vendredi 7 décembre 2012

La Visibilité de l'Eglise et la situation actuelle - Mgr Marcel Lefebvre -



La Visibilité de l'Eglise et la situation actuelle
- Mgr Marcel Lefebvre -

Fideliter n° 66, nov.-déc. 1988



Nous publions ci-dessous de larges extraits de la conférence donnée par S. Exc. Mgr Lefebvre à Ecône le 9 septembre [1988], à l'issue de la retraite sacerdotale. Monseigneur y répond aux arguments théologiques de Dom Gérard développés dans sa déclaration publiée par le journal Présent le 18 août 1988 et en démontre la faiblesse.

Mes chers amis,
Je pense que vous qui êtes sortis des séminaires, qui êtes maintenant dans le ministère et qui avez voulu garder la tradition, vous avez la volonté d'être prêtres comme toujours, comme l'ont été les saints prêtres d'autrefois, tous les saints curés et les saints prêtres que nous avons pu connaître nous-mêmes dans les paroisses. Vous continuez, et vous représen­tez vraiment l'Eglise, l'Eglise catholique. Je crois qu'il faut vous convaincre de cela : vous représentez vraiment l'Eglise catholique.

L'EGLISE VISIBLE.
Non pas qu'il n'y ait pas d'Eglise en dehors de nous; il ne s'agit pas de cela. Mais ces derniers temps, on nous a dit qu'il était nécessaire que la Tradition « entre dans l'Eglise visible. » Je pense qu'on fait là une erreur très, très grave.
Où est l'Eglise visible ? L'Eglise visible se reconnaît aux signes qu'elle a toujours donnés pour sa visibilité : elle est une, sainte, catholique et apostolique.
Je vous demande : où sont les véritables marques de l'Eglise ? Sont-elles davantage dans l'Eglise officielle (il ne s'agit pas de l'Eglise visible, il s'agit de l'Eglise officielle) ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes. Il est clair que c'est nous qui gardons l'unité de la foi, qui a disparu de l'Eglise officielle. Un évêque croit à ceci, l'autre n'y croit pas, la foi est diverse, leurs catéchismes abominables comportent des hérésies. Où est l'unité de la foi dans Rome ?
Où est l'unité de la foi dans le monde ? C'est bien nous qui l'avons gardée. L'unité de la foi réalisée dans le monde entier c'est la catholicité. Or, cette unité de la foi dans le monde entier n'existe plus, il n'y a donc plus de catholicité pratiquement. Il y a bientôt autant d'Eglises catholiques que d'évêques et de diocèses. Chacun a sa manière de voir, de penser, de prêcher, de faire son catéchisme. Il n'y a plus de catholicité.
L'apostolicité ? Ils ont rompu avec le passé. S'ils ont fait quelque chose, c'est bien cela. Ils ne veulent plus de ce qui s'est passé avant le Concile Vatican II. Voyez le motu proprio du Pape nous condamnant, il dit bien : « la Tradition vivante, c'est Vatican II ». Il ne faut pas se reporter avant Vatican II, cela ne signifie rien. L'Eglise porte la Tradition avec elle de siècle en siècle. Ce qui est passé est passé, disparu. Toute la Tradition se trouve dans l'Eglise d'aujourd'hui. Quelle est cette Tradition ? A quoi se rattache-t-elle ? Comment se rattache- t-elle au passé ?
C'est ce qui leur permet de dire le contraire de ce qui s'est dit autrefois, tout en prétendant garder à eux seuls la Tradition. C'est ce que nous demande le Pape : de nous soumettre à la « Tradition vivante. » Nous aurions un mauvais concept de la Tradition, parce qu'elle est vivante et donc évolutive. Mais, c'est l'erreur moderniste : le saint Pape Pie X, dans l'encyclique « Pascendi », condamne ces termes de « tradition vivante, Eglise vivante, foi vivante », etc, dans le sens où les modernistes l'entendent, c'est-à-dire de l'évolution qui dépend des circonstances historiques. La vérité de la Révélation, l'explication de la Révélation, dépendraient des circonstances historiques.
