samedi 16 mars 2013

II - Conférence de Mgr Lefebvre sur le Nouveau Code de Droit Canon à Turin, le 24 mars 1984 : UNE NOUVELLE ECCLÉSIOLOGIE — DROIT CANON & LITURGIE


II - Conférence de Mgr Lefebvre sur le Nouveau Code de Droit Canon à Turin, le 24 mars 1984 : 




Cet article est le deuxième contre le nouveau code de droit canon. Nous rassemblons en ce moment tout ce que nous pouvons trouver contre ce code inique. Vous pouvez consulter le premier article sur ce lien.
Avec l'Immaculée remercie chaleureusement tous ceux qui ont travaillé pour lui procurer ce texte capital de Mgr Lefebvre. On comprend, en lisant cette conférence qu'il est impossible d'accepter le nouveau code de droit canon comme l'a malheureusement écrit Mgr Fellay dans la déclaration doctrinale du 15 avril 2012 envoyée à Rome et non rétractée, sur le fond, à ce jour. Mgr Fellay n'a pas retiré ce texte pour raison doctrinales mais dans un esprit d'apaisement diplomatique. Il n'a jamais rétracté ce texte sur le fond.

UNE NOUVELLE ECCLÉSIOLOGIE — DROIT CANON & LITURGIE



par Mgr Lefebvre

Turin : 24 mars 1984

Je voulais vous parler d’une nouveauté très grave : le nouveau Code de droit canonique. Je n’en avais pas vu la nécessité, mais enfin, si la loi était changée, elle était changée. Et alors il fallait bien s’en servir, car l’Eglise ne peut rien demander de mauvais pour les fidèles. Mais quand on lit ce nouveau Code de droit canonique, on y découvre une conception entièrement nouvelle de l’Église. Il est facile de s’en rendre compte par soi-même, puisque Jean Paul II l’écrit dans la constitution apostolique qui ouvre ce nouveau Code. « ...Il en résulte, que ce qui constitue la nouveauté fonda­mentale du concile Vatican II, en pleine continuité avec la tradition législative de l’Église, (cela c’est pour tromper) spécialement en ce qui concerne l’ecclésiologie, constitue aussi la nouveauté du nouveau Code » . Donc la nouveauté de la concep­tion de l’Église selon le Concile est également la nouveauté de la conception du nouveau Code de droit canonique.
Mais quelle est cette nouveauté ? C’est qu’il n’y a plus de différence entre le clergé et le laïcat. Il n’y a plus que des fidèles, rien d’autre, à cause de la « doctrine selon laquelle tous les membres du peuple de Dieu, selon le mode propre à chacun, sont participants de la triple fonction de Jésus Christ, sacerdotale, prophétique et royale. À cette doctrine se rattache également celle qui regarde les devoirs et les droits des fidèles et particulièrement des laïques, et finalement l’engagement de l’Église dans l’œcuménisme ». Et la définition de l’Église est celle-ci (canon 204) : « Les fidèles sont ceux qui, en tant qu’incorporés au Christ par le baptême, sont constitués en peuple de Dieu, et qui, pour cette raison, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer la mission que Dieu a confiée à l’Église pour l’accomplir dans le monde. »
Donc nous sommes tous des fidèles, membres du peuple de Dieu, et donc nous avons tous des ministères ! Et ils le disent bien dans le Code : tous les fidèles ont des ministères. Ils ont donc la charge d’enseigner, de sanctifier et même celle de diriger.
Poursuivons le commentaire de ce canon 204 : « ... rendus participants, selon leur mode propre, de la fonction sacerdotale prophétique et royale du Christ, ils sont appelés à exercer la mission que  Dieu a confié à l’Église pour l’accomplir dans le monde, selon la condition juridique propre à chacun. » Donc tout le monde, sans exception, sans distinction de clercs ni de laïques, en tant que peuple de Dieu, est chargé de cette mission confiée par Jésus Christ proprement à l’Église. Il n’y a plus de clergé. Que devient donc le clergé ? C’est comme si l’on disait ce ne sont pas les parents qui sont chargés de donner la vie aux enfants mais la famille, ou plutôt tous les membres de la famille : parents, enfants. Or c’est bien la même chose que l’on dit aujourd’hui : évêques, prêtres, laïques, tous sont chargés de la mission de l’Église. Mais, qui donne les grâces pour devenir catholique ? Comment devient-on fidèle ? On ne sait plus qui est chargé de quoi. Il est donc facile de comprendre que cela est la ruine du sacerdoce et la laïcisation de l’Église. Tout le monde est laïc, et petit à petit disparaissent les ministres sacrés. Les ordres mineurs et le sous-diaconat ont disparu, maintenant il y a des diacres mariés, ainsi peu à peu les laïques prennent le ministère des prêtres. C’est ce qu’a fait Luther et les protestants, qui ont laïcisé le sacer­doce. C’est donc quelque chose de très grave.

