mercredi 6 février 2013

Conférence n° 4 de Mgr Williamson, Bristol, 22-24 juin 2012



Conférence n° 4 de Mgr Williamson, 

Bristol, 22-24 juin 2012

Traduction de Fidelis





Nous nous sommes parfois éloignés du script anglais de la conférence, au moment de citer Mgr Lefebvre, afin de coller parfaitement au texte français initial de la conférence à Ecône du 6 septembre 1990 qu'étudie Mgr Williamson. Pour voir l'étude faite par Mgr Williamson de la première partie de cette conférence à Ecône, il faut aller à la conférence 3. Les parties en caractères gras et en italique sont des citations de cette conférence de Mgr Lefebvre.


Je vous ai dit que nous arrivions à un passage précieux et très important de la conférence que Mgr Lefebvre a donné à ses prêtres, six mois avant sa mort. C’est un passage primordial. Il s’agit du problème des problèmes. Il a parlé de son combat énorme et il dit que le combat dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui est exactement le même que celui qui se déroulait au 19ème siècle : c’est le combat du monde moderne et libéral contre l’Eglise catholique, contre la Foi catholique.

« Et nous aussi nous avons choisi d’être contre-révolutionnaires, avec le Syllabus, contre les erreurs modernes, d’être dans la vérité catholique et de la défendre. » C’est une chose très importante à comprendre. Je peux très bien dire : «  Je suis un nul, je ne suis personne. Je suis un pécheur. Oubliez-moi » Mais je n’ai pas le droit de dire aux gens : « oubliez la vérité » Si je suis dans la vérité, je ne peux pas affirmer que je n’y suis pas, sinon je serais un menteur, comme les pharisiens, comme l’a dit Notre Seigneur. Un catholique, qui a reçu la Foi, sait qu’il possède la vérité, il sait que c’est un cadeau de Dieu. Il sait que ce n’est pas sa gloire personnelle, ce n’est pas sa propriété.  Simplement, Dieu lui a offert ce cadeau et il ne peut y être infidèle.

Nous avons raison, dit Mgr Lefebvre. Et quand il dit cela, c’est sans orgueil aucun. C’est une preuve d’humilité. C’est une très grande vérité, à laquelle je me soumets. C’est au dessus de moi. C’est au-delà de moi. C’est bien plus haut que moi. Il n’y a là aucune fierté. Vatican II est profondément faux : « Ce combat entre l’Église et les libéraux modernistes, c’est celui du concile Vatican Il. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. Et cela va très loin. »
La maladie atteint maintenant l’intérieur de la Fraternité, ce qui est typique du monde moderne. Le monde moderne nous entoure tous, il s’infiltre en nous, il s’est infiltré dans la Fraternité, et au lieu que le trouble soit extérieur, il est maintenant à l’intérieur.

« Plus on analyse les documents de Vatican II et l’interprétation qu’en ont donnée les autorités de l’Eglise, plus on s’aperçoit qu’il s’agit non seulement de quelques erreurs, l’œcuménisme, la liberté religieuse, la collégialité, un certain libéralisme, mais encore d’une perversion de l’esprit. C’est toute une nouvelle philosophie, basée sur la philosophie moderne du subjectivisme. »

Et nous voici de retour à Pascendi. Le subjectivisme : le sujet ne peut connaître l’objet, par conséquent toute vérité est à l’intérieur du sujet, car il est impossible de connaître une vérité objective. C’est Emmanuel Kant. Je ne même pas savoir qu’il y a un  piano ici. Je pense que c’en est un. Je peux me comporter comme si c’en est un. Je peux m’asseoir, je peux en jouer comme si c’en était un, mais, malgré tout, je ne sais pas si c’est un piano. C’est débile, c’est idiot, mais c’est la philosophie moderne. Cela me libère de l’objet, c’est la liberté suprême. Je ne suis même pas dans l’obligation de dire qu’il y a un mur, une porte. Je suis libre. Si je veux dire que c’est une porte, que c’est un mur, je peux le faire ainsi. C’est la philosophie moderne, folle et malade, mais c’est ainsi et le problème est qu’elle a pénétré dans l’Eglise.

