mercredi 10 avril 2013

Conférence de Mgr Lefebvre aux séminaristes le 21.12.1984



Conférence de Mgr Lefebvre aux séminaristes, le 21.12.1984


Avec l'Immaculée a mis en gras tout ce qui peut être utilisé pour répondre au Chapitre général de 2012, à la déclaration doctrinale de Mgr Fellay, à l'abbé Pfluger etc. On voit ici la tendance dominante vers laquelle penchait Mgr Lefebvre et dont il n'a plus dévié après les sacres de 1988. Nous avons mis en rouge des citations qui nous ont semblé particulièrement intéressantes pour répondre aux accordistes.

(...) Je voulais profiter justement, avant votre départ en vacances, de vous dire quelques mots au sujet de la situation actuelle dans l’Eglise et parmi nos groupements traditionalistes. Après le décret de Rome, du 3 octobre dernier, je pense qu’il faudra encore quelques mois, peut-être même un an avant de pouvoir faire le bilan de ce décret, mais il est tout de même important de le situer dans son contexte historique. Nous ne devons pas oublier la lutte que nous avons menée et que nous continuons de mener et que cette lutte est avant tout une lutte pour garder la foi catholique.

Nous refusons courageusement et définitivement les erreurs libérales, ces erreurs qui ont été condamnées constamment par de nombreux papes. Nous voulons être fidèles à la voix de Dieu, à la voix de l’Eglise qui s’est manifestée par tous ces papes, depuis Pie VI, Pie VII, et jusqu’à Pie XII. C’est clair, sans une faille possible, les papes ont condamné toutes les erreurs libérales : liberté de penser, liberté de conscience, liberté de culte, liberté de religion, liberté de la presse… Enfin tout cet esprit libertaire, de licence, les papes l’ont condamné. Au nom de la loi de Dieu, au nom de l’obéissance à Dieu, ils ont condamné les deux constitutions des Droits de l’Homme parce qu’elles sont contraires à la loi de Dieu, au règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Alors, puisque nous nous sommes trouvés devant une invasion des idées libérales, à l’intérieur de l’Eglise à partir du Concile de Vatican II jusque dans les plus hauts sommets de l’Eglise, alors nous avons voulu résister et combattre et refuser absolument de soumettre nos esprits à cette vague de faux principes qui sont en train de détruire l’Eglise et qui détruisent toute la société, toute la chrétienté.

Je dirais que le premier événement sensationnel qui a manifesté cette opposition à l’intérieur même de l’Eglise et à l’intérieur de la Curie romaine, entre le programme libéral, maçonnique, il faut le dire, et le programme de l’Eglise, de la foi de l’Eglise et de la Tradition, c’est l’opposition entre le Cardinal Ottaviani et la Cardinal Béa. L’un représentant le courant libéral et l’autre représentant la Tradition de l’Eglise, la foi de l’Eglise. Ce premier événement, malheureusement, a été suivi d’autres et les cardinaux qui ont suivi le Cardinal Béa ont réussi à faire infléchir les papes, le Pape Jean XXIII, Paul VI, en faveur du libéralisme dans le Concile et après le Concile.

Alors est venu cet abominable œcuménisme qui n’est autre que le moyen de faire pénétrer les idées libérales à l’intérieur de l’Eglise, parce que c’est le principe de la liberté religieuse, principe qui est dans la constitution, dans la déclaration des Droits de l’Homme. Dès lors qu’on admet la liberté religieuse, principe qui est admis dans la déclaration des Droits de l’Homme, on admet aussi toutes les autres libertés : liberté de penser, liberté d’agir, tant que ça ne va pas, soi-disant, contre l’ordre public, et liberté de la presse, et toutes les libertés qui conduisent à l’anarchie, qui conduisent à la destruction de l’Eglise, à la destruction des principes sociaux et à la destruction même des principes naturels, de toute la loi naturelle, parce que tout ce qui est loi naturelle, tout ce qui est loi surnaturelle, tout ce qui est loi de Dieu est contraire aux principes maçonniques qui veulent détruire tous vestiges de Dieu, tous vestiges de la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la terre et tous vestiges même de la présence de Dieu dans la nature, autour de nous. C’est pourquoi ce monde va vers sa perte.

