lundi 26 novembre 2012

Vertige hégélien dans la Fraternité saint Pie X


Vertige hégélien dans la Fraternité saint Pie X

Par Michael
 
Hegel


Thèse

La thèse est formulée dans la Déclaration du Chapitre de la FSSPX de 2006 : il n’y aura pas d’accord entre la FSSPX et la Rome concilaire sans accord doctrinal, c’est-à-dire sans la conversion de la Rome concilaire. Les contacts que la Fraternité « entretient épisodiquement avec les autorités romaines ont pour seul but de les aider à se réapproprier la Tradition que l’Église ne peut renier sans perdre son identité, et non la recherche d’un avantage pour elle-même, ou d’arriver à un impossible “accord” purement pratique. Le jour où la Tradition retrouvera tous ses droits, le problème de la réconciliation n’aura plus de raison d’être et l’Église retrouvera une nouvelle jeunesse ».

Antithèse

Elle est formulée dans la Déclaration du Chapitre de la FSSPX de 2012 :

« Nous avons défini et approuvé des conditions nécessaires pour une éventuelle normalisation canonique. » La circulaire Thouvenot du 18/07/12 explicite : « Condition n°1 sine qua non que la Fraternité s'impose et qu'elle réclame des autorités romaines avant d'envisager une reconnaissance canonique : Liberté de garder, transmettre et enseigner la saine doctrine du Magistère constant de l’Eglise et de la Vérité immuable de la Tradition divine ; liberté de défendre, corriger, reprendre, même publiquement, les fauteurs d'erreurs ou nouveautés du modernisme, du libéralisme, du concile Vatican II et de leurs conséquences ».

La nouvelle ligne est donc d’envisager un accord pratique qui consiste à obéir au pape en conservant la liberté de désobéir aux "fauteurs d’erreurs". Qui sont ces "fauteurs d’erreurs" ? Sûrement pas le pape, puisque l’accord se fait avec lui : on ne peut pas se mettre sous l’autorité exclusive du pape dans une prélature personnelle et demander en même temps la liberté de le critiquer publiquement ! Cela n’aurait pas de sens, ce serait illogique et grotesque ! L’antithèse proposée par le Chapitre 2012 est donc qu’un accord pratique est possible car le pape est d'esprit traditionnel, maintenant.

Synthèse


Des voix se sont élevées pour dénoncer cette antithèse. Dès lors, Mgr Fellay dans des sermons récents ou Mgr de Galarreta, à Villepreux, vont faire la synthèse. Le 13 octobre 2012, à Villepreux, Mgr de Galarreta fait une conférence dans laquelle il résout la crise de la FSSPX : la thèse de 2006 et l’antithèse de 2012 disent la même chose. « Donc mise à part cette discussion extrêmement importante et riche, nous avons établi les conditions qui pourraient permettre d’envisager hypothétiquement une normalisation canonique. Et si vous réfléchissez bien, ce qui a été fait, c’est justement de prendre toute la question doctrinale, liturgique… et elle a été mise comme une condition pratique. » C'est un tour de passe-passe car il s'agit bien d'un accord pratique sans conversion de Rome et cela, c'est la ruine de la Fraternité. Vous pouvez relire l' analyse de InDominoSperavi si besoin.

Post -synthèse

La synthèse n’ayant convaincu personne, on voit apparaître une post-synthèse consistant à dire que ce qui est écrit n’est plus écrit et qu’il ne faut pas lire ce qui est marqué.



Sur la distinction entre les conditions sine qua non et les conditions souhaitables, les opinions sont libres dans la FSSPX :


Vous avez le choix entre :

- les conditions écrites et envoyées à Rome, qui distinguent précisément 3 conditions sine qua non et 3 conditions souhaitables.

- la proposition de Mgr de Galarreta : « nous avons vu, assez rapidement après, que ces distinctions entre conditions sine qua non et conditions souhaitables n’étaient pas très justes, n’étaient pas souhaitables, non. Et en fait pour nous parmi les conditions que nous avons mis comme souhaitables, il y a des conditions sine qua non aussi »

- la proposition de Mgr Fellay à Ecône dans sa conférence (confidentielle) du 7 septembre 2012. Il indique que les six conditions de la lettre circulaire de l’abbé Thouvenot ne devraient plus être divisées en conditions sine qua non et conditions souhaitables. Toutes devraient devenir des conditions sine qua non.

