dimanche 11 novembre 2012

1 - Commentaire du sermon de Mgr Fellay du 2 septembre 2012


Commentaire du sermon de Mgr Fellay
 du 2 septembre 2012

Première partie 

par Michael



Mgr Lefebvre dans son sermon du 29 juin 1982 évoque la Passion de l’Eglise, défigurée par les hommes d’Eglise ; Mgr Fellay, dans un sermon au Mouvement Catholique des Familles, le 2 septembre 2012, poursuit cette métaphore et l’utilise pour justifier son attitude avec Rome. Qu’en penser ?

Le site Antimodernisme a publié une étude sur le sujet au moment même où nous avions réuni quelques éléments de réflexion allant exactement dans le même sens. Nous nous contenterons d’ajouter quelques remarques. 

Mgr Lefebvre reprend la distinction classique entre les hommes d’Eglise et l’Eglise divine sainte.

«L’église est divine, l’Eglise est humaine. […] Nous aussi, à travers les plaies de l'Eglise, à travers les difficultés, la persécution que nous subissons, même de la part de ceux qui ont une autorité dans l'Eglise, n'abandonnons pas l'Eglise, aimons-la comme notre mère, servons-la toujours, et cela malgré les autorités s'il le faut. Malgré ces autorités qui nous persécutent à tort, continuons notre chemin : nous voulons maintenir la Sainte Eglise catholique et romaine, nous voulons la continuer et nous la continuons par le sacerdoce, le sacerdoce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par les vrais sacrements de Notre-Seigneur Jésus-Christ, son vrai catéchisme. » Mgr Lefebvre, sermon du 29 juin 1982 cité par l’Abbé Lorans dans le n°137 de Nouvelles de Chrétienté .

Les hommes d’Eglise modernistes sont appelés par Mgr Lefebvre "les autorités", "Rome", "l’Eglise conciliaire". Il parlera d’"Eglise hérétique", "schismatique" : Mgr Lefebvre le 29 juillet 1976 dit :
« L'Eglise qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Eglise conciliaire n'est donc pas catholique. Dans la mesure où le Pape, les évêques, prêtres et fidèles, adhèrent à cette nouvelle Eglise, ils se séparent de l'Eglise catholique. L'Eglise d'aujourd'hui n'est la véritable Eglise que dans la mesure où elle continue et fait corps avec l'Eglise d'hier et de toujours. La norme de la foi catholique, c'est la Tradition. »  Il s’agit évidemment des hommes d’Eglise qui sont hérétiques, l’Eglise catholique ne pouvant être hérétique !

Le solide bon sens de Mgr Lefebvre lui permettait d’affirmer qu’obéir à Rome, signer un compromis avec elle sans accord doctrinal, ce serait la mort de la Tradition. « Le Pape est plus œcuméniste que jamais. Toutes les idées fausses du concile continuent de se développer… Il est donc absolument inconcevable que l’on puisse accepter de collaborer avec une hiérarchie semblable. » (Mgr Lefebvre, Fideliter Janv. 1991, p. 4)

« Le jour où ils reconnaîtront de nouveau Notre Seigneur Roi des peuples et des nations, ce n’est pas nous qu’ils auront rejoint, mais l’Eglise catholique dans laquelle nous demeurons » (Mgr Lefebvre, conférence de Flavigny, déc. 1988 ; Fideliter n° 68 p. 16). Enfin, souvenons-nous de la célèbre déclaration de Mgr Lefebvre de 1974 qui marquait clairement cette distinction entre l’Eglise de toujours et l’Eglise occupée.

La Passion de l’Eglise vue par Mgr Fellay

Mgr Fellay écrit : « Chez nous aussi, certains disent :"On n'a rien à faire avec ces gens là ! Pourquoi veut-on discuter avec Rome ? Cela ne sert à rien ! C'est démolir la foi ! etc." Je leur réponds : "Non, attention !" Le fait d'aller à Rome ne veut pas dire qu'on est d'accord avec eux. Mais, c'est l'Eglise. Et c'est la vraie Eglise. En rejetant ce qui ne va pas, il ne faut pas tout rejeter. Cela reste l'Eglise une, sainte, catholique, apostolique. Certes ce n'est pas facile à concilier, mais il faut faire très attention, lorsqu'on rejette certaines choses, à ne pas tout rejeter. De même que lorsqu'on accepte la réalité de la mort de Notre Seigneur sur la Croix, il ne faut pas dire qu'il n'est pas Dieu. Et ainsi lorsqu'on rejette le mal qui se trouve dans l'Eglise, il ne faut pas en conclure que ce n'est plus l'Eglise. Il y a de grandes parties qui ne sont plus l'Eglise, oui ! Mais pas tout ! C'est un grand mystère. »

