vendredi 15 mars 2013

Commentaire sur le point III-7 de la déclaration doctrinale du 15 avril 2012 : validité des nouveaux rites

Commentaire sur le point III-7 de la déclaration doctrinale du 15 avril 2012

Nous remercions chaleureusement la personne qui a écrit cet article et celle qui nous l'a envoyé. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire, à nous écrire, à nous encourager et à nous envoyer des informations intéressantes. Soyez-en tous vivement remerciés.

Validité des nouveaux rites
Dans une époque de crise certaine, le plus grand don qu'un vieux fidèle puisse faire à son Eglise est justement de parler clairement
Gianfranco Marra

Une confirmation moderniste (source photo)


Mgr Fellay dit reconnaître la validité des rites des sacrements promulgués par Paul VI et Jean Paul II : Nous déclarons reconnaître la validité du sacrifice de la Messe et des Sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Eglise selon les rites indiqués dans les éditions typiques du Missel romain et des Rituels des Sacrements légitimement promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II (1).

Nous verrons que cette validité est un des points d’achoppement historique entre Mgr Lefebvre et le Rome conciliaire. Nous verrons ensuite que Mgr Lefebvre s’appuie sur la doctrine de l’Eglise. En conclusion nous expliquerons que Mgr Fellay modifie donc la position de la Fraternité sur un sujet grave, dans la pratique comme dans la doctrine.

1/ Mgr Lefebvre et la validité des rites modernes

De 1969 à 1990, les conciliaires ont modifié la législation sur les sacrements. Plusieurs documents sont en cause mais la publication du novus ordo missae par la constituion missale romanum de 1969 fut le point d’orgue de cet ensemble de réforme, de révolution liturgique et ecclésiale. L’abbé Bonneterre est catégorique : cela est sûr, la révolution et le modernisme ont pénétré la Cité de Dieu par la liturgie. (2)
Il est connu que Mgr Lefebvre  lutta contre la nouvelle messe, mais il est certain aussi qu’il était contre les autres réformes et si dans le cas de la messe, il ne mettait pas en doute la validité des rites, pour l’extrême onction et plus encore pour la confirmation, il avait un doute positif sur le sujet : Mgr Lefebvre a toujours considéré qu’après une prudente enquête le doute pouvait être tel qu’il autorisait des reconfirmations sous condition (3)
Ce doute venait de l’introduction de l’utilisation de matière grasse différente de l’huile d’olive que l’on trouve par exemple dans Sacram uncitonem infirmorum du 30 novembre 1972 :
Cum autem oleum olivarum, quod hucusque ad valorem Sacramenti conficiendi praescribebatur, in nonnullis regionibus deficiat vel difficile comparetur, decrevimus, petentibus pluribus Episcopis, ut, pro opportunitate, etiam aliud oleum in posterum adhiberi possit, quod tamen e plantis sit expressum, utpote oleo ex oliva similius.
Ou encore dans le code de 1983 :
Dans l’administration des sacrements qui requièrent l’utilisation des saintes huiles, le ministre doit se servir d’huile d’olive ou d’autres plantes (4)

Mgr Lefebvre était à la fois clair et juste : je n’irai pas jusqu’à dire que le sacrement de confirmation donné aujourd’hui ne serait pas valide. Il pourrait se faire que le sacrement ne soit pas valide, en tout cas, il peut se faire que le sacrement soit douteusement valide. C’est-à-dire qu’il soit douteux car le saint chrême est la matière du sacrement de confirmation. Et aujourd’hui, malheureusement, on entend dire que le saint chrême est fait, parfois, avec des huiles dont l’origine est douteuse. D’après ce que nous ont appris les auteurs de théologie- ce ne sont pas des sentiments personnels- ces matières seraient douteuses. On nous a toujours dit cela, que l’on ne pouvait pas employer n’importe quelle huile pour faire le saint chrême (5)

