jeudi 18 décembre 2014

Comment démultiplier nos mérites : doctrine de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus


Nous avons vu dans un article précédent que nous pouvions nous revêtir des mérites de toutes les personnes que nous désirons, de tous les saints, de Marie, de Jésus. Nous avons également vu dans cet article que Notre-Seigneur offrait ses mérites en entier pour chaque personne. Nous savons grâce à la doctrine de Saint Louis-Marie Grignion de Monfort que la Sainte Vierge est prête à revêtir chaque homme qui lui en fera la demande, de tous ses mérites. Nous avons également vu par les citations de l'article précédent que tous les saints sont prêts à offrir pour chacun d'entre nous à chaque fois tous leurs mérites. Sainte Gertrude a offert ses mérites tout entiers pour plusieurs personnes différentes...
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus explicite cela. Elle montre dans ce passage que l'on peut démultiplier la valeur de nos mérites et les offrir tout entiers pour autant de personnes que nous le désirons, avec autant d'efficacité que si c'était uniquement pour chaque personne. 

Thérèse s'adresse à Mère Marie de Gonzague dans ce manuscrit. Les mentions explicatives entre crochets sont d'Avec l'Immaculée.

"(...) Il est temps que je reprenne l'histoire de mes frères [prêtres] qui tiennent maintenant une si grande place dans ma vie. ‑ L'année dernière à la fin du mois de mai, je me souviens qu'un jour vous m'avez fait appeler avant le réfectoire. Le coeur me battait bien fort lorsque j'entrai chez vous, ma Mère chérie ; je me demandais ce que vous pouviez avoir à me dire, car c'était la première fois que vous me faisiez demander ainsi. Après m'avoir dit de m'asseoir, voici la proposition que vous m'avez faite : ‑ « Voulez-vous vous charger des intérêts spirituels d'un missionnaire qui doit être ordonné prêtre et partir prochainement ? » Et puis, ma Mère, vous m'avez lu la lettre de ce jeune Père [le Père Adolphe Roulland] afin que je sache au juste ce qu'il demandait. Mon premier sentiment fut un sentiment de joie qui fit aussitôt place à la crainte. Je vous expliquai, ma Mère bien-aimée, qu'ayant déjà offert mes pauvres mérites pour un futur apôtre [l'abbé Maurice Bellière], je croyais ne pouvoir le faire encore aux intentions d'un autre et que d'ailleurs, il y avait beaucoup de sœurs meilleures que moi qui pourraient répondre à son désir. Toutes mes objections furent inutiles, vous m'avez répondu qu'on pouvait avoir plusieurs frères. Alors je vous ai demandé si l'obéissance ne pourrait pas doubler mes mérites. Vous m'avez répondu que oui, en me disant plusieurs choses qui me faisaient voir qu'il me fallait accepter sans scrupule un nouveau frère. Dans le fond, ma Mère, je pensais comme vous et même, puisque « Le zèle d'une carmélite doit embrasser le monde », j'espère avec la grâce du bon Dieu être utile à plus de deux missionnaires et je ne pourrais oublier de prier pour tous, sans laisser de côté les simples prêtres dont la mission parfois est aussi difficile à remplir que celle des apôtres prêchant les infidèles. Enfin je veux être fille de l'Eglise comme l'était notre Mère Ste Thérèse et prier dans les intentions de notre St Père le Pape, sachant que ses intentions embrassent l'univers. Voilà le but général de ma vie, mais cela ne m'aurait pas empêchée de prier et de m'unir spécialement aux oœuvres de mes petits anges chéris [ses jeunes frères selon le sang, morts en bas âge] s'ils avaient été prêtres. Eh bien ! voilà comment je me suis unie spirituellement aux apôtres que Jésus m'a donnés pour frères : tout ce qui m'appartient, appartient à chacun d'eux, je sens bien que le bon Dieu est trop bon pour faire des partages, Il est si riche qu'Il donne sans mesure tout ce que je lui demande... Mais ne croyez pas, ma Mère, que je me perde dans de longues énumérations.

Depuis que j'ai deux frères et mes petites sœurs les novices, si je voulais demander pour chaque âme ce qu'elle a besoin et bien le détailler, les journées seraient trop courtes et je craindrais fort d'oublier quelque chose d'important. Aux âmes simples, il ne faut pas de moyens compliqués ; comme je suis de ce nombre, un matin pendant mon action de grâces, Jésus m'a donné un moyen simple d'accomplir ma mission. Il m'a fait comprendre cette parole des Cantiques : « attirez-moi, nous courrons à l'odeur de vos parfums. » O Jésus, il n'est donc pas même nécessaire de dire : « En m'attirant, attirez les âmes que j'aime! » Cette simple parole « Attirez-moi » suffit. Seigneur, je le comprends, lorsqu'une âme s'est laissée captiver par l'odeur enivrante de vos parfums, elle ne saurait courir seule, toutes les âmes qu'elle aime sont entraînées à sa suite ; cela se fait sans contrainte, sans effort, c'est une conséquence naturelle de son attraction vers vous. De même qu'un torrent, se jetant avec impétuosité dans l'océan, entraîne après lui tout ce qu'il a rencontré sur son passage, de même, ô mon Jésus, l'âme qui se plonge dans l'océan sans rivage de votre amour, attire avec elle tous les trésors qu'elle possède... Seigneur, vous le savez, je n'ai point d'autres trésors que les âmes qu'il vous a plu d'unir à la mienne ; ces trésors, c'est vous qui me les avez confiés, aussi j'ose emprunter les paroles que vous avez adressées au Père Céleste, le dernier soir qui vous vit encore sur notre terre, voyageur et mortel. Jésus, mon Bien-Aimé, je ne sais pas quand mon exil finira... plus d'un soir doit me voir encore chanter dans l'exil vos miséricordes, mais enfin, pour moi aussi viendra le dernier soir ; alors je voudrais pouvoir vous dire, ô mon Dieu : « Je vous ai glorifié sur la terre ; j'ai accompli l'oeuvre que vous m'avez donnée à faire ; j'ai fait connaître votre nom à ceux que vous m'avez donnés : ils étaient à vous, et vous me les avez donnés. C'est maintenant qu'ils connaissent que tout ce que vous m'avez donné vient de vous ; car je leur ai communiqué les paroles que vous m'avez communiquées, ils les ont reçues et ils ont cru que c'est vous qui m'avez envoyée. Je prie pour ceux que vous m'avez donnés parce qu'ils sont à vous Je ne suis plus dans le monde ; pour eux, ils y sont et moi je retourne à vous. Père Saint, conservez à cause de votre nom ceux que vous m'avez donnés. Je vais maintenant à vous, et c'est afin que la joie qui vient de vous soit parfaite en eux, que je dis ceci pendant que je suis dans le monde. Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont point du monde, de même que moi je ne suis pas du monde non plus. Ce n'est pas seulement pour eux que je prie, mais c'est encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu'ils leur entendront dire.

Mon Père, je souhaite qu'où je serai, ceux que vous m'avez donnés y soient aussi avec moi, et que le monde connaisse que vous les avez aimés comme vous m'avez aimée moi-même. »

Oui Seigneur, voilà ce que je voudrais répéter après vous, avant de m'envoler en vos bras. C'est peut-être de la témérité ? Mais non, depuis longtemps vous m'avez permis d'être audacieuse avec vous. Comme le père de l'enfant prodigue parlant à son fils aîné, vous m'avez dit : « tout ce qui est à moi est à toi. » Vos paroles, ô Jésus, sont donc à moi et je puis m'en servir pour attirer sur les âmes qui me sont unies les faveurs du Père Céleste. Mais, Seigneur, lorsque je dis qu'où je serai, je désire que ceux qui m'ont été donnés soient aussi, je ne prétends pas qu'ils ne puissent arriver à une gloire bien plus élevée que celle qu'il vous plaira de me donner, je veux demander simplement qu'un jour nous soyons tous réunis dans votre beau Ciel. (...)"

mercredi 17 décembre 2014

Comment s'approprier les grâces et les mérites des autres


Voici un florilège de citations tirées de Sainte Mechtilde et sainte Gertrude, sur la capacité que Dieu nous donne de nous approprier les grâces ou les mérites des autres et sur la façon de le faire.

