jeudi 4 avril 2013

Que s’est-il passé en un an de crise ? (partie 1)


Que s’est-il passé en un an de crise ? (partie 1)

image choisie pour notre bulletin Avec l'Immaculée publications

Voici un article publié dans notre bulletin n°1 d'Avec l'Immaculée publications qui vient de sortir. Dans quinze jours environ, nous publierons la suite de cet article. Le bulletin est destiné aux personnes n'ayant pas accès à internet et n'étant pas bien informées des événements.  Nous récapitulons donc tout depuis le début.


Chers amis, 

Cela fait à présent un an que la Fraternité Saint Pie X est entrée dans la phase aiguë d’une crise qui dure en fait depuis plusieurs années. Mais avant le 2 février 2012, seules quelques personnes clairvoyantes voyaient le problème. La crise remonte en fait au pèlerinage effectué à Rome par la Fraternité en 2000. C’est suite à une invitation par des membres de la Curie, lors de ce pèlerinage,  que Mgr Fellay a décidé de renouer le dialogue avec Rome et que les problèmes ont commencé. Nous étudierons uniquement la phase aiguë de la crise :

Le sermon du 2 février 2012 de Mgr Fellay à Winona fut le signal d’alarme pour certains. Dans ce sermon, Mgr Fellay a dit plusieurs paroles ambiguës. Dans un passage marquant du sermon, le Supérieur général fait parler Rome (citation de Mgr Fellay) : « vous devez accepter que les points qui font difficulté dans le concile, les points qui sont ambigus, sur lesquels il y a un combat,  ces points (comme l’œcuménisme, la liberté religieuse…) doivent être compris en cohérence avec l’enseignement immuable de l’Eglise. Donc s’il y a quelque chose d’ambigu dans le concile, vous devez le comprendre comme l’Eglise l’a toujours enseigné à travers les âges. » Mgr Fellay commente : Ils vont plus loin et ils disent : on doit rejeter tout ce qui est opposé à l’enseignement traditionnel de l’Eglise. Bon, c’est ce que nous avons toujours dit. Etonnant, n’est-ce pas ? »

« - Quoi c’est toujours ce que nous avons toujours dit ? », ont pensé certains. Par ces paroles, Mgr Fellay défendait en fait la possibilité d’interpréter Vatican II d’une façon traditionnelle. Il défendait de façon détournée mais claire, la doctrine de Benoît XVI de l’herméneutique de la continuité. Selon cette doctrine, officiellement condamnée par la FSSPX et condamnée particulièrement par Mgr Tissier de Mallerais, dans son livre incontournable : l’étrange théologie de Benoît XVI, il est possible d’interpréter le Concile Vatican II d’une façon traditionnelle. C’est évidemment impossible. C’est une tromperie et une hypocrisie.

Le cardinal Ratzinger avait pourtant bien dit auparavant que le Concile était un contre-syllabus et le cardinal Suenens avait  affirmé (avec joie) que Vatican II était 1789 dans l’Eglise. L’herméneutique de la continuité, c’est donc nous demander en quelque sorte d’accepter 1789 dans l’Eglise et un contre-syllabus, à la lumière de la Tradition. On sait pourtant par Mgr Lefebvre (cf. son livre, Ils l’ont découronné) que Vatican II est l’œuvre de la franc-maçonnerie. Accepter Vatican II à la lumière de la Tradition signifie accepter les principes de la franc-maçonnerie à la lumière de la Tradition. Les œuvres des ténèbres ne peuvent être acceptées à la lumière de la sainte doctrine de l’Eglise. Il est évident que c’est impossible. On ne peut accepter ce Concile à la lumière de la Tradition, dans le domaine de la liberté religieuse et de l’oecuménisme, en particulier. C’est pourtant ce qu’affirme Mgr Fellay, le 2 février à Winona, avec quelques précautions, il est vrai.

Le 16 mars 2012, Rome lance à la Fraternité saint Pie X un ultimatum dans lequel on fait clairement comprendre à Mgr Fellay que si d’ici un mois un terrain d’entente n’est pas trouvé avec Rome, chacun des membres de la Fraternité et même chaque fidèle risque d’être excommunié.

Le 18 mars 2012, dans le Cor unum (bulletin interne envoyé aux prêtres de la Fraternité), Mgr Fellay va encore plus loin : tout en critiquant extérieurement  l’herméneutique de la continuité (son sermon à Winona a fait quelques vagues !), il affirme pour la première fois qu’il remet en cause le principe édicté par le Chapitre général de 2006. Ce principe était : nous ne ferons pas d’accord avec Rome si nous ne sommes pas d’accord sur la doctrine. Pour justifier sa décision, Mgr Fellay dit que Rome a changé et est à présent favorable à la Tradition. Il dit que cela réclame « un nouveau positionnement [de la Fraternité] par rapport à l’Eglise officielle ».

