatican II et le NOM, il faut qu’il nous rassure aussi sur ce qu’il pense du nouveau Code, de la nouvelle Profession de Foi, du progrès de la Tradition vivante, des nouveaux Sacrements, et comment on peut appliquer Lumen Gentium 25#1 aujourd’hui; nous sommes inquiets.

4 - LA DQA EST LE MODUS OPERANDI DOCTRINAL DE N’IMPORTE QUEL PRETRE ECCLESIA DEI.

Vérifiez les constitutions de la FSP, IBP, et ICR; leurs termes doctrinaux (vous ne cessez de glisser sur leurs mauvais termes pratiques. Soyez de bonne foi, maintenez le cap) sont presque identiques avec ce que propose Mgr Fellay. On attendait de Rome qu’elle soit satisfaite avec ces termes, pour de bonnes raisons: une fois que l’on dit que la nouvelle Messe a été légitimement promulguée, qu’est-ce qui nous empêche de la célébrer ou d’y participer le Jeudi Saint, même si on pense personnellement que la Messe Traditionnelle est meilleure ? N’est-ce pas Benoît XVI qui dit que Vatican II ne peut être compris qu’à la lumière de la Tradition ? Les groupes Ecclesia Dei sont-ils bien ceux qui prétendent utiliser le nouveau Magistère erroné avec profit, grâce aux rayons purificateurs de la lumière de la Tradition ? Je me souviens qu’ils étaient tous en extase devant “Veritatis Splendor”, une encyclique qui piégea l’abbé Simoulin pendant un certain temps. Les groupes Ecclesia Dei opèrent dans le cadre du nouveau Code de droit Canonique ; c’est bien là l’une des choses que vous refusez d’analyser quand vous vous attelez à faire les louanges d’une régularisation aujourd’hui.

5 - LES LIBERAUX SONT ENCOURAGES PAR LA DQA

Pauvre Mgr Fellay. Au cas où sa lettre de Pâques est sincère (même s’il lui reste pas mal d’ambiguïtés), comment va-t-il s’y prendre avec ces libéraux qui sont d’accord avec ces déclarations libérales antérieures, et qui occupent tant de positions stratégiques dans la Fraternité ? Comment va-t-il s’y prendre avec ces antilibéraux, comme les abbés Petrucci et de Cacqueray, qui sont cependant obligés d’agir en faveur de la Révolution pour lui rester loyaux ? Une fois qu’un chef adopte le double langage, les subordonnés font de même, se trompent de jugement, ont la main lourde, comme nous le voyons en beaucoup d’endroits. Devant se protéger contre les forces hostiles, la Fraternité doit défendre ces nouveaux principes libéraux pour préserver son unité  Dans la mesure où elle dépense plus de forces à combattre la résistance, la Fraternité officielle baisse un peu plus sa garde contre le Novus Ordo.

En conséquence, comme on le voit dans le Cor Unum 104 de mars, Mgr Fellay n’a plus d’autre choix que de défendre la DQA, en disant qu’elle est comparable à la lettre du 15-04-1988 de Mgr Lefebvre et au protocole du 05 mai suivant. Mais on voit bien que la DQA est bien pire que ces documents eux-mêmes décevants et rejetés par Mgr Lefebvre. Mgr Fellay dit alors que Rome, en insérant des corrections inacceptables, a refusé la DQA, ce qui rend la DQA originelle bonne. Malheureusement, Mgr Fellay ecrit au Pape le 17 juin que “Malheureusement, dans le contexte actuel de la Fraternité, cette déclaration ne passera pas.” Malheureusement, malheureusement veut dire ce qu’il veut dire, à savoir qu’il serait heureux que la DQA modifiée passe…

6 - COMMENT ROME A-T-ELLE PU REFUSER LA DQA, UNE OFFRE AUSSI IRRESISTIBLE ?

30 pièces d’argent, comme le dit l’abbé Hewko, c’est une belle offre. Mgr Fellay propose de travailler sous Rome, dans les mêmes conditions (doctrinales) que la Fraternité St Pierre, et Rome refuse. Quelque chose ne tourne pas rond à Rome.

*TIMING: Il eut été meilleur d’obtenir l’agrément de Rome avant avril [2012], où le désaccord des trois autres évêques fait surface. En mars [2012], Rome aurait eu la garantie de prendre toute la Fraternité au filet.