Prologue p. 3 Livre de la grâce spéciale
NB : ce livre de la grâce spéciale a été rédigé par Sainte Gertrude elle-même. Ste Mechilde vivait avec elle dans le couvent. Voici ce que dit le prologue :

"Tous ceux donc en qui Dieu a répandu l'esprit de sa charité, de cette charité, dis-je, qui croit tout, qui espère tout, qui se fait tout à tous ; tous ceux qui aspirent à la grâce de Dieu devront lire ce Livre de la grâce spéciale s'ils veulent mériter d'obtenir eux-mêmes tous les biens qui s'y trouvent décrits, et que Dieu leur a promis. S'ils y rencontrent quelque passage non appuyé sur le témoignage des Ecritures, pourvu que ce passage ne soif pas en contradiction avec l'Evangile ou l'Ancien. Testament, que les lecteurs s'en remettent à la grâce de Dieu, qui manifeste aujourd'hui comme autrefois à ceux qui l'aiment, les secrets inconnus et cachés de sa sagesse et de sa bonté. Nous prions aussi ceux qui liront ou entendront lire ce livre, de donner à Jésus-Chrisl quelque louange pour cette âme bienheureuse afin de témoigner au moins à Dieu leur reconnaissance, puisqu'il daigne renouveler ainsi ce monde envieilli, et exciter encore les hommes engourdis et glacés pour le bien."

livre de la grâce spéciale 4ème partie p. 340 :
CHAPITRE XXIX.
 28. Comment on peut réparer ses négligences par la louange. 

Elle vit un jour devant le Seigneur une personne affligée pour qui elle priait, et elle vit aussi le Seigneur : « Voici, disait-il, que je remets à celui-là tous ses péchés ; mais il devra réparer, par la louange, ses fautes et ses négligences. Quand il entendra ces paroles de la Préface : «per quem majestatem tuam landant angeli : par qui les anges louent votre majesté », il me louera en union avec cette louange supra-céleste dont les personnes de la Trinité adorable se louent et sont louées réciproquement ; c'est cette suprême louange qui découle d'abord sur la bienheureuse Vierge Marie et ensuite sur les anges et sur les saints. Qu'il récite un Pater et qu'il l'offre en union de cette louange que le ciel, la terre et toute créature font résonner pour me louer et me bénir. Qu'il demande que par moi, Jésus-Christ, Fils de Dieu, sa prière soit acceptée, puisque ce qui est offert par moi-même au Père lui plait souverainement. Ainsi je suppléerai à ses péchés et à ses négligences. »
Si quelqu'un se livre à la même pratique, on doit croire pieusement qu'il recevra la même grâce, car, ainsi que l'a dit plus haut le Seigneur, il est impossible de ne pas obtenir ce qu'on croit et ce qu'on espère.

Vème partie du livre de la grâce spéciale, p. 419 :

CHAPITRE XXIII. 26. Ceux qui aiment le don de Dieu dans les autres partageront leurs mérites

Une autrefois, après avoir prié Dieu pour tous ceux qui liraient ce livre, elle lui demanda quel mérite peuvent acquérir ceux qui aiment le don de Dieu chez autrui, et elle reçut cette réponse : « Tous ceux qui aiment mes dons chez les autres recevront le même mérite et la même gloire que ceux à qui j'ai octroyé cette grâce (1). Si une fiancée était ornée d'une parure exquise qui la ferait briller au milieu de ses compagnes, d'autres fiancées pourraient acquérir une parure semblable et devenir aussi belles ; ainsi les âmes de ceux qui, par leur charité, s'approprient de tels dons, peuvent gagner le mérite et la gloire que je destine aux personnes enrichies de ces dons. »

Note (1) 
5ème partie chapitre 7 :
"Alors celle-ci désira savoir quel mérite ce Frère avait acquis en appréciant avec fidélité de coeur le don de Dieu en la soeur M... . Et elle vit sortir du Coeur divin comme un courant qui se répandit sur ce bienheureux Frère ; elle connut que ce même courant se portait également vers toutes les âmes qui aiment le don de Dieu chez les autres, bien qu'elles-mêmes n'en reçoivent pas de pareils."

Livre de la grâce spéciale septième partie, chapitre 17 extrait

"A une autre question posée [par sainte Gertrude] pour savoir si elle était salisfaite ou mécontente que ce livre fut écrit, l'âme [de sainte Mechtilde, décédée] fit cette réponse : « C'est ma plus grande joie, car il procurera la louange et l'accomplissement de la volonté de mon Dieu et aussi l'avantage du prochain. Ce livre sera appelé : « Lumière de l'Eglise », parce que ceux qui le liront seront illuminés par la lumière de la connaissance ; ils y reconnaîtront de quel esprit ils sont animés, et les affligés y trouveront consolation.
» En effet, quiconque aime ce don en reçoit sa part aussi réellement que l'âme à qui Dieu l'a donné. Si quelqu'un recevait un cadeau du roi par un intermédiaire, ce cadeau lui appartiendrait en propre, et il en retirerait les mêmes avantages que s'il le tenait de la main même du roi.
En de tels dons, Dieu réclame pour lui seul la louange, la gloire et la reconnaissance." 


Ce troisième livre est tout rempli d'instructions et de consolations. II contient grand nombre de pieux exercices dans lesquels chacun, selon son état, peut apprendre comment il doit servir Dieu et lui plaire ; comment il doit offrir à Dieu le Père les, mérites et le fruit de la Passion de son Fils pour l'expiation de ses péchés et de ses fautes, et s'approprier les mérites du Sauveur ; comment encore il doit aimer Dieu de tout son cœur; avec quelle dévotion il doit recevoir les sacrements, et enfin comment il doit toujours se tenir prêt à se conformer au bon plaisir de Dieu. Toutes ces choses et beaucoup d'autres du même genre contenues dans ces livres, sont l'expression continuelle de l'amour de Dieu envers ses élus. Cet amour rend en ces derniers temps le seigneur si compatissant à la faiblesse humaine qu’il nous prodigue, pour ainsi dire avec autant d'abondance que de miséricorde, et ses dons, et ses saints, et lui-même sans aucune réserve, pourvu que notre bonne volonté se montre disposée à tout recevoir. Continue donc, lecteur, tu ne regrettera, pas d'avoir lu ces pages. 


CHAPITRE XXIX- ÉTREINTE ET SALUT DU SEIGNEUR
Celle-ci repassait en son esprit plusieurs circonstances où elle avait expérimenté la fragilité et l'inconstance humaines ; se tournant ensuite vers le Seigneur : M'attacher à vous seul, ô mon Bien-Aimé, dit-elle, c'est là tout mon bien. Le Seigneur, s'inclinant, la serra dans ses bras avec tendresse : « Et m'attacher à toi, ma bien-aimée, répondit-il, m'est extrêmement doux. » A peine eut-il prononcé ces mots que tous les saints se levèrent devant le trône de Dieu et offrirent leurs mérites au Seigneur, afin que pour sa plus grande gloire il daignât les communiquer à cette âme qui deviendrait ainsi une demeure digne du Très-Haut.

Elle vit alors avec quelle promptitude le Seigneur daigne s'incliner vers nous, et combien les saints désirent l'honneur de Dieu, puisqu'ils offrent leurs mérites pour suppléer à l'indigence des hommes. Aussi, comme elle s'écriait, dans toute l'ardeur de son âme : « Moi, petite et vile créature, je vous salue, ô très aimé Seigneur », elle reçut cette ineffable réponse : « A mon tour je te salue, ô ma très aimée ! » Il lui fut donné de comprendre que si une âme dit à Dieu: Mon Bien-Aimé, mon très doux, mon très aimé Seigneur, ou autres paroles de ce genre, à chaque fois elle recevra ici-bas la même réponse, et elle jouira au ciel d'un privilège spécial, analogue à celui de Jean l'Évangéliste, qui obtint sur la terre une gloire particulière parce qu'il était appelé « discipulus quem diligebat Jesus : le disciple que Jésus aimait ». (S. Jean, xxi, 7.)