L'apostolicité : nous, nous sommes rattachés aux Apôtres par l'autorité. Mon sacerdoce me vient des Apôtres ; votre sacerdoce vous vient des Apôtres. Nous sommes les fils de ceux qui nous ont donné l'épiscopat. Notre épiscopat descend du saint Pape Pie V et par lui nous remontons aux Apôtres. Quant à l'apostolicité de la foi, nous croyons la même foi que les Apôtres. Nous n'avons rien changé et nous ne voulons rien changer.
Et puis, la sainteté. On ne va pas se faire des compliments ou des louanges. Si nous ne voulons pas nous considérer nous-mêmes, considérons les autres et considérons les fruits de notre apostolat, les fruits des vocations, de nos religieuses, des religieux et aussi dans les familles chrétiennes. De bonnes et saintes familles chrétiennes germent grâce à votre apostolat. C'est un fait, personne ne le nie. Même nos visiteurs progressistes de Rome ont bien constaté la bonne qualité de notre travail. Quand Mgr Perl disait aux sœurs de Saint- Pré et aux sœurs de Fanjeaux que c'est sur des bases comme les leurs qu'il faudra reconstruire l'Eglise, ce n'est tout de même pas un petit compliment.
Tout cela montre que c'est nous qui avons les marques de l'Eglise visible. S'il y a encore une visibilité de l’Eglise aujourd'hui, c'est grâce à vous. Ces signes ne se trouvent plus chez les autres. Il n'y a plus chez eux d'unité de la loi, or c'est la foi qui est la base de toute visibilité de l'Eglise
La catholicité, c'est la foi une dans l'espace. L'apostolicité c'est la foi une dans le temps et la sainteté c'est le fruit de la foi, qui se concrétise dans les âmes par la grâce du Bon Dieu, par la grâce des sacrements. Il est tout à fait faux de nous considérer comme si nous ne faisions pas partie de l'Eglise visible. C'est invraisemblable. C'est l'Eglise officielle qui nous rejette, mais pas nous qui rejetons l'Eglise, bien loin de là. Au contraire, nous sommes toujours unis à l'Eglise Romaine et même au Pape bien sûr, au successeur de Pierre. Je pense qu'il faut que nous ayons cette conviction pour ne pas tomber dans les erreurs que l'on est en train de répandre maintenant.

SORTIR DE L'EGLISE ?
Bien sûr, on pourra nous objecter : « Faut-il obligatoirement sortir de l'Eglise visible pour ne pas perdre son âme, sortir de la société des fidèles unis au Pape ? ».
Ce n'est pas nous, mais les modernistes qui sortent de l'Eglise. Quant à dire « sortir de l'Eglise VISIBLE », c'est se tromper en assimilant Eglise officielle et Eglise visible.
Nous appartenons bien à l'Eglise visible, à la société des fidèles sous l'autorité du Pape, car nous ne récusons pas l'autorité du Pape, mais ce qu'il fait. Nous reconnaissons bien au Pape son autorité, mais lorsqu'il s'en sert pour faire le contraire de ce pourquoi elle lui a été donnée, il est évident qu'on ne peut pas le suivre.
Sortir, donc, de l'Eglise officielle ? Dans une certaine mesure, oui, évidemment. Tout le livre de M. Madiran « L'Hérésie du XXe siècle » est l'histoire de l'hérésie des évêques. Il faut donc sortir de ce milieu des évêques, si l'on veut ne pas perdre son âme.
Mais cela ne suffit pas, car c'est à Rome que l'hérésie est installée. Si les évêques sont hérétiques (même sans prendre ce terme au sens et avec les conséquences canoniques), ce n'est pas sans l'influence de Rome.
Si nous nous éloignons de ces gens-là, c'est absolument comme avec les personnes qui ont le SIDA. On n'a pas envie de l'attraper. Or, ils ont le SIDA spirituel, des maladies contagieuses. Si l'on veut garder la santé, il faut ne pas aller avec 'eux.
Oui, le libéralisme et le modernisme se sont introduits au Concile et à l'intérieur de l'Eglise. Ce sont des idées révolutionnaires et la Révolution, que l'on trouvait dans la société civile, est passée dans l'Eglise. Le cardinal Ratzinger ne s'en cache d'ailleurs pas : ils ont adopté des idées, non d'Eglise, mais du monde et ils estiment devoir les faire entrer dans l’Eglise.