*CHANGEMENT: Rome change, mais pour le pire. Il se peut que la tolérance envers les groupuscules Ecclesia Dei s’amenuise, si les discours du Pape François augurent quelque chose (prêche du père Cantalamessa le Vendredi Saint, mépris pour les formes traditionnelles, sermon à Ste Marthe sur le Concile). Il est temps d’appliquer Vatican II entièrement.

*LES EMPÊCHEURS DE TOURNER EN ROND doivent être d’abord neutralisés. Comment peut-on faire monter à bord une Fraternité encore peuplée d’autant de prêtres perturbateurs, voir d’évêque (Mgr Williamson) ? Menzingen doit faire le ménage et changer les esprits, comme le font si bien l’abbé Lorans, le GREC et d’autres. Le changement d’orientation n’étant pas encore achevé, Rome reconnait que la DQA est un pas dans la bonne direction, tout comme l’expulsion de Mgr Williamson probablement. Pour attraper le gros poisson il faut tirer fort, puis relacher  plusieurs fois pour fatiguer la bête, avant de la sortir totalement de l’eau.

*L’OPINION PUBLIQUE : L’expérience passée de 2009 prouve qu’il vaut mieux être prudent avant d’approuver. Le grand public, et surtout nos frères aînés juifs séparés, avec tous les médias derrière et en dessous d’eux, ne comprennent pas tout parfaitement. Le politiquement incorrect passé a transformé la Fraternité en un gros putois. Son bouclier malodorant l’a sauvée a plusieurs reprises, et continue à faire des miracles trois ans après. Je ne me suis pas dispensé d’en féliciter Mgr Williamson.

7 - ON PEUT ACCEPTER N’IMPORTE QUOI A LA LUMIERE DE LA TRADITION

Cette déclaration montre ce qui se passe quand on abuse d’une expression que Mgr Lefebvre finit par abandonner, en raison de son ambiguïté inhérente. En matière de doctrine on ne peut accepter le mal à la lumière du bien.

Il y a trop d’erreurs dans Vatican II pour que nous puissions récupérer ce Concile (liabulle). Même dans une bonne lumière, ses erreurs sont si savamment imbriquées avec la vérité, qu’elles en deviennent d’autant plus mortelles, précisément parce qu’elles peuvent pénétrer sous couvert de Tradition. Pascendi s’impose. Le peuple réel, la masse des Catholiques ne fit pas ces distinction subtiles, rejetant ce qu’il y avait de mauvais dans Vatican II. Ils prirent le poison et périrent dans la Foi. Je croyais que Mgr Fellay avait compris cela. En septembre dernier, alors qu’il me disait que je voyais tout en noir et blanc, basant tout sur une notion erronée de l’Eglise, je lui répondis “mais, Monseigneur, les erreurs du Concile ne sont pas sous une forme explicite, comme vous le savez si bien, mais sous la note “Haeresim favens”.

La conséquence pour nous est ce glissement tragique, comme la reconnaissance que nous suivrons spécialement le nouveau Code de Droit Canon. L’abbé Themann dit que c’est OK, et comment le dit-il ? Parce qu’il y a d’écrit au dessus du texte, devinez quoi… la Lumière de la Tradition !

Et pourquoi la Lumière de la Tradition (LDT) serait-elle si lumineusement différente de la méchante Herméneutique de continuité (HDC) de Benoît XVI? Tout simplement parce que Rome l’a rejetée, de même que Mgr Fellay a dit à Albano qu’”on ne pouvait gloser sur l’HDC”. Si la LDT et la HDC sont des façons si différentes de dire que Vatican II peut être compris de façon traditionnelle, ma question est toute simple : qui a dit “quand le Pape dit que Vatican II doit être compris selon la Tradition, c’est quelque chose avec lequel nous sommes parfaitement d’accord” ou “J’aimerais espérer qu’il en soit ainsi [que Vatican II appartient a la Tradition]” Vous devez étudier les classiques de la réconciliation.

8 - COMMENT PEUT-ON DIRE QUE LES NÉGOCIATIONS ONT ÉCHOUÉ A CAUSE DE VATICAN II ET DE LA NOUVELLE MESSE ALORS QUE LA DQA RECONNAIT CES DEUX CHOSES ?

