lundi 10 septembre 2012

Analyse des ambiguïtés de la Déclaration du Chapitre général de la Fraternité Saint-Pie X du 19 juillet 2012


Analyse des ambiguïtés de la Déclaration du Chapitre général de la Fraternité Saint-Pie X du 19 juillet 2012
                                 Avec l'Immaculée
 

 
Par MICHAEL
 


et InDominoSperavi
 

Citation :

« A la fin du Chapitre général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, réunis auprès du tombeau de son fondateur vénéré Mgr Marcel Lefebvre, et unis à son Supérieur général, nous les participants, évêques, supérieurs et anciens de cette Fraternité »

 
Commentaire : « unis au supérieur » : dès les premières lignes de la déclaration, le Chapitre tient à préciser que les deux évêques, Mgr Tissier de Mallerais et Mgr de Galaretta, ainsi que les participants sont « unis » au supérieur général. Après l’émoi suscité par la révélation de la lettre du 7 avril 2012 et les prises de parole courageuses de Mgr Tissier de Mallerais, il fallait en effet le préciser ! Cette phrase est ambiguë. Sont-ils unis au supérieur parce qu’ils ont changé d’avis ou bien sont-ils unis par la communion des saints, comme toute personne en état de grâce est unie à une autre personne ?

De plus, un évêque manquait au rendez-vous…

 
Une irrégularité grave qui invalide les votes et la portée de cette déclaration du chapitre : l’exclusion de Mgr Williamson.

Le chapitre ne s’est pas déroulé normalement puisque le Supérieur Général de la FSSPX, Mgr Fellay, a décidé d’écarter un de ses opposants, Mgr Williamson, membre de droit du chapitre ainsi que le stipulent les statuts de ladite Fraternité. Cette irrégularité, qui est une violation flagrante des statuts, a choqué prêtres et fidèles. L’abbé Moulin dans une lettre ouverte du 29 juin 2012 et l’abbé Meramo dans une lettre du 13 juillet 2012 au directeur de Radio Cristiandad pensent que cette exclusion est injuste selon le droit de l’Eglise.
 

 

 
Un vote a posteriori a eu lieu pour confirmer la décision du supérieur général. Curieuse façon de faire que de sanctionner par un vote une décision injuste déjà appliquée. Juridiquement, ce vote consultatif n’a aucune valeur pour modifier la composition du chapitre.

 
Citation :

 « Nous exprimons notre profonde gratitude à tous les membres de cette Fraternité, prêtres, frères, sœurs, tertiaires, aux communautés religieuses amies ainsi qu’aux chers fidèles pour leur dévouement quotidien et leurs ferventes prières à l’occasion de ce Chapitre. »

 
Commentaire : De nouveau, l’ambigüité est de mise. Les carmélites, les capucins, les dominicains, les dominicaines contemplatives, la partie des sœurs de Fanjeaux qui suivent leur fondatrice, Mère Anne-Marie Simoulin, les bénédictins… font-ils partie des communautés religieuses amies ?

Un fidèle qui ne suit pas l’actualité avec vigilance lit en toute bonne foi que les communautés religieuses fidèles à la ligne de Mgr Lefebvre sont « amies ». Le terme « amies » sous-entend que ces communautés partagent les vues du Chapitre et de sa majorité unie autour de son Supérieur. Il n’en est rien ! Il est vraiment osé de parler d’amitié alors que toutes ces communautés sont opposées fermement aux nouvelles orientations du Supérieur général, lequel vient de refuser d’ordonner le 29 juin 3 clercs dominicains et 3 clercs capucins en raison de doutes sur la loyauté de ces deux communautés, selon les termes de la lettre du 25 juin 2012. De courageux capitulants ont pu mettre fin à cette humiliation sans précédent : les ordinations auront lieu le 11 octobre 2012. Le Chapitre aura quand même fait durer cette vexation plusieurs mois. Le Chapitre général n’a procédé à aucune déclaration pour réparer ce scandale et cet abus de pouvoir.

