jeudi 31 janvier 2013

Mgr Lefebvre était-il libéral dans sa jeunesse ?

Mgr Lefebvre était-il libéral dans sa jeunesse ?



Suite à notre article sur la chasuble de l'abbé Lundi brodée aux armes de Benoît XVI, Martel, intervenant sur le forum Un évêque s'est levé, a été choqué parce que nous disions que Mgr Lefebvre était libéral dans sa jeunesse et qu'il avait été sauvé du libéralisme par le Père Le Floch, au séminaire français de Rome. 

Nous comprenons Martel car ce n'est pas une vérité très connue. Nous aurions dû donner davantage de références. Il faut toujours prouver ce qu'on affirme. Voici donc un extrait  de la biographie Marcel Lefebvre, de Mgr Tissier de Mallerais, p. 45 (bas)- 46 - 47 (haut). Ce serait sympathique qu'un membre du forum poste cette explication et cet extrait de Mgr Tissier de Mallerais sur le forum, pour rectifier l'inexactitude qui a été dite de bonne foi, certes, par Martel, mais qui pourrait nuire à Avec l'Immaculée si celle-ci n'était pas corrigée. Merci d'avance.

Voici donc cet extrait de Mgr Tissier de Mallerais :


p.45
Une révélation
Les expressions de reconnaissance, de vénération, d'affection envers son supérieur romain fuseront souvent à travers les paroles de Mgr Lefebvre, au cours de ses sermons ou de ses conférences spirituelles. Il se plaira à évoquer dans son sermon du jubilé, le 23 septembre 1979, « la haute direction du cher et révérend père Le Floch, père bien-aimé, père qui nous a appris à voir clair dans les événements de l'époque d'alors, en commentant les encycliques des papes 4. » « Je ne remercierai jamais assez le bon Dieu, dit-il, d'avoir permis que je connaisse cet homme vraiment extraordinaire.»
Mgr Lefebvre explique que l'enseignement du père Le Floch fut pour lui une « révélation » :

p. 46
« C'est lui qui nous a appris ce qu'étaient les papes dans le monde  et dans l'Église et ce qu'ils ont enseigné pendant un siècle et demi : l'antilibéralisme, l'antimodernisme, l'anticommunisme, toute la doctrine de l'Église sur ces sujets. Il nous a vraiment fait comprendre et vivre ce combat mené par les papes avec une absolue  continuité, pour tenter de préserver le monde et l'Église de ces fléaux qui nous oppressent aujourd’hui. Cela a été pour moi une révélation. »
En quoi fut-ce une révélation ? L'ancien élève du collège de Tourcoing nous l'explique clairement :
« Au cours de mes études je n'avais pas auparavant mesuré l'enjeu de ce combat de l'Église pour l'Église et la chrétienté1. » « Je me souviens (...) d'être arrivé au séminaire avec des idées qui n'étaient pas exactes, que j'ai réformées au cours de mon séminaire. Je croyais, par exemple, qu'il était tout à fait excellent que l'État fût séparé de l'Église. Eh oui ! J'étais libéral. »
Cet aveu déclenchait évidemment les rires des auditeurs, les séminaristes d'Écône : Monseigneur Lefebvre avait été libéral ! Et comment s'était opérée sa conversion intellectuelle ? Tout simplement, dit-il, « j'écoutais les conversations de mes confrères aînés. J'écoutais leurs réactions et surtout ce que mes professeurs et supérieur m'ont appris. Et je me suis aperçu que j'avais beaucoup d'idées fausses, en effet. (...) J'étais heureux d'apprendre la vérité, heureux d'apprendre que j'étais dans l'erreur, qu'il fallait que je change ma conception de certaines choses, et cela surtout en étudiant les encycliques des papes qui nous montraient, justement, toutes les erreurs modernes, ces magnifiques encycliques de tous les papes jusqu'à saint Pie X et au pape Pie  XI 2 . »
« Pour moi, insiste-t-il, ce fut une révélation totale. Et alors, naissait en nous tout doucement ce désir de conformer notre jugement  à celui des papes. Nous nous disions : Mais comment les papes ont-ils jugé les événements, les idées, les hommes, les choses de leur temps ? Et le père Le Floch nous montrait bien3 quelles avaient été les idées directrices de ces différents papes : toujours les mêmes, exactement les mêmes, dans leurs encycliques. Cela nous a montré (...) comment  il fallait juger l'histoire (...) et, du coup, cela nous est resté 4. »

p. 47
« Comment les papes ont jugé » : le souci constant de Mgr Lefebvre sera de s'inscrire dans la continuité des jugements des papes et de n'avoir aucune idée personnelle, mais d'être simplement fidèle à la « vérité de l'Église, celle qu'elle a toujours enseignée1 ».
On est toujours en état de croisade. Or l'Église avait toujours enseigné en combattant. « Le père Le Floch, dit Mgr Lefebvre, nous a fait entrer et vivre dans l'histoire de l'Église, dans ce combat que les forces perverses livraient contre Notre-Seigneur. Cela nous a mobilisés contre ce funeste libéralisme, contre la Révolution et les puissances du mal à l'œuvre pour renverser l'Église, le règne de Notre-Seigneur, les États catholiques, la chrétienté tout entière. » La majorité des séminaristes embrassaient ce combat, les autres ne restaient pas, explique aussi Mgr Lefebvre : « Il nous a fallu choisir : ou bien quitter le séminaire si nous n'étions pas d'accord, ou bien entrer dans le combat et marcher2. » Mais entrer dans ce combat, c'était s'y engager pour la vie : « Je pense que toute notre vie sacerdotale — et épiscopale — a été orientée par ce combat contre le libéralisme3.

Notes :
p. 45, note 4 - Fideliter n.  12, nov.  1979, p. 6.
p. 46 :
1 - Fideliter n. 59, septembre 1987, p. 32.
2 - COSPEC 36 A, 30 novembre 1976.
3 - Dans ses conférences spirituelles du soir, données de 19 h 05 à 19 h 30, en
alternance avec d'autres pères directeurs du séminaire.
4 - PHLH, 26.

p. 47 :
1 - COSPEC 36 A, 30 novembre 1976.
2 - Cf. Robert PRÉVOST, 1,165-166.
 3 - Fideliter n. 59, p. 32.