mercredi 21 novembre 2012

Similitude entre la pensée de l'abbé Philippe Laguérie et les pensées de Mgr Fellay et de l'abbé Pfluger


Similitude entre la pensée de l'abbé Philippe

Laguérie et les pensées de Mgr Fellay et de

l'abbé Pfluger

                              par des fidèles de la Fraternité

Nous remercions chaleureusement ces fidèles pour ce bon article.




L'abbé Laguérie a donné une interview à Monde & Vie (Propos recueillis par Claire Thomas - 20 octobre 2012

Certaines réponses de l’abbé Laguérie se rapprochent "doctrinalement" de l'actuelle pensée de Mgr Fellay et de la hiérarchie de la Fraternité. Nous avons donc fait une comparaison entre les propos de l’abbé Laguérie et certains passages de deux sermons de Mgr Fellay, celui du 2 septembre 2012 et celui du 1er novembre 2012, ainsi que des passages de l’entretien au Kirchliche Umschau de l’abbé Pfluger d’octobre 2012. La similitude de pensée entre ces trois personnes est frappante.

Article de Monde &Vie :

Introduction de Claire Thomas : L’abbé Laguérie, ancien curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet pour la Fraternité SaintPie-X, fondateur il y a six ans à Rome de l’Institut du Bon Pasteur et exerçant en ce moment par la volonté de la Commission Ecclesia Dei au Vatican la charge de supérieur général par interim de cet Institut, est bien connu pour son franc-parler. Nous lui avons demandé si les problèmes que rencontre son Institut aujourd’hui ne sont pas révélateurs d’un malaise diffus dans le monde traditionaliste.

Claire Thomas : M. l’abbé, l’IBP est aujourd’hui un Institut divisé. Comment expliquez-vous ces secousses ?

Abbé Philippe Laguérie : L’institut que j’ai fondé il y a six ans (8 septembre 2006) avec quatre confrères repose sur deux fondements, qu’on n’avait jamais conciliés jusque-là : une reconnaissance romaine explicite (avec les exigences de respect et de fidélité qu’elle entraîne avec soi) et une fidélité exhaustive à la Tradition dogmatique et liturgique de l’Eglise romaine. Le pari était audacieux, surtout si l’on songe que le discours du pape du 22 juillet 2005 à la Curie venait à peine d’être prononcé et que nous avons même anticipé le Motu Proprio Summorum Pontificum d’une année. Il n’empêche que, comme partout dans la situation actuelle de ceux qu’on a baptisés « traditionalistes » (comme si tout chrétien ne l’était pas, la Tradition étant l’une des deux sources de la Foi) il se produit un tiraillement entre la dose de romanité et celle de tradition qu’on met dans son cocktail ! Mon pari de 2006, c’est qu’il n’y a plus à choisir. Il faut tenir les deux bouts de la chaîne, comme entre la grâce efficace et la liberté humaine ! Ce pari dit justement que c’est possible et je le mènerai jusqu’au bout.

Comparaison avec Mgr Fellay
sermon du 2 septembre 2012

 « D’un côté comme de l’autre, le seul moyen d’être dans la vérité c’est de prendre les deux bouts. Même si on ne sait pas trop comment on arrive à les faire tenir ensemble. Mais du moment qu’on veut aller trop d’un côté ou de l’autre, on ne peut plus garder cet équilibre entre les deux. Et l’on glisse dans l’erreur.  Cette situation n’est pas facile. »
C’est le fameux « équilibre sur la ligne de crête ».

Article de Monde &Vie :

Claire Thomas : On connaît les difficultés – moins graves mais préoccupantes – que traverse la Fraternité Saint Pie-X, alors que quelques prêtres ont cru bon de refonder une autre « Fraternité Saint-Pie-X », pour pouvoir continuer sous le même pavillon en cas d’accord avec Rome. Vous semble-t-il que le mouvement traditionaliste est atteint d’un syndrome diviseur ?

Abbé Philippe Laguérie : (…) Dans une SVA (Société de Vie Apostolique) de droit pontifical, il est aisé de comprendre, sauf folie incurable, que le respect de Rome y est, non pas important, mais constitutif. Tandis que la Fraternité saint Pie-X devrait connaître autant de divisions qu’il y a de sensibilités en son sein, tant que tous n’auront pas compris que la Tradition est romaine ou n’est pas. L’actuel syndrome du groupuscule « Chazal » (qui annonce sa rupture dès la signature d’un accord) est caractéristique. Jusqu’à présent, avaient quitté la Fraternité par vagues successives les seuls sédévacantistes. Aujourd’hui, la seule perspective d’une reconnaissance romaine dresse ces prêtres contre l’autorité reconnue de Mgr Fellay. Il est à craindre chez eux des vagues répétitives. Oui, les traditionalistes, toutes tendances confondues, doivent intégrer le respect de Rome, au plus vite, sous peine de disparition sectaire.