 
Citation :

 « Tous les sacrifices, toutes les peines acceptées avec générosité ont certainement contribué à surmonter les difficultés que la Fraternité a rencontrées ces derniers temps. »

 
Commentaire : Les difficultés sont donc terminées, d’après cette déclaration. Il n’y a donc plus de problème. Tout le monde s’est mis d’accord.

 
De deux choses l’une :

 
- soit c’est vrai, dans ce cas les anti-accordistes sont tombés d’accord avec Mgr Fellay, et c’est grave, puisque nous savons que Mgr Fellay veut toujours faire un accord pratique avec Rome.

- soit c’est faux et la déclaration est mensongère. Dans ce cas il y a une majorité de menteurs au chapitre, puisque chaque phrase a été votée, nous apprend Father Morgan dans sa lettre d’août 2012.
 

Dans les deux cas, c’est pour le moins préoccupant. Dans les deux cas, il est impossible d’avoir confiance. Si les difficultés sont surmontées, il est curieux de constater qu’il y a encore des lettres confidentielles qui fuitent sur Internet après le chapitre. Ainsi, on apprend, dans la lettre confidentielle de l’abbé Thouvenot du 18.07.2012, que les évêques conciliaires et modernistes pourront surveiller les maisons de la FSSPX. L’indépendance de la FSSPX par rapport aux Ordinaires est souhaitée mais non nécessaire. ("Conditions souhaitables : Exemption des maisons de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X par rapport aux évêques diocésains")


Par ailleurs, la difficulté rencontrée avec un de nos 4 évêques n’a pas été levée puisque Mgr Williamson a critiqué récemment l’orientation prise par le chapitre qui a abouti aux fameuses 6 conditions sine qua non et souhaitables.

 
De plus, certains prêtres continuent la résistance à l’intérieur de la Fraternité (cf. le site toujours en activité Antimodernisme.info)

 
Dire que "les difficultés sont surmontées" n’est donc pas admissible, cela relève au pire de la mauvaise foi, au mieux de la méthode Coué.

 
Citation 

« Nous avons retrouvé notre union profonde en sa mission essentielle : garder et défendre la foi catholique, former de bons prêtres et œuvrer à la restauration de la chrétienté. »

 
Commentaire :

Ici, le procédé est habile et le lecteur peu attentif peut se laisser piéger. Cette phrase est ambiguë. Il est évident en effet que Mgr Fellay a toujours voulu garder et défendre la Foi catholique. De même les anti-accordistes. Il n’y a jamais eu de division sur ce point. Tout le monde est d’accord sur la finalité de la Fraternité.

C’est sur les moyens que nous ne sommes plus d’accord : les accordistes disent que le meilleur moyen de restaurer la chrétienté est de se rallier à Rome pour ainsi la convertir. Et nous, nous disons que c’est folie de vouloir convertir Rome tout en étant en position subordonnée, surtout quand la plupart des Romains sont des franc-maçons avertis et militant pour la destruction de l’Eglise.

Donc le but de cette phrase est de souligner, non pas ce lieu commun (vouloir restaurer la Foi, la chrétienté), mais d’insister sur l’unité retrouvée. On parle d’unité profonde à propos de généralités et on ne dit rien sur le sujet qui importe : les conditions du ralliement à Rome.

 
L'abbé Pfluger, premier assistant du Supérieur général, lors d’une récente conférence en Floride a évoqué l’atmosphère très tendue du Chapitre. Il a mentionné des discussions passionnées entre Mgr Fellay et Mgr Tissier. (Comparons ces affirmations de l’abbé Pfluger avec le communiqué officiel du 14 juillet 2012 : "Réunis auprès du tombeau de Mgr Marcel Lefebvre, les capitulants ont rendu grâces à Dieu de la profonde unité qui a régné entre eux au cours de ces journées de travail.") Qui ment ? L’abbé Pfluger ou le rédacteur du communiqué. Le rédacteur, bien sûr. De plus, l’abbé Pfluger a critiqué en public Mgr Williamson et Mgr Tissier de Mallerais lors de cette conférence à Sanford.