Mgr Lefebvre continue : « Un livre que vient de faire paraître un théologien allemand, [Johannes Dörmann] et qui, j’espère sera traduit en français afin que vous puissiez l’avoir en mains, est très instructif de ce point de vue. Il commente la pensée du Pape, spécialement une retraite que, simple évêque, il prêcha au Vatican [en 1976]. Il montre bien que tout est subjectif chez le Pape. »
La pensée de Jean-Paul II est subjectiviste ; c’est un kantien. Il ne connaît pas l’objet.  Toute la religion vient de l’intérieur : la religion est comme le chocolat. Elle est bonne de l’intérieur. C’est une religion du « je me sens bien ». Jean-Paul II l’a déguisée pour lui donner l’apparence de l’ancienne religion mais c’est une nouvelle religion : [« Malgré les apparences, ce n’est pas catholique. », dit Mgr Lefebvre.] Au lieu d’être complètement objectif, c’est totalement subjectif. « Quand, on relit ensuite ses discours [de Jean-Paul II], on s’aperçoit bien que telle est sa pensée. »

Mgr Lefebvre avait plus de temps pour lire, à la fin de sa vie, quand il n’avait plus à courir le monde, pour confirmer et ordonner. Il lisait Emmanuel Barbier, Johannes Dörmann, et, en un sens, ses yeux s’ouvraient. Instinctivement, il avait raison, quand il combattait tous ces modernistes tordus, et c’était un combat héroïque. Mais cela suggère qu’il n’avait pas tout rassemblé dans son esprit, avant d’avoir lu ces livres. Alors, il vit quelque chose qu’il n’avait pas vu aussi clairement avant. Il avait toujours vu l’importance du Syllabus et de Pascendi. Il n’avait  pas encore vu comment Vatican II et Jean-Paul II étaient profondément fous, mais maintenant, il le voyait : « Quand on relit ensuite ses discours, on s’aperçoit bien que telle est sa pensée. », dit-il.

Il a, sans aucun doute, lu les discours de Jean-Paul II, mais, comme la plupart d’entre nous, il n’a pu les comprendre. C’est très difficile à lire, c’est du charabia, ce n’est pas clair du tout.

Je suis allé deux fois en Allemagne, rencontrer Johannes Dörmann. Il disait  l’ancienne Messe. Il était à la retraite. C’était un vrai théologien universitaire catholique allemand  de la meilleure sorte, car il était resté fidèle à la Vérité. Lorsqu’Assise s’est produit, en 1986, Dörmann se dit : «  Que se passe-t-il ? C’est totalement loufoque. »  Il s’est dit alors : « Je dois trouver ce que cherche cet homme. » Et il s’est infligé la lourde punition de lire tous les livres et tous les sermons, tous les écrits de Jean-Paul II. C’est une punition car ce sont des flots et des flots d’encycliques. Flots qui continuent sans fin et qui sont du baragouin. Mais Dörmann s’est dit : « Je dois éclaircir ce que ce type veut. C’est fou, Assise. » Mgr Lefebvre a eu une réaction identique. Il a réagi violemment alors que Dörmann a réagi calmement mais très fermement.  Ainsi donc, Dörmann a entrepris de lire et d’étudier tous les écrits, discours et sermons de Jean-Paul II. Etant un théologien doué et ayant à l’évidence une certaine persévérance, car il a vraiment dû s’y « coller », il s’y est collé jusqu’à ce qu’il ait déchiffré Jean-Paul II et qu’il ait découvert que c’était un furieux moderniste. En d’autres termes, Jean-Paul II s’arrange pour garder les apparences, ses expressions sont à la limite de l’orthodoxie. Il y a une grande part d’ambiguïté. Vous pouvez interpréter ce que Jean-Paul II dit d’une façon  catholique, mais si vous regardez bien, si vous étudiez soigneusement le contenu, vous voyez ce qu’il y a derrière, et vous voyez en fait que cela s’oriente d’une manière entièrement différente.  Cela va dans la direction de Jean-Paul II voyageant à travers le monde, visitant des tas de religions variées, allant dans  la jungle et serrant la main du roi du vaudou, ou se retrouvant avec un « tilak » indien païen, collé sur le front, et tout cela, c’est n’importe quoi.

Maintenant, voici Benoît XVI allant à la mosquée et y priant à la façon musulmane. Je ne sais ce qu’est précisément la façon de prier musulmane, mais il est allé à la mosquée prier à leur façon. Les musulmans croient-ils en Jésus-Christ ou non ? Bien sûr, que non. Ils pensent que c’est un prophète, mais certainement pas qu’il est Dieu. Que fait-on là ? On encourage tous les catholiques à penser que l’Islam n’est pas si mauvais. C’est un scandale incroyable, mais il y a tant de ces scandales, qu’on n’y fait même plus attention.

