samedi 25 octobre 2014

Humilité de Sainte Gertrude




DE LA VERTU D'HUMILITÉ ET DE PLUSIEURS AUTRES VERTUS QUI BRILLÈRENT EN ELLE COMME AUTANT D'ÉTOILES.

Le Seigneur, afin d'établir sa demeure dans cette âme, l'avait ornée de vertus brillantes comme les étoiles. Entre toutes éclatait l'humilité, vraie source de toutes les grâces et gardienne des vertus. Celle-ci en effet s'estimait si indigne des dons de Dieu, qu'elle n'aurait pu consentir à en profiter seule ; elle se voyait au contraire comme un canal destiné, par une mystérieuse disposition de la Providence, à transmettre la grâce aux élus du Seigneur. Non seulement elle s'estimait indigne de recevoir ces dons, mais elle trouvait encore qu'ils ne portaient aucun fruit si elle n'en faisait part au prochain par ses paroles ou ses écrits. Elle agissait en cela avec un tel amour de Dieu et un si grand mépris d'elle-même, que souvent elle se disait « Quand même je devrais subir plus tard les tourments de l'enfer, comme je l'ai mérité, cependant je me réjouis de ce que Dieu recueillera chez d'autres âmes le fruit de ses dons. » Il lui semblait que les grâces de Dieu déposées dans la plus vile de ses créatures rapporteraient encore plus de fruit que dans son âme ; et pourtant elle était prête à chaque heure à les recevoir pour en faire part au prochain comme si c'était surtout pour lui qu'elle les avait reçues. Se jugeant elle-même, elle se voyait comme la dernière de ceux dont le Prophète a dit : « Omnes gentes quasi non sint, sic sunt coram eo : Toutes les nations sont devant lui comme si elles n'étaient pas. » (Isaïe, XL, 17.) Et plus bas « Quasi pulvis exiguus : Comme un peu de poussière. » Car, de même qu'un peu de poussière cachée sous une plume ou quelque objet semblable est préservé des rayons du soleil par cette ombre légère, ainsi se dérobait-elle pour échapper à l'honneur qui pouvait lui revenir de si sublimes faveurs. Elle en renvoyait la gloire à Celui dont l'inspiration prévient ceux qu'il appelle, dont le secours accompagne ceux qu'il justifie, et elle ne découvrait dans son âme qu'indignité et ingratitude en face de dons si gratuits. Cependant son désir de la gloire de Dieu la portait à révéler les bontés du Seigneur à son égard, et elle exprimait son intention par ces paroles : « Il est juste que Dieu recueille dans le prochain le fruit des bienfaits qu'il m'a accordés à moi si indigne. »

Un jour pendant la promenade, elle dit au Seigneur, avec un profond mépris d'elle-même : « Le plus grand de tous vos miracles, ô mon Dieu, est que la terre puisse porter une pécheresse telle que moi ! » Mais le Seigneur, qui exalte ceux qui s'humilient, lui dit avec bonté : « La terre se laisse volontiers fouler sous tes pas, puisque tout le ciel dans sa grandeur attend avec des tressaillements d'allégresse l'heure bienheureuse où il aura l'honneur de te posséder. » O douceur admirable de la bonté de Dieu qui se plaît à glorifier une âme en proportion de son humilité !

Elle méprisait à ce point la vaine gloire, que si une pensée lui en venait à l'esprit quand elle était occupée à la prière ou à une bonne oeuvre elle continuait son acte (1) en se disant : « Si quelqu'un te voit accomplir ce bien, il sera porté à t'imiter, et le Seigneur eu sera glorifié. » Car elle estimait n'avoir pas plus d'importance dans l'Église que n'en a, dans la maison du père de famille, un épouvantail bon seulement à être attaché à un arbre au temps de la récolte, afin de chasser les oiseaux et de garder les fruits. [...]

Elle avait aussi cette admirable confiance, fondement de toutes les vertus, et à laquelle Dieu ne refuse rien, surtout lorsqu'il s'agit de biens spirituels;

Note :
351. Sixième règle sur les scrupules : Lorsqu'une âme pieuse désire dire ou faire quelque chose qui ne s'écarte, ni des usages de l'Église, ni des traditions de nos pères, et qu'elle croit propre à procurer la gloire de Dieu, notre Seigneur, s'il lui vient du dehors une pensée ou une tentation de ne pas dire ou faire cette chose, sous prétexte de vaine gloire ou d'autre défaut, qu'elle élève son entendement à son Créateur et Seigneur ; et si elle voit que cette parole ou cette action tend au service de Dieu, ou du moins ne lui est pas contraire, qu'elle fasse ce qui est diamétralement opposé à ce que lui suggère la tentation, répondant à l'ennemi avec saint Bernard : Ce n'est pas pour toi que j'ai commencé, ce n'est pas pour toi que je cesserai.

jeudi 23 octobre 2014

Prière et pétition pour Asia Bibi



La plupart de nos lecteurs ont dû apprendre la condamnation à mort par pendaison de la maman chrétienne pakistanaise Asia Bibi, en prison depuis 2009. Un dernier appel a été interjeté mais il n'est pas du tout sûr qu'il soit entendu. Nous proposons deux actions pour aider Asia Bibi, véritable martyre de sa foi, et pour aider sa famille :

1) Réciter pour elle avec ferveur la prière spéciale de Saint Mechtilde pour délivrer les prisonniers. Demandons à Dieu que si c'est sa volonté, elle soit délivrée. Si le Bon Dieu préfère lui donner la palme du martyre, demandons-lui la grâce que, par cette prière, Asia atteigne un degré de sainteté encore plus parfait et excellent et qu'elle et sa famille soient fortifiés de façon spéciale. 

Voici cette prière que nous avons personnalisée pour Asia Bibi, enseignée par Jésus Lui-même à la sainte :

Ô mon Jésus,
Par l'amour qui vous a retenu neuf mois captif au sein de la Vierge ;
Par l'amour qui vous a enveloppé de langes et de bandelettes ;
Par l'amour qui vous a livré garrotté aux mains des impies ;
Par les chaînes dont les juifs vous ont chargé pour vous livrer au juge ; 
Par les liens qui vous attachèrent à la colonne de la flagellation ; 
Par les clous qui vous ont fixé à la croix ; 
Par le suaire qui vous a enveloppé après la mort pour que vous fussiez mis au sépulcre ; 
Par l'amour qui vous a enchaîné dans toutes ces circonstances, nous vous demandons, si telle est votre volonté, de délivrer Asia Bibi. » 


2) Signer la pétition pour délivrer Asia Bibi sur ce lien :

On peut regarder cette vidéo en anglais sur Asia Bibi qui date un peu mais qui est émouvante. Il n'y a pas d'images pénibles. L'un des hommes qui défendait Asia Bibi, Shahbaz Bhatti, et qui a été assassiné à cause de cela, a fait une déclaration héroïque la veille de sa mort. Ses paroles sont retransmises. (voir à partir de la minute 1.54). Il dit qu'il est prêt à suivre la voie de la croix. Il a été entendu. 

mercredi 22 octobre 2014

Citations et méditation de Saint Antoine-Marie Claret



Saint Antoine-Marie Claret (1807-1870), qui fut archevêque de Santiago de Cuba, a fondé la Société Missionnaire des Fils du Cœur Immaculé de Marie.