 
Citation : « Nous avons défini et approuvé des conditions nécessaires pour une éventuelle normalisation canonique. »
 
Commentaire : Voilà qui est intéressant mais quelles sont ces conditions plurielles précédées d’un article indéfini ? Il est incongru d’énoncer l’existence de "conditions" et de ne pas les livrer. Heureusement, elles ne sont pas restées longtemps secrètes. La lettre confidentielle de Menzingen du 18.07.2012, énonçant ces conditions a  été divulguée sur Internet.
 
Pour ceux qui douteraient que les conditions posées par le chapitre et celles de la lettre soient les mêmes, Voilà ce qu’affirme Mgr Williamson, bien informé :

« Mais le Chapitre fut une affaire sérieuse. Qu’a-t’il produit ? En premier lieu une Déclaration rendue publique quelques jours plus tard, et les six Conditions requises pour un éventuel accord Rome-FSSPX, exfiltrées sur Internet peu après (étant donné qu’un si grand nombre d’âmes confient leur foi et leur salut à la garde de la Fraternité, une telle fuite ne me paraît pas tellement déraisonnable). Honneur, bien sûr, aux braves membres du Chapitre qui se sont efforcés de limiter les dommages, mais il faut dire que si la Déclaration et les Conditions reflètent l’état d’esprit actuel des chefs de la Fraternité dans leur ensemble, alors il y a de quoi s’inquiéter. »

 
Tant que les membres du chapitre ne démentent pas que les conditions énoncées par le chapitre sont celles de la circulaire Thouvenot, tant qu’ils restent silencieux sur ce point, ce silence vaut acceptation tacite de leur part. Par ce silence, ils  reconnaissent que ces six conditions, les trois sine qua non et les trois souhaitables, sont bien les conditions énoncées au chapitre.

 
Il est affligeant, et blessant pour les fidèles, d’exciter leur légitime curiosité sur des conditions de ralliement à Rome puis de les donner uniquement aux supérieurs sous forme de lettre confidentielle. Quelle relation de confiance Mgr Fellay établit là entre les clercs et les fidèles !
 

Citation :

« Nous avons défini et approuvé des conditions nécessaires pour une éventuelle normalisation canonique. »

 
Commentaire : Le terme de normalisation canonique qu’affectionne dorénavant le conseil de la Fraternité relativise le fossé qui existe entre Rome et la Tradition, fossé qui serait d’ordre juridique. Le vocabulaire utilisé autrefois dans les publications officielles de la FSSPX et au chapitre de 2006 était celui d’ « accord pratique » et d’ « accord doctrinal ». L’accord suppose une égalité des parties et il n’est pas présomptueux que la Tradition traite d’égal à égal avec la "Rome moderniste", comme disait Mgr Lefebvre en 1974.

 
Le changement de vocabulaire prépare les mentalités à la suppression de la notion d’état de nécessité qui justifiait le combat de la Tradition, la désobéissance au pape et aux évêques locaux.
 

Citation :

 « Il a été établi que, dans ce cas, un chapitre extraordinaire délibératif serait convoqué auparavant. »
 

Commentaire :  Le chapitre délibératif est pour Mgr Fellay en majorité (cf. 29 votes contre Mgr Williamson contre 9 votes en faveur). Le chapitre a voté majoritairement pour les six mauvaises conditions de la lettre du 18 juillet. Donc ce Chapitre n’est qu’une apparence de protection mais ne protège rien du tout, d’autant plus que l’on pourra encore en modifier la composition, au gré des nominations, d’ici la signature de l’accord avec Rome. On pourra même arbitrairement écarter des opposants, fussent-ils évêques, comme cela s’est vu cette année.
 

Citation :

« Le Chapitre estime que le premier devoir de la Fraternité (…) est celui de continuer (…) à professer la foi catholique dans toute sa pureté et intégrité, avec une détermination proportionnée aux attaques que cette même foi ne cesse de subir aujourd’hui.