Or, les autorités n'ont pas changé d'un iota leurs idées sur le Concile, le libéralisme et le modernisme. Ils sont anti-Tradition, la Tradition telle que nous l'entendons et que l'Eglise la comprend. Cela n'entre pas dans leur concept. Le leur étant d'un concept évolutif, ils sont donc contre cette Tradition fixe dans laquelle nous nous-tenons. Nous estimons que tout ce que nous enseigne le catéchisme, nous vient de Notre Seigneur et des Apôtres et qu'il n'y a rien à y changer. C'est clair. Les trois parties du catéchisme nous viennent de Notre Seigneur. Pourquoi en changer ? Nous ne pouvons pas les faire évoluer. Le Credo, les commandements de Dieu, les moyens de nous sauver, les sacrements, le Saint-Sacrifice de la messe et la prière, tout cela nous vient de Notre Seigneur directement. Tout cela, c'est notre catéchisme, qui nous est donné en général avec notre baptême, qui nous est mis entre les mains. C'est notre charte depuis que Notre Seigneur a voulu que tout le monde soit baptisé, que tout le monde adopte le Credo, le Décalogue, les sacrements qu'Il a institués, ainsi que le Saint-Sacrifice de la messe et les prières. Pour eux, non, tout cela évolue et a évolué avec Vatican II. Le terme actuel de l'évolution, c'est Vatican II. C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous lier avec Rome. Nous aurions pu, si nous étions arrivés à nous protéger complètement comme nous l'avions demandé. Mais ils n'ont pas voulu. Ils ont refusé les membres que nous demandions dans la Commission, ils ont refusé le nombre d'évêques que nous demandions, refusé le nombre d'évêques que je leur présentais. C'était clair : ils ne voulaient pas que nous soyons protégés. Ils veulent nous avoir sous leur coupe directement et pouvoir nous imposer justement cette politique anti-Tradition dont ils sont imbus.

ROME N'A PAS CHANGE.
Un exemple nous montre que rien n'est changé dans l'esprit des Romains : le 1er mai, à Venise s'est tenu un congrès très important sur la liberté religieuse dans les actuelles situations politiques. Il était dirigé par le Recteur de l'Université du Latran, Mgr Pierre Rossano, réputé pour ses idées très libérales et Mgr Pavan, qui est, lui, l'auteur pratique­ment de tous les documents sociologiques publiés depuis le Pape Jean II, tous les documents qui regardent la société. Les encycliques des Papes Jean XXIII, Paul VI et Jean- Paul II ont été pratiquement rédigées par lui. C'est le grand homme dans la pensée du Vatican.
Ce sont ces deux prélats qui ont fait et dirigé cette réunion de Venise sur la liberté religieuse dans les situations politiques. Il est très intéressant de noter ce qu'ils disent au sujet de la liberté religieuse : « Changement de conception de la liberté religieuse. » Ils ne s'en cachent pas. Ils parlent des influences de la deuxième guerre mondiale. Ils cherchent des motifs éloignés : déjà sous Pie XII se réalise une prise de conscience de la liberté religieuse, réalisée dans la tragédie de la seconde guerre mondiale. Cela a permis, pour user d'une phrase stéréotypée, LE PASSAGE DU DROIT DE LA VERITE AU DROIT DE LA PERSONNE.
Examinons cela un peu plus. Le droit de la vérité nous enseigne qu'il y a la liberté de la vraie religion, mais que l'homme n'a pas la liberté de choisir sa religion, de choisir la vérité. Nous sommes faits et créés avec une intelligence et une volonté libre sans doute, mais cette liberté ne doit servir qu'à adhérer à la vérité et non à autre chose. Car un lien fondamental, essentiel, unit la liberté et la vérité. Rompre ce lien pour dire : à partir de maintenant, nous avons compris qu'il ne s'agit plus de lier la liberté à la vérité, mais la liberté à la nature humaine, c'est une erreur fondamentale. Notre nature elle-même, avec l'intelligence et la volonté, est faite pour adhérer à la vérité. Alors que maintenant, et les auteurs du Congrès de Venise l'écrivent dans leur rapport, on supprime le droit de la vérité, ce lien qui unit le sujet par nature à la vérité, pour le remplacer par un droit de la personne, un droit entièrement indépendant. Ce droit serait fondé sur la nature, mais considérée dans sa dignité de sujet libre, c'est-à-dire autonome et sans lien. Et les auteurs précisent que cela doit être particulièrement vrai en matière religieuse qui traite de l'orientation de la vie. C'est effrayant. Comme si l'on pouvait changer les choses aussi profondes dans la nature. Dieu nous a créés comme cela pour la vérité, il ne nous a pas donné la liberté pour aller à l'erreur. Ce n'est pas possible. Nous n'avons pas le droit à l'erreur. Or, pratiquement, c'est ce à quoi revient le droit à la liberté religieuse : permettre à la nature de choisir librement sa vérité, c'est lui donner un droit à l'erreur.