Source des citations : ce document à télécharger Ce document est très riche et complet. Il y a des centaines de citations.


« De nos jours, il semble que Dieu veut que les laïcs aient une plus grande part au salut des âmes. »

« Fais que je sois uni à toi comme l’eau au vin dans le saint sacrifice. » 

« après la messe, je me sens comme anéanti, je vis tout en Lui ; » 

Les deux citations suivantes sont à rapprocher d'un de nos articles sur sainte Thérèse de l'Enfant Jésus qui explique comment avoir une grâce équivalente.

" Le 26 août 1861 , je me trouvais dans l'église du saint Rosaire, à la Granja, à sept heures du soir. Notre-Seigneur m'a accordé la grande grâce de conserver dans ma poitrine les espèces sacramentelles, de jour et de nuit. Il faut donc que je sois toujours recueilli et plein de dévotion intérieure. Le Seigneur m'a dit aussi que je dois prier et faire face à tous les maux de l'Espagne. A cet effet, il m'a rappelé un tas de choses : comment, sans mérite de ma part, sans talent, sans recommandation de personne, il m'a élevé de la plèbe au niveau des rois de la terre. Maintenant, il me place à côté du Roi du ciel... Glorifiez Dieu et portez-le dans votre corps (1 Cor. 6,20)"

"Le 16 mai 1862,à quatre heures et quart, j'étais en prière lorsque il m'est revenu en mémoire ce que j'avais écrit le 26 août de l’an dernier au sujet du très saint Sacrement. Je pensais l’effacer hier, et aujourd'hui aussi ; la sainte Vierge m'a dit de ne pas le faire. Puis, au cours de la messe, Jésus a confirmé la faveur qu'il m'avait faite de demeurer sacramentellement en mon intérieur."


La méditation ci-dessous de Saint Antoine-Marie Claret est à la forme personnelle; c'est Jésus qui parle à chacun de nous individuellement.

PAROLES DE JÉSUS

Pour Me plaire, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup d'instruction ; il suffit que tu M'aimes beaucoup. Parle-Moi avec simplicité, comme tu parlerais avec ton ami le plus intime.

As-tu quelque chose à Me demander pour quelqu'un ?

Dis-Moi son nom et ce que tu voudrais que Je fasse maintenant pour lui. Demande beaucoup ! N'hésite pas à demander. Parle-Moi avec simplicité et sincérité des pauvres que tu veux consoler, des malades que tu vois souffrir, des égarés que tu désires voir revenir sur le droit chemin. Dis-Moi au moins une parole pour chacun.

Et pour toi-même, n'as-tu pas besoin de quelque chose ?

Dis-Moi franchement que tu es peut-être orgueilleux, égoïste, inconstant, négligent... puis demande-Moi de te venir en aide dans le peu ou le grand nombre d'efforts que tu fais pour t'en sortir. N'aie pas honte ! Au Ciel, il y a beaucoup de justes, beaucoup de saints qui avaient exactement les mêmes défauts. Mais ils ont demandé humblement... et, peu à peu, ils se sont vus libérés de leurs défauts. Et n'hésite pas à prier pour ta santé et pour une heureuse issue de tes travaux, de tes affaires ou de tes études. Tout cela, Je peux te le donner et Je te le donne. Je désire que tu Me pries pour cela, si ce n'est pas préjudiciable à ta sanctification, mais la favorise et la soutient. Et aujourd'hui même, de quoi as-tu besoin ? Que puis-Je faire pour toi ? Si tu savais combien Je désire ardemment t'aider.

As-tu actuellement un projet ?

Expose-le Moi. Qu’est-ce qui te préoccupe ? Que penses-tu ? Que désires-tu ? Que puis-Je faire pour ton frère, pour ta sœur, pour tes amis, pour ta famille, pour tes supérieurs ? Que voudrais-tu faire pour eux ? Et pour ce qui est de Moi, n’as tu pas le désir que Je sois glorifié ? Ne voudrais-tu pas faire quelque chose de bien pour tes amis que tu aimes peut-être beaucoup, mais qui, peut-être, vivent sans penser à Moi.

Dis-Moi, qu'est-ce qui attire particulièrement ton attention aujourd'hui ? Que désires-tu le plus ardemment ? De quels moyens disposes-tu pour l'obtenir ? Si un projet échoue, dis-le-Moi ; Je te donnerai les raisons de l'échec. Ne voudrais-tu pas Me gagner à ta cause ?

Peut-être te sens-tu triste ou de mauvaise humeur ?

Raconte-Moi dans tous les détails ce qui t'attriste, ce qui t'a offensé, ce qui t'a blessé dans ton amour-propre, ce qui t'a humilié. Dis-Moi tout et bientôt tu parviendras au point où tu Me diras que tu pardonnes tout selon mon exemple, que tu oublies tout. En récompense, tu recevras Ma consolante Bénédiction. Peut-être as-tu peur ? Sens-tu dans ton âme cette détresse indéfinissable qui n'est pas justifiée, mais qui ne cesse pourtant de te déchirer le cœur ? Jette-toi dans les bras de la Providence ! Je suis avec toi, à ton côté. Je vois tout, J'entends tout, et Je ne t'abandonne pas un seul instant. Sens-tu l'abandon d'êtres qui auparavant t'aimaient bien mais qui maintenant t'ont oublié et s'éloignent de toi sans que tu en sois la cause ? Prie pour-eux, et Je les ferai revenir à ton côté, s'ils ne sont Pas un obstacle à ta sanctification.

Et n'as-tu pas peut-être une joie à Me faire partager ?

Pourquoi ne Me laisserais-tu pas partager ta joie ? Ne suis-Je pas ton ami ? Raconte-Moi ce qui a consolé ton cœur et ce qui t'a fait sourire depuis ta dernière visite chez Moi. Peut-être as-tu connu des surprises, peut-être reçu de bonnes nouvelles, une lettre, un signe d'affection ; peut-être as-tu surmonté une difficulté ; peut-être es-tu sorti d'une situation qui paraissait sans issue. Tout cela est mon Œuvre. Tu dois seulement Me dire : merci, mon Dieu !