Donc Dörmann déchiffre Jean-Paul II et écrit quatre livres. Le premier de ces petits livres, qui est le plus mince et le plus accessible, est comme une introduction aux trois autres. Les trois livres suivants traitent des encycliques de Jean-Paul II, sur le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il y a trois encycliques : Redemptor Hominis, Dominum et Vivificantem et Dives in Misericordia. Les livres de Dörmann sont difficiles à lire, mais lentement et méthodiquement, il démonte tout et montre les idées cohérentes se cachant derrière le charabia. Ces idées, par exemple, sont que tous les hommes sont sauvés, que tous les hommes sont unis à Jésus-Christ et que celui-ci ne nous sauve pas par sa Passion, mais par son Incarnation. Et le fait que Jésus-Christ s’unisse lui-même à la nature humaine signifie que nous Lui sommes tous unis, que nous le sachions ou non, que nous aimions cela ou non, et de ce fait, nous sommes tous sauvés. Le seul avantage du catholicisme est que nous savons mieux que les autres comment nous sommes sauvés. Ainsi, vous vous baladez dans le monde entier pour dire à tout le monde : « vous êtes de bons gars »- la plupart des gens aiment qu’on leur dise cela – « et vous êtes vraiment sauvés ». Vous ne leur dites pas : «  En fait, vous tous, vous êtes chrétiens », parce qu’ils n’aimeraient pas çà, mais vous dites : tous autant que vous êtes, vous êtes de braves gens, qui avez une belle religion. Vous avez de bonnes intentions, pas vrai, vis-à-vis du Dieu Tout Puissant ? Tous, en définitive, nous croyons au même Dieu, n’est-ce pas ? La plupart des gens se trouvent bien de ce discours.  C’est une aubaine, pour le roi du vaudou que le grand homme en blanc vienne le voir et l’honore, au milieu de la jungle. Wow ! C’est de la super-magie ! Il ne va pas dire au pape qu’il n’en tient pas compte : « Venez et accordez-moi de plus en plus de crédit. Vous pouvez venir me voir une fois par mois, si vous voulez. Si, à chaque fois, on se serre la main et on fait une photo, c’est merveilleux. » C’est la même chose avec les autres, la même chose avec les musulmans. Au lieu d’être méprisés par la religion catholique, comme ils l’ont toujours été, enfin, ils sont respectés et honorés par le patron de l’Eglise catholique.
Je ne peux pas imaginer que les juifs se plaisent à jouer avec le pape, mais puisque cela aide de le tromper,  je suis certain que même les juifs sont heureux de le fréquenter. Je parie qu’ils n’aiment pas çà, parce que le pape est au milieu et pas eux, mais puisque cela aide de le berner… Ainsi, toutes les religions fraternisent avec lui, sans changer un iota de leurs croyances. Pas question de convertir, c’est cela la nouvelle religion – tout le monde est OK et personne n’a besoin de se convertir. C’est un message populaire, et c’est pourquoi, toutes les religions du monde sont venues aux funérailles de Jean-Paul II.

Mgr Lefebvre, après avoir lu Dörmann, est retourné à Jean-Paul II, il l’a lu et il a dit : « Mince, Dörmann a raison. C’est ce que cet homme pense. »  Avant cela, Mgr Lefebvre n’avait probablement jamais vraiment déchiffré ce que Jean-Paul II pensait. Il a compris ce que Jean-Paul II faisait et il a fustigé Assise, avec Mgr de Castro Mayer mais il n’avait pas compris ce qui ce cachait derrière. Maintenant, il a compris et c‘est ce que Dörmann avait entrepris de découvrir. Dörmann a dit : « Qu’y a-t-il derrière tout cela ? Comment un pape catholique peut-il faire ce genre de choses ? Qu’est-ce qu’il fait ? » Ensuite, bien sûr, il a trouvé ce qu’il faisait.

« Malgré les apparences, dit Mgr Lefebvre, ce n’est pas catholique. » Autrement dit, les bouteilles ont toujours les étiquettes dans la pharmacie, mais le contenu est complètement différent. Une apparence de catholicisme est maintenue. Le pape s’exprime, comme Benoît XVI, d’une façon, que l’on peut interpréter comme catholique, mais l’esprit, le contenu, la direction et le mouvement sont complètement différents et ne sont pas catholiques.

« Non, » dit Mgr Lefebvre, « la pensée que le Pape a de Dieu, de Notre Seigneur, vient du tréfonds de sa conscience » : la notion que j’ai de Dieu vient de l’intérieur de moi-même. Elle est subjective. Ce n’est pas le Seigneur Dieu des armées, faisant fumer le Mont Sinaï, devant les israëlites tremblants. Cela est vraiment objectif. Même éloignés de nombreux kilomètres, les hébreux étaient effrayés, parce qu’ils pouvaient voir le seigneur Dieu faisant trembler et fumer la montagne. Dieu est Dieu. Il peut, quand Il veut, faire trembler les montagnes. C’est tout à fait objectif. Si la maison commence à s’écrouler, je ne vais pas dire « c’est seulement mon impression subjective. » Je vais sortir par la fenêtre aussi vite que possible. La réalité me rattrape, de toutes façons. Même si je peux m’envelopper dans mes rêves subjectifs, je ne vais pas traverser devant un camion.