CHAPITRE XXXIV. DU PROFIT QUE LES HOMMES PEUVENT RETIRER DE L’ OFFRANDE FAITE PAR LE SEIGNEUR ET LES SAINTS.
Celle-ci devait, un matin, recevoir le corps du Christ et gémissait de se trouver si peu préparée. Elle pria la sainte Vierge et tous les saints d'offrir pour elle au Seigneur les ferventes dispositions qu'ils apportaient durant leur vie à la réception de la grâce. De plus, elle supplia Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même d'offrir cette perfection dont il était revêtu au jour de son Ascension lorsqu'il se présenta à Dieu le Père pour être glorifié.
Tandis qu'elle s'efforçait, plus tard, de connaître le résultat de sa prière, le Seigneur lui dit : « Aux yeux de la cour céleste, tu apparais déjà revêtue de ces mérites que tu as désirés. » Il ajouta : « Aurais-tu donc tant de peine à croire que moi, qui suis le Dieu bon et tout-puissant, j'ai le pouvoir d'accomplir ce que peut faire le premier venu ? En effet, celui qui veut honorer un ami le couvre de son propre vêtement ou d'un costume semblable, afin que cet ami se montre en public aussi richement habillé que lui. »
Mais celle-ci se souvint qu'elle avait promis à plusieurs personnes de communier ce jour-là à leur intention, et pria Dieu de leur accorder le fruit de ce sacrement. Elle reçut cette réponse : « Je leur donne la grâce réclamée, mais elles garderont la liberté de s'en servir à leur gré. »
Comme elle demandait ensuite de quelle manière il voulait que ces âmes cherchassent à en tirer profit, le Seigneur ajouta : « Elles peuvent se tourner vers moi à toute heure, avec un cœur pur et une parfaite volonté ; et lorsque avec leurs larmes et leurs gémissements elles auront imploré ma grâce, elles apparaîtront aussitôt revêtues de cette parure céleste que tu leur as obtenue par tes prières. »

CHAPITRE LXIV.
DU FRUIT DE LA BONNE VOLONTÉ.
"Moi aussi je prends plaisir à proposer à mes élus plusieurs difficultés qui ne se présenteront jamais, afin d'éprouver leur fidélité et leur amour. Je les récompense alors pour une infinité de mérites qu'ils n'auraient jamais pu acquérir, parce que je considère comme accomplis les désirs de leur bonne volonté."

CHAPITRE LXV. COMMENT PEUVENT SERVIR LES PRIÈRES DU PROCHAIN.
Un jour celle-ci offrait à Dieu, pour une personne qui l'en avait priée, tout ce que la divine bonté avait opéré gratuitement dans son âme, afin que cela servit au salut de cette personne. Aussitôt elle lui apparut debout devant le Seigneur, qui siégeait sur un trône de gloire et tenait sur son sein une robe d'une merveilleuse magnificence qu'il déploya devant elle sans toutefois l'en revêtir. Celle-ci en demeura toute surprise et dit au Seigneur : « Il y a quelques jours, lorsque je vous fis une offrande semblable, vous daignâtes aussitôt élever aux joies les plus sublimes du paradis l'âme d'une pauvre personne pour laquelle je vous priais. Pourquoi maintenant, ô Dieu de toute bonté, par le mérite de ces grâces que vous m'avez accordées, ne revêtez-vous pas cette personne de la robe que vous lui montrez et qu'elle désire avec tant d'ardeur ? » Le Seigneur répondit : « Lorsqu'on me fait, par charité, une offrande en faveur des âmes du purgatoire, je la leur applique aussitôt en leur donnant la rémission des fautes, le soulagement dans les peines et l'augmentation de la béatitude, selon l'état ou le mérite de chacune. J'ai pitié de la pauvreté de ces âmes, car je sais qu'elles ne peuvent s'aider en rien, et ma bonté m'incline toujours à la miséricorde et au pardon. Toutefois, lorsqu'on me fait de semblables offrandes pour les vivants, je les garde en vérité pour leur salut; mais comme ils peuvent eux-mêmes augmenter leurs mérites par des oeuvres de justice, par leur désir et leur bonne volonté, il convient qu'ils gagnent aussi par leurs propres efforts ce qu'ils souhaitent obtenir par les mérites d'autrui.
« C'est pourquoi, si la personne pour laquelle tu pries désire se parer des bienfaits que je t'ai conférés, elle doit s'appliquer spirituellement à trois choses :
1° que par l'humilité et la reconnaissance, elle s’incline pour recevoir cette robe, c'est-à-dire qu'elle confesse avoir besoin des mérites des autres, et me rende grâces, le coeur plein d'amour, d'avoir suppléé à son indigence par l'abondance d'autrui.
2° Qu'elle prenne cette robe avec l'espérance certaine de recevoir par ce moyen un grand profit pour le bien de son âme.
3° Qu'elle revête enfin cette robe en s'exerçant à pratiquer la charité et les autres vertus.

Celui qui désire participer aux grâces et aux mérites de son prochain peut agir de même, et il en retirera un grand profit. »

CHAPITRE LXXVI. 
DE LA COMMUNICATION SPIRITUELLE DES MÉRITES.
Une autre personne s'étant dévotement recommandée à ses prières, celle-ci, dès sa première entrée à l'oratoire, demanda au Seigneur que cette âme eût part à toutes les œuvres que Dieu laissait faire à son indigne servante : ses jeûnes, ses prières et ses autres actes de piété. Le Seigneur lui répondit: « Je communiquerai à cette âme toutes les faveurs que la libéralité sans bornes de ma Divinité t'accorde gratuitement et t'accordera jusqu'à ta mort. » Elle reprit : « Puisque l'Église entière participe à tout ce que vous daignez accomplir en moi ou par moi votre indigne servante, et aussi en tous vos élus, cette personne reçoit-elle de votre bonté quelque chose de plus, lorsque, en vertu d'une affection spéciale, je demande qu'elle ait part à tous les bienfaits que vous m'accordez ? » Le Seigneur répondit par cette comparaison : « Une noble damoiselle, qui sait préparer des perles et des pierreries pour en faire des joyaux dont elle orne sa sœur aussi bien qu'elle-même, relève ainsi l'honneur de son père, de sa mère et de toute sa maison. Bien que la louange du public s'adresse surtout à celle qui porte les colliers façonnés par elle-même, la sœur bien-aimée, parée de bijoux semblables quoique moins élégants peut-être, sera plus admirée que les autres sœurs qui n'ont rien reçu. De même, quoique l'Église participe à toutes les faveurs accordées à chacun des fidèles en particulier, l'âme qui les reçoit en retire un plus grand profit, et ceux à qui elle désire les communiquer en bénéficient ensuite plus que l'ensemble des autres chrétiens. »

DE LA DOUCE FÊTE DE LA PENTECÔTE.
"Les saints se levèrent avec joie, et pour suppléer à toutes ses négligences et à sa misère, ils offrirent à Dieu tous leurs mérites, dont elle se trouva magnifiquement parée."

CHAPITRE XLII. DE SAINT JEAN-BAPTISTE.
A la messe, tandis que le convent communiait, le bienheureux Jean-Baptiste lui apparut de nouveau couvert de magnifiques vêtements roses. Ces vêtements étaient ornés d'autant d'agneaux d'or qu'il y avait dans toute l’Église de personnes ayant reçu le Corps du Seigneur en ce jour, pour célébrer la naissance de Jean. Elle voyait aussi le même Jean-Baptiste prier pour tous ceux qui avaient célébré sa fête, et leur obtenir les mêmes mérites que lui le Précurseur avait acquis par ses fidèles travaux, quand il s'appliquait avec zèle à convertir au Seigneur les cœurs des peuples.

CHAPITRE XLIV. 
DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL
Pendant qu'elle priait après avoir reçu la communion, elle parut être assise au côté du Seigneur, comme s'assied la reine sur le trône du roi ; et les Princes des Apôtres venaient fléchir les genoux devant le trône, à la manière des chevaliers qui se présentent pour recevoir les récompenses distribuées par leur Seigneur et leur Dame. Il semblait en effet que la vertu de sa communion avait ajouté quelque chose aux mérites des saints. Elle se demanda alors avec étonnement si les Apôtres n'avaient pas acquis assez de mérites sur la terre en offrant souvent ce même sacrifice ; elle fut instruite par cette comparaison : Bien que ce soit un honneur suffisant pour la reine d'être l'épouse du roi, elle goûte cependant encore beaucoup de joie quand elle voit arriver le jour des noces de sa fille. De même tous les saints prennent part au bonheur de l'âme qui reçoit avec amour le Sacrement de l'autel.