Ne voudrais-tu pas Me promettre quelque chose ?

Je lis au fond de ton cœur. On peut facilement tromper les hommes, mais pas Dieu. Alors, parle-Moi tout à fait ouvertement. Es-tu vraiment fermement décidé à ne plus t'exposer à telle occasion de péché, à renoncer à telle chose qui t'a causé du tort, à renoncer à lire tel livre qui a excité ton imagination, à ne plus avoir de contact avec telle personne qui trouble la paix de ton âme ? Redeviendras-tu doux, aimable et complaisant avec telle personne que tu as considérée jusqu'ici comme un ennemi parce qu'elle a laissé échapper quelque chose contre toi. Eh bien ! Retourne maintenant à tes occupations habituelles, à ton travail, ta famille, tes études, mais n'oublie pas ce quart d'heure que nous avons passé ensemble. Garde autant que tu le peux silence, modestie, recueillement intérieur et amour du prochain.

Aime Ma Mère qui est aussi la tienne.

Et reviens de nouveau avec le cœur encore plus rempli d'amour, encore plus abandonné à Mon Esprit. Alors tu trouveras chaque jour dans Mon Cœur un nouvel Amour, de nouveaux Bienfaits et de nouvelles Consolations.

Amen !

Réponse au courrier d'un lecteur : comment interpréter les propos de Mgr Lefebvre ?



Un lecteur mécontent vient de nous écrire à propos de la citation peu connue que nous avons faite d'un article de Mgr Lefebvre du Fideliter 66. Voici le texte de cette citation de Mgr Lefebvre :

Fideliter 66 :
p. 28 : Si nous nous éloignons de ces gens-là, c'est absolument comme avec les personnes qui ont le SIDA. On n'a pas envie de l'attraper. Or, ils ont le SIDA spirituel, des maladies contagieuses. Si l'on veut garder la santé, il faut ne pas aller avec "eux.
Oui, le libéralisme et le modernisme se sont introduits au Concile et à l'intérieur de Église Ce sont des idées révolutionnaires et la Révolution, que l'on trouvait dans la société civile, est passée dans Église Le cardinal Ratzinger ne s'en cache d'ailleurs pas : ils ont adopté des idées, non d’Église, mais du monde et ils estiment devoir les faire entrer dans Église.
p. 29 : Or, les autorités n'ont pas changé d'un iota leurs idées sur le Concile, le libéralisme et le modernisme. Ils sont anti-Tradition, la Tradition telle que nous l'entendons et que l’Église la comprend. Cela n'entre pas dans leur concept. Le leur étant d'un concept évolutif, ils sont donc contre cette Tradition fixe dans laquelle nous nous tenons. Nous estimons que tout ce que nous enseigne le catéchisme, nous vient de Notre Seigneur et des Apôtres et qu'il n'y a rien à y changer. C'est clair. Les trois parties du catéchisme nous viennent de Notre Seigneur. Pourquoi en changer ? Nous ne pouvons pas les faire évoluer. Le Credo, les commandements de Dieu, les moyens de nous sauver, les sacrements, le Saint-Sacrifice de la messe et la prière, tout cela nous vient de Notre Seigneur directement. Tout cela, c'est notre catéchisme, qui nous est donné en général avec notre baptême, qui nous est mis entre les mains. C'est notre charte depuis que Notre Seigneur a voulu que tout le monde soit baptisé, que tout le monde adopte le Credo, le Décalogue, les sacrements qu'il a institués, ainsi que le Saint-Sacrifice de la messe et les prières. Pour eux, non, tout cela évolue et a évolué avec Vatican II. Le terme actuel de l'évolution, c'est Vatican II. C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous lier avec Rome. Nous aurions pu, si nous étions arrivés à nous protéger complètement comme nous l'avions demandé. Mais ils n'ont pas voulu. Ils ont refusé les membres que nous demandions dans la Commission, ils ont refusé le nombre d'évêques que nous demandions, refusé le nombre d'évêques que je leur présentais. C'était clair : ils ne voulaient pas que nous soyons protégés. Ils veulent nous avoir sous leur coupe directement et pouvoir nous imposer justement cette politique anti-Tradition dont ils sont imbus.

Dans notre article commentant la note interne de Menzingen, nous avons commenté ainsi cette citation :

"On voit ici très bien le fond de la pensée de Mgr Lefebvre. Il ne se fait pas d'illusion sur la pourriture doctrinale romaine : il dit qu'ils ont le SIDA spirituel... Mais en même temps, il veut faire un accord avec ces personnes dangereuses, si elles octroient la commission et le ou les évêques (suivant les interviews, Monseigneur change ses exigences. En fait, on voit dans d'autres citations de notre article du 16 juillet qu'il se serait contenté d'un seul évêque choisi par lui). Mgr Lefebvre mélange donc ici fermeté doctrinale et pragmatisme suicidaire. La partie en rouge est pragmatique."

Ce lecteur nous accuse d'être malhonnêtes. Il dit que nous interprétons cette citation dans le sens opposé de ce qu'elle signifie. Pour notre lecteur, ce texte "montre avec évidence que Mgr Lefebvre estimait qu'on ne pouvait plus désormais se soumettre moralement à cette hiérarchie."

Qu'en est-il réellement ?

Le problème réside en partie dans le fait que nous avons rédigé une phrase au présent alors que nous aurions dû la mettre au conditionnel. 
Nous avons dit : 
"Mais en même temps, il veut faire un accord avec ces personnes dangereuses, si elles octroient la commission et le ou les évêques"... 
Nous aurions dû dire, pour être plus précis et plus clairs : 
"Mais en même temps, il aurait fait un accord avec ces personnes dangereuses, si elles avaient octroyé la commission et le ou les évêques". 
Nous avons d'ailleurs corrigé à présent notre article en ce sens. En effet, rédiger notre phrase au présent signifiait que Mgr Lefebvre voulait toujours faire un accord avec Rome au moment où il écrivait dans le Fideliter 66. Or, Mgr Lefebvre ne voulait pas faire d'accord avec Rome au moment où il écrivait cet article, non par principe, mais parce que Rome ne voulait toujours pas lui donner la commission et les évêques qu'il désirait.... 

Là où l'avis d'Avec l'Immaculée diverge d'avec celui de son lecteur, c'est que ce dernier affirme que ce texte "montre avec évidence que Mgr Lefebvre estimait qu'on ne pouvait plus désormais se soumettre moralement à cette hiérarchie."