Le Matérialisme : là, je considère la réalité sérieusement. Quand il s’agit d’inventer un nouvel un avion, je vais le faire correctement, pas de façon erronée, car sinon, l’avion va s’écraser. Je choisis de prendre au sérieux les choses matérielles, mais quand on en vient aux choses spirituelles, alors je me fais Dieu, je pense comme j’en ai envie, je définis les commandements auxquels je vais obéir, je dis à quels dogmes je vais croire. Pourquoi ? Parce que le spirituel est idiot, mais le matériel est sérieux – voici l’homme moderne. Nous adorons tous les savants… Il porte des lunettes, il vient à la télévision en blouse blanche, chacun le traite comme un prêtre. La science est la religion de l’homme moderne. La religion est considérée comme une chose stupide pour les femmes et les enfants.

Mgr Lefebvre : « la pensée que le Pape a de Dieu, de Notre Seigneur, vient du tréfonds de sa conscience et non pas d’une Révélation objective à laquelle il adhère par son intelligence. » Les vérités de la Foi nous sont révélées par l’enseignement catholique. La vérité est que la Foi nous est révélée de l’extérieur. Elle est insufflée dans mon esprit. Comment puis-je croire que Dieu est substantiellement, véritablement et réellement présent sous les apparences d’un peu de pain et d’un peu de vin ? Comment puis-je croire cela ?[Je peux être tenté de penser :] Ce sont des blagues. Mon esprit me dit qu’il n y a rien de scientifique, en aucune façon. Mais ce que je dis alors, si j’ai la Foi c’est : Je ne comprends pas. Mon esprit ne peut le concevoir, mais mon esprit se soumet, parce que c’est révélé par Dieu. Donc c’est vrai.  Je crois parce que c’est révélé par Dieu. C’est tout. C’est la Foi. Ainsi, l’esprit se soumet à une vérité lui venant de l’extérieur, objectivement. L’Eglise m’enseigne la transsubstantiation.  Elle me l’apprend. Notre Seigneur a dit  « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang. Vous n’aurez pas la vie éternelle, si vous ne mangez pas mon Corps et ne buvez pas mon Sang. » Ce n’est pas sérieux ? Non, je me soumets. La foi, dit Saint Paul, est une obéissance. Je choisis de soumettre mon esprit et d’accepter ces vérités venant de l’extérieur et dont je n’aurai jamais rêvé... Je n’aurai jamais rêvé du Seigneur Dieu prenant les apparences du pain et du vin, pour me donner une nourriture et une boisson. C’est tellement au-delà de mon pauvre petit esprit. Je ne peux l’imaginer. Mais le fait est là, c’est vrai. Je me soumets, j’accepte… C’est la Foi. Elle est objective et pas subjective. Qui pourrait imaginer Dieu faisant une chose pareille ?

« [Jean-Paul II, dit Mgr Lefebvre] construit l’idée de Dieu. Il a dit dernièrement, dans un document invraisemblable, que l’idée de la Trinité n’a pu venir que très tard, parce qu’il fallait que la psychologie de l’homme intérieur puisse être capable d’arriver à la Trinité Sainte. » En d’autres termes, ce sont les hommes qui ont fabriqué la Trinité. Quoi ? Mgr Lefebvre nous dit que c’est ce que Jean-Paul II a écrit. Cet homme peut-il avoir la foi catholique ? Difficile à croire.

On peut comprendre pourquoi les sédévacantistes le sont. Je ne suis pas et n’ai jamais été sédévacantiste. Mais je peux les comprendre. Je fais attention car même quand ils commencent à avoir du succès, les sédévacantistes finissent toujours par se stériliser. Ils [certains] finissent par ne même plus assister à la Messe. Ils ne vont à aucune Messe d’aucun prêtre. C’est une voie dangereuse, aveugle, mais c’est ainsi, si c’est poussé à l’extrême. C’est causé par une réelle d’angoisse – comment quelqu’un peut-il être pape s’il dit qu’on n’a pu croire en la Trinité que tardivement, quand la psychologie des hommes avait suffisamment évolué ? Comment cet homme peut-il être pape ? Je peux comprendre le problème et chacun d’entre nous devrait être capable de le comprendre. Maintenant, dans la Fraternité, c’est l’épouvantail qui est agité devant chacun pour l’inciter à accepter l’idée de rejoindre Rome : « si vous ne venez pas avec nous, vous êtes un sédévacantiste. Le sédévacantisme est le comble de l’horreur. » Voici l’attitude qui prévaut au sein de la Fraternité, avec ces libéraux. On reste sans voix, c’est stupide, mais c’est ce à quoi  les libéraux s’excitent.