CHAPITRE XLVIII.
DE L'ASSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE.
A la Messe, celle-ci dit trois fois le Laudate Dominum omnes gentes : Louez le Seigneur, tous les peuples, et demanda à tous les saints, selon sa coutume, par le premier, d'offrir pour elle au Seigneur leurs nombreux mérites afin de la préparer à recevoir le sacrement de vie. Au second Laudate, elle pria la bienheureuse Vierge, et au troisième, le Seigneur Jésus. La bienheureuse Vierge, à cette prière, se leva et vint offrir à la resplendissante et toujours tranquille Trinité les mérites de ces ineffables grandeurs qui l'avaient. au jour de son Assomption, élevée au-dessus des hommes et des anges, et rendue très agréable à Dieu. Puis, quittant le lieu qu'elle occupait, elle fit signe à cette âme en disant avec une grande tendresse : « Viens, bien-aimée, et mets-toi à ma place, revêtue de toute cette perfection de vertus qui attirait sur moi les regards de complaisance de l'adorable Trinité, afin que tu reçoives la même faveur dans la mesure possible. » Mais celle-ci, profondément étonnée, répondit avec mépris d'elle-même : « O Reine de gloire, par quels mérites pourrais-je obtenir cette faveur ? Il en est trois, dit la bienheureuse Vierge, qui peuvent t'en rendre capable : 
- Demande, par la très innocente pureté avec laquelle j'ai préparé au Fils de Dieu une demeure agréable en mon sein virginal, d'être purifiée par moi de toute souillure. 
- Prie ensuite afin que toutes tes négligences soient réparées par la profonde humilité qui m'a exaltée au-dessus des anges et des saints. 
- En troisième lieu, demande par l'incomparable amour qui m'a unie à Dieu pour toujours, d'être enrichie de mérites abondants. » 
Celle-ci, après avoir fait ces trois demandes, fut tout à coup élevée en esprit à la gloire sublime qui lui était accordée avec tant de bonté par les mérites de la Souveraine des cieux ; et lorsqu'elle apparut, occupant la place de cette Reine céleste et parée de ses mérites, le Dieu de majesté prit en elle d'inexprimables complaisances, tandis que les Anges et les saints venaient à l'envi lui rendre de respectueux hommages.(...)
Comme celle-ci, après avoir aussi communié, offrait au Seigneur en louange éternelle cet adorable sacrement, pour l'augmentation de la gloire et de la joie de sa bienheureuse Mère, et en retour du don que cette Mère bien-aimée lui avait fait de ses mérites, le Seigneur Jésus parut offrir un présent à sa très douce Mère et lui dit: « Voici, Mère, que je vous rends au double ce qui est vôtre ; cependant je n'enlève rien à cette âme que vous avez enrichie pour mon amour. »

CHAPITRE XLIX. DE SAINT BERNARD, ABBÉ.
En la fête de ce saint, comme elle assistait à la Messe chantée en son honneur, elle pria spécialement pour les personnes qui lui étaient recommandées, et aussi pour d'autres qui ne s'étaient pas confiées à ses prières, mais qui avaient une grande dévotion au bienheureux Bernard. Alors elle vit de nouveau ce très saint Père dans la gloire céleste : une lumière merveilleuse s'échappait de l'ornement qu'il portait sur sa poitrine et se dirigeait vers ceux qui désiraient, par ses mérites et son intercession, obtenir un fervent amour de Dieu. Cette lumière formait aussi sur la poitrine de ces personnes une sorte de collier d'un travail merveilleux où les exercices du divin amour pratiqués sur la terre par le bienheureux Bernard semblaient avoir été accomplis par toutes ces personnes elles-mêmes. A ce spectacle, elle éprouva une grande admiration et dit au saint : « O Père illustre, ces âmes qui paraissent revêtues de vos mérites, n'ont accompli aucune oeuvre semblable : quel fruit de salut pourront-elles donc obtenir ? » Il répondit : « La jeune fille ornée de parures étrangères a-t-elle moins de beauté que celle qui a revêtu les siennes, si ces joyaux sont également précieux et bien travaillés ? Ainsi les vertus des saints, dont les fidèles obtiennent par leur ferveur d'être revêtus, leur sont communiquées avec une si tendre bienveillance, qu'ils pourront pendant toute l'éternité se réjouir et se glorifier des fruits de ces vertus comme s'ils les avaient eux-mêmes produits. »
Aux paroles : perpes corona virginum du répons : Veræ pudicitiæ auctor, celle-ci rendait grâces au Seigneur pour les mérites de ces vierges et pour les faveurs qu'elles avaient reçues, quand elle les vit autour du trône du Seigneur diriger vers lui des rayons de lumière, symboles de leurs actions de grâces. Le Seigneur absorbait en lui ces rayons et les renvoyait ensuite vers l'âme qui lui avait rendu grâces pour toutes ces vierges. Celle-ci comprit alors que si on rend grâces à Dieu pour la gloire d'un saint, le Seigneur puise dans les mérites de ce saint afin d'accroître les biens de l'âme qui a su lui renvoyer toute louange.



jeudi 11 décembre 2014

Commentaire sur la nouvelle déclaration de fidélité catholique publiée par Avrillé




Cet article a été envoyé en avant-première au Père Pierre-Marie d’Avrillé et à plusieurs prêtres de la Résistance de l’USML et du SSPX Marian Corps le 2 décembre 2014, afin de suivre les conseils de Saint Paul qui dit qu’il faut toujours avertir en privé avant de faire des reproches publics. Malheureusement, rien n’a été fait. Nous nous voyons donc contraints en conscience de passer aux reproches publics. Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous le faisons… Nous signalons aux prêtres qui ont lu l’article en avant-première que celui-ci a été remanié et augmenté en plusieurs endroits, pour répondre à certaines objections reçues ces derniers temps. 

Tout d’abord, relevons un point positif important : nous sommes reconnaissants au Père Pierre-Marie des modifications qu’il a apportées à la déclaration de fidélité catholique. Il a publié la nouvelle mouture de cette déclaration sur son site, le 21 novembre 2014.
Il a retiré les paragraphes les plus dangereux qui condamnaient la position de la Résistance depuis sa fondation, passages qui avaient été publiés dans Le Sel de la Terre n° 89, p. 221, à savoir :
« C’est pourquoi, en outre, nous constatons et déplorons n’avoir pu accueillir dans la confiance, sous le pontificat de Benoît XVI, les initiatives romaines invitant la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X à rejoindre la « pleine communion » de l’Eglise à titre de renfort de sensibilité traditionnelle.
Quelles que soient les bonnes intentions invoquées et les garanties offertes, on devait craindre, en effet, que ce rapprochement n’aboutisse, tôt ou tard, à la neutralisation de la résistance « traditionaliste », comme l’a prouvé l’application du motu proprio Ecclesia Dei de Jean-Paul II (1988).
Par conséquent, tant que les autorités romaines n ’auront pas renoncé aux erreurs de Vatican II et entrepris la correction de leurs funestes effets, il resterait hasardeux d’envisager une quelconque « normalisation » canonique qui placerait les forces vives du catholicisme fidèle sous la dépendance de ces autorités.
Il ne serait pas moins risqué de s’installer dans l’attentisme d’un statu quo sans issue, ou de croire possible de s’accommoder d’une « tolérance » tacite de la part de la Rome actuelle, qui se changerait dans les faits en « surveillance » paralysante ».
Nous ne commenterons pas de nouveau ces passages, la nocivité de ceux-ci ayant déjà été démontrée dans notre article précédent sur ce sujet.
Mais malheureusement, il reste plusieurs choses qui ne vont pas, dans cette nouvelle mouture de la déclaration :

a. Le passage suivant est ambigu : 
« La seule attitude de fidélité à l’Eglise et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d’acceptation de la Réforme, même s’il faut recourir, pour survivre, à des solutions canoniques d’exception – car le salut des âmes est la loi suprême - ou subir, éventuellement, d’injustes condamnations. »
Commentaire :
Comme nous l’avons détaillé dans notre article mis en lien ci-
dessus, on ne sait pas à quelles solutions canoniques d’exception il est fait référence et ce passage est ajouté en plus, par rapport à la déclaration originelle de Mgr Lefebvre (du 21 novembre 1974) qui se contentait de dire : "La seule attitude de fidélité à l’Église et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d’acceptation de la Réforme." Ce membre de phrase : « même s’il faut recourir, pour survivre, à des solutions canoniques d’exception » est donc un passage qu’il est important d’ajouter, pour les Dominicains. Nous aimerions qu’ils nous expliquent pourquoi ils tiennent à ce passage et qu’ils détaillent les solutions canoniques d’exception auxquelles ils se réfèrent. Parmi ces solutions canoniques, en envisagent-ils certaines qui impliqueraient éventuellement la reconnaissance de la Résistance ou d’Avrillé par la Rome moderniste, avant que cette dernière ne soit parfaitement convertie en discours et en actes ? Le Père Pierre-Marie se contenterait-il, comme le disait l’un des paragraphes qu’il a supprimé, que Rome ait uniquement « entrepris » sa conversion ?

b. A la différence du Père Bruno qui a personnellement réaffirmé qu’il ne voulait faire aucun accord avec Rome tant qu’elle n’était pas parfaitement convertie (et que nous remercions beaucoup pour cela, même si nous voudrions qu’il condamne également la déclaration de fidélité catholique de France fidèle), le Père Pierre-Marie n’affirme pas, dans cette nouvelle mouture du texte, qu’il exigera une conversion totale de Rome avant tout accord. Pourtant, cette déclaration s’imposerait, puisqu’il a publié cet été la mauvaise déclaration de France fidèle dans le Sel de la terre n°89. Notre-Seigneur a demandé à ses apôtres que leur prédication soit claire et sans ambiguïté : est, est, non, non. Tout le reste vient du démon, a-t-il ajouté. La déclaration actuelle du Père Pierre-Marie reste ambiguë. 

