samedi 29 septembre 2012

La FSSPX est-elle sortie d’affaire ?


La FSSPX est-elle sortie d’affaire ?


 

La FSSPX est-elle sortie d’affaire ? Autrement dit, les catholiques réfractaires à tout accord avec Rome, tant que Rome ne professe pas l’intégralité de la doctrine catholique, ont-ils gagné ?



Les palinodies de Mgr Fellay

1- Le 14 avril 2008, Mgr Fellay écrit dans la lettre aux amis et bienfaiteurs : 

Chers Amis et Bienfaiteurs,

Le Motu Proprio Summorum Pontificum qui a reconnu que la messe tridentine n’avait jamais été abrogée pose un certain nombre de questions en ce qui concerne le futur des relations de la Fraternité Saint Pie X avec Rome. Plusieurs personnes, dans les milieux conservateurs et à Rome même, ont fait entendre leurs voix arguant que, le Souverain Pontife ayant posé un acte d’une si grande générosité, et donné par là même un signe évident de bonne volonté à notre égard, il ne resterait à notre Société qu’une seule chose à faire : « signer un accord avec Rome ». Malheureusement quelques uns de nos amis se sont laissés prendre à ce jeu d’illusions.

Nous voudrions saisir l’occasion de cette lettre du temps pascal pour rappeler une fois de plus les principes qui gouvernent notre action en ces temps troublés et signaler quelques événements récents qui indiquent bien clairement que, au fond, à part l’ouverture liturgique du Motu Proprio, rien n’a vraiment changé, afin de tirer les conclusions qui s’imposent.

Le principe fondamental qui dicte notre action est la conservation de la foi, sans laquelle nul ne peut être sauvé, nul ne peut recevoir la grâce, nul ne peut être agréable à Dieu, comme le dit le concile Vatican II. La question liturgique n’est pas première, elle ne le devient que comme expression d’une altération de la foi et corrélativement du culte dû à Dieu. […]

Ces nouvelles perspectives ont évidemment bouleversé les rapports avec les autres religions. Il est impossible de parler d’un changement superficiel, c’est bien une nouvelle et très profonde mutation que l’on prétend imposer à l’Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce qui fait que Jean-Paul II a pu parler de « nouvelle ecclésiologie », […]

… La dernière mise au point de la Congrégation de la Doctrine de la Foi sur le mot subsistit est à ce propos très éclairante. Tout en affirmant que l’Eglise ne peut pas enseigner de nouveauté, elle confirme la nouveauté introduite au Concile… […]

Ajoutons à cela les positions papales au sujet de la liberté religieuse et nous pouvons aisément conclure que le combat de la foi n’a en rien diminué ces dernières années. Le Motu Proprio qui introduit une espérance de changement vers le mieux au niveau liturgique, n’est pas accompagné par des mesures logiquement corrélatives dans les autres domaines de la vie de l’Eglise. Tous les changements introduits au Concile et dans les réformes post-conciliaires que nous dénonçons, parce que l’Eglise les a précisément déjà condamnés, sont confirmés. Avec la différence que désormais, on affirme en même temps que l’Eglise ne change pas… ce qui revient à dire que ces changements seraient parfaitement dans la ligne de la Tradition catholique. Le bouleversement au niveau des termes joint au rappel que l’Eglise doit rester fidèle à sa Tradition peuvent en troubler plus d’un. Tant que les faits ne corroborent pas l’affirmation nouvelle, il faut conclure que rien n’a changé dans la volonté de Rome de poursuivre les orientations conciliaires, malgré quarante années de crise, […]
 

Voici pourquoi la Fraternité Saint Pie X ne peut pas « signer d’accord ». Elle se réjouit franchement de la volonté papale de réintroduire le rite ancien et vénérable de la sainte Messe, mais découvre aussi la résistance parfois farouche d’épiscopats entiers. Sans désespérer, sans impatience, nous constatons que le temps d’un accord n’est pas encore venu. Cela ne nous empêche pas de continuer d’espérer, de continuer le chemin défini dès l’an 2000. Nous continuons de demander au Saint Père l’annulation du décret d’excommunication de 1988, car nous sommes persuadés que cela ferait le plus grand bien à l’Eglise et nous vous encourageons à prier pour que cela se réalise. Mais il serait très imprudent et précipité de se lancer inconsidérément dans la poursuite d’un accord pratique qui ne serait pas fondé sur les principes fondamentaux de l’Eglise, tout spécialement sur la foi."