C’est pourquoi il nous semble opportun de réaffirmer notre foi dans l’Eglise catholique et romaine, seule Eglise fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ, en dehors de laquelle il n’y a pas de salut ni de possibilité de trouver les moyens qui y mènent ; dans sa constitution monarchique, voulue par Notre Seigneur, qui fait que le pouvoir suprême de gouvernement sur toute l’Eglise revient au pape seul, vicaire du Christ sur terre »
 

Commentaire : Ce passage est signé de la mouvance de Mgr Fellay : La Foi est en danger, c’est pourquoi, je vous rappelle que « hors de l’Eglise point de salut », « hors de la soumission au gouvernement du pape, point de salut ». Evêques rebelles, anti-accordistes, vous êtes en danger de schisme et de sédévacantisme, je vous le rappelle. Réponse : nous sommes évidemment d’accord avec les principes énoncés dans cette déclaration… Mais nous nous souvenons aussi de ce que Mgr Lefebvre nous a dit le 29 juillet 1976 :

« L’Eglise qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Eglise conciliaire n’est donc pas catholique. Dans la mesure où le pape, les évêques, prêtres ou fidèles adhèrent à cette nouvelle Eglise, ils se séparent de l’Eglise catholique. L’Eglise d’aujourd’hui n’est la véritable Eglise que dans la mesure où elle continue et fait corps avec l’Eglise d’hier et de toujours. La norme de la foi catholique c’est la Tradition »
 

 Citation :

« Pour toutes les nouveautés du Concile Vatican II qui restent entachées d’erreurs et pour les réformes qui en sont issues, la Fraternité ne peut que continuer à s’en tenir aux affirmations et enseignements du Magistère constant de l’Eglise ; elle trouve son guide dans ce Magistère ininterrompu qui, par son acte d’enseignement, transmet le dépôt révélé en parfaite harmonie avec tout ce que l’Eglise entière a toujours cru, en tout lieu. »

 
Commentaire :

La première partie de la phrase est excellente. La deuxième partie est ambiguë à cause de l’adjectif « ininterrompu ». Le magistère de Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI fait-il partie du magistère ininterrompu de l’Eglise ? Ces papes enseignent-ils ce que l’Eglise entière a toujours cru en tout lieu ? Non. Ces papes, tout en rappelant de temps en temps certaines vérités, diffusent les erreurs et la mentalité de la franc-maçonnerie. Il y a une rupture nette dans le magistère avant Jean XXIII et après.
 

Cependant, il est juste de dire que le magistère de l’Eglise a survécu chez les évêques traditionalistes… Mais ce n’était pas cela que voulaient signifier Mgr Fellay et la majorité des membres du Chapitre… selon les propos même de l’abbé Pflüger, citant la lettre du 15 avril de Mgr Fellay à Rome, dans sa conférence du mardi 5 juin 2012, à l’école St-Joseph-des-Carmes : "Les affirmations du Concile Vatican II et du Magistère Pontifical postérieur relatifs à la relation entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes non-catholiques doivent être comprises à la lumière de la Tradition entière."

 
Citation :

« Egalement la Fraternité trouve son guide dans la Tradition constante de l’Eglise qui transmet et transmettra jusqu’à la fin des temps l’ensemble des enseignements nécessaires au maintien de la foi et au salut en attendant qu’un débat ouvert et sérieux, visant à un retour des autorités ecclésiastiques à la Tradition, soit rendu possible. »

 
Commentaire : La première partie de phrase vient contredire implicitement la fameuse citation du document du 15 avril envoyé à Rome par Mgr Fellay. Cette citation a été faite par l’abbé Pfluger, mardi 5 juin 2012, lors de sa conférence à St Joseph des carmes Dans ce document, Mgr Fellay loue Vatican II en ces termes : « L’entière Tradition de la foi catholique doit être le critère et le guide de compréhension des enseignements du Concile Vatican II, lequel à son tour éclaire certains aspects de la vie et de la doctrine de l’Église, implicitement présents en elle, non encore formulés.» (cf. min. 57 de la video). Un concile franc-maçon éclairant certains aspects de la doctrine de l’Eglise… Il faudrait nous expliquer, Monseigneur…
 

Le début de la citation nous rassurait, mais voici que dans la même phrase, le Chapitre propose "un débat ouvert et sérieux" avec Rome, ou plutôt, le Chapitre attend que ce débat soit possible. Quelles conditions rendront ce débat possible ? Le Chapitre de le dit pas. Faudra-t-il attendre la révélation d’une lettre confidentielle qui énoncera les conditions pour reprendre le dialogue ? Ce qui est sûr, c’est que le chapitre envisage sérieusement une poursuite des discussions doctrinales et pratiques avec Rome alors que ces discussions n’ont donné aucun fruit.
 