Une réaffirmation du principe qu’on ne signera pas avec Rome avant sa conversion totale s’impose, non seulement pour réparer la publication de cet été, mais aussi pour se démarquer clairement du courant accordiste que l’on retrouve chez l’abbé Pivert (cf. ici et ici) et France fidèle (cf. ici et ici)

La déclaration de fidélité catholique de France fidèle, à l’instar de l’abbé Pivert, condamne la position initiale de la Résistance du nullam partem avec la Rome maçonnique et hérétique, tant qu’elle n’est pas entièrement convertie. Par la publication intégrale de cette mauvaise déclaration dans le Sel de la Terre n°89, le Père Pierre-Marie s’est inscrit dans ce courant accordiste. Il faudrait donc, s’il veut s’en démarquer à présent, qu’il dise clairement : « Avrillé ne fera pas d’accord avec la Rome moderniste tant que celle-ci ne sera pas parfaitement convertie dans tous ses discours et tous ses actes. »

c. Il y a aussi plusieurs remarques à faire, concernant l’histoire de cette nouvelle mouture de la déclaration. 
Le Père Pierre-Marie écrit :
« Cette déclaration de fidélité catholique, rédigée par un laïc ayant participé au combat de la foi depuis le Concile, est une adaptation de la fameuse déclaration de Mgr Lefebvre du 21 novembre 1974.
  Après bien des déclarations plus ou moins heureuses de ces dernières années, celle-ci nous paraît la meilleure. Comme le dit son auteur : "On peut s'étonner que sa distribution, par des laïcs, à l'extérieur des sanctuaires de Lourdes [donc sur la voie publique], le 26 octobre, en marge du Pèlerinage du Christ-Roi, se soit heurtée à une obstruction de la part du service d'ordre."
  Espérons que tous ceux qui veulent continuer le bon combat pour la Tradition catholique sauront s'unir autour d'une telle déclaration de fidélité… vraiment catholique. »
Suit le texte de la déclaration (2). Ce texte est daté du 26 octobre 2014.
Commentaire :
- Le laïc qui a rédigé cette déclaration est sûrement très bien intentionné, puisqu’on apprend qu’il est dans le combat de la foi depuis Vatican II… Il a certainement beaucoup donné de sa personne au service de Notre-Seigneur… Il n’empêche que le texte intégral de sa déclaration, publiée sur France fidèle le 6 août 2014 est pour un accord pratique avec Rome à certaines conditions et condamne la position fondatrice de la Résistance qui veut impérativement attendre la conversion totale de Rome avant tout accord. Ce mauvais texte ayant été loué et publié intégralement par le Père Pierre-Marie dans le Sel de la terre n°89, de même que nous exigeons de Mgr Fellay qu’il condamne officiellement sa mauvaise déclaration doctrinale du 15 avril 2012 et que nous affirmons qu’il ne doit pas se contenter de la retirer, de même, il est du devoir du Père Pierre-Marie de réaffirmer avec force la vérité qui a été attaquée par la première version de la déclaration précédente, d’autant plus qu’il reste certaines graves ambiguïtés dans la nouvelle version qui est toujours inacceptable, nous allons le voir. Quand une erreur est énoncée officiellement, l’Eglise demande toujours, non seulement son retrait mais aussi sa condamnation explicite, pour le bien des âmes. Le démon avance dans les non-dits ambigus. Le Christ avance en pleine lumière. Qui n’est pas avec Moi est contre Moi, nous enseigne-t-il.

- Il est possible que le Père Pierre-Marie et certains bons prêtres hésitent à condamner ce texte pour éviter de faire de la peine à ce laïc qu’ils estiment… Nous avons lu quelque part une réflexion qui sous-entend peut-être cela… Nous avons également reçu de plusieurs prêtres de la Résistance des conseils semblables concernant l’abbé Pivert. Pour ne pas peiner des combattants de la première heure, certainement très méritants, on préfère se taire et l’on ne s’aperçoit pas qu’on met ainsi la Résistance et les âmes en danger… Agir ainsi, c’est se laisser guider, non par la charité théologale, mais par les sentiments. Les sentiments ne doivent jamais guider nos actions. C’est la volonté, éclairée par l’intelligence, qui doit diriger nos actes. L’intelligence nous montre clairement que la vérité est attaquée par ce laïc et l’abbé Pivert. Elle nous montre qu’ils mettent les âmes en danger en ne renonçant pas  à l’accord pratique avec Rome avant sa conversion totale. Si nous disons  que cette idée qu’ils diffusent est inoffensive et ne mérite pas qu'on la combatte publiquement, alors Mgr Fellay qui diffuse la même idée est également inoffensif… Dans ce cas, il ne fallait pas mener le combat de la Résistance.

Nous ne sommes pas du tout certains que le Père Pierre-Marie veut la conversion totale de Rome avant tout accord. Mais s’il la veut, il doit, ainsi que les bons prêtres de l’USML qui pensent de même, expliquer à ce laïc son erreur en toute charité fraternelle et condamner ensuite publiquement cette erreur sans nommer ce laïc, en reconnaissant que c’était un tort de publier ces deux déclarations (l’ancienne mouture du 6 août 2014 et la nouvelle mouture du 26 octobre 2014). 

Si l’on est prêt à mettre la Résistance en danger pour éviter de risquer de faire de la peine à quelqu’un, on n’est pas meilleur que les conciliaires ni que les membres du Chapitre de 2012, qui, pour éviter d’infliger une « gifle » morale au supérieur général n’ont pas voulu exiger qu’il condamne sa déclaration du 15 avril 2012 clairement et publiquement…

Nous sommes dans un combat doctrinal vital. En doctrine, chaque mot, chaque définition compte. La Résistance est la dernière ligne de combat. Si nous cédons, c’est la catastrophe.
 Le démon et la franc-maçonnerie n’attendent que cela. Si nous aimons les âmes, nous devons, même si cela doit faire de la peine à un homme vénérable, nourrir ces âmes d’une nourriture forte et saine, c’est-à-dire d’un discours clair qui ne laisse aucun point dans l’obscurité et réaffirme sans aucune omission et avec limpidité la bonne doctrine. Cette déclaration d’Avrillé nouvelle mouture n’est pas limpide.


- il est très inquiétant qu’Avrillé dise : « Après bien des déclarations plus ou moins heureuses de ces dernières années, celle-ci nous paraît la meilleure. » Cela accroît nos craintes concernant la position d’Avrillé vis-à-vis de la Résistance des deux premières années. En effet, il y a eu des déclarations faites par la Résistance qui sont meilleures que cette déclaration ambiguë. Il nous revient en mémoire un passage de l’énoncé de mission de l’abbé Girouard, au jour de la fondation de sa paroisse de Résistance, le 2 juin 2013. Nous nous permettons de le citer, car ce texte nous paraît le plus clair sur ce sujet : «(…) Vous me demanderez peut-être: quand viendra le temps de rejoindre Rome ? Comment savoir si nous avons un bon Pape ? La réponse est très simple : Quand le Pape condamnera la Nouvelle Messe et en interdira la célébration sous peine d’excommunication; quand il condamnera et rejettera publiquement l’ensemble du Concile Vatican II; quand il mettra à la poubelle toutes les réformes issues depuis le Concile ; quand il licenciera tous les évêques et prêtres hérétiques ou immoraux; quand il réparera les injustices subies par Mgr Lefebvre et les prêtres fidèles. En d’autres mots, quand vraiment, par ses actions, il fera le grand nettoyage. (…) »

- Pour faire accepter cette nouvelle mouture du 26 octobre 2014, le Père Pierre-Marie présente un argument sans aucune valeur au plan doctrinal. Cet argument, le voici : Comme le dit son auteur : "On peut s'étonner que sa distribution, par des laïcs, à l'extérieur des sanctuaires de Lourdes [donc sur la voie publique], le 26 octobre, en marge du Pèlerinage du Christ-Roi, se soit heurtée à une obstruction de la part du service d'ordre."
Commentaire :
Ce n’est pas parce que le service d’ordre de la FSSPX n’a pas aimé qu’on vienne distribuer un texte de la Résistance au sein du pèlerinage FSSPX que ce texte est bon…
Nous sommes en matière doctrinale et théologique. Nous devons raisonner au plan théologique, doctrinal et non mettre en valeur une anecdote factuelle. Ce n’est pas faire preuve de rigueur intellectuelle que de raisonner ainsi.

