lundi 1 avril 2013

Deux sons de cloches


Deux sons de cloches 

Par Michaël





En ce temps pascal, il faut prêter l’oreille aux cloches. Elles sont revenues, surtout dans la Fraternité saint Pie X. Mais il y a un problème : les sons de cloches deviennent vraiment discordants. 

Le premier son de cloche est celui de l’abbé de Cacqueray dans son éditorial de la revue Fideliter n°211. Il s’élève contre la béatification des papes conciliaires. A l’appui de sa démonstration, il rappelle avec justesse que Mgr Lefebvre « a vu à quel point Paul VI et Jean-Paul II mirent toute leur énergie à faire appliquer les réformes conciliaires. Jean-Paul II, tout spécialement par la promulgation du nouveau code de droit canon de 1983, réforma les lois de l'Église selon le nouvel esprit du Concile. »

Le deuxième son de cloche est celui de la Déclaration doctrinale de Mgr Fellay, envoyée au cardinal Levada le 15 avril 2012. Cette déclaration stipule : « Nous promettons de respecter la discipline commune de l’Eglise et les lois ecclésiastiques, spécialement celles qui sont contenues dans le Code de droit canonique promulgué par le pape Jean-Paul II (1983) » (Déclaration toujours d’actualité et non rétractée sur le fond). Il y a quelque chose qui cloche. 

D’autre part, à la page 87 du numéro de Fideliter, l’abbé de Cacqueray propose un article fort bien fait évoquant quelques principes intangibles. Au paragraphe 11 de cet article, il rappelle que « le Novus Ordo missae ne satisfait pas aux conditions d’un culte catholique licite. » 

Autre son de cloche avec Mgr Fellay qui écrit à Rome : « Nous déclarons reconnaître la validité du sacrifice de la Messe et des Sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Eglise selon les rites indiqués dans les éditions typiques du Missel romain et des Rituels des Sacrements légitimement promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II. » (Déclaration doctrinale du 15 avril 2012).


La Fraternité n’est plus crédible. Ce ne sont plus des sons de cloches discordants, c’est de la cacophonie. Suresnes va devoir soit s’accorder soit se désolidariser officiellement de Mgr Fellay. Admettons que l’abbé de Cacqueray n’avait pas eu connaissance de ce protocole d’accord lorsqu’il a écrit son éditorial en décembre dernier (Nous ne savons pas si les membres du Chapitre général ont pu ou non prendre connaissance de cette Déclaration en juillet dernier). Maintenant que ce texte est public, une clarification s’impose. Et pas à la cloche de bois. M. l’abbé de Cacqueray rappelle la bonne doctrine, c’est fort bien. Mais son Supérieur dit le contraire. Il va falloir dénoncer les errements de Mgr Fellay. On ne peut accepter un double langage dans la FSSPX sur un sujet touchant la foi. Ne pas parler, ce serait un péché par omission. Cela rappellerait l’équivoque que M. l’abbé de Cacqueray évoque au début de son article à propos du concile.

M. l’abbé de Cacqueray, 

il n’est plus temps de cacher aux fidèles de France les dangers qui pèsent sur la direction doctrinale de la FSSPX, il n’est plus temps de louer la hauteur de vue prophétique de Mgr Fellay. Vous écrivez dans votre éditorial : "On pourrait reprendre ici la comparaison pronostiquée par notre supérieur général, Mgr Bernard Fellay, entre Jean-Paul II et Benoît XVI, peu après l'élection de ce dernier au souverain pontificat : "Si l'on considère le pontificat de Jean-Paul II comme une chute libre, il faudra probablement voir celui de Benoît XVI comme une chute en parachute."

Or vous savez que Mgr Fellay a changé de point de vue et qu’il n’a cessé de dire que Rome a changé : « En sorte que c’est l’attitude de l’Eglise officielle qui a changé, ce n’est pas nous. (…) Cependant si on lit entre les lignes, on peut voir que les autorités romaines souhaitent remédier à certaines de ces erreurs. Aujourd’hui on voit très clairement que les autorités romaines essaient de réhabiliter la vraie conception du prêtre. [NDLR : avec le maintien du Novus Ordo, on va réhabiliter la vraie conception du prêtre !] (…) le contexte est en train de changer, pas seulement le contexte, la situation elle-même… Je distinguerai entre les relations extérieures et la situation intérieure. Les relations avec l’extérieur n’ont pas encore changé, mais pour ce qui se passe dans l’Eglise les autorités romaines essayent de le changer petit à petit. Evidemment, aujourd’hui encore demeure un grand désastre, il faut en être conscient, et nous ne disons pas le contraire, mais il faut aussi voir ce qui est en train de se faire. » Entretien avec Mgr Bernard Fellay sur les relations de la Fraternité Saint-Pie X avec Rome (8-06-2012)

Monsieur l’abbé de Cacqueray, je me permets de vous dire que votre référence à Mgr Fellay pour sa clairvoyance prophétique sur le pontificat de Benoît XVI est vraiment déplacée. Au lieu d’endormir notre méfiance, vous redoublez notre inquiétude. Il faudrait plutôt lui sonner les cloches, à Mgr Fellay.