Précisément, grâce à la lumière de la Tradition. C’est un gadget sensationnel : on l’allume, et tout ce qui est mauvais devient bon ou presque ; on l’éteint, et tout ce qui est mauvais redevient réellement mauvais, comme le Concile Vatican II dans une lettre récente aux bienfaiteurs [ndlr : LAB n° 80]. Pour plaire à Rome, nous devons être d’accord avec Vatican II, tandis que nous sommes obligés de dire à nos fidèles que nous sommes contre ce Concile. Donc, on prend quelques formules de Mgr Lefebvre (1976), le fait qu’il a siégé au Concile et signé ses documents… tout en ignorant sa conclusion finale au sujet du Concile, à savoir que les textes du Concile sont une perversion totale de l’esprit, et voilà !
Le mérite de Monseigneur Lefebvre fut de ne pas arriver à une conclusion aussi forte précipitamment ; mais cela ne laisse pas d’en rendre la conclusion d’autant plus forte. Vatican II est irrécupérable.

Monseigneur Lefebvre se défit de la LDT, contrairement au Concile qui prit les principes de la Révolution à la lumière de l’Evangile, tout comme Lammenais, et contrairement à Jean Paul II qui accepta Kant à la lumière de St Thomas d’Aquin. Il comprit que si on met la Tradition et le Concile dans le même sac, l’un tuera l’autre. Le problème des monseigneurlevebvrologiens est qu’ils se croient autorisés de citer Mgr Lefebvre à rebours. Le fait qu’il prit son temps avant de condamner totalement Vatican II, essayant de participer au débat conciliaire pour tenter l’impossible avec 400 autres évêques  signant même la plupart des textes ; tout cela est dû à sa prudence et à son amour de l’Eglise. Mais au bout de la prudence il y a l’Imperium, l’acte décisif de cette vertu : Vatican II est la pire catastrophe de l’Histoire ; c’est une peste. Les libéraux, bien au contraire, commencent avec de magnifiques symposiums sur Vatican II et terminent en desserrant les vis et les boulons.
Dans une démocratie libérale, c’est toujours la gauche qui gagne, comme on le voit avec le mariage gay. Aujourd’hui les purs et durs du progressisme arrivent au sommet ; et la lumière de la Tradition ne les intéresse pas. Il n’y a aucun mérite de la part de Mgr Fellay d’être en désaccord avec eux, de même qu’il est peu méritoire et surprenant pour un tradi d’être contre le mariage homo… sauf s’il finit au poste comme le bon Frère François!

Ce qui nous intéresse en ce moment, c’est que Mgr Fellay a fait une offre à Rome reposant sur une base de modernisme modéré, façon HDC du Pape Benoît, (herméneutique qui plaît tout de même à Menzingen dans la lettre du 14 avril, en réponse aux trois évêques). Le fait que Rome n’aime pas notre version de la HDC (ou LDT) ne prouve pas qu’elle est bonne; de même, quand les Adventistes et les Mormons ne sont pas d’accord, cela ne veut pas dire que l’une des sectes a raison. La DQA n’est qu’un amour de l’erreur éconduit par la belle Rome. Les Girondins, les libéraux finissent toujours incompris par la Montagne ou par la Gauche.

9 - COMMENT PEUT-ON COMPARER LA DQA AVEC UN SIMPLE PROTOCOLE ?

L’un des arguments majeurs du Cor Unum 104 de Mars, en faveur de la DQA, est la citation de la lettre du 15 avril de Mgr Lefebvre et du protocole attenant du 5 mai suivant. Mais là encore, Menzingen se fourvoie, puisque la DQA fait énormément plus de concessions que ces tentatives fort heureusement avortées de 1988. 
Prenez par exemple la Messe : Mgr Lefebvre dit seulement qu’elle peut être valide, et qu’elle fut promulguée. 25 ans plus tard on dit que la Messe bâtarde fut légitimement promulguée. Je n’ai pas l’espace, mais c’est tout à l’avenant pour les autres points. Il n’en reste pas moins que les textes de 1988 sont mauvais et dangereux et furent récusés par leur auteur, point par point, lui même confiant qu’il était allé trop loin.
Quand je rencontrai l’abbé Rostand à Post Falls, il y a quelques mois, je m’aperçus vite qu’il faisait reposer toute son argumentation sur le protocole de Mai 88. J’essayai de lui expliquer que Monseigneur n’écrivit pas ce protocole, le rejetant très vite et procédant aux Sacres en disant “si j’avais signé ce protocole, nous serions morts dans l’année!”, il attaqua toujours son contenu, point par point (Vatican II, nouvelle Messe, nouveau Code), avant et après mai 88. Toutes mes explications furent inutiles, parce que, pour l’abbé Rostand, le protocole est comme un traité. Providentiellement, il y avait un dictionnaire Webster dans le bureau de l’abbé Vassal, et voila ce que nous dit le gros Webster sur Mr Protocol : …brouillon!