- La date du 26 octobre 2014, donnée pour cette déclaration, mérite aussi un commentaire :

* Cette date est antérieure à la publication de notre article contre la déclaration de fidélité catholique mais postérieure à notre courrier du 3 octobre 2014 à France fidèle. Nous aimerions savoir tout d’abord si c’est réellement et textuellement cette nouvelle mouture du texte qui a été distribuée à Lourdes ou si c’est le texte intégral de France fidèle, avec les mauvais paragraphes, qui a été distribué…

* Si c’est réellement et textuellement ce texte nouvelle mouture qui a été distribué, pourquoi a-t-on supprimé ces paragraphes le 26 octobre ?... Parce qu’ils ne tenaient pas sur le tract, en raison de la longueur du texte ou bien parce qu’on s’est aperçu que ces paragraphes étaient mauvais ? 

* Si l’on s’est aperçu que ces paragraphes étaient mauvais, pourquoi France fidèle n’a-t-elle rien changé (et ne change-t-elle toujours rien à la date d’aujourd’hui 11 décembre 2014 – cf. ce lien ) et pourquoi les prêtres qui s’étaient aperçus du danger à cette époque n’ont-ils rien dit publiquement ? Comment les fidèles de la Résistance pourraient-ils avoir confiance en une telle façon de se comporter devant l’erreur ? Doit-on retirer silencieusement et discrètement une erreur grave que l’on a publiée sur le site officiel de l'USML et qui mettait les âmes en danger ? Notre-Seigneur aurait-il permis que ses apôtres agissent ainsi ? Bien évidemment que non. Jésus nous a toujours enseigné la haine de l’ambiguïté et nous a affirmé que celle-ci venait du démon : Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du démon.

d. Le passage suivant est également ambigu :
« Enfin, pour obtenir la paix du monde, nous implorons également du pape François qu’il daigne effectuer la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, selon la demande du Ciel transmise à Fatima, et dans les formes requises par cette demande. »
Commentaire :
Nous avons déjà expliqué dans notre article précédent qu’avant de souhaiter le bien de la paix, il fallait souhaiter le salut des âmes par leur conversion. Nous avons rappelé que la paix du monde n’est que la conséquence et non le but de la consécration de la Russie. Les modernistes actuels et les francs-maçons n’ont également que le mot « paix » à la bouche… Il faudrait donc dire : « Enfin, pour obtenir la conversion du monde (ou bien : « pour obtenir le salut du monde »), nous implorons également du pape François qu’il daigne effectuer la consécration de la Russie. »

Jésus nous donne sa paix, mais il précise qu’il ne la donne pas comme le monde la donne. Saint Thomas définit la paix ainsi : la tranquillité de l’ordre. Et qu’est-ce que la tranquillité de l’ordre, si ce n’est l’accomplissement de la volonté de Dieu ? N’est-ce pas uniquement lorsque tout est conforme à cette volonté sainte, que tout est en ordre ? Aussi, quand il faut provoquer la discorde afin de défendre les droits de Dieu pour remettre les choses dans l’ordre voulu par lui, il est bon de combattre… Il ne faut donc pas prier pour la paix mais pour que les hommes fassent la volonté de Dieu. Et la paix sera donnée par voie de conséquence, quand la volonté de Dieu sera accomplie dans les sociétés.

e. Il y a aussi d’autres aspects qui sont dangereux, dans cette déclaration : les trois actions demandées au Saint Père, sont maintenues. 
- Nous avons démontré dans notre article précédent leur ambiguïté : sont-ce des conditions pour reprendre des discussions avec Rome ? Très probablement, si l’on considère ces trois actions en regard du communiqué du 18 octobre 2014 de l’abbé Pivert (dernier paragraphe mis en note 1 de l’article suivant ) et en regard du chapitre 6 du livre de l’abbé Pivert Nos rapports avec Rome. Nous reviendrons quand nous aurons le temps sur ce chapitre 6 qui est complètement accordiste. (Le chapitre 7 pose également plusieurs problèmes graves.)
- Nous avons également démontré dans notre article précédent l’insuffisance de ces trois gestes, puisque la conversion complète du pape n’est pas exigée. On ne peut donc dire, comme l’affirme cette déclaration, que ces trois gestes sont de la plus haute importance… Il y a bien des gestes à faire qui seraient d’une importance supérieure, si nous voulions sortir de cette crise… : par exemple que le Pape condamne solennellement en son entier le Concile Vatican II, etc. (cf. conditions pour juger que Rome est convertie à l’onglet nullam partem).

De nouveau, commentons rapidement ces trois gestes demandés à Rome par Avrillé :

1 - Le premier geste demandé consiste à demander au Pape d’accepter certaines encycliques passées antilibérales… Mais nous avons vu que les modernistes disent accepter tout le magistère d’autrefois à la lumière de la Tradition « vivante ». Ils pourront donc nous dire qu’ils acceptent les encycliques qui sont énumérées par la déclaration de fidélité catholique, tout en continuant à prêcher les erreurs condamnées par ces encycliques. 

2 - Le serment antimoderniste (qui est la deuxième action demandée) est insuffisant pour condamner les erreurs actuelles et peut être prononcé par un moderniste, dans un esprit d’herméneutique de la continuité, à la façon de Benoît XVI.

Pour voir l’insuffisance de ces deux premières demandes, on peut consulter les nouvelles formules de serment données par les modernistes : 
- Voici un extrait de celle donnée par Paul VI le 17 juillet 1967 :
« (…) Fermement encore, j’embrasse et tiens toutes et chacune des vérités concernant la foi et les mœurs qui sont affirmées et déclarées par l’Église, définies soit par un jugement solennel, soit par le magistère ordinaire (…)» 
« (…) Avec une foi ferme, je crois aussi toutes les vérités qui sont contenues dans la Parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition et proposées par l’Église pour être crues comme divinement révélées, soit en vertu d’une décision solennelle, soit par le Magistère ordinaire et universel.
Fermement encore, j’embrasse et tiens toutes et chacune des vérités que l’Église propose de façon définitive concernant la doctrine sur la foi et les mœurs. (…)» 
Les modernistes francs-maçons romains auront donc beau jeu de nous dire : vous voyez, nous acceptons tout le magistère définitif… Vous nous faites des procès d’intention que nous n’avons pas. Regardez le texte de notre serment. 

Il est vrai que dans le texte du même serment, on s’engage également à obéir au magistère post-conciliaire : « Par obéissance chrétienne, je me conformerai à ce que les Pasteurs déclarent en tant que docteurs et maîtres authentiques de la foi ou décident en tant que chefs de l’Église »... Mais l'acceptation du magistère post-conciliaire n‘empêche pas les modernistes d’affirmer qu’ils acceptent toutes les vérités de foi de façon définitive… Les serments post-conciliaires de 1967 et de 1989 sont donc une preuve que les deux premières conditions de cette déclaration de fidélité catholique sont insuffisantes, puisque ces serments comportent une contradiction interne acceptant des éléments inconciliables : les vérités de foi sont embrassées au même titre que le magistère moderniste qui est opposé à ces vérités de foi…