M. l’abbé de Cacqueray, vous avez qualifié la lettre des 37 prêtres de grotesque et d’affabulation. Cela nous a choqués. Où sont vos preuves ? Ne serait-ce pas un jugement téméraire ? Ou tout au moins un manque de charité ? Le mot "grotesque" est-il approprié pour qualifier vos confrères ? Vous parlez de menées subversives. Et la subversion de Mgr Fellay qui mène la FSSPX à la ruine, la dénoncez-vous ? Savez-vous que la FSSPX vit une grave crise et que la responsabilité en revient au Supérieur général pour qui le bien de la Fraternité est secondaire ? En effet, cette Rome conciliaire que vous fustigez dans vos articles est celle à laquelle Mgr Fellay se soumet, en acceptant le principe de la négociation en vue d’une régularisation canonique, quand bien même cela conduirait à l’implosion de la FSSPX : « Pour le bien commun de la Fraternité, nous préférions de loin la solution actuelle du statu quo intermédiaire, mais manifestement, Rome ne le tolère plus. » (Lettre de Mgr Fellay aux 3 évêques, 14 avril 2012.)

M. l’abbé de Cacqueray, vous avez sanctionné des prêtres de votre District au motif que leur critique de Mgr Fellay est infondée. Vous affirmez que « les positions inchangées (!) de la Fraternité ont notamment été rappelées par Mgr Fellay lors de la conférence qu'il a donnée à Nantes le 1er mars dernier et par mon éditorial de la Lettre aux amis et bienfaiteurs du 3 mars. » Tout d’abord, on ne peut pas dire sincèrement que la Fraternité n’a pas changé de position alors que les six conditions du Chapitre du 14 juillet 2012 et la Déclaration du même jour ont édicté un nouveau principe : dorénavant on pourra faire avec Rome un accord pratique sans accord doctrinal. Admettons que (à tort) vous pensiez qu’il ne s’agissait que d’un jugement prudentiel et que, sur le fond vous croyiez réellement, au mois de décembre dernier, lorsque vous avez écrit l’éditorial, que la Fraternité n’avait pas changé… Nous espérons que vous avez changé d’avis maintenant que le Protocole d’accord est paru. Vous savez, en outre que, s’il n’a pas été signé, Mgr Fellay n’y est pour rien. C’est grâce au pape lui-même qui a ajouté d’autres conditions supplémentaires. 


Nous espérons que vous regrettez d’avoir écrit ces lignes dans La lettre aux amis et bienfaiteurs n°80 de mars 2013, où vous louez de nouveau la prudence de Mgr Fellay : « notre Supérieur Général a repoussé les conditions formulées par le pape pour notre réintégration canonique. Dès qu’il les a connues, Monseigneur Fellay a fait savoir à Rome le « non possumus » de la Fraternité. Nous lui exprimons notre reconnaissance pour ce refus courageux qu’il a adressé au pape. » Maintenant que le Protocole d’accord a fuité, les laïcs savent sur quelles bases Mgr Fellay voulait réintégrer la FSSPX ! Sans doute le "Supérieur Général a repoussé les conditions formulées par le pape" mais Mgr Fellay n’a pas repoussé le Protocole doctrinal car c’est lui qui l’a écrit !!! Vous conviendrez que témoigner de la reconnaissance à Mgr Fellay, ça cloche.

Dès le départ, ça a cloché. Fallait-il participer au Chapitre Général qui n’a pas respecté les statuts de la FSSPX, puisqu’un membre de droit, Mgr Williamson, a été exclu dès le départ. Cela rappelle les brigandages du Concile Vatican II.

La Fraternité est allée trop loin dans la compromission et le double langage. Elle marche à cloche pied, l’un dit blanc, l’autre noir.

Nous n’avons plus confiance en elle. 