Comparaison avec l'abbé Niklaus Pfluger
Entretien avec Kirchliche Umschau : octobre 2012

« Chez quelques-uns [les membres de la Fraternité qui refusent un accord pratique avec Rome] la longue durée de la séparation a pu conduire à des confusions théologiques. Fondamentalement ces gens opposent la foi au droit, et agissent, comme si l’union avec le pape, sa primauté n’étaient qu’une question de droit secondaire. C’est un grand danger qui se manifeste lorsque la légitimité du pape est séparée de la foi, et vue comme quelque chose de purement juridique. C’est finalement une vision protestante de l’Eglise. L’Eglise est visible. La Papauté est du domaine de la Foi. Nous aussi, catholiques fidèles à la Tradition, souffrons – en un double sens – de la crise. Nous participons à cette crise, même si c’est, à mon avis, d’une tout autre et bien meilleure manière. L’obligation d’œuvrer activement pour surmonter la crise, ne peut être contestée. Et cette œuvre commence chez nous, en voulant surmonter notre état canonique anormal. »


Article de Monde &Vie :

Claire Thomas : Que préconisez-vous pour votre Institut ? Vous êtes aujourd’hui candidat à votre propre succession, lors d’un chapitre général à organiser… Avez-vous un programme ?

Abbé Philippe Laguérie : La tradition est assez forte aujourd’hui et Rome suffisamment bienveillante pour que s’établisse une sainte harmonie. J’ai la conviction, sans laquelle je ne serais pas monté à Rome en 2006, que jamais depuis le concile, nous n’avons possédé une telle liberté « de nous mouvoir dans le bien ». Nous avons une marge de manœuvre considérable et qui va grandir encore. Tout est négociable. En matière liturgique, par exemple, j’ai quelques (trop) jeunes confrères qui ignorent que le rite « propre » ou exclusif c’est la même chose. Ils ont dû faire un peu vite, ou pas du tout, leur logique matérielle ! Qu’ils ouvrent donc le dictionnaire: ils y apprendront que le propre est « Ce qui appartient de manière exclusive à (…) un groupe » (Robert). [ndlr : ces trois dernières phrases sont catastrophiques et en même temps très intéressantes pour nous : jusqu’à présent,  l’abbé Laguérie était considéré comme un « tradi » intransigeant tout en étant reconnu par Rome. On voit à présent qu’il joue sur les mots et commence à glisser vers la compromission. Il semble bien qu’il s’apprête à obéir aux injonctions de Mgr Pozzo, qui, lui, ne joue pas sur les mots en proposant cette distinction. C’est le même glissement inévitable qui nous attend si nous nous rallions à la Rome moderniste.]


Comparaison avec Mgr Fellay 
sermon du 2 septembre 2012

« Actuellement je suis vraiment persuadé que le pape veut reconnaître la Fraternité. »
[ndlr : nous en sommes persuadés également. Mais tandis que Mgr Fellay prête au pape de bonnes intentions charitables, nous pensons, nous, à la suite de Monseigneur Lefebvre (1), que c’est pour mieux faire disparaître notre identité que le pape veut cette reconnaissance.]


Comparaison avec l’abbé Niklaus Pfluger 
Kirchliche Umschau : entretien avec l'abbé Niklaus Pfluger, octobre 2012

 « Notre influence pénètre profondément dans l’Eglise, et précisément dans les milieux qui ont un avenir. » 

Article de Monde &Vie :

Claire Thomas : Que souhaiteriez-vous aujourd’hui aux prêtres de la Fraternité Saint Pie-X ?
Abbé Ph. L. : « Aux prêtres de la Fraternité je dis qu’il faut une metanoia radicale. [ndlr : metanoia : repentance, pénitence, changement de mentalité] L’ostracisme dans lequel ils tiennent, sous ordre hiérarchique, tous leurs confrères n’est pas catholique. Il est urgent qu’ils s’acclimatent à la distinction entre le personnel et les errances dudit personnel. Nombre d’entre eux souffrent de cet état de chose, mais le consensus collectif est si fort qu’à vouloir le briser… on briserait la Fraternité. On fait gorges chaudes du conseil que j’ai donné un jour, sur le quai de la gare Montparnasse, à M. l’abbé de Cacqueray de ne pas signer avec Rome. Qu’on me comprenne bien: il s’agissait de procéder avant à la conversion (morale) de la Fraternité et non point d’exiger la conversion (dogmatique) de Rome. »
[ndlr : l’abbé Laguérie est donc complètement rallié à la Rome actuelle qui n’a pas besoin, selon lui, de se convertir dogmatiquement. Il faut relire «l'étrange théologie de Benoît XVI ».]