3 - La troisième action demandée montre que le Père Pierre-Marie continue à affirmer qu’il faut trier les textes du Concile Vatican II. Il refuse donc de rejeter le Concile en son entier. Il demande uniquement que le pape « [condamne] solennellement les textes de Vatican II contraires aux définitions irréformables du magistère antérieur », ce qui implique qu’il veut garder les autres textes qu’il juge conformes au magistère antérieur… Il ne précise pas quels textes de Vatican II il juge conformes à ce magistère. Sur son site, il dit qu’il souhaite que l’unité de la Résistance se fasse autour de cette déclaration qu’il considère comme « vraiment catholique »… Il considère donc qu’une déclaration qui accepte des parties de Vatican II sans préciser de quelles parties il s’agit est vraiment catholique !!! Une telle affirmation est inacceptable en conscience. Nous avons pourtant démontré et expliqué longuement dans l’article précédent, en nous appuyant sur Saint Thomas d’Aquin, qu’on ne peut pas accepter en conscience certaines parties d’un Concile hérétique (celui-ci étant franc-maçon de surcroît), puisque les hérétiques affirment de bonnes choses, non sous l’influence de la foi mais de la volonté propre. L’histoire de l’Eglise nous enseigne qu’en cas d’hérésie, on anathématise toute la doctrine hérétique. On ne trie pas dedans. Nous avons également étudié que le bon sens donne aussi des raisons pratiques évidentes pour refuser tout le Concile : en effet, Vatican II étant ambigu, mêmes les « bonnes parties » seraient interprétées différemment par les membres de la Tradition…
C’est donc pour ces raisons que certains prêtres de l’USML (abbés Rioult et Pinaud, au moins) et tous les prêtres du SSPX Marian Corps (abbés Hewko, Pfeiffer et Chazal notamment) ainsi que l’abbé Girouard, pour n’en nommer que quelques-uns, persistent à dire qu’il faut refuser tout le concile Vatican II et non uniquement certaines de ses parties… Il est de notre devoir le plus strict de veiller à ce que la Résistance n’accepte jamais à l’unanimité un texte qui ne rejette pas Vatican II entièrement. Avec l’Immaculée aimerait que les prêtres qui pensent de même le disent officiellement en publiant un écrit argumenté et signé de leur nom, condamnant en même temps cette mauvaise déclaration de fidélité catholique. C’est leur devoir. Ils doivent réagir sans hésitation contre ces mauvais textes (l'ancienne déclaration du 6 août 2014 et la nouvelle déclaration du 26 octobre 2014). Ils sont en train de se faire tromper par des faux raisonnements et un mauvais esprit de corps qui leur fait croire qu'il est meilleur de se taire. Ils tolèrent chez France fidèle, l’abbé Pivert et le Père Pierre-Marie des choses qu’ils auraient dénoncées chez Mgr Fellay… Nous demandons à nos lecteurs de prier et de se sacrifier pour nos prêtres. C’est urgent.

Mais puisque malheureusement, le Père Pierre-Marie persiste à trier dans le Concile Vatican II, il aurait été au moins nécessaire (même si cela aurait été une démarche insatisfaisante au plan doctrinal et que cela ne nous ne nous aurait pas contenté) qu’il précise au moins exactement tout ce qu’il condamne et tout ce qu’il garde, en faisant une revue intégrale de tous les documents du concile Vatican II… Il se contente, malgré nos explications données dans l’article précédent, de réclamer au pape qu’il condamne les mauvais textes, sans nommer lesquels. Cela revient donc, comme nous l’avons déjà dit, à ne demander rien. Nous restons en plein flou doctrinal. Il est donc impossible de considérer comme « vraiment catholique » un texte qui accepte des parties de Vatican II sans préciser lesquelles… Nous supplions donc le Père Pierre-Marie de retirer cette déclaration qui reste clairement mauvaise et dangereuse pour la Résistance.

Le lefebvrisme
Nous persistons à croire que la source du mal est le lefebvrisme, parce que Mgr Lefebvre voulait lui aussi trier dans le concile Vatican II et parce qu’il n’a jamais clairement affirmé le principe qu’on ne pouvait pas signer un accord pratique avec les hérétiques romains en raison de leur hérésie. Il l’a dit parfois, certes, mais en tant qu’argument secondaire, dans le corps de discours montrant que la première cause de son refus de signer était une cause pragmatique et non une cause de principe. Cette cause pragmatique, c'était qu'il n’avait pas confiance en la sincérité de ces hérétiques. Ce manque de confiance était la première raison qui lui faisait refuser l’accord pratique. Cela a été démontré dans cet article

Monseigneur Lefebvre n’avait pas confiance parce que les hérétiques romains n’accordaient pas un évêque de la Tradition à la FSSPX et montraient par là même leur manque de sincérité. Ils auraient été sincères et de bonne volonté, Mgr Lefebvre se serait accommodé de leur hérésie

Le Fideliter n°66, par exemple, est bien représentatif de cette pensée de l’archevêque. Dans la première partie de la citation que nous allons donner, Mgr Lefebvre donne des arguments doctrinaux très bons pour ne pas se rallier à Rome… mais malheureusement, il annule et contredit ensuite leur effet dans la deuxième partie de la citation : [première partie de la citation : doctrinale et impeccable :] « Tout cela, c'est notre catéchisme, qui nous est donné en général avec notre baptême, qui nous est mis entre les mains. C'est notre charte depuis que Notre Seigneur a voulu que tout le monde soit baptisé, que tout le monde adopte le Credo, le Décalogue, les sacrements qu'il a institués, ainsi que le Saint-Sacrifice de la messe et les prières. Pour eux [= les modernistes romains], non, tout cela évolue et a évolué avec Vatican II. Le terme actuel de l'évolution, c'est Vatican II. C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous lier avec Rome. [la mauvaise partie pragmatique de la citation commence à présent, sans transition :] Nous aurions pu, si nous étions arrivés à nous protéger complètement comme nous l'avions demandé. Mais ils n'ont pas voulu. Ils ont refusé les membres que nous demandions dans la Commission, ils ont refusé le nombre d'évêques que nous demandions, refusé le nombre d'évêques que je leur présentais. C'était clair : ils ne voulaient pas que nous soyons protégés. Ils veulent nous avoir sous leur coupe directement et pouvoir nous imposer justement cette politique anti-Tradition dont ils sont imbus."
Commentaire :
Mgr Lefebvre, même quand il met en avant des arguments doctrinaux pour ne pas se rallier à Rome, ne le fait donc pas du tout dans le même esprit que la Résistance... La Résistance, à la différence de Mgr Lefebvre, refuse d’être reconnue par des hérétiques, quelles que soient les solutions proposées, même si elles sont "avantageuses", car accepter de se faire reconnaître par eux :
- c’est leur reconnaître une autorité doctrinale et donc accepter de reconnaître une valeur doctrinale au jugement d’un hérétique.

- c’est accepter que la seule vraie religion que nous défendons soit considérée comme une sensibilité comme une autre, dans le Panthéon de toutes les hérésies. 

- c’est accepter de nous remettre de façon habituelle sous l’autorité du Pape qui est hérétique, ce qui s'oppose à ce que nous ont enseigné Notre-Seigneur, Saint Paul, Saint Jean, les pères et la Tradition de l'Eglise. (cf. onglet nullam partem)

Mgr Lefebvre, lui, accepte clairement ces trois points auxquels nous nous opposons, du moment que nous pouvons nous « protéger » selon, son point de vue (si le pape accorde le ou les évêques et la commission) … Or, la solution que propose Mgr Lefebvre, non seulement ne protège rien en réalité (elle s’oppose à tous les principes de prudence et est vraiment naïve), mais en plus est inacceptable doctrinalement en conscience, parce qu'elle acquiesce aux trois points énoncés ci-dessus.

A présent, les francs-maçons romains sont prêts à accepter un ou plusieurs évêques de la Tradition (Mgr Fellay, Mgr de Galarreta, Mgr Tissier de Mallerais). Et donc, s’ils autorisent Mgr Fellay à discuter certains points du concile, comme ils l’ont déjà permis dans le mauvais protocole du 5 mai 1988 jamais clairement condamné par Mgr Lefebvre, et comme ils l’ont permis à l’Institut du Bon Pasteur, l’accord peut être conclu. Etant donné qu’ils ont déjà autorisé cela plusieurs fois, ils sont donc prêts à recommencer, dès qu’ils verront que la FSSPX sera suffisamment anesthésiée pour ne pas faire de scission importante en cas de reconnaissance canonique. L’accord se fera alors en se réclamant à juste titre de l’esprit de Mgr Lefebvre…

C’est pourquoi il est urgent de déraciner le lefebvrisme dans la Résistance car les prêtres n’osent plus actuellement condamner l’erreur comme il le faudrait, en bonne partie à cause de ce lefebvrisme. Il faut distinguer la juste reconnaissance que nous devons à Mgr Lefebvre pour avoir préservé le sacerdoce catholique, du silence coupable du lefebvrisme qui refuse de critiquer l'archevêque, même quand il dit des erreurs doctrinales, parce que celui-ci est devenu intouchable et qu'on n'a pas envie de se faire rejeter de la Résistance pour des propos politiquement incorrects... Relevons toutefois l'attitude courageuse de l'abbé Rioult qui a écrit récemment : "De même que les disciples de saint Thomas sont appelés “thomistes”, les fils spirituels de Mgr Lefebvre peuvent être appelés “lefebvristes”. Et dans le “Thomisme” comme dans le “Lefebvrisme”, on doit s’interroger sur l’attachement obstiné de certains admirateurs à des textes dont les conclusions sont manifestement insuffisantes, dépassées, voire même erronées. Aucun vrai thomiste ne suit aujourd’hui la conclusion fausse de saint Thomas sur l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, mais tous suivent celle du théologien Duns Scot, quoiqu’il ait pu se tromper par ailleurs, parce que sur ce point précis il était dans le vrai.
Quand M. l’abbé Gleize remarque une erreur chez saint Thomas d’Aquin ou le cardinal Billot, personne ne pense à censurer son travail de théologien. Pourquoi ce travail devrait-il s’arrêter quand il s’agit de la personne de Mgr Lefebvre ?
En outre, plus de vingt ans après sa mort, n’avons-nous pas un recul suffisant pour porter un regard objectif sur certains choix de ce valeureux combattant de la foi qui a dû faire face, quasiment seul, à une révolution inouïe, tant mondiale qu’ecclésiale ?
Il s’agira donc de remarquer en particulier les positions fluctuantes ou incertaines de Mgr Lefebvre :
- sur un accord possible avec une Rome qui favorise l’hérésie,
- sur le problème de la messe bâtarde qui favorise l’hérésie,
- sur le problème du pape qui favorise l’hérésie."

