mercredi 22 mai 2013

Article problématique de l'abbé Delagneau



Article problématique de l'abbé Delagneau

par un ancien retraitant du Pointet


Doctrina cum pietate est la devise du séminaire français de Rome où Mgr Lefebvre a été formé sous l’autorité du remarquable Père Le Floch. Elle signifie que la doctrine, la formation intellectuelle, philosophique, théologique, catéchétique va de pair avec la vie d’oraison. Autrement dit, une vie de prière qui n’est pas nourrie par l’étude est bien fragile. Combien de belles âmes emportées par le Concile Vatican II ! Combien de prêtres pieux de la FSSPX qui sont passés au modernisme ! La crise actuelle, dans l’Eglise et dans la FSSPX, rend cet adage toujours plus actuel. Monsieur l’abbé Jaquemet corrobore notre propos dans un article récent :

Ces propos liminaires nous amènent à être très circonspect à la lecture du dernier Marchons droit n°141 de janvier-février-mars 2013 de l’abbé Delagneau.

L’abbé Delagneau écrit p.5 :

« Si nous regardons maintenant du côté de la foi, nous avons aussi de grands progrès à envisager. Dès qu’on parle de la foi, nous pensons de suite à la crise de l’Eglise, à notre position, à dénoncer telle ou telle orientation. Laissons nos pasteurs remplir leur devoir de vérité dans ces temps de ténèbres et, loin des passions, essayons d’éclairer les âmes de bonne volonté dans le cadre de nos relations. Mais la foi est plus qu’une science, elle est une vie. »

Ces propos sont inquiétants, laissent perplexes et, étant donné leur gravité, méritent d’être commentés publiquement.

Qui sont nos pasteurs ? Un enfant pourrait répondre : le pape et notre évêque diocésain. L’abbé Delagneau nous demande-t-il d’obéir à de tels pasteurs ? Nous ne le pensons pas car lui-même désobéit à son évêque. Ainsi, sans aucune précaution, l’abbé présente comme allant de soi une désobéissance au pape et une confiance aveugle dans les autorités de la FSSPX. C’est la croyance naïve que la crise de l’Eglise s’arrête aux portes de la FSSPX, que l’infiltration maçonnique s’arrête aux portes de la FSSPX qui aurait les paroles de la vie éternelle. C’est un peu fort de café de proclamer la désobéissance à l’évêque diocésain et l’obéissance sans condition à Mgr Fellay. On retrouve l’attitude schismatique des accordistes qui font de Mgr Fellay un nouveau pape. Il s’agit ni plus ni moins que d’une dérive sectaire. L’attitude saine au contraire est de penser que si l’on se permet de désobéir au pape et à son évêque, il est possible de devoir un jour désobéir à des prêtres et à des évêques de la FSSPX. Ceux-ci ne peuvent nous demander une obéissance inconditionnelle alors qu’eux-mêmes désobéissent au pape. Leur obéissance doit toujours être motivée par des arguments.

Après avoir souligné que les disputes théologiques dans la FSSPX n’ont pas d’intérêt et que la confiance aveugle est de mise, l’abbé Delagneau poursuit en nous invitant à essayer d’éclairer les âmes de bonne volonté dans le cadre de nos relations. Puisqu’il faut être pratique, nous ferons remarquer que nous ne pouvons pas faire l’économie d’une réflexion sur la crise de la FSSPX. Vais-je conseiller à mon ami qui se convertit de s’abonner à Marchons droit ou au Sel de la terre qui propose dans son dernier numéro un article fort bien fait sur la foi ? Vais-je l’amener dans n’importe quel prieuré de la FSSPX, ou vais-je essayer de l’adresser à un prêtre dont je connais les positions anti-libérales ? Sur internet, lui dirai-je d’écouter Mgr Fellay ou un prêtre de la résistance ? Lui dirai-je de lire DICI ou Avec l’Immaculée ? Lui indiquerai-je le Forum catholique ou Un évêque s’est levé ? Dissocier la doctrine et la piété n’a pas de sens !