Les ralliés en acte ou en puissance cherchaient déjà à lâcher la position traditionnelle :
L’un des points importants qui annonçait déjà une divergence de nos chemins, était la question de l’administration du sacrement de confirmation sub conditione par Mgr Lefebvre. En ce temps-là, la confirmation était administrée chez nous une deuxième fois à quelques personnes, parce que l’archevêque avait un doute concernant la matière avec laquelle ce sacrement avait été donné préalablement. Car le pape Paul VI avait décrété, en vertu de son pouvoir papal, que d’autres huiles végétales pourraient être utilisées pour administrer le sacrement de la confirmation, au même titre que l’huile d’olive en usage exclusif jusqu’alors. Mgr Marcel Lefebvre, qui voulait rester fidèle à la Tradition, avait des doutes sur la validité d’une telle confirmation et administrait ce sacrement une deuxième fois. Déjà, à cette époque, je ne comprenais pas une telle attitude. Il faut quand même avoir un doute vraiment fort et positif pour agir de cette manière et se permettre de réadministrer un sacrement quel qu’il soit sub conditione. Je me rendais peu à peu compte qu’une fausse notion de Tradition transparaissait ici (6) (7)
L’abbé Bisig confirme ici que Mgr Lefebvre avait un doute fort et positif.

Concrètement ces confirmations sous condition étaient un poil à gratter pour les modernistes : les fidèles vont voir les évêques de la tradition parce que les fidèles ont un doute sur ce que font les diocésains.
Ce n’est pas un secret de vous dire que ce matin s’est présentée une famille venant des Etats-Unis. Je vous félicite d’avoir cette conviction qu’il faut que les enfants reçoivent les grâces par les sacrements dont les rites sont sûrs ; dont les rites sont certains et certainement valides. On ne peut pas aller dans les églises et recevoir des sacrements dont on se demande s’ils sont valides ou pas valides. Parce que les rites ont été changés, les traductions sont nouvelles, la traduction su sacrement, des formules. Et puis même si c’est le cas du sacrement de confirmation, on ne sait pas avec quelle huile le sacrement est conféré.
Or c’est au moins une tradition dans l’Eglise, une tradition d’au moins vingt siècles, que l’huile qui est la matière du sacrement de confirmation doit être de l’huile d’olives.
Vous pouvez consulter les livres de théologie qui enseignent cela. Et même le catéchisme du concile de Trente nous dit que c’est l’huile d’olive qui doit être employée.(8)
C’était avec le départ des meilleurs candidats au sacerdoce pour Ecône la cause de la grande irritation des évêques de France contre Mgr Lefebvre :
            Le doute est aggravé lorsque, le 30 novembre 1972, Paul VI accepte comme matière de sacrement toute huile végétale et non plus la seule huile d’olive contrairement à la tradition catholique unanime (9). Voilà ce que ne supporte pas Mgr Ferrand, archevêque de Tours, son ami intime de séminaire : « vous osez mettre en doute la validité de mes confirmations ». Et c’est la rupture...(10)

2/ La doctrine de l’Eglise

Pourquoi Mgr Lefebvre, Docteur en philosophie et Théologie diplômé de l’université pontificale grégorienne, membre de la commission préparatoire du Concile Vatican II, ancien délégué apostolique pour l’Afrique francophone mettait en cause ces modifications faites par le saint Siège ?
Fort de la vraie doctrine de la Tradition qui n’est pas celle des numéros 8 et 9 de Dei Verbum, Mgr savait que la tradition ne peut se contredire et il avait des références traditionnelles qui définissent clairement l’usage de la seule huile d’olive comme matière éloignée des sacrements :
« Le saint chrême est fait d’huile d’olive. Et cette matière est nécessaire. C’est écrit en toutes lettres dans le catéchisme du concile de Trente : il faut que ce soit de l’huile d’olive mélangée au baume. »(11)
« Vos parents, vos grands parents, moi-même j’ai reçu le sacrement de confirmation comme je vais vous le donner aujourd’hui sans rien changer, rien, absolument rien. Parce que précisément nous estimons très important de garder la tradition pour que soit donnée véritablement la grâce du sacrement de confirmation. C’est de l’huile d’olive, consacré le jeudi saint, mélangée de baume, avec laquelle je ferai l’onction sur votre front. Et c’est cela la coutume, coutume immémoriale de l’Eglise que ce soit l’huile d’olive, à tel point que les théologiens doutent de la validité du sacrement qui serait donné avec une huile de soja ou une huile d’arachide, ou une huile végétale quelconque. Tout cela a de l’importance. Ce n’est pas pour rien que l’Eglise a maintenu ses traditions. »(12)