- l'avis de M. l’abbé Schmidberger : dans son interview du 18 septembre 2012, dix jours après la conférence d’Ecône, il s’est empressé de remettre les choses au point, sans avoir l’air d’y toucher. Il faut rester aux 3 conditions sine qua non du Chapitre : « Je pense que nous pourrions nous concentrer sur ces éléments importants qu’il nous faut absolument demander à Rome dans le cas d’une normalisation. Ces éléments peuvent être formulés en trois points. »


Sur la question de l’exemption de la FSSPX de la tutelle des évêques diocésains, les opinions sont libres dans la FSSPX :


Vous avez le choix entre :

- la condition écrite et envoyée à Rome prise à la majorité du chapitre général : « Condition souhaitable [ndlr : donc pas obligatoire] n°2 : Exemption des maisons de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X par rapport aux évêques diocésains ».

- l’avis oral de Mgr de Galarreta : « Nous sommes tous d’accord, dans la Fraternité, qu’il faut demander […] l’exemption des évêques. »

- l’avis de DICI qui censure Mgr de Galarreta sur cette question (voir la transcription du script et l’article de InDominoSperavi)


Sur la question du nombre des évêques traditionnels, les opinions sont libres dans la FSSPX :

Vous avez le choix entre :

- la  Condition sine qua non n°3 envoyée à Rome : « Garantie d'au moins un évêque. »

- l’avis d’un des trois évêques, Mgr de Galarreta  « Ensuite dans les conditions sine qua non, il y a garantie d’au moins un évêque. Vous voyez, je vous disais, voilà, ça c’est pas parfait. Mais en fait, nous sommes tous d’accord, dans la Fraternité, qu’il faut demander plusieurs évêques auxiliaires »


C’est formidable, au chapitre général la majorité des dirigeants de la Fraternité sont d’accord pour au moins un évêque, et par ailleurs, d’après Mgr de Galarreta, ils sont également tous d’accord pour plusieurs évêques. Si ce n’est pas une post-synthèse !



Il y a donc des divisions au sein des accordistes : ceux qui veulent amender les six conditions et ceux qui veulent s’en tenir au texte initial. On peut noter qu’il n’y a plus aucune unité de vue dans la Fraternité St Pie X. Depuis cette crise, chacun adopte un discours différent.


Quelle est la position de la FSSPX ?

Nous ne le savons pas. Menzingen le sait-il ? La seule certitude est qu’un accord pratique sans conversion de Rome est souhaitable et désirable : l’Eglise souffre tant, elle a tant besoin de nous.

Quelle est la position de la FSSPX ? Allez voir votre prieur, il vous donnera un avis encore différent, cela vous tranquillisera.

Quelle proposition est faite à Rome ?

Nous ne risquons pas de le savoir, les documents étant secrets. Rendez-vous compte : "les six conditions" n’ont toujours pas été portées officiellement à la connaissance des prêtres et des fidèles. Nous travaillons sur une lettre de l’abbé Thouvenot destinée aux Supérieurs, lettre qui a fuité sur Internet et que les fidèles ne sont pas censés connaître. On a fait l’hypothèse que ce document était authentique puisque Mgr de Galarreta à Villepreux commente aussi en public cette même fuite.

Une seule opinion n’est pas libre dans la FSSPX

Exclusion pour ceux qui prêchent la thèse du Chapitre général de la FSSPX de 2006. Cette thèse est dorénavant interdite en raison de ses connotations sédévacantistes.


Conclusion

L’équilibre sur la ligne de crête est un numéro d’’équilibriste qui ne convainc pas. La dialectique hégélienne a donné le vertige aux Supérieurs de la Fraternité. Or, avoir le vertige quand on se trouve sur la corde raide, c’est se mettre volontairement dans une situation périlleuse, ce n’est pas catholique. Autrement dit, et mieux dit, selon les paroles mêmes de Notre-Seigneur, « Que votre oui, soit oui, que votre non soit non : tout le reste vient du démon. »