Mgr Fellay n’opère pas clairement la distinction entre les hommes d’Eglise modernistes et l’Eglise sainte, fidèle à la Tradition. La Tradition constitue l’unité de l’Eglise par la Foi. Alors évidemment, sans distinction, on arrive à des affirmations de Mgr Fellay vraiment surprenantes :

- Mgr Fellay déclare, page 20 de Nouvelles de chrétienté : [Rome,] « Mais, c'est l'Eglise. Et c'est la vraie Eglise. » C’est exactement l’inverse de ce que dit Monseigneur Lefebvre : « Rome est dans l’apostasie. On ne peut plus avoir confiance dans ce monde-là, Il a quitté l’Église, Ils ont quitté l’Église, Ils quittent l’Église. C’est sûr, sûr, sûr. »

- Mgr Fellay déclare : « En rejetant ce qui ne va pas, il ne faut pas tout rejeter. » Que faut-il garder alors ? L’idée que le pape est le pape ? Nous le voulons bien. Mais chez Mgr Fellay, ce n’est pas seulement cela qu’il faut garder. Il faut aussi mieux considérer le concile Vatican II : le texte composé et présenté à Rome par Mgr Fellay, le 15 avril 2012, en vue de l’accord qui devait être signé, affirme : « Vatican II à son tour, illumine certains aspects de la vie et de la doctrine de l'Eglise qui étaient présents en elle, sans être encore formulés. » (Abbé Pfluger, conférence à Saint Joseph des Carmes.)

- Mgr Fellay déclare : « Il y a de grandes parties qui ne sont plus l'Eglise, oui ! Mais pas tout ! »
Distinguons : si cette phrase signifie qu’il y a encore dans l’Eglise conciliaire des personnes de bonne volonté qui gardent la foi et essayent de tout leur cœur de se sanctifier, nous sommes d’accord.
Si cette phrase est une allusion à des prélats qui en secret seraient traditionalistes, ou bien si cette phrase est une allusion au Saint Père, soi-disant « d’esprit traditionnel », qui veut nous « réintégrer », nous ne sommes plus d’accord sur ce que cette phrase implique… Ces prélats et le pape célèbrent la nouvelle Messe fabriquée par le franc-maçon reconnu Mgr Bugnini. Ils approuvent les hérésies de Vatican II sur la liberté religieuse, l’œcuménisme, etc. Ces prélats attaquent l’Eglise et lui font du mal objectivement, même si nous ne connaissons pas leurs intentions, qui sont peut-être bonnes, chez certains d'entre eux. Peut-être font-ils encore partie de l’Eglise, comme des gens en état de péché mortel font encore partie du Corps de l’Eglise (tout en ne faisant plus partie de l’âme de l’Eglise).   Peut-être même, pour certains, qu'ils sont encore en état de grâce, car remplis de bonne volonté et complètement aveuglés ? Si c'est le cas, ils sont  très peu nombreux à notre avis, car la franc-maçonnerie est partout au Vatican, d'après la liste Pecorelli des prélats franc-maçons, publiée en 1978.  Cela n'empêche pas que ces hypothétiques quelques-uns qui seraient peut-être remplis de bonnes intentions, tuent objectivement les âmes. Nous ne sommes pas obligés d’obéir à toutes leurs invitations, si elles nuisent au bon combat, comme c'est le cas à présent, ni de passer des accords avec eux. Ils ne sont pas de l'Eglise, du point de vue des quatre marques de la véritable Eglise qui  sont l'unité, la sainteté, la catholicité, l'apostolicité : ils n'ont plus d'unité de doctrine, chacun a la sienne. Il n'ont plus la sainteté : ils disent une Messe qui offense Dieu et professent une doctrine qui conduit les âmes à la damnation. Ils luttent contre la catholicité (= universalité) de l'Eglise car ils ont perdu l'apostolicité, puisqu'ils pensent que les personnes des autres religions n'ont plus besoin de se convertir.