Distinguons :

1. En un sens, notre lecteur a raison car Mgr Lefebvre dit qu'il aurait fallu, pour conclure raisonnablement un accord, être protégés de cette hiérarchie romaine par la commission et les évêques choisis par lui. Mgr Lefebvre pense donc que le fait d'avoir cette commission et ces (ou cet) évêque le protégerait des influences néfastes de la mauvaise hiérarchie romaine. Il pense en quelque sorte qu'il aurait été possible et qu'il serait toujours possible de faire un caisson étanche de la Tradition hors influence romaine, tout en étant reconnu officiellement par les autorités romaines... reconnaissance qui implique la signature du protocole du 5 mai 1988, ne l'oublions pas. Il pense que le pape et les autres membres de la hiérarchie romaine n'auraient  eu aucun pouvoir sur la Fraternité, si elle avait été reconnue par Rome de cette façon, c'est-à-dire  : 
a.  en signant le mauvais protocole du 5 mai 1988,
b. en ayant une commission composée de 7 membres tous FSSPX (cette exigence n'est pas dans toutes les interviews post-sacres de Mgr Lefebvre. On voit ailleurs qu'il aurait finalement accepté un nombre minoritaire de membres FSSPX). cf. notre article sur Mgr Lefebvre, en onglet de ce blog.
c. en ayant le nombre d'évêques choisis par lui (cette exigence n'est pas non plus dans d'autres interviews post-sacres. Ailleurs on voit qu'il n'exigeait finalement plus qu'un seul évêque.)

Donc oui, Mgr Lefebvre voulait éviter que nous ayons à nous soumettre à la hiérarchie romaine, mais il voulait l'éviter d'une façon totalement naïve et utopique : 
- parce qu'il est évident que la commission et les évêques n'auraient rien protégé du tout. Il aurait suffit que le pape fronce les sourcils en disant : Attention ! si vous critiquez le concile Vatican II envers lequel vous vous êtes engagés à avoir une "attitude positive d’étude et de communication avec le Siège Apostolique, en évitant toute polémique", vous serez excommuniés ! Vous ne pouvez pas vous dispenser d'accepter le magistère après 1962. [ndlr : la partie en gras et entre guillemets est une citation du protocole du 5 mai 1988]. Donc en fait, malgré les bonnes intentions de Mgr Lefebvre, nous aurions été à la merci des autorités romaines...
- parce que le texte même du protocole, par ses exigences, nous soumettait également à l'influence romaine. Il est impensable moralement en conscience d'accepter le protocole du 5 mai 1988 qui est objectivement peccamineux.

2. Donc en fait, notre lecteur se trompe : nous aurions été soumis de fait aux autorités romaines, en suivant les conditions de Mgr Lefebvre, même si celui-ci se défendait de vouloir nous soumettre à celles-ci.

3. Mais le message de notre lecteur signifie surtout qu'il pense que Mgr Lefebvre, après 1988, ne voulait plus faire d'accord pratique par principe. C'est une erreur. Mgr Lefebvre estimant pouvoir être protégé des influences néfastes de la hiérarchie par la commission et par au moins un évêque, n'aurait pas refusé l'accord si Rome avait bien voulu accepter de lui octroyer la commission et cet évêque : « J'aurais bien signé un accord définitif après avoir signé le protocole, si nous avions eu la possibilité de nous protéger efficacement contre le modernisme de Rome et des évêques. Il était indispensable que cette protection existe. » (Conférence de Flavigny de décembre 1988, Fideliter 68)

Conclusion : notre interprétation n'est pas malhonnête car Mgr Lefebvre, même après 1988, était toujours pour un accord pratique avec Rome avant qu'elle ne soit convertie, à certaines conditions [les trois conditions a. b. c. énoncées ci-dessus]. D'ailleurs l'abbé Pivert l'a avoué également dans l'article Mgr Lefebvre et Rome : la prudence guidée par les principes, de son nouveau bulletin numéro 1 Le chevalier du Christ-Roi. Si ce lecteur a des difficultés à nous croire, nous espérons qu'il n'aura pas de difficultés à croire l'abbé Pivert qui affirme dans cet article : « On remarquera enfin que Mgr Lefebvre n'exige pas, pour un accord, la conversion préalable de Rome, mais qu'elle veuille concourir à la préservation de la Tradition. »

mardi 21 octobre 2014

Commentaire sur la note interne de Menzingen aux prêtres : la nouvelle technique subversive du "contact in membris"




Nous mettons tout d'abord : 
- le texte de la note interne envoyée par Menzingen aux prêtres, 
- puis le parallèle avec la conférence de l'abbé Pfluger, proposé fort justement par un prêtre, 
- puis le commentaire d'Avec l'Immaculée.


I - Texte de la note interne envoyée par Menzingen aux prêtres. (nous mettons en gras et/ ou en rouge des passages importants qui seront commentés) :


Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
Note interne confidentielle de la Maison générale
Diffusion : membres prêtres

Le 2 octobre 2014

Le mardi 23 septembre 2014, Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, a rencontré le cardinal Gerhard Ludwig Müller, Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Il était accompagné des deux Assistants généraux de la Fraternité. Le cardinal Müller était entouré de Mgr Ladaria, secrétaire de la CDF, de Mgr Joseph Augustin di Noïa o.p., secrétaire-adjoint, et de Mgr di Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei et Mgr Descourtieux, de la même commission. La rencontre a eu lieu de 11 h à 13h.
—   L’impression générale que laisse cette réunion est qu’il n’y a rien de nouveau (Cf. Communiqué de 2005 après l’audience au pape Benoît XVI repris littéralement dans celui de 2014) :

—   Comme précédemment, Mgr Fellay et ses Assistants ont été cordialement reçus.

—   On note que le Pape et la Congrégation pour la doctrine de la foi veulent maintenir les discussions et les contacts. Ils ne veulent pas couper.

—   Il n’y a pas de menace de sanction, mais une insistance sur l’obéissance et une insistance pour que nous régularisions la situation rapidement, en acceptant la déclaration doctrinale de 2012 (et la prélature), ce que nous avons à nouveau refusé en raison des ambiguïtés de ce document.

—   On nous demande d’accepter le magistère de l’Église comme norme de la foi, ce qui par principe n’est pas un problème pour un catholique, mais c’est l’application de cette acceptation à l’enseignement conciliaire et postconciliaire qui pose un grave problème, en raison de la rupture avec le magistère antérieur.

—   Ils ne comprennent pas, ou n’admettent pas, que le Concile lui-même puisse être pris en défaut, et donc ils ne peuvent pas remonter aux causes de la crise.