Le débat "ouvert et sérieux" n’a-t-il pas déjà eu lieu en 2009 ? Mgr de Galaretta, l’abbé de Jorna, l’abbé de la Rocque, l’abbé Gleize n’ont-ils pas eu déjà un débat "ouvert et sérieux"? Ce débat a déjà eu lieu. Ce débat visait déjà un retour des autorités à la Tradition. Ce débat n’a servi à rien de bon, si ce n’est à nous diviser. C’était un piège : nous en voyons les fruits actuellement. Ce débat a ouvert la boîte de Pandore, comme dit Mgr de Galaretta.

 
Ce n’est pas parce que Rome est le siège de Pierre qu’il faut forcément discuter avec. En effet, nous savons que Rome est occupée par des forces qui ne sont pas catholiques mais modernistes et maçonniques. Dans une vidéo, Mgr Fellay a même indiqué que quatre loges maçonniques travaillaient au Vatican.

 

Faut-il discuter avec des hérétiques pendant des années au risque de faire imploser la FSSPX ? Quel est l’intérêt ? Faut-il rappeler que la FSSPX est une œuvre d’Eglise et qu’on est dans l’Eglise catholique quand on est dans la FSSPX ?

 
On ne dialogue pas, on ne discute pas avec le démon, enseigne la sainte Vierge dans les exercices qu’elle a révélés à Saint Ignace. En effet, là où certains voulaient convertir Rome, en toute bonne foi, d’autres se sont laissé tenter par l’accord pratique. L’expérience a prouvé qu’à chaque fois que la Fraternité saint Pie X discute avec Rome, elle se coupe en deux. Il y a toujours un groupe qui se laisse tenter… Ce débat était donc un piège de Rome. Nous y sommes tous tombés. Nous y avons tous cru (ou presque). La volonté de Rome de nous tromper apparaît clairement dans le témoignage de l’abbé de la Rocque lors de sa conférence1 du 30 mars 2012. Nous en voyons les fruits vénéneux et nous voudrions recommencer ?

 
Citation :

« Nous nous unissons aux autres chrétiens persécutés dans les différents pays du monde qui souffrent pour la foi catholique, et très souvent jusqu’au martyre. »

 
Commentaire : Nous partageons avec le chapitre cette émotion devant la persécution. Alors inutile de se rapprocher de Rome qui vise à la laïcisation des Etats, à l’exaltation des "droits de l’homme", à l’œcuménisme pour la "paix" dans le monde (Assise), toutes démarches qui favorisent la persécution des chrétiens. Rappelons que Mgr Fellay a désapprouvé la critique du scandale d’Assise faite par l’abbé de Cacqueray (cf. sermon de l’abbé Pfeiffer du 12.08.2012) et qu’il a également rabroué vertement l’abbé Chazal qui lui demandait de faire une déclaration retentissante contre Assise.
 

De plus, nous ne pouvons nous défendre d’éprouver un sentiment de révolte : le Chapitre se réclame des martyrs morts pour leur foi, alors qu’il soutient majoritairement Mgr Fellay qui fait des déclarations qui mettent en danger la foi. (Cf. Arsenius : le problème est de foi et il est grave. Cf. également J’excuse le concile de l’abbé Chazal.)

 
Enfin, si le Chapitre n’apprécie pas les persécutions, inutile d’en rajouter, d’exclure, d’anathémiser, de tempêter et de gronder. Faut-il rappeler toutes les souffrances morales et spirituelles des évêques, prêtres, ordinands et fidèles non-accordistes. Bien sûr, il y a toujours de plus grandes souffrances mais est-ce si fréquent de voir des clercs de la Tradition au bord des larmes lors de prédications contre le ralliement avec Rome ?