Voici la présentation d’un nouveau membre du forum Un évêque s’est lévé :

« Bonjour,
Je fréquente quotidiennement ce forum depuis quelques mois, et je fais le grand saut. Je suis étudiant en chimie, j'ai 19 ans, j'ai été très engagé dans l'Église conciliaire. Depuis quelques temps je me pose de sérieuses questions sur les transformations dans l'Église. Et je trouve ce que je crois être la bonne attitude dans la FSSPX. Seulement, si je quitte ma paroisse classique ainsi que les endroits ED que je fréquente, si je franchis ce pas envers et contre la myriade de prêtres diocésains que je connais, mes parents qui ne pratiquent pas, mes quelques amis catholiques qui ne sont pas dans la Fraternité, ce n'est pas pour que celle ci suive les ralliés qui ont vendu leur liberté de condamner les erreurs juste après.
J'ai effectué une année de spiritualité pour entrer dans un séminaire diocésain. Il y a un an je sortais juste des 30 jours et je ne suis pas rentré.
J'aimerais bien étudier le magistère traditionnel, et dans l'idéal rencontrer des prêtres anti libéraux.
Je reste en recherche »

Ce témoignage montre bien que les gens de la Tradition et les gens qui arrivent à la Tradition ne sont pas des moutons qui laissent "les pasteurs remplir leur devoir de vérité". Avec la grâce de Dieu, ils savent qu’il y a une crise dans l’Eglise et dans la FSSPX, et qu’il faut y réfléchir.

Dans la crise de l’Eglise actuelle, ce genre de propos de l’abbé Delagneau, "Laissons nos pasteurs remplir leur devoir de vérité", est inacceptable sur le plan intellectuel et intenable sur le plan pratique. C’est l’argument de l’obéissance démonté par l’abbé Girouard il y a un an dans sa remarquable conférence. C’est l’argument des progressistes. C’est ce que Mgr Lefebvre appelait "le coup de maître de Satan". C’est ce qui explique que sur les quelque 2000 évêques du Concile et sur les 250 évêques traditionnels, il ne s’en est trouvé que 2 pour résister. C’est ce qui explique qu’au Barroux, peu de moines sont sortis lors du ralliement alors que Mgr Lefebvre les enjoignait de désobéir à leur père abbé à qui ils étaient pourtant liés par un vœu d’obéissance. Mgr Lefebvre a loué Don Thomas d’Aquin, du Brésil. Pour les fidèles, c’est encore plus simple, la FSSPX n’a aucune autorité sur eux et de plus, la FSSPX n’est pas toute la Tradition.

Cet article public contre un prêtre qui a tant donné est-il bienvenu ? Si nous nous permettons de relever ce paragraphe dans la revue de M. l’abbé Delagneau, c’est que nous voyons bien la tactique du Malin telle que l’abbé l’enseigne dans ses retraites. L’abbé Delagneau est attaqué, sous apparence de bien, par là où il excelle : une piété profonde et une vie de foi authentique. Le but du Malin, sous couvert de fausse paix, de fausse obéissance et de fausse humilité, est faire trébucher ce saint prêtre qui fait tant de bien. Espérons que saint Michel lui ouvrira les yeux et qu’il rejoindra l’abbé Rioult.

Sans doute trouverez-vous que l’auteur de ces lignes est bien hardi de juger ce saint prêtre. Ce qui nous pousse à agir ainsi, est la charité et les exemples passés. Le prédécesseur de l’abbé Delagneau, Monsieur l’abbé Laffargue, directeur des œuvres de retraites de la FSSPX, avait une grande réputation de sainteté et était très aimé. Il insistait beaucoup sur la vie de la foi, la prière, la piété. Il a quitté la FSSPX, il est curé d’une paroisse conciliaire et son blog est révélateur d’un naufrage.

L’abbé Delagneau prend-il le même chemin ? Prions sincèrement pour lui.