Comparaison avec Mgr Fellay 
sermon du 2 septembre 2012

« Ces évêques qui nous racontent toutes sortes d’hérésies, comment est-ce qu’ils peuvent nous donner la foi ? Eh oui ! (…) C’est de foi, c’est absolument certain que la foi et la grâce, que chacune des grâces que nous recevons par les sacrements, nous les recevons de l’Eglise. Et encore une fois, cette Eglise est très concrète, il ne faut pas en faire une abstraction, elle est réelle ! Et nous en faisons partie. »

Article de Monde &Vie :

Claire Thomas : 50 ans après beaucoup de jeunes ont oublié qu’il y a eu un Concile. Que représente Vatican II pour vous ?
Abbé Philippe Laguérie : « Vatican II ? J’attends sa réception, à commencer par la mienne. Dès qu’on m’aura expliqué, authentiquement de préférence, si les chapitres I (L’Eglise Catholique) et 2 (Le peuple de Dieu) de Lumen Gentium sont adéquats; ou encore ce que peut bien vouloir dire le chapitre I de Dignitatis Humanae, on en reparle, promis. La vingtaine des évêques que j’ai personnellement interrogés ne savait pas. Alors, si vous permettez… Les jeunes ignorent le bonheur qu’il y a parfois d’ignorer. »

Comparaison avec Mgr Fellay 
sermon du 2 septembre 2012
Monseigneur Fellay se remet à critiquer la Concile depuis quelques temps, pour essayer de regagner notre confiance :
« Car nous l’avons toujours dit, nous ne pouvons pas d’un coup affirmer que ce Concile est bon. Cela ne va pas. L’expérience quotidienne, ces cinquante dernières années de la vie de l’Eglise que nous avons devant les yeux, disent le contraire (…) Tout ce désastre a été fait au nom du Concile. Toutes ces réformes ont été faites dans l’esprit du Concile, en son nom. Et tout d’un coup, on nous déclare : «  Oui, en effet, il y a un désastre, mais ce n’est pas à cause du Concile. » Eh bien, expliquez-nous… »

Mgr Fellay, sermon du 1er novembre 2012

« J’ai écrit au pape : « Nous ne pouvons pas signer cela », en précisant : « Jusqu’à maintenant, – puisque nous ne sommes pas d’accord sur le Concile et puisque vous voulez, semble-t-il, nous reconnaître –, j’avais pensé que vous étiez prêt à mettre de côté le Concile. »
[ndlr : au 13 juin 2012, Mgr Fellay ne voulait pas mettre du tout le concile de côté, puisque la base de l’accord était le texte que l’abbé Pfluger a lu le 5 juin 2012 à St Joseph des carmes : « L'entière Tradition de la Foi catholique doit être le seul critère et guide de la compréhension des enseignements du Concile de Vatican II, lequel, à son tour, illumine certains aspects de la vie et de la doctrine de l'Eglise qui étaient présents en elle, sans être encore formulés. Les affirmations du Concile Vatican Il et du magistère pontifical postérieur, relatifs à la relation entre l'Eglise catholique et les confessions chrétiennes non-catholiques, doivent être comprises à la lumière de l’entière Tradition. » Ce texte met-il le concile de côté ?]

Comparaison avec l’abbé Niklaus Pfluger
Kirchliche Umschau : entretien avec l'abbé Niklaus Pfluger, octobre 2012 

« le Concile n’est plus sacro-saint et son auréole s’effrite. Et cela, même les célébrations du Jubilé pour les 50 ans du concile Vatican II ne peuvent le changer. »

Conclusion

Critiquer le Concile Vatican II comme le font de nouveau Mgr Fellay et l’abbé Pfluger depuis quelques temps n’est pas un gage. L’abbé Laguérie en fait autant et c’est un « rallié » qu’on nous a appris à fuir. Il n’y a donc pas vraiment de différence entre la position actuelle de la Fraternité St Pie X et celle de l’IBP.

Une chose est de critiquer le concile verbalement, une autre chose est de développer une Fraternité à l’abri et à l’écart de l’influence délétère du progressisme. Ce n’est pas en envisageant de se mettre sous la tutelle des évêques que nous serons à l’abri. Ce n’est pas un colloque contre Vatican II qui nous rassurerait, mais c’est plutôt l’affirmation qu’il n’y aura jamais de « régularisation canonique » sans conversion complète et avérée de Rome. Ce qui nous rassurerait ce serait également l’arrêt des discussions secrètes, la réhabilitation des bons prêtres et de Mgr Williamson, la condamnation publique et doctrinale du texte du 15 avril ainsi que la condamnation solennelle de la déclaration du Chapitre et des six conditions ineptes.

Note :

1. Mgr Lefebvre , 13 décembre 1984, Discours aux prêtres du District de France : « C'est pourquoi ce qui peut apparaître comme une concession n'est en réalité qu'une manœuvre. »

Fideliter n°70, pp.. 13-14, juillet-août 1989 « Il nous faut absolument convaincre les fidèles qu’il s’agit bien d’une manœuvre, que c’est un danger de se mettre entre les mains des évêques conciliaires et de la Rome moderniste. C’est le plus grand danger qui les menace. Si nous avons lutté pendant vingt ans pour éviter les erreurs conciliaires, ce n’est pas pour nous mettre maintenant dans les mains de ceux qui les professent » (9).