 
Citation :

« Nous supplions la Vierge Marie d’intervenir aujourd’hui pour chasser les ennemis de l’intérieur qui tentent de détruire l’Eglise plus radicalement que les ennemis de l’extérieur »
 

Commentaire : le Chapitre fait ici une remarque pertinente : l’Eglise est minée de l’intérieur par les ennemis, le terme ennemi rappelant notamment l’infiltration de la franc-maçonnerie jusque dans les plus hautes sphères de l’Eglise. Ces ennemis s’arrêteraient-ils respectueusement à la porte des séminaires de la FSSPX, de ses maisons générales, de ses œuvres ? Ils laisseraient en paix la Fraternité alors qu’elle est l’une des rares voix catholiques qui proclame encore le règne social de Jésus-Christ ? Le Chapitre observe candidement les méchants d’en face et sous-entend que la FSSPX est indemne de toute infiltration ou malveillance. Le Chapitre est-il naïf ou aveugle ? Peut-être faudrait-il expliquer comment un prêtre de la Fraternité, ayant occupé de hautes fonctions peut se retrouver nommé en septembre 2012 secrétaire personnel du cardinal Vingt-Trois ? Pourquoi tel autre prêtre fait préfacer son livre, préparant au ralliement, par une personnalité qui officiellement déclare six mois plus tard son appartenance de longue date à la franc-maçonnerie ? Pourquoi un autre fait partie du jury d’un prix très particulier, etc.

 
Citation :

« Qu’elle [la sainte Vierge] daigne garder dans l’intégrité de la foi, dans l’amour de l’Eglise, dans la dévotion au successeur de Pierre, tous les membres de la Fraternité Saint-Pie X ».
 

Commentaire : de nouveau, on voit ici une mise en garde de Mgr Fellay contre l’esprit schismatique dont les anti-accordistes seraient affligés. C’est l’expression « dévotion au successeur de Pierre » qui est ici ambiguë. Il faut préciser de quelle dévotion il s'agit : prier pour que le Pape se convertisse ? Oui, bien sûr. Encenser le Saint Père dès qu'il fait une chose un peu traditionnelle et soigneusement occulter toutes ses erreurs, comme celles d'Assise par exemple... Non ! Si on l'aime, il faut lui faire la charité de la vérité et ne pas hésiter à le critiquer... Et puis aussi cesser de le présenter comme un doux vieillard bien intentionné qui veut restaurer la Tradition dans l'Eglise... Alors qu'il vient de nommer un hérétique, Mgr Müller, comme gardien de la foi du monde entier, alors que c'est de sa main même qu'il a rajouté que la Fraternité devait accepter Vatican II (cf. le rapport du sermon de Mgr Tissier de Mallerais à Thouars, sur Radio Cristiandad. Mgr Tissier, d'après ce rapport, aurait spécifié que c'est le pape lui-même qui a ajouté de sa main la mention "assassine'' à la fin du document du 13 juin… Mention tellement énorme que Mgr Fellay a refusé de signer).
 

Voici la traduction d’une partie du rapport de Radio Cristiandad :

 
« In extremis (c’était tout juste), les autorités de la Fraternité n'ont pas signé un accord grâce à l'introduction providentielle d'une phrase à la fin du document, une phrase écrite par le pape, et qui indique clairement que la FSSPX doit accepter le Concile, indépendamment de l'interprétation. »

 
Rappelons-nous que Benoît XVI est l’un des acteurs principaux du concile, que c’est l’un des principaux artisans de la démolition de l’Eglise… Donc pas de dévotion béate à son égard, mais seulement des prières pour qu’il se convertisse.

 
Conclusion
 
La politique de la Fraternité Saint Pie X est désormais officiellement établie sur des principes faux : ceux du 18 juillet 2012. Le chapitre soutient en majorité ces principes faux. Les principes vrais n’ont plus le droit d’être exprimés, sous peine d’expulsion de la Fraternité. Mgr Fellay reste le supérieur, le Chapitre général ne l’a pas destitué ni n’a condamné fermement et publiquement les orientations prises. Les scandaleuses déclarations du Supérieur général, son écrit du 15 avril 2012, ses déclarations sur Vatican II restent d’actualité...
 
