lundi 1 octobre 2012

Que tous soient un !


Que tous soient un !
 
 
Nous sommes heureux d'accueillir parmi nous Damien, qui nous propose ce bel article.
“Ut omnes unum sint” (Jean XVII, 21) : cette prière de Notre-Seigneur au soir du Jeudi Saint, on a voulu en faire le fondement scripturaire d’un œcuménisme où la charité passerait avant l’unité de foi, alors qu’il suffit de lire la suite du texte de saint Jean pour en comprendre la véritable portée : Jésus prie d’abord pour ses disciples “afin qu’ils soient sanctifiés dans la vérité”, et ensuite “pour ceux qui, grâce à leur prédication, croiront en moi”. La foi est donc bien le critère de l’unité pour laquelle le Christ a prié.

Mettant à son tour en garde contre un faux œcuménisme où certaines vérités de la foi seraient sacrifiées sur l’autel de l’unité, le pape Pie XI dans Mortalium animos rappelle cette parole sévère de saint Jean, “l’apôtre de la charité”, dans sa deuxième épître (II, 10) : “Si quelqu’un vient à vous et n’apporte point cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, ne le saluez même pas”. Et le pape conclut : “C’est pourquoi, puisque la charité a pour fondement une foi intègre et sincère, c’est l’unité de foi qui doit être le lien principal unissant les disciples du Christ.”

Mais – et c’est en cela que la prière du Christ prend tout son sens – même l’unité de foi n’empêche malheureusement pas toujours les dissensions. On songe au grand schisme d’Occident, mais l’apôtre saint Jean, avancé en âge et en sainteté, en donnait déjà un exemple dans sa troisième épître (III, 9-10) : “J’aurais peut-être écrit à l’Église, mais celui qui aime à y tenir le premier rang, Diotrèphe, ne veut pas nous recevoir.” D’après le contexte, ce Diotrèphe devait être un homme d’Église influent dans la région de l’Asie où se trouvait le destinataire de l’épître, le “très cher Gaïus”. On apprend avec stupéfaction qu’un homme d’Église était déjà assez imbu de sa personne pour entrer en contestation avec un apôtre : “non seulement il ne reçoit pas lui-même nos frères, écrit saint Jean à Gaïus, mais il empêche ceux qui voudraient les recevoir, et il les chasse de l’Église.”

Si l’un des apôtres (et même, en l’occurrence, le préféré de Notre-Seigneur) a subi de son vivant un pareil traitement de la part d’un homme d’Église, à quoi doivent s’attendre les chrétiens fidèles de notre temps, privés d’un “pape digne de ce nom” (selon les mots de Mgr Lefebvre) et par conséquent de tout arbitrage en cas de contestation ? Tant il est vrai que le serviteur n’est pas plus grand que le maître.

J’y pensais en contemplant la controverse qui agite certains catholiques fidèles à propos du départ de l’abbé Chazal de la FSSPX. Les explications données par ce dernier, qu’on a pu lire ici, ont au moins le mérite de la clarté : il a agi pour obéir à sa conscience, parce qu’il n’avait pas d’autre choix, et pour des motifs liés à la défense de la foi. D’accord sur ce point avec la grande majorité des catholiques réfractaires – il suspecte Mgr Fellay de vouloir envers et contre tout un accord avec la Rome néo-moderniste et, face à cette dure réalité, il est convaincu qu’il est plus que temps de mettre sur pied une nouvelle Fraternité exempte de toute compromission avec l’erreur.

Ceux qui s’opposent à son analyse peuvent difficilement exclure qu’à vues humaines il ait raison, puisque la majorité du Chapitre a pu inventer et approuver ces six conditions “ bien graves”, comme dit Mgr Williamson. Mais ils se retranchent entre autres derrière la conviction que la Sainte Vierge n’abandonnera jamais la FSSPX, notamment en raison des millions de chapelets récités… en vue d’un accord avec Rome ! Point de vue d’autant plus contestable que la Sainte Vierge n’a pas accordé une protection du même ordre à l’Église elle-même, et ce, malgré le succès considérable rencontré par la dévotion à Notre-Dame de Fatima dans les années cinquante : qu’on se souvienne en particulier des propos élogieux de Pie XII, surnommé “le pape de Fatima”, ou de l’accueil réservé un peu partout dans le monde aux “vierges pèlerines”, y compris de la part de non-chrétiens (et parmi eux de nombreux musulmans).

Par ailleurs, c’est à l’Église, et non à une œuvre catholique en particulier, que Notre-Seigneur a assuré que les “portes de l’enfer” ne prévaudraient jamais…!

Un autre argument souvent mis en avant par les adversaires de l’abbé Chazal est qu’aucun évêque ne le soutient. Mais là encore, qui peut prédire l’attitude que lui réserverait un Mgr Williamson, quand on voit comment ce dernier n’a pas hésité à se déplacer au Brésil à la demande des bénédictins, et manifestement en désaccord avec Menzingen ? De plus, son dernier Commentaire Eleison n°272 : Sarto, Siri est assez éloquent.

N’est-ce pas précisément en considérant des situations semblables que Notre-Seigneur a prié afin que “tous soient un” ? Non pas en vue d’une unité d’action, impossible pour le moment, mais plus modestement en vue d’une réelle unité de foi, d’espérance et de charité…  L’abbé Chazal a répété à plusieurs reprises qu’il ne condamnait personne.  Cet esprit nous plaît.
 En union de prières !
Damien.