Le concile de Florence explique expressément qu’il s’agit bien de l’huile d’olive : le cinquième sacrement est l’extrême-onction dont la matière est l’huile d’olive bénite par l’évêque 
L’explication est dans la Somme Théologique : « Dans le texte de saint Jacques, l’huile est assignée comme matière de ce sacrement ; or on ne parle d’huile, au sens propre, que pour l’huile d’olive ; c’est donc cette huile qui est la matière de l’extrême-onction (13). »
« La médication spirituelle que l’on applique à la fin de la vie doit être à la fois parfaite, puisque après elle il n’y en a point d’autre, et douce, pour que l’espérance, si nécessaire à ceux qui s’en vont, ne soit pas brisée, mais réchauffée. Or l’huile est adoucissante, et pénètre jusqu’au plus intime, et en outre elle se diffuse. Pour toutes ces raisons elle est bien la matière qui convient pour ce sacrement. Mais comme c’est à la liqueur de l’olivier que l’on donne principalement le nom d’huile, vu que les autres liqueurs ne reçoivent ce nom qu’en tant qu’elles lui ressemblent, il revient aussi à l’huile d’olive d’être prise comme matière pour l’extrême-onction. »(14).

               Le pseudo Denys écrit de même l’huile d’olive est plus proprement appelée huile, elle est plus pure et plus noble que les huiles de noix, de lin, de myrte ou de colza(15)

Le Catéchisme du Concile de Trente rejette les autres huiles :
« L’élément, ou la matière de ce sacrement, comme l’ont déclaré plusieurs conciles, et spécialement le concile de Trente, c’est l’huile consacrée par l’évêque, non pas toute sorte d’huile en général, extraite d’une substance adipeuse, mais seulement l’huile d’olive. Cette matière exprime parfaitement les effets que la vertu de l’extrême-onction opère dans l’âme. De même que l’huile est très propre à adoucir les douleurs du corps, ainsi la vertu de ce sacrement diminue la tristesse et les douleurs de l’âme. De plus l’huile rend la santé, donne la joie, et sert d’aliment à la lumière, mais surtout elle est très efficace pour renouveler les forces du corps abattu par la fatigue. Or tous ces effets représentent sensiblement ce que la puissance divine opère chez les malades par l’extrême-onction. »(16)
            Mgr Lefebvre s’appuie sur cette « tradition d’au moins 20 siècles » qui s’exprime aussi par les rites liturgiques traditionnels qui sont à la fois l’expression de la foi mais aussi l’explication au fidèle de cette foi :
            Et toute la consécration qui est faite le jeudi saint sur les saintes huiles, fait allusion à l’olive, à l’huile d’olive, au jardin des oliviers où se trouvait Notre Seigneur qui par sa sueur et son sang qui ont coulé dans ce jardin des oliviers, a sanctifié en quelques sortes ces oliviers. Toutes ces images, tous ces symboles, toutes ces réalités sont évoquées dans la bénédiction des saintes huiles. Le rameau d’olivier qui est ramené par la colombe dans l’arche de Noé est aussi évoqué dans la consécration des saintes huiles.
Alors si on emploie une huile qui n’est pas l’huile d’olive tous ces symboles disparaissent ; toutes ces belles réalités disparaissent. Alors on peut se demander si ceux qui donnent la confirmation avec de l’huile de soja ou de l’huile d’arachide confère véritablement le sacrement validement (17).  
L’abbé Cériani, alors professeur au séminaire d’Argentine de la fraternité(18) enseigne : comme la tradition constante a compris le mot « huile » dans le sens que lui donnait saint Jacques à son époque (une huile d’olive), il nous semble que le fait d’avoir laissé la liberté de prendre de l’huile de noix, de cacahuète, de coton, de lin, de maïs, de tournesol, etc., introduit un doute important sur la validité du sacrement.
Et son confrère du séminaire Bavarois donne la conduite à tenir : « Peut-on recevoir les sacrements dans les nouveaux rites ? En raison des défauts montrés ci-dessus(19), on ne doit pas recevoir les sacrements dans les nouveaux rites mais seulement dans les rites traditionnels qui sont seuls dignes et certainement valides. Il n’est pas permis de recevoir les sacrements sous une forme qui soit quelque peu douteuse »(20).