 
Nous vous passons de nombreux changements d’orientation intermédiaires et nous en arrivons au :

2- n°256 de DICI du 8 juin dernier :

Le discours de Mgr Fellay a complètement changé : le principe de l'accord pratique, critiqué en 2008, a triomphé. Mgr Fellay esquisse le 8 juin 2012 les futurs développements que connaîtra la FSSPX, une fois la Prélature Personnelle constituée. Il avait prévu de signer l’accord pour cette prélature le 13 juin 2012 :


« Mais je pense réellement que la préoccupation principale parmi nous est plutôt la question de la confiance dans les autorités romaines, avec la crainte que ce qui pourrait arriver soit un piège. Personnellement, je suis convaincu que ce n’est pas le cas. […]

 
Chez nous, on se méfie de Rome, parce qu’on a subi trop de déconvenues, c’est pourquoi l’on pense qu’il peut s’agir d’un piège. Il est vrai que nos ennemis peuvent songer à utiliser cette offre comme un piège, mais le pape qui veut vraiment cette reconnaissance canonique, ne nous la propose pas comme un piège. […]
 

Oui c’est le pape qui le veut, et je l’ai dit à plusieurs reprises. J’ai suffisamment d’éléments précis en ma possession pour affirmer que ce que je dis est vrai, bien que je n’aie pas eu de relations directes avec le pape (sic), mais avec ses proches collaborateurs. […]
 

Il reste vrai – comme c’est le droit de l’Eglise – que pour ouvrir une nouvelle chapelle ou fonder une œuvre, il serait nécessaire d’avoir la permission de l’ordinaire local. […] mais depuis quand la vie est-elle sans difficulté ? […] Très probablement nous aurons aussi le problème contraire, c’est-à-dire que nous ne serons pas capables de répondre aux demandes qui viendront des évêques amis. Je songe à tel évêque qui pourrait nous demander de nous charger de la formation des futurs prêtres dans son diocèse.[…]
 

Nous avons de grandes attentes pour l’apostolat traditionnel, tout comme certaines personnalités importantes à Rome et comme le Saint-Père lui-même. Nous avons grand espoir que la Tradition se développe avec notre arrivée.[…]
 

Les évêques favorables à la Tradition, les cardinaux conservateurs vont se rapprocher. Il y a tout un développement à prévoir, sans en connaître les détails particuliers."
 

Avec le recul de seulement trois mois et demi, ces déclarations sont stupéfiantes de naïveté et de candeur, d’espérances enfantines, de rêves d’apostolat universel avec la bénédiction du Pape Benoît XVI qui est si traditionnel…
 

3 - Le 7 septembre 2012, à Ecône, Mgr Fellay, devant une centaine de prêtres, aurait dit qu’il avait été trompé par Rome et qu’il faisait marche arrière. (cf. Dum Ox par exemple, sur le forum Ignis ardens, citant : “I Was deceived by Benedict XVI”, « J’ai été trompé par Benoît XVI. » Le pape l’a donc trompé.
 

4 - Actuellement, une nouvelle information circule, de source sérieuse sur le  Forum non possumus

 Mgr Fellay serait en train de parcourir le monde en disant que si l’accord n’avait pas été possible, c’est qu’il existe à Rome des forces progressistes qui s’y opposent. Le pape n’y serait pas opposé, mais il en est empêché ! La franc-maçonnerie et l’Etat français seraient intervenus pour empêcher tout accord avec Rome ! 

Monseigneur Fellay serait donc encore en train de « changer d’avis » depuis la conférence du 7 septembre à Ecône… A présent, à la date du 29 septembre 2012, ce serait donc de nouveau l’image du pape d’esprit traditionnel, victime des méchantes influences de la franc-maçonnerie qui prévaudrait.

Je mets le conditionnel même si la source est très sérieuse. En effet, les sites de résistance sont obligés de travailler parfois sur des rapports officieux, puisque Mgr Fellay et les supérieurs de la Fraternité, communiquent de moins en moins clairement et officiellement.
 

En ce qui concerne le rôle du pape, Mgr Tissier de Mallerais, lors de sa conférence du 16 septembre au prieuré de Gastines, a dit : « c’est un secret que je vous révèle mais ce sera rendu public, le 30 juin 2012 le Pape écrivait de sa blanche main une lettre à notre supérieur général, Mgr Fellay, signée de sa main : “Je vous confirme effectivement, que pour être vraiment réintégrés dans l'Église ( ?!) il faut vraiment accepter le concile Vatican II et le magistère post-conciliaire.” » Le pape dans cette lettre ne manifeste donc pas vraiment de bonne volonté pour nous réintégrer.
 