—   Il est difficile de faire passer notre position, ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre. Nous ne parlons pas le même langage.

—   Nos observations et oppositions sont vues comme secondaires ou même illusoires par rapport aux problèmes auxquels ils doivent faire face dans l’Église (prochain Synode sur la famille, etc.).

—   Les différences doctrinales demeurent (œcuménisme, liberté religieuse et collégialité, comme les problèmes posés par la nouvelle messe).

—   Rome demande, dans le cadre de ces discussions, des rencontres entre des membres de la Fraternité et des évêques, qui auront lieu de façon informelle : le choix des lieux et interlocuteurs étant laissé à notre initiative.

Nos intentions :

—   Maintenir le contact surtout lorsque l’initiative vient de Rome, c’est l’esprit et la pratique de Mgr Lefebvre.

—   Il s’agit d’utiliser ces rencontres pour exposer, expliquer notre position sur les causes de la crise de l’Église. C’est l’esprit missionnaire dans l’Église qu’il nous faut conserver.

—   Il faut être ferme sur le fond, la doctrine ; patient et charitable sur la forme." (fin de citation de la note interne)

II - Récollection de l'abbé Pfluger à Flavigny :

Voici ce qu'écrit très justement un prêtre, en commentaire de cette note : "Pour saisir la politique de Menzingen sur les rapports avec Rome, il suffit de relire l'abbé Pfluger à Flavigny ". Ce prêtre a ensuite sélectionné le passage de la récollection en question. Le voici dans le cadre ci-dessous :

« On est dans un moment décisif pour la Tradition et la Fraternité. Crise vient du grec crisis qui s'applique en médecine au cas d'un patient dont le moment est venu de statuer sur son avenir. Arrive-ton à vaincre la maladie ? Nous en sommes à ce point ou il faut décider sur l'avenir par rapport au pape, à l'Église. Donc, comment agir ?

Il faut regarder comment l'Église a agi dans le passé. Aujourd'hui, Suresnes, Mgr Tissier nous poussent, mettent une certaine pression pour que nous fassions une déclaration claire, pure et dure, une profession de foi, qui mette les points sur les « i ». Ils [Ils ou certains...] demandent que nous ne discutions pas avec Rome mais que nous proposions des petits textes basés sur la doctrine. Mais faisons gaffe ! [Ce n'est pas aussi simple.] Dans le Credo, on ne professe pas qu'on renonce à Vatican II et à la liberté religieuse !
Nous avons consulté quelques confrères sur l'opportunité de la publication de ces déclarations à l'occasion des 25 ans des sacres ; un confrère français nous a écrit sur l'utilité de ce texte qu'il est inaudible au clergé moderne [deux déclarations fermes (fin du Chapitre 2012, puis déclaration des évêques en 2013) rappellent déjà notre position. Nos déclarations restent inaudibles pour le clergé moderne], même à celui qui nous estime ! Parce qu'il manque d'une philo sérieuse pour nous comprendre.

1er problème : sur un même texte, chacun voit de sa façon et les modernes ne voient pas ce qu'on y voit. Exemple : à l'occasion de la manifestation interreligieuse à Buenos-Aires pour mémoriser l'attaque contre les juifs, personne n'a compris notre lutte contre la liberté religieuse, on a pensé qu'on luttait contre les juifs parce qu'on a des fidèles très intelligents [qui n'ont pas percé le contexte / qui ont parlé en ce sens à la TV].

2ème problème : ils méconnaissent le magistère ante-conciliaire [parce qu'ils / et ils] sont submergés par des préoccupations pastorales. Leurs soucis sont totalement différents des nôtres qui nous focalisons sur Vatican II et la collégialité... [En publiant une telle déclaration.] Nous nous (faisons / ferions] plaisir à nous-mêmes et nous ne [faisons / ferions] pas avancer les choses.


La réforme consiste à travailler, à faire circuler « in capite et in membris », simultanément. In capite, c'est par rapport au pape, à Rome et ça a consisté dans les discussions doctrinales et nos efforts ne sont pas couronnés de succès pour l'instant. In membris c'est par rapport aux fidèles, aux paroisses et au clergé conservateur. Il faut maintenant intensifier le contact in membris.

En remontant plus loin dans l'histoire, on constate que la réforme carolingienne a consisté dans la multiplication d'initiatives privées qui se sont élaborées en dehors du pouvoir romain sans l'affronter et que celui-ci a fini par approuver en légiférant. Le pape ne lance pas l'initiative mais c'est la base qui les lance, initiatives qui s'épanouissent jusqu'à ce que la tête les reprenne à son compte pour les officialiser. Pour cela il faut une disposition suffisante des inférieurs pour se laisser conduire sinon la tête ne peut pas reprendre à son compte la réforme. Le Motu Proprio est une étape, le pape ne peut pas aller plus vite et plus loin pour l'instant. Mgr a bien dit que ce sont les chiffres qui parleront. « De
l'histoire on n'apprend rien », dit... ? Les gens font toujours les mêmes bêtises ! Le changement viendra de la multiplication de ces initiatives et par leur rencontre et leur union."


III - Commentaire d'Avec l'Immaculée :
La mise en parallèle  par ce prêtre de la conférence  de l'abbé Pfluger avec le communiqué de Menzingen est vraiment excellente. Elle nous amène à d'autres réflexions que nous aimerions communiquer ici à nos lecteurs. 

1. Une véritable complicité apparaît de plus en plus entre Rome et Menzingen : ils semblent s'entendre comme larrons en foire.
Il est en effet incroyable de voir comment les idées folles et suicidaires de l'abbé Pfluger de Noël 2013 ont anticipé l'expression du souhait de Rome exprimé à présent en septembre 2014. Il semble vraiment qu'il y a eu une concertation antérieure à la récollection de Flavigny, entre Rome et Menzingen. L'abbé Pfluger à Flavigny, affirme en effet avec une autorité incroyable quelle sera la nouvelle politique de la FSSPX. On voit qu'il sait à l'avance ce qui va être demandé par Rome en septembre 2014. La récollection de Flavigny avait pour but de préparer le terrain à la politique maçonnique  et subversive de ceux qui occupent l'Eglise et qui veulent conquérir le dernier bastion traditionnel important : la FSSPX.... La note interne de Menzingen de septembre 2014 officialise et ratifie la volonté exprimée par l'abbé Pfluger à Noël 2013 à Flavigny. Rome ratifie l'abbé Pfluger... Qui est l'abbé Pfluger qui est si influent qu'il arrive à dicter à Mgr Müller et au pape leur nouvelle ligne de conduite, neuf mois à l'avance ? A moins plutôt qu'il ne faille dire qu'il est tellement bien informé et soumis qu'il connaît déjà neuf mois à l'avance ce que vont demander les autorités maçonniques romaines à la FSSPX... Qui est l'abbé Pfluger ? Quel rôle joue-t-il sur l'échiquier ? Remarquons également la certitude inquiétante de ses propos à Flavigny : non seulement il veut, mais il sait qu'il va y avoir un accord " Le Motu Proprio est une étape, le pape ne peut pas aller plus vite et plus loin pour l'instant. [...] Le changement viendra de la multiplication de ces initiatives et par leur rencontre et leur union." L'abbé Pfluger a affirmé en privé que la FSSPX signerait bientôt avec Rome, même s'il s'est trompé sur la date (cf. note de l'adresse publique des familles catholiques fidèles de France). Il est certain de l'accord. Qu'est-ce qui lui donne cette certitude ?  