Cela est exposé ouvertement dans un article de l’Osservatore romano du 17 mars 1984 : « Le rôle des laïcs dans le nouveau Code. La fonction active que les laïques, depuis le concile Vatican II, sont appelés à exercer en participant selon leur vocation particulière à la condition et à la mission de toute l’Église. Une doctrine, qui dans le contexte de la mise en évidence du concept du peuple de Dieu a par conséquent opérée une réévaluation du laïcat, aussi bien pour la fondation de l’Église, que pour le rôle actif qu’il est appelé à développer dans l’édification de l’Église. »
 Telle est l’inspiration de tout le nouveau Code de droit canonique. Cette définition de l’Église est le venin qui infecte ce nouveau droit.
Et c’est la même chose pour la liturgie. Je fais un rapprochement entre ce nouveau Code de droit canonique et toute la réforme liturgique, ainsi que Bugnini le dit dans son livre Les principes fondamentaux du changement de la liturgie : « La voie ouverte par le concile est destinée à changer radicalement l’assemblée liturgique traditionnelle, dans laquelle selon une coutume séculaire, le service liturgique est fait quasi exclusivement par le clergé. Le peuple y assiste, mais trop comme un étranger et comme un spectateur muet » . Quoi ? Changer la liturgie, et oser dire que tous les fidèles sont au sacrifice de la messe de simples spectateurs muets ! Mais comment les fidèles doivent-ils être  actifs au sacrifice de la messe ? Par le corps ou par l’esprit ? Par l’esprit évidemment. On peut donc assister en silence à la messe avec un grand profit spirituel. C’est en effet un mystère de notre foi. Combien sont devenus saints dans ce silence de la vraie messe !
 « Il faudra une longue éducation pour que la liturgie devienne une action de tout le peuple de Dieu » Certainement ! Ensuite il ajoute qu’il s’agira « d’une unité substantielle mais non pas d’une uniformité. Il faut savoir qu’il s’agit là d’une véritable rupture avec le passé. » Ce passé, c’est vingt siècles de la prière de l’Église.
Bugnini a été l’homme clé de la réforme litur­gique. 