De plus, cette « révélation » d’influences maçonniques intervenant pour nous empêcher de faire un accord est sujette à bien des questionnements. Elle vient ajouter de l’eau au moulin des accordistes : En effet, si les franc-maçons ne veulent pas que nous fassions un accord, c’est donc que l’accord est bon pour l’Eglise et pour nous… Alors, accordons-nous, puisque cela déplaît aux franc-maçons... Si  Mgr Fellay tient réellement ce discours, voilà ce qu’il sous-entend. Ce nouveau discours serait donc de nouveau en faveur d’un accord. Le vent aurait donc déjà  tourné… Alors que nous n’avons toujours pas eu les déclarations officielles qui devaient suivre la conférence d’Ecône.

Il est clair que l’intérêt réel des franc-maçons et la volonté de leurs chefs est que nous fassions un accord avec Rome. C’est ainsi qu’ils nous feraient perdre notre identité, c’est ce qu’ils ont failli réussir en 1988, c’est ce qu’ils ont réussi avec la Fraternité Saint Pierre, dont le Chapitre en 2012 a suivi une récollection prêchée par deux évêques progressistes, dont l'un est Mgr Pozzo, qui est en train d’arracher son identité traditionnelle à l’IBP…

Si des gouvernements sont réellement intervenus pour empêcher un accord, ceci n’est probablement qu’une comédie, pour nous encourager au contraire à signer, ou bien c’est le fait de franc-maçons d’un degré peu élevé.
 

D’autre part, DICI dans son article du 28 septembre 2012 intitulé Revue de presse : Relations entre la Fraternité Saint-Pie X et Rome,  confirme à présent nettement la continuation des discussions avec Rome, tout en le disant de façon détournée :
Tradinews
« Le 18 septembre, dans un entretien accordé au site pius.info l’abbé Franz Schmidberger, supérieur du district d’Allemagne, fait le point sur les relations avec Rome. Le résumé qu’en donne l’Apic, le 20 septembre, est titré : « Les Lefebvristes constatent l´échec des négociations avec Rome – L´abbé Schmidberger rejette l´idée d´un ralliement ». Le 20 septembre, la dépêche de l’Apic est reprise par La Croix. Il est intéressant de noter ce qui a été retenu des propos de l’abbé Schmidberger et surtout ce qui a été omis. Pour permettre aux lecteurs de DICI de se faire une opinion, nous avons intégralement traduit cet entretien que l’on trouvera dans nos Documents. A sa lecture, on saura si le titre de l’Apic reflète la pensée exacte et complète de l’abbé Schmidberger qui montre, entre autres, à quoi ont servi les entretiens doctrinaux avec Rome, entre 2009 et 2011. (Sources : imedia/apic/pius.info/fsspx.org – DICI n°261 du 28/09/12)

Ceci est une confirmation de plus que la prétendue conversion de Mgr Fellay n’existe pas et que les discussions en vue d’un accord pratique vont continuer. C'est ce que nous disions dans notre article :
Ennemond a raison



Quelles sont actuellement les textes officiels qui servent de référence à la FSSPX ? Quel est le cap donné ?
 

Le seul texte officiel est la déclaration du Chapitre général du 19 juillet 2012, texte composé de 2 parties :

 
Une première partie rendue publique dont l’ambiguïté est manifeste :

Voir « l’analyse des ambiguïtés de la déclaration doctrinale » : Analyse de ambiguïtés de la Déclaration doctrinale du 19.07.2012 du Chapitre
  
Voir l’analyse de Mgr Williamson, commentaire eleison n°271 : Déclaration réversible

 

Une deuxième partie secrète, rendue publique par des fuites et confirmée par tous les capitulants, évêques compris :

Il s’agit des « six conditions » qui sont tellement délirantes qu’il a fallu du temps pour que certains fidèles de la Tradition les croient authentiques. Ils n’auraient jamais pu imaginer que le Chapitre ait pu écrire cela. Elles ont même été prises pour un « leurre » qui aurait été lancé afin d’identifier l’auteur des fuites.
 
Mgr Williamson analyse très clairement leur perversité :
Six conditions
 
Michael a même fait un sketch d'une de ces conditions, tellement le texte est gros :
Incroyable : l'invention du surévêque

 
Conclusion
 
- La Fraternité, fondée sur de tels principes, ne durera guère. Elle est en danger grave et immédiat de perdre son identité.

- Mgr Fellay n’a pas changé.

- Les tractations en vue d’un accord pratique vont continuer.

- Continuons le combat, avec l’aide de Dieu, de la Vierge Marie et de Saint Michel, dont c’est la fête aujourd’hui.

                                            InDominoSperavi.