La déclaration du Chapitre du 19.07.2012 est un compromis ambigu omettant le plus important : nulle part il n’est marqué que nous ne retournerons à Rome qu’à la condition qu’elle se convertisse. C’était pourtant l’unique question importante. Mgr Fellay a donc gagné. Il a fait triompher le principe de l’accord pratique. La lettre du 18. 07.2012, fruit du chapitre, vient certifier cette thèse. Ne nous voilons pas la face.
 
Le ton a bien changé par rapport à la déclaration du Chapitre de la FSSPX de 2006. Voici ce qu’elle proclamait :

« Si, après leur accomplissement, la Fraternité attend la possibilité de discussions doctrinales, c’est encore dans le but de faire résonner plus fortement dans l’Église la voix de la doctrine traditionnelle. En effet, les contacts qu’elle entretient épisodiquement avec les autorités romaines ont pour seul but de les aider à se réapproprier la Tradition que l’Église ne peut renier sans perdre son identité, et non la recherche d’un avantage pour elle-même, ou d’arriver à un impossible “accord” purement pratique. Le jour où la Tradition retrouvera tous ses droits, « le problème de la réconciliation n’aura plus de raison d’être et l’Église retrouvera une nouvelle jeunesse ».

 
Quel chemin parcouru en six ans par ces mêmes capitulants qui semblent être devenus amnésiques. Mgr Fellay, suite aux échecs des négociations avec Rome, parlait de retour à la case départ… Nullement. L’évolution des mentalités et des discours est palpable quand on compare les deux déclarations. Voilà où nous mènent des années de discussions avec Rome. Il serait peut-être temps d’arrêter !

 
Note :
 

(1) Le témoignage de l’abbé de la Rocque :

 
 
Min. 11.50 : « Dix jours [avant le début des discussions] dans la presse circule un bruit lâché par Rome selon lequel les intervenants de la FSSPX qui arriveront sous peu à Rome pour le premier rendez-vous se verront présenter un texte d'adhésion à tous les enseignements du Concile Vatican II, de reconnaissance de la légitimité de la nouvelle messe, d'acceptation du nouveau code de droit canonique et ainsi de suite. Le bruit a été lâché et la chose était réelle. Nous avions reçu, tant Mgr Fellay, que nous quatre qui assistions, qui étions membres de cette commission, nous avions reçu un texte de Rome pour signature, une formule d'adhésion à tous les enseignements du Concile Vatican II. »

 

Min.16.30 : « À travers tout cela, ce qui est apparu de manière de plus en plus claire, c'est que le modérateur de ces débats qui était Mgr Pozzo, le secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, lequel au demeurant est très sympathique, Mgr Pozzo, avec le recul, il me paraît très clair que sa mission était de trouver la formule d'adhésion au Concile et à la nouvelle messe, suffisamment explicite pour satisfaire les exigences romaines et suffisamment habile pour que nous puissions la signer. Et donc effectivement, de réunion en réunion, nous avions ces textes d'adhésion reformulés sans arrêt qui réapparaissaient soit sur la table soit quelques fois carrément sous la table à l'issu d'un repas bien arrosé avec Mgr Pozzo qui, par en dessous, disait et vous pensez quoi de ce papier ?. Par exemple, sur la nouvelle messe, nous avons quatre ou cinq formules différentes d'adhésion qui ont été proposées à notre signature. Et toujours, toujours, l'objectif était de nous faire accepter la légitimité de la nouvelle messe. Toujours. Cela a été l'optique fondamentale de Mgr Pozzo pendant tous ces débats dont il était le modérateur. Je pense qu'en tout, c'est à quelque chose près, une douzaine, une quinzaine de formules d'adhésion différentes qui nous ont été ainsi successivement proposées. »

 
Min. 24.30 : « Retenons que de fait ces discussions ont été menées du côté romain avec cet axe fondamental, nous faire accepter une formule d'adhésion aux enseignements du Concile et à la nouvelle messe. »