Beaucoup de prêtres furent très surpris et inquiets de ce Cor Unum.  C’est alors que les trois autres évêques : Mgr Williamson, Mgr de Galarreta et Mgr Tissier de Mallerais décidèrent d’écrire ensemble une lettre à Mgr Fellay, le 7 avril 2012, lettre dans laquelle ils le conjuraient de ne pas faire d’accord pratique avec Rome sans accord doctrinal. Mgr Fellay leur répondit par une lettre assez vive, le 14 avril 2012, lettre dans laquelle il leur demandait s’ils croyaient encore que le pape était le pape. Il les accusait de mener la Fraternité vers un vrai schisme et d’avoir un esprit proche du sédévacantisme, alors que nos évêques se contentaient simplement de défendre les principes institués par Mgr Lefebvre lui-même à partir des sacres de 1988, principes que Mgr Fellay lui-même défendait au Chapitre de 2006.

Le lendemain, 15 avril 2012, Mgr Fellay envoyait à Rome une déclaration doctrinale secrète (qui sera publiée dans notre bulletin n°2). Rome lui fit savoir qu’elle acceptait un accord sur la base de ce texte.

Pendant ce temps, un inconnu, que l’abbé Lorans (pro-accord) a critiqué et a surnommé avec esprit « le plombier » (car il faisait fuiter des documents), révéla cet échange de lettres entre les évêques sur internet et beaucoup de fidèles de la Fraternité furent très surpris et bouleversés. La plupart ne se doutaient de rien. 

Certains prêtres décidèrent de commencer à parler tout haut car l’information circulait qu’un accord imminent avec Rome était sur le point d’être signé. Le 8 mai 2012, les supérieurs d’Avrillé (Dominicains), Morgon (Capucins) et Bellaigue (Bénédictins) allèrent ensemble en voiture à Menzingen pour supplier Mgr Fellay de ne pas faire d’accord pratique avec Rome et pour lui dire leur complète opposition. C’est aussi à cette période que se  sont levés les abbés François Chazal et Joseph Pfeiffer ainsi que Dom Thomas d’Aquin, prieur bénédictin du monastère Santa Cruz, au Brésil. L’un des moines de Dom Thomas d’Aquin, surnommé Arsenius par humilité (les bénédictins ne signent pas de leur nom) commença à écrire des textes magnifiques et percutants pour montrer que Mgr Fellay était dans l’erreur. 

Au mois de juin, les abbés Girouard (Canada) Fox (Canada) et Koller (France) firent des interventions remarquées. Deux conférences excellentes, celles de l’abbé Fox et de l’abbé Girouard et un sermon très émouvant de l’abbé Koller furent publiés sur internet. D’autres abbés en France écrivirent : les prêtres de Saint Nicolas, etc. 

Le 13 juin 2012, Mgr Fellay se rendit à Rome pour signer un accord. C’était un véritable hold-up sur la Tradition qu’il s’apprêtait à opérer. En effet, il s’apprêtait à signer avec Rome un accord pratique sans consulter le Chapitre général, alors qu’il avait été convenu en 2006 que non seulement la FSSPX ne ferait pas d’accord pratique avec Rome, mais qu’en plus, en cas d’accord, Mgr Fellay devrait obligatoirement consulter le Chapitre général. Or, le Chapitre général a un pouvoir supérieur au Supérieur d’une communauté religieuse, nous dit un prêtre de la FSSPX. 

Voici un extrait de son étude :                                 
« 1) Citation de  « Cor Unum » n° 85, page 26 :  Motions [et vœux] du Chapitre général [de 2006]
I.1. Relations avec Rome « Au cas où un accord avec le Saint Siège était sérieusement envisagé, un chapitre général extraordinaire serait convoqué pour traiter de la question. »

2) Citation de Raoul Naz “Traité de droit canonique”, T 1, n° 816,
« 1° Chapitres » : « le Chapitre général a plus de pouvoirs que le supérieur général. Il peut porter des lois ou au moins prendre des mesures qui doivent rester en vigueur jusqu’au chapitre suivant. »
Naz ne donne pas de restrictions à ces deux principes. Il donne une référence au Dictionnaire de Droit Canonique qui confirme par toute l’histoire des familles religieuses dans l’Église à travers les siècles.

3) Conclusion absolument évidente :
De par l’autorité suprême de et dans la FSSPX, un Chapitre doit avoir lieu pour traiter de la question d’un accord prochain éventuel avec Rome. »

Mgr Fellay a commis ce jour-là une double faute : vouloir faire un accord pratique et vouloir court-circuiter le Chapitre général. Nous étions dans l’illégalité la plus totale. Mais ce jour-là, le pape lui fait savoir, au moment de signer, qu’il avait changé d’avis. Le texte de la déclaration doctrinale du 15 avril ne lui convenait plus. Il ajoutait à la dernière minute deux conditions supplémentaires : accepter sans aucune restriction la légitimité de la Messe de Paul VI et ne pas autoriser de critiques au sujet de Vatican II. Mgr Fellay a dit alors qu’il ne pouvait pas signer. (à suivre, dans le bulletin n° 2)