Donc, dans la pensée de Jean-Paul II, nous dit Mgr Lefebvre, le concept de Trinité ne vient pas d’une révélation externe ... Bien sûr que si ! Il vient de l’extérieur. Qui pourrait rêver de l’idée complexe et difficile d’un Dieu, trois en un et un en trois, si elle n’était révélée de l’extérieur ? Les juifs étaient monothéistes. Ils insistaient sur le Dieu unique, Dieu unique, Dieu unique. Ils ont raison. Quel juif aurait jamais rêvé de Dieu trois en un ? Cela ne peut venir que d’une révélation. Mgr Lefebvre, citant Jean-Paul II, dit « que l’idée de la Trinité n’est pas venue d’une révélation, mais du tréfonds de la conscience. » Mes entrailles commencent à s’agiter un dimanche soir, quand je me sens pieux et je conçois l’idée de Dieu trois en un et un en trois, et cela vient de l’intérieur de moi-même : c’est fou, totalement fou et Jean-Paul II est fou. Ainsi, cela a surgi de l’intérieur de l’homme. Cela est venu des profondeurs de la conscience. Incroyable, dit Mgr Lefebvre. Incroyable, mais c’est la réalité. Je ne peux pas croire que quelqu’un imagine que la Trinité vienne de l’intérieur de l’homme, comme une éructation. C’est absurde, mais ces gens-là sont ainsi.

Mgr Lefebvre conclut : « C’est toute une autre conception de la Révélation, de la foi et de la philosophie. » C’est une idée totalement différente de la Vérité et de la manière dont l’homme est en relation avec le monde extérieur, de la manière avec  laquelle il connaît, il pense. Tout vient de l’intérieur – c’est l’orgueil. Cela met l’homme à la place de Dieu. Tout est venu de Dieu, toute la création est venue de Lui, pas de nous. Cela vient de Dieu. Mais si je dis que tout vient de l’intérieur de moi-même, que fais-je ? Je me fais moi-même Dieu.

Mgr Lefebvre : « C’est une perversion totale. Comment sortir de là ? Je n’en sais rien En tout cas, c’est un fait. » Comme ce théologien allemand le montre, car, je le crois, il  a écrit deux parties de son livre sur la pensée du Saint Père, c’est vraiment effrayant. 

Benoît XVI est fondamentalement le même et ce sont ces gens-là qui sont en charge de l’Eglise, et cette mentalité menace de submerger la Fraternité. Au secours, au secours ! C’est cette mentalité qui à présent dévore la FSSPX de l’intérieur, c’est le monde moderne. Celui-ci est entièrement  dans cette absurdité. Les avions volent parce qu’ils prennent la réalité au sérieux, en ce qui regarde les choses matérielles. L’homme moderne est habile à concevoir des avions, pas de problème, mais définir ce qu’est Dieu, savoir d’où Dieu vient, reconnaitre Dieu, réfléchir à Dieu, à la vie, à l’homme et à l’éternité, n’y pensez-pas !

« Ce ne sont pas de petites erreurs. » Ce ne sont pas de petites bagatelles. Nous ne traitons pas de bagatelles. « On se trouve devant tout un courant de philosophie qui remonte à Descartes, à Kant, à toute la lignée des philosophes modernes qui ont préparé la Révolution. » C’est tout le monde moderne. Kant provient du protestantisme. De Luther est venu Kant et de Kant sont venus les modernistes, et de tous est venu Vatican II.

« Voici quelques citations du Pape sur l’œcuménisme publiées dans L’Osservatore Romano du 2 juin 1989 :
« Ma visite aux pays nordiques est une confirmation de l’intérêt de l’Église catholique dans l’œuvre de l’œcuménisme qui est de promouvoir l’unité entre tous les chrétiens. Il y a vingt-cinq ans que le concile Vatican II a insisté clairement sur l’urgence de ce défi à l’Eglise. Mes prédécesseurs ont cherché à atteindre cet objectif avec une persévérante attention à la grâce du Saint-Esprit qui est la source divine et le garant du mouvement œcuménique. Depuis le début de mon pontificat, j’ai fait de l’œcuménisme la priorité de ma sollicitude pour l’action pastorale. C’est clair », dit Mgr Lefebvre.