M. l’abbé de Cacqueray, vous diffusez des déclarations toujours très fermes contre le Concile et 15 jours plus tard nous lisons la prose de Fellay qui affirme : « Nous déclarons accepter les enseignements du Magistère de l’Eglise en matière de foi (…) Nous reconnaissons l’autorité du Magistère auquel seul est confié la tâche d’interpréter authentiquement la Parole de Dieu écrite ou transmise (…) La Tradition progresse dans l’Eglise avec l’assistance du Saint Esprit (…) Le Concile Vatican II à son tour éclaire – c’est-à-dire approfondit et explicite ultérieurement – certains aspects de la vie et de la doctrine de l’Eglise, implicitement présents en elle ou non encore formulés conceptuellement. (…) Les affirmations du Concile Vatican II (…) doivent être comprises à la lumière de la Tradition (…) C’est pourquoi il est légitime de promouvoir par une légitime discussion l’étude et l’explication théologique d’expressions et de formulations du Concile Vatican II » (Déclaration doctrinale du 15 avril 2012) 

M. l’abbé, vous, vous condamnez, mais Mgr Fellay, lui, veut discuter !

A l’opposé de ce double jeu trouble dans la Fraternité résonne à nos oreilles le son limpide de la déclaration de l’abbé Girouard, membre de la FSSPX : « Il est donc clair qu’on m’offrait, en échange de mon silence en public et en privé, de me garder au sein de la Fraternité, et donc d’assurer ma sécurité matérielle. Ceci ne serait ni plus ni moins qu’une forme de prostitution spirituelle. Or je n’ai qu’une âme, et je veux la sauver. Je ne puis le faire en acceptant ce marché car, comme le dit le proverbe : « Qui ne dit mot, consent ». (Déclaration aux membres de la FSSPX, aux communautés amies et aux fidèles de la Tradition du 29 mars 2013)

M l’abbé de Cacqueray, vous me reprocherez d’être anonyme. Et vous avez raison, en temps normal, cela ne se fait pas. Mais savez-vous, qu’en France, des centaines de fidèles ont peur de leur prêtre ? Savez-vous qu’on a peur de vous ? Les fidèles ont vu vos sanctions sur les prêtres qui parlent, les abbés Pinaud, Rioult, Salenave et vous voudriez que les fidèles vous parlent à cœur ouvert ! Ce temps est révolu. Des centaines de fidèles en France ont peur de leur prêtre qui devrait être un père. Ces fidèles de France se lèveront dès que des prêtres leur offriront à nouveau le témoignage affectueux de leur authentique paternité spirituelle.

On n’a plus confiance dans la Fraternité.


Pourquoi aller diffuser cette lettre sur Internet ? Parce qu’Internet est le dernier espace de liberté. Savez-vous que dans les prieurés, les prêtres et les fidèles dissimulent ce qu’ils pensent, distribuent sous le manteau des documents. Savez-vous que le vicaire se cache de son prieur et le prieur de son vicaire ? 

Internet est devenu la seule source d’information pour les fidèles. Or les fidèles que vous entraînez à la désobéissance à Rome ont le droit de savoir. Votre juridiction de suppléance n’existe que parce qu’il y a des fidèles. Tous les documents importants, les fidèles les trouvent sur Internet. Vous leur cachez l’essentiel des pièces. On ne peut vous croire sur votre bonne parole, vous n’êtes pas notre évêque diocésain. Par principe, on ne vous doit pas obéissance. Vous et nous, sommes embarqués dans la grande aventure de la désobéissance à la Rome conciliaire. A notre place de laïc, nous vous donnions argent, temps, enfants pour vos écoles et pour vos séminaires. En retour, vous nous deviez des informations : publiez les 6 conditions officiellement, dans votre revue. Publiez le protocole. Vous n’avez pas le droit de cacher ces pièces. Nous avons le droit de savoir. 

Vous avez déploré à de nombreuses reprises que les laïcs de la nouvelle génération soient devenus mous et n’aient plus le sens du combat de la Tradition. Mais comment donner aux fidèles ce sens du combat si on leur cache tous les documents importants, si, au plus haut sommet, on fait des tractations secrètes dans leur dos ? Tout est devenu secret, vous avez peur des laïcs. Vous ne faites plus confiance aux laïcs. Comment s’étonner alors que nous n’ayons plus confiance en vous ?

Pensez-vous faire grandir la Tradition en mutant les prêtres qui sont le plus proches de vous sur le plan du combat des idées ? En les réduisant au silence ? En les privant d’apostolat ? Croyez-vous que la duplicité du Supérieur Général soit un bien à sauver ? Croyez-vous que les simulacres de procès convainquent les fidèles ? 

Tout royaume divisé périra. Si le discours de la Fraternité est double, elle périra.

Monsieur l’abbé, vous avez perdu une bataille mais pas la guerre ! 

Messieurs les abbés du District de France et d’ailleurs, M. l’abbé de Cacqueray, maintenant que vous connaissez ce protocole, sonnez les cloches et tirez la sonnette d’alarme !

Je souhaite à tous un saint concert de cloches de Pâques.