2. La volonté romaine de maintenir les contacts.

a. On remarque que la note interne signale que les autorités (maçonniques) romaines ne veulent pas couper les contacts avec la FSSPX... Or les intentions d'un franc-maçon étant par définition mauvaises vis-à-vis de la religion, c'est donc qu'ils veulent anéantir la Fraternité par ces contacts... A contrario, cela doit donc conforter toutes les personnes de la Résistance qui sont pour le nullam partem avec Rome tant qu'elle n'est pas convertie pour de vrai. Si les francs-maçons ont horreur du nullam partem, c'est très bon signe pour ceux qui professent cette doctrine. Cette doctrine nous rend invulnérables... à condition que nous restions droits doctrinalement et humbles devant Dieu.

b. La note interne dit que Rome ne menace pas de sanction pour le moment... Elle ne menace pas... car ce n'est pas l'heure. Elle le fera de nouveau, comme elle l'a déjà fait à maintes reprises dans le passé, pour essayer de faire basculer la Fraternité, au moment de signer l'accord. Nous sommes pour l'instant dans une nouvelle phase tactique de main tendue : c'est donc l'heure de la cordialité... Mais cela changera au moment stratégique, comme d'habitude. Certains commencent à être blasés de ces chauds et froids qui alternent continuellement... Mais malheureusement, la majeure partie des prêtres et des fidèles ne considèrent la politique romaine qu'au premier degré et ne cessent d'être ballottés dangereusement au gré de la volonté de ces  rusés stratèges. Pour certains prêtres, c'est une tension épuisante... Certains, comme l'abbé Lammerand, finissent par abandonner le combat. Il est donc criminel de la part de Mgr Fellay de continuer à exposer sans cesse, année après année, prêtres et fidèles à cette tension. C'est une des raisons pour lesquelles il faut couper avec Rome tant qu'elle n'est pas convertie.

c. Sur le fait que Mgr Fellay dénonce l’ambiguïté du document du 13 juin 2012 proposé par Rome, nous savons ce qu'il faut en penser : il s'agit en fait à quelques détails infimes près du même document que celui proposé par Mgr Fellay. C'est une reformulation différemment présentée de la fameuse déclaration du 15 avril 2012. Donc Mgr Fellay continue de nous jouer la comédie hypocrite de la rectitude doctrinale alors que le document qu'il a fait semblant de condamner en juin 2012, pour garder la face, dit la même chose que sa déclaration. S'il a condamné ce document, c'est très probablement par tactique, pour retrouver son autorité, avec la complicité de Rome. cf. Rome et Menzingen sont d'accord, 1ère et 2ème parties.


3. La volonté subversive du "contact in membris" :
Cette expression est ainsi définie par l'abbé Pfluger, à Noël 2013 : "La réforme consiste à travailler, à faire circuler « in capite et in membris »simultanément. In capite, c'est par rapport au pape, à Rome et ça a consisté dans les discussions doctrinales et nos efforts ne sont pas couronnés de succès pour l'instant. In membris c'est par rapport aux fidèles, aux paroisses et au clergé conservateur. Il faut maintenant intensifier le contact in membris."
La note interne de Menzingen précise davantage cette définition : "rencontres entre des membres de la Fraternité et des évêques, qui auront lieu de façon informelle : le choix des lieux et interlocuteurs étant laissé à notre initiative."

a.  On remarque que du côté de Rome, on met des interlocuteurs musclés et solides : des évêques. Du côté de la Fraternité, on mettra des interlocuteurs plus fragiles : de simples prêtres. 

b. Les rencontres seront informelles : c'est très avantageux au plan subversif, du point de vue romain et menzingérien :

- cela permet d'agir discrètement sur la base, prieuré par prieuré, sans que cela soit publié et donc sans que les autres fidèles de la FSSPX le sachent ni puissent suivre l'évolution de la mentalité de la Fraternité. Personne ne pourra mettre en garde, signaler le danger, aider... Chacun sera livré à lui-même. La base va donc être sans défense, sans support, et s'imprégner du mauvais esprit libéral peu à peu, en silence, comme une éponge qui serait posée sur une surface mouillée et qui s'imbiberait, par capillarité.

- les contacts informels permettent, s'il y a quelques scandales ou débordements, de faire retomber la faute sur le prêtre de la FSSPX qui aura reçu l'évêque... Les autorités de la FSSPX paraîtront blanches comme neige et s'empresseront de dire qu'elles n'y sont pour rien et qu'elles désapprouvent telle ou telle initiative de ce prêtre, si elles voient qu'il y a quelques vagues du côté des fidèles. 

c. le fait que le choix des lieux et des interlocuteurs soit laissé à l'initiative de Mgr Fellay et de ses assistants est révélateur : Rome fait confiance à Mgr Fellay, à l'abbé Pfluger et à l'abbé Nély... Rome les laisse diriger "la réforme", selon les mots de l'abbé Pfluger à Flavigny. Pourquoi des francs-maçons font-ils confiance ainsi aux autorités de la FSSPX ? Que devons-nous en conclure ? Cette confiance incroyable de leur part, additionnée avec le fait que cette stratégie in membris avait déjà été exposée neuf mois auparavant par l'abbé Pfluger laisse songeur...