Et tous les Etats devraient accepter cela, sans s'y opposer dans les limites de l'ordre public. Mais l'ordre public, c'est très large Ces sociétés devraient accepter l'œcuménisme, la laïcisation des Etats, la liberté des cultes. Elles devraient reconnaître pour directives tout ce que l'homme peut sortir de son propre fond, les idées qu'il peut avoir, les concepts religieux qu'il se forge lui-même.
Depuis que la liberté religieuse a été affirmée, ils réaffirment ce principe absolument révolutionnaire de la Déclaration des Droits de l'Homme. C'est vraiment un principe satanique : « non serviam ». « Je ne veux pas servir », je ne veux pas être soumis à la vérité. Mais si, le Bon Dieu nous impose une vérité, c'est ainsi. « Celui qui ne croira pas sera condamné ». Qu'il y ait la tolérance, après, parce que les gens se trompent... mais le principe de la liberté n'existe pas et ne peut pas exister.
Je tenais à vous le dire pour que l'on voie bien que Rome n'a changé en rien. Ce n'est pas une accusation en l'air, mais ressort du rapport officiel de la réunion de Venise, et cela tout récemment : le 1er mai. Le recteur de l'Université du Latran, c'est la tête de toute la formation universitaire de l'Eglise de Rome. Ce sont des représentants officiels de Rome. Et voilà ce qu'ils réaffirment. Il n'y a rien de changé. Nous ne pouvons pas suivre des gens comme cela. Ce sont absolument des erreurs graves, profondes.
Quoiqu'il arrive, nous devons continuer comme nous le faisions, et le Bon Dieu nous montre qu'en suivant cette voie, nous faisons notre devoir. Nous ne nions pas l'Eglise Romaine. Nous ne nions pas son existence, mais nous ne pouvons pas en suivre les directives. Nous ne pouvons pas en suivre les principes depuis le Concile. Nous ne pouvons pas nous lier.
Je me suis aperçu de cette volonté de Rome de nous imposer leurs idées et leur manière de voir. Le cardinal Ratzinger me disait toujours « Mais Monseigneur, il n'y a qu'une Eglise, il ne faut pas faire une Eglise parallèle ». Quelle est cette Eglise pour lui ? L'Eglise conciliaire, c'est clair. Quand il nous a dit explicitement : « Evidemment, si on vous accorde ce protocole, quelques privilèges, vous devrez accepter aussi ce que nous faisons ; et par conséquent, dans l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet il faudra dire une messe nouvelle aussi tous les dimanches, » vous voyez bien qu'il voulait nous ramener à l'Eglise conciliaire. Ce n'est pas possible, car il est clair qu'ils veulent nous imposer ces nouveautés pour en finir avec la Tradition. Ils n'accordent rien par estime de la liturgie traditionnelle, mais simplement pour tromper ceux à qui ils le donnent et diminuer notre résistance, enfoncer un coin dans le bloc traditionnel pour le détruire. C'est leur politique, leur tactique consciente. Ils ne se trompent pas et vous connaissez les pressions qu'ils exercent. Parmi vous, certains ont déjà été pressentis par l'évêque ou par celui-ci ou par celui-là pour quitter la Tradition. Ils font des efforts considérables partout.
Les sœurs de Saint-Pré ont été visitées par le Père Philippe qui a essayé de les endoctriner. Mais il s'est fait bien recevoir, je vous l'assure ! L'évêque de Carcassonne a fait des offres d'amitié et de compréhension aux sœurs de Fanjeaux avec notre Père Pozzera. Il s'est fait bien remettre en place aussi. Mais ils continuent. Ils reviendront. Le Père Innocent-Marie m'a téléphoné récemment qu'il avait été l'objet de pressions de la part de l'évêque d'Angers. Ils ne cesseront pas maintenant d'essayer de nous avoir. C'est vraiment incroyable cette guerre à la Tradition.