[C’est clair] que cet homme est à côté de la plaque, mais, comme je l’ai dit plus tôt, il ne s’agit pas seulement des grands problèmes de Vatican II : la liberté religieuse, la collégialité et l’œcuménisme. Il y a quelque chose de plus profond  derrière tout cela. C’est un total détraquement de l’esprit, un renversement complet de l’objet et du sujet. Mon esprit ne tourne plus autour de l’objet : ceci est un piano, je le regarde comme cela, comme cela et comme cela. C’est cela et mon esprit tourne autour de ce que c’est. Mais voici qu’à partir de maintenant, d’après les philosophies modernes, c’est le piano qui tourne autour de mon esprit et si en tournant autour de mon esprit, il devient un nounours, alors le piano est un nounours, car il tourne autour de mon esprit et mon esprit fait du piano ce qu’il est : si  j’en fais un nounours, alors c’est un nounours. Ces gens sont totalement fous.

L’œcuménisme, la liberté religieuse, la collégialité et toutes les erreurs de Vatican II sont le résultat de cette complète révolution dans les esprits, de cette totale destruction, de cette totale aliénation mentale. Cette aliénation est répandue autour de nous et elle travaille maintenant à pénétrer la FSSPX. C’est là la vraie dimension du problème. Nous ne sommes pas confrontés à de petites erreurs. St Pie X a dit qu’il s’agissait de l’égout collecteur de toutes les hérésies. Ce n’est pas une seule hérésie. Si je dis que Dieu est en quatre personnes, cela nie la Trinité mais pas la transsubstantiation. Cela ne nie pas ceci, cela ou autre chose. C’est, pour ainsi dire, une hérésie localisée. L’hérésie moderne n’est pas localisée, l’hérésie moderne est la dissolution totale de la saine pensée, l’incapacité de concevoir une pensée saine et c’est répandu tout autour de nous.

Faisons cent mètres dans cette direction. Supposons que nous arrivions à la maison d’un médecin. (Bien sûr, je ne le connais pas, c’est une invention.) Ce cher docteur, chaque matin, se rend en voiture à l’hôpital de Bristol, il s’occupe de ses patients, c’est un médecin moderne qui dispense une médecine moderne etc. Mais si vous le branchez sur le sujet de la religion, de la philosophie, il en arrivera à ce tas d’immondices. Il prend encore la réalité sérieusement parce qu’elle est matérielle. La médecine pour soigner les êtres humains est au moins clairement matérielle car nos corps sont matériels et ils reçoivent des soins et des médicaments matériels. Ils ne savent rien de l’âme mais ils ont cette  gigantesque variété de médicaments puissants, pour traiter le corps et quand ils ne peuvent pas traiter les âmes, ils donnent un médicament très puissant au corps, si bien que le pauvre type devient un zombie et c’est là tout ce que la médecine moderne peut faire. Mais si vous le mettez sur un autre terrain que la médecine, que vous le remettez dans la réalité prise dans son ensemble, il est totalement hors du coup. L’erreur profonde est partout autour de nous et elle s’infiltre en nous, tout le temps.

Je me souviens des sœurs dominicaines de l’Idaho. Elles arrivaient de France et je connaissais Sœur Gabriel, qui avait la charge des premières années à l’école. Elles sont arrivées et elles ont commencé l’école avec des petites filles La façon de faire des dominicaines est la suivante : on commence avec les deux plus petites classes et après, chaque année, on ajoute une classe. Ainsi, l’école commence avec des filles qui ne sont pas déjà contaminées par les façons modernes, mal éduquées et inéducables. On commence petitement et lentement on construit. Ainsi elles ont commencé petitement avec des filles relativement jeunes, et je me souviens de la sœur me disant une fois :  « Durant la récréation, aujourd’hui, nous avons vu les petites filles accroupies observant des coccinelles, par terre. » La sœur m’a dit : « C’est un grand triomphe. » Parce que ces petites filles sont déjà dans le monde virtuel, de la télévision, d’internet, le monde irréel de l’électronique et voir ces petites filles regarder un objet de la vie réelle, leur esprit travaillant sur cet objet réel au lieu de rêver dans le virtuel, constituait un grand pas en avant pour les sœurs enseignantes.   
La sœur m’a dit : « Ces petites filles, elles mentent. » La vérité est ce qu’elles créent sur le moment. Elles n’ont aucune idée du 8ème commandement, parce qu’elles n’ont aucune idée de la vérité et c’est pourquoi elles n’ont aucune idée du mensonge. Ce qu’elles prennent dans leur tête est aussi vrai que ce qu’elles n’y prennent pas. Ce sont des filles issues de familles relativement catholiques traditionnelles, qui souhaitent que les dominicaines enseignent à leurs enfants. La première chose que doivent leur apprendre les sœurs est le sens de la réalité et donc ce fut un grand progrès quand ces petites filles ont observé la réalité, au lieu de se faire elles-mêmes le centre de la réalité.