Alors cette guerre qui s’est faite à l’intérieur de l’Eglise continue. Il ne faut pas croire que c’est fini. Il ne faut pas croire que parce que nous assistons à quelques mesures et quelques rappels qui sont plus conformes à l’esprit traditionnel que le combat est terminé ! Ce combat de la foi, dans lequel nous avons été pris, nous a fait prendre comme décision de ne pas accepter les réformes post-conciliaires, parce qu’elles sont faites dans cet esprit œcuménique et libéral. Et donc, tout ce qui est fait dans cet esprit du libéralisme, condamné par les papes, ne peut pas être accepté, parce que c’est contraire à notre foi, contraire au bien de l’Eglise, contraire au salut des âmes, et contraire à la vie humaine, sociale et chrétienne, à la vie de la société.

Alors, par le fait même que nous refusions et que l’Eglise était envahie par ces idées libérales et que les hommes d’Eglise qui occupaient les postes importants étaient imbus de ces idées, nous étions nécessairement une cible qu’il fallait abattre. Nous gênions l’évolution et la pratique de toutes ces idées libérales qui devaient être appliquées dans l’Eglise et enfin, pour plaire aux Francs-maçons, aux protestants, aux communistes et à tous les ennemis de l’Eglise. C’est clair, c’est maintenant évident qu’il y a eu des pactes qui ont été faits avec eux, avec tous ces ennemis de l’Eglise. Nous avons assisté, depuis le Concile Vatican, à toute cette diffusion du libéralisme à l’intérieur de l’Eglise et dans toutes les manifestations de l’Eglise. Alors nous avons refusé.

Ce refus, et cette persécution que nous avons subie, nous ont mis évidemment dans une situation qui, apparemment, dans l’Eglise est anormale. Puisqu’on voulait nous imposer ces idées par obéissance, nous avons pensé qu’il fallait d’abord obéir à Dieu avant d’obéir aux hommes. Comme nous étions des désobéissants, ils ont pris des sanctions contre nous. C’est normal, c’est logique. En ce cas, nous ne devons pas nous étonner que nos prêtres sont considérés comme interdits, que moi-même je suis considéré comme suspens, c’est normal.

Et donc, pour le chrétien moyen qui n’a pas vécu cette histoire, ou qui ne comprend pas que le libéralisme a toujours été en guerre contre l’Eglise catholique, et bien il ne comprend pas pourquoi nous sommes dans cette situation. Et alors quelquefois, même dans les rangs de ceux qui sont avec nous, de ceux qui sont proches de nous, qui combattent avec nous, il y a cette lassitude de se trouver dans le combat et d’être considérés comme des gens qui divisent l’Eglise, qui sont contre le pape, qui sont contre l’Eglise, qui sont contre l’autorité de l’Eglise. Ce n’est pas vrai, nous ne sommes pas contre l’autorité de l’Eglise, bien au contraire ! C’est en raison de notre soumission à l’Eglise que nous continuons à faire ce que nous faisons. Soumission au pape, soumission à ce que représente le pape. L’Eglise ne change pas, la véritable Eglise ne peut pas changer. Et donc ce que l’Eglise a défini pendant un siècle et demi, ne peut pas ne plus l’être aujourd’hui. Alors c’est en raison de notre obéissance à l’Eglise que nous sommes considérés comme désobéissants, parce que ce sont les autres qui ont pris un cours nouveau dans l’Eglise, qui ont instauré une tendance nouvelle dans l’Eglise, une tendance libérale.