Mgr Fellay déclarait il y a quelques mois : « Mais je pense réellement que la préoccupation principale parmi nous est plutôt la question de la confiance dans les autorités romaines, avec la crainte que ce qui pourrait arriver soit un piège. Personnellement, je suis convaincu que ce n’est pas le cas. […] Chez nous, on se méfie de Rome, parce qu’on a subi trop de déconvenues, c’est pourquoi l’on pense qu’il peut s’agir d’un piège. Il est vrai que nos ennemis peuvent songer à utiliser cette offre comme un piège, mais le pape qui veut vraiment cette reconnaissance canonique, ne nous la propose pas comme un piège. […] Oui c’est le pape qui le veut, et je l’ai dit à plusieurs reprises. J’ai suffisamment d’éléments précis en ma possession pour affirmer que ce que je dis est vrai, bien que je n’aie pas eu de relations directes avec le pape, mais avec ses proches collaborateurs. » n°256 de DICI du 8 juin 2012.

Ces déclarations de Mgr Fellay sont à mettre en parallèle avec celles de Mgr Lefebvre à propos du même homme, Benoit XVI-Cardinal Ratzinger. Mgr Lefebvre déclarait : «Personnellement, j’allais avec la méfiance… J’ai toujours eu un sentiment de méfiance et je dois avouer que j’ai toujours la pensée que tout ce qu’ils font, c’est pour arriver à nous réduire à accepter le Concile et à accepter les réformes postconciliaires. » (conférence de presse de la veille des sacres épiscopaux)

Le parallèle est frappant :

Mgr Lefebvre a arrêté toute discussion stérile avec Rome et a sacré 4 évêques.

Mgr Fellay négocie avec Rome depuis plus de 10 ans, en secret, et exclut l’un des 4 évêques de la FSSPX.

On voit la différence !


Le manque de prudence de Mgr Fellay dans les discussions avec Rome s’explique par ses conceptions erronées sur l’Eglise

● Mgr Lefebvre a aussi été trompé par Rome, il a rétracté bien vite sa signature et a sacré 4 évêques en 1988. Puis il a sagement tiré les conclusions pour éviter d’éventuels futurs problèmes. Mgr Lefebvre déclarait : « Nous n'avons pas la même façon de concevoir la réconciliation. Le cardinal Ratzinger la voit dans le sens de nous réduire, de nous ramener à Vatican II. Nous, nous la voyons comme un retour de Rome à la Tradition. On ne s'entend pas. C'est un dialogue de sourds. Je ne peux pas beaucoup parler d'avenir, car le mien est derrière moi. Mais si je vis encore un peu, et en supposant que d'ici un certain temps Rome fasse un appel, qu'on veuille nous revoir, reprendre langue, à ce moment-là, c'est moi qui poserai les conditions. Je n'accepterai plus d'être dans la situation où nous nous sommes trouvés lors des colloques. C'est fini. Je poserai la question au plan doctrinal : "Est-ce que vous êtes d'accord avec les grandes encycliques de tous les papes qui vous ont précédés ? Est-ce que vous êtes d'accord avec Quanta Cura de Pie IX, Immortale Dei, Libertas Praestantissimum de Léon XIII, Pascendi de Pie X, Quas Primas de Pie XI, Humani generis de Pie XII ? Est-ce que vous êtes en pleine communion avec ces papes et avec leurs affirmations ? Est-ce que vous acceptez encore le serment antimoderniste ? Est-ce que vous êtes pour le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ ? Si vous n'acceptez pas la doctrine de vos prédécesseurs, il est inutile de parler. Tant que vous n'aurez pas accepté de reformer le Concile, en considérant la doctrine de ces papes qui vous ont précédé, il n'y a pas de dialogue possible. C'est inutile ». Fideliter n° 66 - Septembre 1988.
Evidemment par "inutile", Mgr Lefebvre entend aussi "dangereux" pour la FSSPX et pour l’Eglise puisqu’à chaque discussion, ce sont des ralliements à la Rome moderniste qui s’opèrent.