Donc j’ai dit à l’abbé Rostand que j’étais très impressionné par sa monseigneurlefebvrologie, (il a des montagnes de citations au bout des doigts, avec la date et l’endroit exact), mais que l’expert en la matière est Mgr Tissier, un témoin direct qui fut même pris en photo au moment de la signature.
M. l’abbé Themann a raison de dire que nous devons comprendre Monseigneur Lefebvre à la lumière de ses actions : en sacrant des évêques  il met le brouillon à la poubelle. Plus question de protocoliser quand quatre vilains petits canards épiscopaux voient le jour sans mandat pontifical. En outre, il faut aussi considérer les circonstances des actions des deux côtés: A l’époque Monseigneur Lefebvre consulta les communautés contemplatives, qui, menées par la Réverende Mère Anne-Marie Simoulin, le supplièrent, non de signer, mais de sacrer. En 2012, ce furent les chefs des trois ordres contemplatifs qui allèrent à Menzingen, demandant à l’évêque de ne pas signer. Ils se firent recevoir par une longue tirade de deux heures et demie sur le changement positif de Rome, et quelques semaines plus tard, le chantage aux ordinations, pour les Bénédictins, et le refus d’ordonner les candidats dominicains et capucins, qui eurent à évacuer la retraite prêchée par l’abbé Couture à quelques jours de la date prévue. Autour du 18 mai, un fax fut envoyé à tous les prieurés, stipulant qu’un préambule serait soumis à Rome, l’approbation duquel aboutirait à l’érection d’une structure canonique pour la Fraternité de la part de Rome. Qu’y a-t-il de commun entre un mauvais BROUILLON raté et une DÉCLARATION préparée savamment, dûment soumise , et accompagnée d’actions, attentes et préparations ?

10 -  LA DQA N’EST-ELLE QU’UN TEXTE DIPLOMATIQUE ?
Mais bien sûr! Quand on dit, voire écrit :”Nous promettons” “Nous déclarons  “Nous reconnaissons” “Nous déclarons que nous reconnaissons” et “Nous promettons de respecter”, ce n’est que de la diplomatie, ou une approche minimaliste. Comme le dit l’abbé Pfluger a Post Falls le 10 avril dernier, et l’abbe Themann à St Mary’s, ce texte ne reflète pas exactement ce que nous pensons, mais seulement un certain désir d’attirer Rome à discuter avec nous, parce que, notez-le bien, ce n’est pas Rome qui nous mène en bateau; non, c’est notre diplomatie qui fait des merveilles à Rome.

Inspiré par son Cor Unum 104, l’abbé Themann nous dit aussi que la DQA marche sur une ligne délicate, parce qu’elle est conçue pour corriger une fausse conception des autorités romaines disant “vous ne reconnaissez rien de ce que disent les autorités.” Les gens doivent comprendre la finesse de la ligne de crête de Mgr Fellay: il dit aux autorités qu’il accepte ce qu’elles nous réclament d’accepter, mais cela ne veut pas dire qu’il accepte, parce que ce serait en effet de la trahison. Quand il dit que la nouvelle Messe est légitimement promulguée, cela ne veut pas dire qu’elle est licite, mais que les autorités qui l’ont promulguée sont légitimes  Regardez le texte, il dit “Messe”, mais évidemment, il veut dire “autorités”… comment peut-il en être autrement ! Soyons tous croyants.

Kollossale finesse! Mais finesse prudentielle, non pas doctrinale : on accepte la tradition vivante, Vatican II, la nouvelle Messe, les nouveaux Sacrements, le nouveau Code, la nouvelle Profession de Foi tout en gardant le droit d’attaquer toutes ces choses. Quelle exquise finesse…

Deuxième partie

LA LISTE DES SOPHISMES N’EN FINIT PAS DE S’ALLONGER

Dans un débat, vous devez réfuter votre adversaire point par point. Autrement ses accusations restent debout et vous maintenez votre position sophistique. Mais vous, mon Cher Abbé Laisney, en vue de défendre vos sophismes précédents, vous en ajoutez de nouveaux, comblant toutes mes espérances, contrairement à l’abbé Rostand qui ne donna pas son “Against againstagainstagainstagainst the rumors” contre moi (après que je donnai mon “Against × 4 the rumors”). J’espère que vous continuerez à faire tourner le manège ; les gens ont besoin de savoir où les libéraux ont envie de les mener. 

(la deuxième partie de la traduction suivra dès que possible.)