Cela c’est bien à savoir, bien à mettre toujours clairement devant nos yeux, parce que nous comprenons très bien que cette situation étant anormale dans la Sainte Eglise : persécuter ceux qui sont fidèles à l’Eglise, situation qui est anormale : persécutés par les hommes d’Eglise, alors il se trouve que certains souhaitent avec ardeur de rentrer dans le cadre de l’Eglise. Mais je le souhaite le premier… rentrer dans le cadre officiel, dans le cadre public, dans le cadre normal de l’Eglise, tout à fait ! J’estime que nous sommes dans l’Eglise, et que nous sommes ceux qui sommes dans l’Eglise, et que nous sommes les vrais fils de l’Eglise, et que les autres ne le sont pas. Ils ne le sont pas, parce que le libéralisme n’est pas fils de l’Eglise. Le libéralisme est contre l’Eglise, le libéralisme est la destruction de l’Eglise, en ce sens ils ne peuvent pas se dire des fils de l’Eglise. Nous nous pouvons nous dire des fils de l’Eglise parce que nous continuons la doctrine de l’Eglise, nous maintenons toute la vérité de l’Eglise, intégralement, telle que l’Eglise l’a toujours enseignée.

Mais, officiellement, nous sommes considérés comme des désobéissants, comme des gens qui ne se soumettent pas à ce courant libéral. C’est vrai. Nous ne nous soumettons pas à ce courant libéral et alors nous sommes poursuivis. Et cette situation est évidemment pénible.

Alors il y en a qui seraient prêts à sacrifier, je dirais, le combat de la foi en disant : - Rentrons d’abord dans l’Eglise ! Faisons tout pour rentrer dans le cadre officiel, public, de l’Eglise. Taisons notre problème dogmatique. Taisons notre combat. Ne parlons plus de la malice de la messe [ndlr : de Paul VI]. Fermons la bouche, ne disons plus rien. Ne soyons pas opposés à cela. Ne disons plus rien sur les questions de la liberté religieuse, des Droits de l’Homme, de l’œcuménisme. Taisons-nous, taisons-nous, et puis comme cela nous pourrons rentrer dans le cadre de l’Eglise. Nous allons faire plaisir à ceux qui sont dans l’Eglise. Nous allons rentrer comme cela à l’intérieur de l’Eglise et, une fois que nous serons à l’intérieur de l’Eglise, vous allez voir, on va pouvoir combattre, on va pouvoir faire ceci, on va pouvoir faire cela C’est absolument faux ! On ne rentre pas dans un cadre, et sous des supérieurs, en disant que l’on va tout bousculer lorsqu’on sera dedans, alors qu’ils ont tout en mains pour nous juguler ! Ils ont toute l’autorité.

Ce qui nous intéresse d’abord, c’est de maintenir la foi catholique. C’est cela notre combat. Alors la question canonique, purement extérieure, publique dans l’Eglise, est secondaire. 
Ce qui est important, c’est de rester dans l’Eglise… dans l’Eglise, c’est-à-dire dans la foi catholique de toujours et dans le vrai sacerdoce, et dans la véritable messe, et dans les véritables sacrement, dans le catéchisme de toujours, avec la Bible de toujours. C’est cela qui nous intéresse. C’est cela qui est l’Eglise. D’être reconnus publiquement, ça c’est secondaire.
Alors il ne faut pas rechercher le secondaire en perdant ce qui est primaire, ce qui est le premier objet de notre combat !

Ça a été par exemple le cas de l’Abbé C. L’Abbé C. partant avec ses amis séminaristes parce qu’il préférait être en règle publiquement, officiellement, et supprimer le combat de la foi, se taire au sujet de la nouvelle messe, se taire au sujet de toutes les erreurs qui courent dans l’Eglise actuellement, toutes les erreurs libérales… Ça, nous ne le pouvons pas. Nous ne pouvons pas accepter cette situation. Il faut être fermes, très fermes.

Et alors, actuellement, le fait de ce décret pourrait nous tenter, n’est-ce pas, pourrait nous tenter de dire : - Mais peut-être si nous acceptions les conditions qui sont dans ce décret, nous pourrions dire la messe ancienne. Et dans le cas où nous pourrions dire la messe ancienne, nous serions agréés par l’Eglise, nous serions reconnus. Une fois reconnus, nous pourrons peut-être agir à l’intérieur de l’Eglise !…