d. A propos de la réforme carolingienne qui serait l'exemple et le modèle de la stratégie in membris :
Avec l'Immaculée ignorait l'existence de cette réforme carolingienne ainsi que ses rapports avec Rome. Nous sommes donc allés nous renseigner sur celle-ci en lisant l'article suivant (l'article est tordu sur le plan des idées mais bien documenté) ainsi que d'autres articles... Il apparaît, à la lecture de ces articles, qu'on ne peut pas parler d'initiatives de la base, lors de la réforme carolingienne. Il s'agit bien plutôt d'une sonnette d'alarme tirée par le pape Etienne, sous Pépin le Bref. Le pape Etienne, lors d'un voyage en France, s'était aperçu que le rite gallican de la messe était complètement différent du rite romain, de façon préoccupante. Pépin lui avait alors promis d'introduire le rite romain en France. Son fils Charlemagne puis le roi Louis le débonnaire ont contacté des érudits (Alcuin, Amalaire et Hélisachar) pour mettre en place une réforme et codifier un rite qui se rapprocherait du rite romain tout en enrichissant ce dernier par des apports du rite gallican. L'initiative venait donc d'en haut (pape Etienne, rois) et était dirigée d'en haut. Le parallèle de l'abbé Pfluger avec la réforme carolingienne utilisé habilement pour nous faire passer la pilule de l'énormité subversive du contact in membris est donc faux, et injustifié, à notre avis, si l'on en croit cet article. Nous restons cependant ouverts à d'autres précisions historiques de sa part.

e. Cette notion de contact in membris est subversive car c'est évidemment aux chefs de prendre la décision de se réconcilier avec l'ennemi et de traiter avec celui-ci (NB : en matière doctrinale, il faut d'ailleurs toujours que le chef exige la conversion de l'ennemi avant de se réunir à lui.. surtout quand l'ennemi est notre supérieur hiérarchique et donc appelé à nous commander !). C'est également aux chefs de protéger la base de la contagion des hérésies en ne mettant pas de simples prêtres en contact avec des évêques francs-maçons, bien formés, rusés et intelligents.

f. La raison de la nouvelle stratégie du contact in membris
Les membres de base de la FSSPX qui recevront les évêques n'auront aucun pouvoir décisionnel, ils ne pourront décider du lieu ni du moment de la réconciliation avec Rome... On ne va donc pas leur faire rencontrer les évêques directement dans ce but. 
Le but officiel donné par la note interne de Menzingen est d'essayer de convertir les évêques, ce qui est évidemment utopique : les évêques modernistes n'ont aucune envie de se convertir et sont pour la plupart francs-maçons. Ils ont pour mission de détruire l'Eglise et sont des loups déguisés en agneaux. Menzingen, en demandant à la base de faire cela, joue un peu trop la carte de la fausse naïveté. Il est difficile d'imaginer que Menzingen est candide à ce point. Il y a donc une autre raison, non avouée. Quelle est cette raison ? 

La véritable raison de cette stratégie est à notre avis la suivante : en juin 2012, la base, non corrompue, a réagi trop fort, de façon trop tonique, trop brutalement. La tête de la FSSPX était bien pourrie, mais elle avait trop compté sur l'obéissance aveugle de sa base... Or la base a eu un beau sursaut et a menacé de faire une scission importante, derrière un Mgr Tissier de Mallerais énergique... 
- Il a donc fallu d'abord neutraliser Mgr Tissier : c'est chose faite depuis le chapitre de 2012. Il a accepté les six conditions et se tait bien à présent. D'ailleurs sa santé se détériore de plus en plus, pensent-ils probablement... [Pour notre part, prions ardemment pour Mgr Tissier, afin qu'il ait une réaction, malgré toutes ses épreuves physiques et morales et malgré son silence depuis deux ans]. 
- Reste à neutraliser à présent la base. Les prêtres de la FSSPX se méfient souvent de leurs chefs mais ils ne se méfient pas beaucoup d'eux-mêmes. Mettons-donc les en contact directement avec l'ennemi, ont-ils décidé... Les actions qui les choqueraient, de la part de Menzingen, amenons-les peu à peu à les accomplir eux-mêmes...

On peut faire confiance au savoir-faire des évêques maçonniques pour faire céder peu à peu, un par un, des prêtres qui, par obéissance mal comprise, accepteront sous apparence de bien un apostolat que Dieu ne leur demande pas, auprès de loups féroces déguisés en agneaux. Loups qui les corrompront  et vicieront leur mode de pensée, peu à peu.

4. La note interne, bien évidemment, s'abrite derrière Mgr Lefebvre, pour justifier cette poursuite des contacts... Elle n'a pas tort, puisque Mgr Lefebvre a fait des déclarations contradictoires et que certaines d'entre elles affirment en effet qu'il ne faut pas couper avec Rome... On ne peut malheureusement pas, nous l'avons vu dans notre article du 16 juillet dernier sur Mgr Lefebvre, affirmer qu'après 1988, celui-ci a été impeccable sur le principe des relations avec Rome. Tout en étant de bonne foi, il avait encore de mauvais principes après les sacres, puisqu'il disait dans l'interview un an après les sacres de juillet 1989 (Fideliter 70), en parlant du mauvais protocole du 5 mai 1988 : " J'ai voulu aller aussi loin que possible pour montrer la bonne volonté qui était la nôtre. On nous a alors remis la question du Concile sous les yeux, dont nous ne voulions pas entendre parler. On a trouvé une formule, acceptable à la rigueur." Nous savons qu'on ne peut pourtant pas en conscience considérer comme acceptable le protocole du 5 mai 1988, lequel accepte de ne pas critiquer Vatican II...

Il est vrai que d'autres déclarations de Monseigneur affirment qu'il faut poser les conditions à une reprise de contact... Mais ces déclarations de Mgr Lefebvre sont-elles aussi bonnes que cela ?... Nous voudrions répondre à une objection, concernant le Fideliter 66, qui, lui, serait bon. On trouve dans ce Fideliter la citation suivante, p. 12 et 13 :  
"Mais si je vis encore un peu et en supposant que d'ici à un certain temps Rome fasse un appel, qu'on veuille nous revoir, reprendre langue, à ce moment-là c'est moi qui poserais les conditions. Je n'accepterai plus d'être dans la situation où nous nous sommes trouvés lors des colloques. C'est fini.
Je poserais la question au plan doctrinal : « Est-ce que vous êtes d'accord avec les grandes encycliques de tous les papes qui vous ont précédés. Est-ce que vous êtes d'accord avec Quanta Cura de Pie IX, Immortale Dei Libertas de Léon XIII, Pascendi de Pie X, Quas Primas de Pie XI, Humani generis de Pie XII ? Est-ce que vous êtes en pleine communion avec ces papes et avec leurs affirmations ? Est-ce que vous acceptez encore le serment antimoderniste ? Est-ce que vous êtes pour le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ ?
Si vous n'acceptez pas la doctrine de vos prédécesseurs, il est inutile de parler. Tant que vous n'aurez pas accepté de réformer le Concile en considérant la doctrine de ces papes qui vous ont précédés, il n'y a pas de dialogue possible. C'est inutile. Les positions seraient ainsi plus claires.