On ne devrait pas appeler les enfants des étudiants. Ce n’en sont pas. Ce sont des enfants, des élèves, garçons et filles, jusqu’à l’âge de 18 ans. Même les étudiants à l’université ne devraient pas être appelés étudiants, car la plupart d’entre eux, aujourd’hui, n’étudient rien du tout à l’université. Quand j’entends que quelqu’un est à l’université, je demande : « Qu’étudiez-vous ? A quelle université allez-vous ? »   « Oh, j’étudie la science domestique. » Bon, si elle étudie la science domestique, c’est bon pour elle, parce qu’il y a une petite chance que cette science ait un léger rapport avec les tâches ménagères qui  sont ce que la pauvre fille devrait apprendre dans la perspective de devenir une bonne épouse et une bonne mère, qui veille sur ses enfants et son mari et élève la nouvelle génération. Sinon, si nous n’avons pas de filles qui élèvent la nouvelle génération, les musulmans vont conquérir l’Angleterre, dans les dix, vingt, trente ou quarante ans qui viennent. Eux, les musulmans, ont des enfants alors que ces « merveilleux » blancs « supérieurs »  n’en n’ont pas, certainement pas assez pour garder l’Angleterre blanche et anglaise. C’est entièrement la faute de l’Angleterre et des Anglais.

Mgr Lefebvre : « Et le Pape fait sans arrêt bien d’autres discours sur l’œcuménisme parce qu’il reçoit constamment des délégations d’orthodoxes, de toutes les religions, de toutes les sectes. Mais on peut dire que cet œcuménisme n’a pas fait faire le moindre progrès à l’Eglise. Il n’a abouti à rien, sinon à conforter les autres dans leurs erreurs, sans chercher à les convertir. » ce qu’Isaïe appelle « mettre un oreiller sous le péché », en les rendant à l’aise dans leurs erreurs, sur le chemin de l’enfer.

[Mgr Lefebvre :] « Tout ce qu’on dit est un véritable charabia : la communion, l’approche, nous désirons bientôt être dans une communauté parfaite, nous espérons bien d’ici peu pouvoir communier dans les sacrements de l’unité… Et ainsi de suite. Mais ils n’avancent pas, et il est impossible qu’ils avancent jamais. » Pourquoi ? Parce que l’Eglise catholique est une Eglise de Vérité. La Vérité est fondamentale pour l’Eglise catholique. Devant Pilate, Notre Seigneur a dit : « Je suis venu pour annoncer la Vérité, et ceux qui appartiennent à la Vérité écoutent ma voix. »

Mgr Lefebvre continue avec un autre cas. Il passe du pape au cardinal Casaroli, alors Secrétaire d’Etat, un autre vrai délinquant qui doit bouillir en enfer. D’après l’Osservatore Romano de février 1989, il parle ainsi devant la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, (c’est vraiment Casaroli qui parle) : « En répondant avec beaucoup de plaisir à l’invitation qui m’a été adressée de venir jusqu’à vous et en vous apportant les encouragements du Saint-Siège, je désire m’attarder quelque peu – et tous le comprendront – sur un aspect spécifique de la liberté fondamentale de penser et d’agir selon sa conscience, donc la liberté de religion. »
Mgr Lefebvre commente : « Entendre des choses comme cela dans la bouche d’un archevêque ! » (“liberté fondamentale de penser et d’agir selon sa conscience, donc la liberté de religion”). Mgr Lefebvre était ébahi de voir des dignitaires de l’Eglise proférer de telles choses.
Retournons à Casaroli : « Jean-Paul II n’hésitait pas à affirmer l’an passé dans un message pour la Journée mondiale de la paix, que la liberté religieuse constitue comme une pierre angulaire dans l’édifice des droits de l’homme.
L’Église catholique et son Pasteur suprême, qui a fait des droits de l’homme l’un de grands thèmes de sa prédication, n’ont pas manqué de rappeler que dans le monde fait par l’homme et pour l’homme… » Mgr Lefebvre s’interrompt : « dixit Casaroli ! » Ce sont les propres mots du cardinal Casaroli : « un monde fait par l’homme et pour l’homme… » Le cardinal continue : « … toute l’organisation de la société n’a de sens que dans la mesure où elle fait de la dimension humaine une préoccupation centrale. » Monseigneur commente : « Dieu, on n’en parle pas, pas de dimension de Dieu dans l’homme, c’est affreux. C’est le paganisme. »
Monseigneur cite Casaroli de nouveau : « Tout homme et tout l’homme, voilà la préoccupation du Saint-Siège, telle est sans doute la vôtre aussi ». 