C’est mal connaître ceux qui nous dirigent actuellement, ceux qui sont dans l’Eglise actuellement ! Il suffit de lire cette fameuse phrase du Cardinal Ratzinger pour être bien renseignés… Je vous lis tout de suite cette phrase qui est essentielle dans son interview - je l’ai en italien - celui qui l’interroge dit : - Y aurait-il quelque chose de changé dans l’Eglise au moment des années 60 ?… Alors il dit : - Oui, oui… Le problème des années 60 était d’acquérir pour l’Eglise les meilleures valeurs exprimées pendant deux siècles de culture libérale. Ecoutez bien : Le problème des années 60 était d’acquérir pour l’Eglise les meilleures valeurs exprimées pendant deux siècles de culture libérale. Et, en fait, il y a des valeurs qui, même si elles sont nées en dehors de l’Eglise, peuvent trouver leur place dans la vision que l’Eglise a du monde, pourvu que ces idées soient un peu corrigées – dépurati et corretti – c’est-à-dire un peu épurées et corrigées… Voilà. Mais donc, le Cardinal Ratzinger admet aussi. Et il met ensuite : - Questo si e fatto… Ça a été fait, ça s’est fait.
« Nous avons admis des valeurs qui sont venues en dehors de l’Eglise » s’il vous plaît, « et qui viennent de deux siècles de la culture libérale. » ! Voilà ces principes : c’est l’œcuménisme et la déclaration des Droits de l’Homme, la liberté religieuse ! Voilà ces valeurs qui ont été introduites à l’intérieur du Concile, qui ont été admises maintenant par l’Eglise. Et le Cardinal Ratzinger les admet. Il dit : - C’est fait ! Mais cependant l’adaptation est un peu difficile, alors il faut chercher un équilibre… Mais pas enlever les idées, mais les conséquences de ces idées, bon, amènent un peu de remous dans l’Eglise, et par conséquent il faut trouver un équilibre à ces vérités et à la réalité, etc. C’est d’une gravité énorme, cela ! 
Ça condamne tout ce qu’il dit dans son interview, car ça c’est le cœur de ses idées, et c’est cela que nous reprochons, et c’est cela que nous ne voulons pas. On ne peut pas se mettre sous une autorité qui a des idées libérales, qui nous conduira nécessairement, petit à petit, par la force des choses, à accepter les idées libérales et toutes les conséquences de ces idées libérales qui sont la nouvelle messe, les changements de liturgie, les changements de la Bible, les changements du catéchisme, tous les changements… On dit : - Mais ils ont lutté contre le catéchisme !… C’est un simple coup de frein, parce que ça va tellement loin qu’il a fallu quand même donner un certain coup de frein. Et de même pour la théologie de la libération, de même pour tout ce qui se passe actuellement dans l’Eglise et qui, évidemment, les effraie un peu. Les conséquences de leurs propres principes les effrayent. Alors on donne un coup de frein à droite et à gauche, mais on est bien décidé à garder les idées libérales. Pas question de changer les idées libérales !

Et c’est bien pour cela qu’on ne veut pas de nous pour le décret. Que le décret a été rédigé pour nous mettre de côté, pas pour nous ! C’est ce qu’a dit l’Archevêque de Munich à l’Abbé Schmidtberger. Il lui dit :- Mais ce décret, il n’est pas fait pour vous… Evidemment puisqu’ils donnent l’ancienne messe à ceux qui acceptent la nouvelle. Alors il y a la phrase délicieuse de Madiran. Evidemment, lui, il a toujours des trouvailles incroyables, extraordinaires, bref : La circulaire romaine donne à ceux qui ont voulu supprimer la messe traditionnelle la faculté d’en autoriser la célébration à ceux qui font la preuve qu’ils n’ont aucun motif de la désirer !… ça, c’est magnifique, je répète : La circulaire romaine donne à ceux qui ont voulu supprimer la messe traditionnelle (c’est-à-dire les évêques) la faculté d’en autoriser la célébration à ceux qui font la preuve qu’ils n’ont aucun motif de la désirer ! C’est bien Madiran, ça ! Mais c’est exactement ça… c’est absurde, ce décret ! Absurde ! Et par conséquent il ne faut pas croire que c’est fait pour nous ! 

[ndlr : Nous sommes en 1984. Jean Madiran soutenait donc Mgr Lefebvre à cette époque. Il s'en est séparé en 1988, au moment des sacres, pour soutenir la Fraternité Saint Pierre.]