● Malgré l’expérience de Mgr Lefebvre et contre son enseignement, Mgr Fellay persévère dans la voie d’un accord pratique sans unité doctrinale avec Rome. La "négociation-discussion-rencontre" secrète obligatoire avec Rome devient un nouveau charisme de la FSSPX, un nouveau dogme auquel tout chrétien doit croire s’il ne veut pas être sédévacantiste. Mgr Fellay déclare : « Si le Pape m'appelle, j’y vais. Tout de suite. Ou plutôt, je cours. C'est certain. Par obéissance. Par obéissance filiale à l'égard du chef de l'Église. » (Trente jours, n°9). L’Abbé Pfluger a la même obsession de la discussion avec la Rome moderniste :
« - le journaliste : Comme vous paraissez si peu disposé au compromis, pour quelle raison discutez-vous encore avec la Congrégation pour la doctrine de la Foi ?
- L’Abbé Pfluger : Parce que le pape et Rome sont des réalités qui appartiennent à la foi. » (entretien de Kirchliche Umschau, octobre 2012)

On peut reconnaître le pape, ne pas être sédévacantiste et comprendre que les discussions avec Rome sont devenues mauvaises. En effet, nous sortons de plusieurs années de discussions théologiques stériles qui ont montré des divergences doctrinales irréductibles. Dès lors, la discussion ne peut être qu’une négociation pratique qui engendrera, si elle aboutit, une « communion » avec des modernistes. Il est mauvais de vouloir être « en communion » avec des hérétiques.

Il faut rappeler que le souverain pontife est moderniste et que le modernisme est « l’égoût collecteur de toutes les hérésies », dit saint Pie X. Mgr Fellay fait passer le dialogue avec les modernistes avant le bien du combat de la foi, combat mené en ce moment principalement par la Fraternité : « Pour le bien commun de la Fraternité nous préfèrerions de loin la solution actuelle de statu quo intermédiaire mais manifestement Rome ne le tolère plus. » (Mgr Fellay le 14 avril 2012 dans sa lettre aux trois évêques.) Mgr Fellay ne distinguant pas la Rome moderniste d’une part, de la sainte Institution de la Papauté salie par un pape légitime mais infidèle d’autre part, se met à obéir sans aucun bon sens ni discernement aux injonctions d’un progressiste.
Quand on discute avec Rome, on discute avec la secte moderniste qui a pris le pouvoir et qui ne cherche qu’à nous anéantir (cf. Mgr Müller). Et ces discussions imprudentes avec les progressistes ont déjà porté leurs fruits vénéneux puisqu’un évêque et de nombreux prêtres (à qui on n’a fait aucun reproche doctrinal) sont exclus de la FSSPX !

Un manque de bon sens et le surnaturalisme de Mgr Fellay

Thomas Audet pour le site Stageiritès écrit « Rappelons encore que Mgr Fellay répondait aux objections des trois autres évêques contre l’accord pratique en leur écrivant que ceux-ci manquaient de surnaturel. Nous pourrions bien pointer là du doigt un des éléments majeur de la "crise" : un certain surnaturalisme [de Mgr Fellay] détaché des fondements de la Prudence naturelle et surnaturelle, faisant fi du Réel rationnel et théologique. »

Mgr Fellay dans son sermon du 2 septembre 2012 dit l’énormité suivante : « Ces évêques qui nous racontent toutes sortes d’hérésies, comment est-ce qu’ils peuvent nous donner la foi ? Eh oui ! Comment ce Jésus qui meurt, peut-Il être Dieu ? »

Avec un peu de bon sens, il est évident que le Christ, qui est la sainteté même, ne peut être comparé aux prélats modernistes qui négocient avec la Fraternité ! De plus ces prélats ne donnent plus la foi aux fidèles. C’est en combattant contre eux que nous arrivons à la garder.

Avec un peu de bon sens, il est évident qu’on ne cherche pas à se mettre, par une normalisation canonique, sous l’autorité d’un pape moderniste en affirmant qu’on continuera à lui désobéir en le critiquant !

Avec un peu de bon sens, il est évident que prévoir comme condition incontournable pour se rallier d’avoir au moins un évêque est inepte.
Conclusion

D’une part, Mgr Lefebvre dit : « Rome a perdu la foi, mes chers amis. Rome est dans l’apostasie. Ce ne sont pas des paroles, ce ne sont pas des mots en l’air que je vous dis. »

D’autre part, Mgr Fellay déclare : « Ces évêques qui nous racontent toutes sortes d’hérésies, comment est-ce qu’ils peuvent nous donner la foi ? Eh oui ! »

On voit la différence ! Pour Mgr Lefebvre, ils sont dans l’apostasie et pour Mgr Fellay, ils nous donnent la foi !

La suite de cet article paraîtra prochainement