La préoccupation de l’Eglise n’est pas l’homme, c’est Dieu, parce que Dieu est ce que cherche l’homme. Dieu est ce pourquoi nous sommes là, pour aller au Ciel. L’Eglise se préoccupe de Dieu, pas de l’homme et voici un dignitaire de l’Eglise allant devant les Nations Unies et répétant : «  L’homme, l’homme, l’homme, l’homme, les droits de l’homme, la démocratie de l’homme, la liberté de l’homme, l’égalité de l’homme. » Mgr Lefebvre dit : un homme d’Eglise qui dit ces choses ? Ce n’est plus le Dieu objectif, c’est l’homme subjectif – Je suis Dieu, c’est de moi dont on parle, je suis celui qui est au centre des choses. C’est faux. Dieu est toute la question. Vous pouvez  voir comment cette philosophie, qui s’écarte de l’objet et se retourne complètement vers le sujet, élimine Dieu «  Dieu est une création de mes tripes, je produis Dieu. » Ces gens sont tout simplement fous.

Mgr Lefebvre commente : « Il n’y a plus qu’à tirer l’échelle ! Nous n’avons rien à faire avec ces gens-là, car nous n’avons rien de commun avec eux. »

Que peut avoir la FSSPX de commun avec ces gens-là, ces pauvres romains qui ont perdu l’esprit, qui ont littéralement perdu l’esprit ? Je pense avoir cité un des prêtres qui était l’un des quatre théologiens de la Fraternité St Pie X, qui ont rencontré les théologiens romains. A la fin de la réunion, je lui ai parlé. Il a dit : «  Ils sont mentalement malades. » Ces quatre théologiens romains, ces quatre sommités de l’Eglise romaine, choisies pour discuter avec la Fraternité ont l’esprit en bouillie. La preuve en est que huit fois, ils se sont rencontrés, quatre d’un côté de la table et quatre de l’autre côté, je suppose, à  moins que cela n’ait été une table ronde, et c’était tout gentil, gentil, et les quatre ont eu huit occasions d’écouter, pendant des heures, de parler, de discuter, de penser, de voir ce que les romains pensaient. Et à la fin de tout cela, il conclut : « Ils sont malades mentalement. » C’est ainsi. Et nous voulons traiter avec ces malades mentaux, et nous sommes prêts à les considérer comme des êtres humains normaux, comme s’ils avaient quelque chose à nous donner ?
 
Ils ont l’autorité, c’est là le problème – ils ont l’autorité. C’est ce que disait ce prêtre de la Fraternité : « Ils sont mentalement malades, mais ils ont l’autorité. » Alors, que faire ? Que pouvons-nous faire avec de telles gens ? Qu’avons-nous en commun avec eux ? Rien, répond Mgr Lefebvre, c’est impossible.

Quand Mgr Lefebvre a pris la décision des consécrations, son esprit s’éclaircissait. Son esprit s’est éclairci de plus en plus. Il a lu Barbier, et Dörmann, et il a vu de plus en plus clair. Le résultat fut, de 1988 à 2000, douze années d’unité tranquille et de progrès pour la Fraternité   

Le fruit en fut le jubilé, un très beau jubilé, avec 6000 pèlerins venus du monde entier, dans les rues de Rome, les processions dans les rues de Rome, notre présence dans chacune des basiliques, un grand succès. Et alors le démon a commencé son travail. De 1988 à 2000, les romains utilisaient le bâton : excommuniés, excommuniés, excommuniés. Dans les rues de Rome une foule entière, calme et pieuse : « Le bâton ne fonctionne pas, les gars, nous ferions mieux de changer pour une carotte – toutes sortes de bêtises, des repas à six plats et des accolades… » Et tout est parti de là. Le changement du bâton à la carotte, douze nouvelles années, et la carotte, mon vieux, elle a marché. Oh que oui ! « Oh Monsignor Fellay, oh entrez, Excellence. Asseyez-vous. Qu’aimeriez-vous : un café ou un peu d’arsenic ? Oh, merveilleux Monsignor Fellay, oh, nous vous écoutons. Oh, comme vous êtes sage ! Oh, extraordinaire ! Savez-vous que nous pourrions vous faire cardinal ? » Douze ans et le coup est presque joué. Nous en sommes là. Je vous donne mon opinion. Je vous le répète, si vous souhaitez faire venir Mgr Fellay, qu’il s’assoie avec vous et vous donne son point de vue, tout à fait d’accord, pour ainsi parler, et si vous estimez qu’il a raison plus que moi, tout à fait d’accord. Faites votre propre jugement.