CONCLUSION
Tout le monde aura été choqué par le ton et certains points de la déclaration de Mgr Felay. Le point de la validité des sacrements ne doit pas passer inaperçu. C’est dans la doctrine un recul sur la notion de tradition, sur l’enseignement de la matière des sacrements, et dans la pratique, cela remet en cause les confirmations sous condition pratiquées régulièrement par la fraternité. La question se pose : que vont faire Mgr de Galaretta, Mgr Fellay et Mgr Tissier de Mallerais à l’avenir ? Faut-il toujours traverser les océans ou un bon évêque diocésain plein de  bonne volonté et ayant l’intention de faire ce que veut l’Eglise ne suffit-il pas ?
La question se pose : Mgr Lefebvre s’est-il trompé ? L’abbé Bisig et Mgr Fellay ont-ils raison ?

Non, nous devons tenir fermement sur les rails où nous a maintenu Mgr Lefebvre : Tenir ferme dans le refus de ces réformes est un devoir et le seul remède pour la restauration de l’Église et le salut des âmes [21]





1- Déclaration doctrinale écrite au cardinal Levada, 15 avril 2012
2- Nouvelles de chrétienté n°76, juin 2002 p7
3- M l’abbé Mura, sel de la terre n° 5 p 65
4- Canon 847
5- Confirmation à Ecône, 2 juin 1974. Ceux qui ont suivis Mgr Lefebvre dans son opération survie, savent qu’il abordait la question des huiles très régulièrement aux sermons de confirmation qu’il faisait dans le monde entier.
6- On est heureux de voir que Mgr Lefebvre n’a pas la même notion de Tradition que M l’abbé Bisig et l’Eglise conciliaire pour qui la tradition est bien définie par les n°8 et 9 de Dei verbum. En cela encore Mgr Felay les rejoint (voir note n°5 de sa déclaration du 15 avril 2012)
7- Abbé Bisig, cité par le sel de la terre n°30 p178
8- Confirmation à Ecône, 22 mai 1988
9- En fait la sacrée congrégation des rites avait déjà introduit cette nouveauté le 3 décembre 1970
10- Mgr Tissier de Mallerais, Mgr Lefebvre une vie, p494
11- Confirmation à Ecône, 7 juin 1981
12- Confirmation à Ecône, 10 mai 1984
13- Suppl., q. 29, a. 4, sed contra 1  
14- Suppl., q. 29, a. 4
15- Pseudo Denys (commentaire sur l’Exode Chapitre 27)
16- Catéchisme du Concile de Trente, Du sacrement de l’extrême-onction, § I
17- Confirmation à Ecône, 22 mai 1988
18- Sel de la terre n°10 p 56 et suivantes
19- La moitié de la question précédente est sur la nature des huiles pour la matière des sacrements.
20- Abbé Gaudron, Catéchisme de la Crise de L’Eglise, n°91
21- Mgr Lefebvre, lettre à Monsieur l’abbé Bonneterre du 17 avril 1979 au sujet des réformes liturgiques, citée par Nouvelles de chrétienté n°76, juin 2002 p8