Mais le Bon Dieu ne permettra pas que nous disparaissions. Après les sacres, je m'attendais quand même à une certaine diminution de pratique dans nos paroisses, 25 % peut-être, et puis ce serait revenu tout doucement après. Mais sous le choc, avec les grands titres : « Excommunication, schisme, rupture, etc. », (les journaux en profitent, ça les fait vendre), je disais : certains vont avoir peur et ne plus suivre. Mais voyez, le Bon Dieu a bien montré que les gens ont du bon sens et, au contraire, on n'a jamais vu tant de monde dans nos paroisses et dans nos centres. Il y a afflux considérable partout. C'est quand même consolant.
Nos vocations auraient pu diminuer, elles ont plutôt augmenté. Par exemple, nos sœurs de Saint-Michel-en Brenne, qui depuis quelques années étaient un peu peinées de recevoir peu de vocations, en ont dix cette année, ce qu'elles n'ont presque jamais eu. On a des preuves comme cela de la bénédiction du Bon Dieu, certainement bénédiction des sacres. Mère Marie-Jude m'écrit : « Ça, c'est le résultat des sacres, Monseigneur ! ».
Je crois, et vous le savez mieux que moi, puisque vous êtes plus en contact que moi avec le peuple fidèle, qu'une grâce particulière a été donnée, d'une nouvelle ferveur, de nouveaux désirs de se donner à la Tradition, grâce consolante, et certainement encoura­geante. Remercions le Bon Dieu qui nous bénit et continuons tout simplement.
Je pense qu'il faut peut-être prendre garde d'éviter tout ce qui pourrait manifester, par des expressions un peu trop dures, notre désapprobation de ceux qui nous quittent. Ne pas les affubler d'épithètes qui peuvent être prises un peu comme injurieuses. Cela ne nous sert à rien, au contraire je crois. Personnellement, j'ai toujours cette attitude vis-à-vis de tous ceux qui nous ont quitté - et Dieu sait s'il y en a eu au cours de l'histoire de la Fraternité ; l'histoire de la Fraternité, c'est presque l'histoire des séparations - j'ai toujours pris comme principe : plus de relations, c'est fini. Ils nous quittent, ils vont vers d'autres pasteurs, d'autres bergers : plus de relations. Aussi bien ceux qui sont partis comme « sédévacantistes », que ceux qui sont partis parce que nous n'étions pas assez papistes, tous ont essayé de nous entraîner dans une polémique. Je n'ai jamais répondu un mot. Je prie pour eux, c'est tout.
Comme cela, aucun d'eux ne peut sortir une lettre d'un tiroir en disant : « Voilà comment Monseigneur m'a traité, voilà ce qu'il m'a dit. » Parce que le seul fait d'écrire, peut les amener à prétendre : « Voyez, je suis d'accord avec Mgr Lefebvre, il m'a encore écrit il y a huit jours. » Il faudrait presque tout de suite les dénoncer ; « J'ai écrit, mais je n'ai pas dit que j'étais d'accord. » Et puis, on recommence une lettre, d'où polémique. On ne peut pas mettre le doigt dans cet engrenage. Qu'on les laisse. Je crois qu'il n'y a rien de tel pour les faire réfléchir et les ramener éventuellement à nous... Il n'y en a pas beaucoup qui sont revenus à nous... En tout cas, ils ne peuvent pas dire que l'on a été désagréables vis-à-vis d'eux ou qu'on leur a fait du tort. Je pense que c'est la meilleure des méthodes, sauf quand il y a des affirmations absolument mensongères. Qu'on fasse alors paraître un communi­qué pour rectifier, comme l'a fait M. le Supérieur Général pour la Déclaration de Dom Gérard. C'est normal. Mais je peux dire que si l'on instaure des correspondances; on peut continuer indéfiniment et alors on en arrive facilement, malheureusement, à dire des choses qu'après l'on regrette un peu d'avoir dites, ou qui ne sont pas charitables.