Cette exigence préalable de Mgr Lefebvre, reprise actuellement par l'abbé Pivert, nous l'avons nous aussi louée dans le passé, à l'instar de toute la Résistance... Nous l'avons, à tort, présentée comme prudente pour recommencer des relations avec Rome... En fait, nous nous apercevons à présent que cette exigence est complètement insuffisante. En effet, voici ce que disait Benoît XVI dans sa lettre aux évêques de l'Eglise catholique du 10 mars 2009 : " On ne peut geler l’autorité magistérielle de l’Église à l’année 1962 – ceci doit être bien clair pour la Fraternité. Cependant, à certains de ceux qui se proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être rappelé que Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de l’Église. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit." On voit donc que les modernistes qui occupent Rome, acceptent officiellement l'enseignement antérieur à Vatican II. La condition posée par Mgr Lefebvre est remplie par cette lettre de Benoît XVI. Cette condition est donc insuffisante car Benoît XVI, tout en écrivant cela prêchait en même temps une doctrine hérétique, très bien décrite par Mgr Tissier dans l'étrange théologie de Benoît XVI. Nous ne pouvons donc nous contenter de bonnes paroles et de protestations d'orthodoxie de la part du pape et des autorités maçonniques en poste à Rome. Le fait que Benoît XVI affirme accepter l'enseignement antérieur de l'Eglise tout en continuant à prêcher ses hérésies est donc la preuve que cette condition de Mgr Lefebvre est insuffisante... 

Notons de plus que dans le même Fideliter 66, on peut lire plus loin, page 28 et 29, dans l'article La visibilité de Église et la situation actuelle ; sortir de l’Église ?, un passage peu connu et très gênant pour la partie de la Résistance qui veut encore se réclamer de Mgr Lefebvre 
p. 28 : Si nous nous éloignons de ces gens-là, c'est absolument comme avec les personnes qui ont le SIDA. On n'a pas envie de l'attraper. Or, ils ont le SIDA spirituel, des maladies contagieuses. Si l'on veut garder la santé, il faut ne pas aller avec "eux.
Oui, le libéralisme et le modernisme se sont introduits au Concile et à l'intérieur de Église Ce sont des idées révolutionnaires et la Révolution, que l'on trouvait dans la société civile, est passée dans Église Le cardinal Ratzinger ne s'en cache d'ailleurs pas : ils ont adopté des idées, non d’Église, mais du monde et ils estiment devoir les faire entrer dans Église.
p. 29 : Or, les autorités n'ont pas changé d'un iota leurs idées sur le Concile, le libéralisme et le modernisme. Ils sont anti-Tradition, la Tradition telle que nous l'entendons et que l’Église la comprend. Cela n'entre pas dans leur concept. Le leur étant d'un concept évolutif, ils sont donc contre cette Tradition fixe dans laquelle nous nous tenons. Nous estimons que tout ce que nous enseigne le catéchisme, nous vient de Notre Seigneur et des Apôtres et qu'il n'y a rien à y changer. C'est clair. Les trois parties du catéchisme nous viennent de Notre Seigneur. Pourquoi en changer ? Nous ne pouvons pas les faire évoluer. Le Credo, les commandements de Dieu, les moyens de nous sauver, les sacrements, le Saint-Sacrifice de la messe et la prière, tout cela nous vient de Notre Seigneur directement. Tout cela, c'est notre catéchisme, qui nous est donné en général avec notre baptême, qui nous est mis entre les mains. C'est notre charte depuis que Notre Seigneur a voulu que tout le monde soit baptisé, que tout le monde adopte le Credo, le Décalogue, les sacrements qu'il a institués, ainsi que le Saint-Sacrifice de la messe et les prières. Pour eux, non, tout cela évolue et a évolué avec Vatican II. Le terme actuel de l'évolution, c'est Vatican II. C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous lier avec Rome. Nous aurions pu, si nous étions arrivés à nous protéger complètement comme nous l'avions demandé. Mais ils n'ont pas voulu. Ils ont refusé les membres que nous demandions dans la Commission, ils ont refusé le nombre d'évêques que nous demandions, refusé le nombre d'évêques que je leur présentais. C'était clair : ils ne voulaient pas que nous soyons protégés. Ils veulent nous avoir sous leur coupe directement et pouvoir nous imposer justement cette politique anti-Tradition dont ils sont imbus.
Commentaire :
On voit ici très bien le fond de la pensée de Mgr Lefebvre. Il ne se fait pas d'illusion sur la pourriture doctrinale romaine : il dit qu'ils ont le SIDA spirituel... Mais en même temps, il aurait fait un accord avec ces personnes dangereuses, si elles avaient octroyé la commission et le ou les évêques (suivant les interviews, Monseigneur change ses exigences. En fait, on voit dans d'autres citations de notre article du 16 juillet qu'il se serait contenté d'un seul évêque choisi par lui). Mgr Lefebvre mélange donc ici fermeté doctrinale et pragmatisme suicidaire. La partie en rouge est pragmatique. Mgr Fellay a donc beau jeu de se recommander de lui... 
Quant à nous, dans la Résistance, nous devons absolument, si nous voulons survivre, cesser de nous recommander de Mgr Lefebvre et cesser de le présenter comme modèle et référence de toutes nos actions. Nous pouvons dire que nous sommes ses enfants reconnaissants mais que notre père ayant fait des erreurs graves concernant les principes qui doivent régir nos relations avec Rome, nous préférons ne plus nous appuyer sur lui sur ce point, même après 1988, car encore après les sacres, il a dit et écrit des choses fausses. Il est en effet mauvais et naïf de penser pouvoir être protégé de Rome par une commission et quelques évêques choisis par nous. Et de toute façon, par principe, en admettant même que ces conditions de protection soient suffisantes (ce qui n'est pas le cas), nous ne pouvons pas accepter le principe de nous remettre sous l'autorité de personnes qui seraient anathématisées en temps normal. Il est interdit de se soumettre aux faux prophètes. Saint Paul et Saint Jean, Notre-Seigneur lui-même nous recommandent de les fuir. Nous devons leur obéir. (cf. onglet nullam partem)


5. Notons ensuite la phrase très inquiétante, floue et ambiguë de Mgr Fellay : "Il faut être ferme sur le fond, la doctrine ; patient et charitable sur la forme." 
Que sera cette "forme" ? Ne pas le préciser, c'est ouvrir la porte à tous les abus, à toutes les imprudences qui se surajouteront à l'imprudence initiale de demander aux prêtres d'établir des contacts inutiles et hautement dangereux avec des évêques modernistes...