J’ai vu le cardinal Cicognani, lors que cette réforme a été publiée, et je lui ai dit : « Éminence je ne suis pas d’accord avec ce changement, la messe n’a plus sa caractéristique mystique et divine. » Il m’a répondu « Monseigneur, que voulez-vous, Bugnini peut entrer comme il le veut dans le bureau du pape pour lui faire signer tout ce qu’il veut. » Voilà ce qu’est la secrétairerie d’État , c’est ainsi qu’on en est arrivé à tous ces change­ments. Ils se sont d’abord mis d’accord et ils ont fait signer les changements, puis d’autres, et encore d’autres. Au cardinal Gut j’ai dit : « Éminence nous êtes chargé du culte, et vous donnez la permission de recevoir le Saint Sacrement dans la main ! Et l’on saura que cela a été publié avec l’accord du préfet de la Congrégation pour le Culte ! » Il m’a répondu « Ah Monseigneur, je ne sais même pas si l’on me le demandera pour le faire. Car vous savez, Monseigneur, que ce n’est pas moi qui commande. Le chef, vous le connais­sez : Bugnini. Si le pape me demande ce que je pense de la communion dans la main, je me mettrai à genoux devant lui pour lui demander de surtout ne pas le faire. » Vous voyez donc comment les choses se sont passées à Rome : une simple signa­ture au bas d’un décret, et on ruine l’Église avec des sacrilèges, de nombreux sacrilèges... On ruine la présence réelle de Notre Seigneur, qui n’est plus respecté. Et alors il ne reste plus rien de sacré, comme on a pu le voir dans cette grande réunion, à laquelle même le pape a assisté, où le Saint Sacrement a circulé de main en main entre des milliers de personnes. Plus personne ne s’agenouille devant le Saint Sacrement, comment croiront-ils encore que Dieu y soit présent ?
C’est donc bien le même esprit qui a animé le changement du droit canonique et celui de la litur­gie : le peuple de Dieu, et l’assemblée qui fait tout. C’est la même chose quant au prêtre. C’est un simple président qui a un ministère, comme les autres ont aussi un ministère, au sein de l’assemblée. Notre orientation vers Dieu a égale­ment disparu, et cela vient des protestants qui disent que le culte eucharistique - car pour eux il n’y pas de messe ni de sacrifice, ce serait un blasphème - est seulement un mouvement de Dieu vers l’homme, non de l’homme à Dieu pour lui rendre gloire, ce qui est pourtant la fin latreutique [ndlr : = adoration] de la liturgie . Et ce nouvel état d’esprit liturgique vient également du concile Vatican II : tout pour l’homme. Les évêques, les prêtres, sont au service de l’homme et de l’assemblée. Mais alors o‰ est Dieu ? En quoi cherche-t-on sa gloire ? Que ferons-nous au ciel ? Car le ciel c’est bien « tout pour la gloire de Dieu », et c’est bien la même chose que nous devons faire sur la terre. Mais non tout cela est terminé, remplacé par l’homme. C’est vraiment la ruine de toute la pensée catholique.
Vous savez que dans le Code de droit canoni­que il est permis à un prêtre de donner la commu­nion à un protestant. [ndlr : can. 844] C’est ce qu’ils appellent l’hospitalité eucharistique. Il s’agit de protestants qui demeurent tels, non pas de ceux qui se conver­tissent. Cela est directement opposé à la foi. Or le sacrement de l’eucharistie est précisément le sacrement de l’unité de la foi, et alors donner la communion à un protestant c’est rompre la foi et l’unité.

Ils nient certains articles de la foi catholique, donc il y a un obex [ndlr : barrière, obstacle], par forcément la grâce, ce n’est pas possible, même s’ils étaient baptisés par un catholique. Ils ont un baptême valide, il ne sera plus nécessaire de leur réitérer leur baptême, si un jour ils veulent faire parti de l’Église catholique, mais ils devront faire une abjuration pour enlever cet obex, pour que leur baptême devienne fructueux. A ce moment là la grâce restera dans leurs âmes et ils seront dignes du salut. Mais tant qu’ils restent attachés à leurs erreurs, qu’ils nient des vérités qui sont de foi, ils ne peuvent pas rece­voir la grâce. Il faut non seulement un baptême valide, mais fructueux. Alors on devient une personne dans l’Église, munie de droits et de devoirs. Le droit canon explique ce qu’est la personne dans l’Église. Donc ce caractère particu­lier est aussi un caractère exclusif. Il n’y a pas plusieurs églises, il n’y a qu’une Église catholique fondée par Notre Seigneur Jésus Christ et par laquelle il faut passer pour être sauvé.