Dès que la doctrine de Mgr Lefebvre est ambiguë, nous devons donc lui préférer la doctrine de Jésus-Christ (cf. onglet nullam partem ). 
Devons-nous mener le combat de la Résistance par fidélité à Mgr Lefebvre ou par fidélité à Notre-Seigneur ? 
- Ne voyons-nous pas qu’il est impossible de ne pas condamner l’attitude de Mgr Lefebvre répétant à plusieurs reprises, par exemple lors de la conférence de presse du 15 juin 1988 (3) et en juillet 1989 dans le Fideliter n°70 (cf. note 3 bis), que le Protocole du 5 mai 1988 était acceptable ? Notre-Seigneur aurait-il dit une chose pareille ? Leurs doctrines ne s’opposent-elles pas sur ce point ? 
- De plus, si nous persistions à vouloir absolument être fidèles en tout à Mgr Lefebvre, alors nous serions obligés de reconnaître qu’il ne faut pas refuser le principe de l’accord pratique avec Rome avant sa conversion. Notre-Seigneur aurait-il prêché une telle doctrine ? Bien évidemment que non. Une telle doctrine s’oppose aux principes donnés par Saint Jean et Saint Paul dans leurs épîtres qui font partie de la Révélation. 

Saint Paul nous dirait que nous devons cesser de raisonner en enfants. Ouvrons les yeux et coupons le cordon ombilical du lefebvrisme. Cessons d’avoir besoin de nous référer sans cesse à Mgr Lefebvre. Prenons des aliments plus sains que les conférences d’Ecône, souvent contradictoires, sur le pape et sur les relations avec Rome. Prenons les aliments que nous offrent l’Ecriture Sainte et la Tradition de l’Eglise… Cela doit nous suffire, pour justifier notre combat. Notre combat est basé sur la fidélité à la volonté de Dieu exprimée par la doctrine de l’Eglise. Il ne se justifie pas par la fidélité à un homme, auquel nous devons reconnaissance, certes, mais qui s’est parfois trompé et contredit, concernant les rapports avec Rome et d’autres sujets liés à la crise de l’Eglise (1)…

Réponse à une objection concernant Mgr Lefebvre :
L’on nous a objecté que Mgr Lefebvre ayant sacré les quatre évêques, il avait sauvé la Fraternité par cette action, même si certaines de ses paroles n’étaient pas très bonnes, et que les actes de Mgr Lefebvre étant bons après mai 1988, il ne fallait donc pas le critiquer, que c’était une erreur grave que nous le fassions… Que nous déstabilisions la Résistance… 
Cette objection est intéressante. Nous allons tenter d’y répondre en la reformulant. Cette objection dit en fait que ce qui compte, ce n’est pas la doctrine de Mgr Lefebvre dans ses rapports avec Rome, mais sa pratique. Cette objection dit donc que le plus important, ce sont les actions de Mgr Lefebvre et non sa doctrine. Une objection faisant primer les actions sur la doctrine est donc une objection défendant le pragmatisme… Et de ce fait, on ne peut l’accepter.
Nous savons pourtant que le plus important, ce sont les idées. Ce sont les idées qui mènent le monde. Voici ce que disait Mgr Freppel : « Le plus grand malheur pour un siècle, c’est l’abandon ou l’amoindrissement de la vérité. On peut se relever de tout le reste ; on ne se relève jamais du sacrifice des principes… Aussi le plus grand service qu’un homme puisse rendre à ses semblables aux époques de défaillance et d’obscurcissement, c’est d’affirmer la vérité sans crainte, alors même qu’on ne l’écouterait pas. » (Mgr Freppel, Panégyrique de saint Hilaire, 19 janvier 1873) 

Dans l’Eglise catholique, la doctrine et les idées diffusées et enseignées sont plus importantes que les actes. Il faut donc combattre les idées qui sont mauvaises chez Mgr Lefebvre, même s’il a fait de bonnes actions et que nous lui sommes très reconnaissants d’avoir sacré les quatre évêques. La preuve qu’il faut combattre ses mauvaises idées, c’est qu’elles sont reprises d’une part par Mgr Fellay qui s’abrite derrière elles pour préparer un accord avec Rome et d’autre part par l’abbé Pivert qui veut réintroduire dans la Résistance le principe ultra dangereux (et inacceptable au plan doctrinal) de l’accord pratique à certaines conditions…

France fidèle : ancien et nouveau site :
L’ancien site de France fidèle n’ayant pas modifié la Déclaration de fidélité catholique (http://francefidele.fr/?p=264) nous avons donc retiré ce blog de la liste des blogs de Résistance, puisque par cette déclaration, France fidèle condamne la position fondatrice de la Résistance. Et tout le monde fait semblant de ne rien voir ! Cela ne va pas du tout. Dans le nouveau site qui s’est créé, nous n’avons pas vu pour l’instant le texte de cette déclaration qui semble avoir été volontairement « oublié ». Mais cela n’est pas du tout suffisant pour réparer les dégâts et pour conjurer le danger. Une condamnation explicite de cette déclaration est indispensable, si nous ne voulons pas voir ressurgir sans cesse les mêmes mauvais principes, d’une façon ou d’une autre.

L’ancien site de France fidèle soutient également ouvertement l’abbé Pivert en publiant son communiqué ambigu du 18 octobre 2014 qui est accordiste à certaines conditions, avant la conversion complète de Rome. (http://francefidele.fr/?p=497). Par cette mise au point, l’abbé Pivert continue de diffuser et d’affirmer une doctrine mortelle pour la Résistance. Et ce qui nous inquiète le plus, c’est qu’il le fait d’une façon ambiguë et fausse. (cf. cet article ) Il ne dit pas clairement les choses. Pourquoi une telle dissimulation ? Qu’a-t-il à cacher ? Pourquoi ne parle-t-il pas clairement et fait-il des phrases obscures ? Nous maintenons qu’il ne devrait plus faire partie de notre mouvement et qu’il devrait retourner dans la FSSPX ou se déclarer prêtre indépendant n’appartenant pas à l’USML. Il ne devrait pas former les séminaristes de la Résistance, c’est certain. Pour la commodité de nos lecteurs, nous avons cependant laissé un lien vers l’ancien site et le nouveau site de France fidèle, mais dans une rubrique différente, tout en bas des blogs mis en lien, afin de mettre en garde. Le nouveau site de France fidèle a également, semble-t-il, « oublié » ce communiqué de l’abbé Pivert. De même, cela ne suffit pas du tout. Une mise au point claire de l’abbé Pivert affirmant qu’il change d’avis et qu’il défend le principe de ne pas faire d’accord avec Rome tant qu’elle n’est pas entièrement et parfaitement convertie dans toutes ses paroles et dans tous ses actes est indispensable. Tant que France fidèle continuera de soutenir l’abbé Pivert tel qu’il est actuellement, ce site sera considéré comme dangereux pour la Résistance, même s'il continue d'omettre les mauvais textes publiés sur l'ancien blog.

f. La réflexion finale de la déclaration publiée par Avrillé témoigne un souci de fidélité déplacé et ambigu à un Pape hérétique : Ce faisant, avec la grâce de Dieu, le secours de la Vierge Marie, de saint Joseph, de saint Pie X, nous sommes convaincus de demeurer unis à l’Eglise, une, sainte, catholique, apostolique et romaine, ainsi qu’aux successeurs de Pierre, et d’être les fidèles dispensateurs des mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ in Spiritu Sancto.
Commentaire :
Nous trouvons qu’il est déplacé de témoigner un tel souci d’être « uni » aux actuels successeurs de Pierre. Sans être sédévacantistes, nous pensons qu’un pape hérétique qui devrait être anathématisé en temps normal, c’est-à-dire déclaré hors de l’Eglise ne mérite pas qu’on se soucie d’être uni à lui. A notre avis, cette « union » n’est pas théologiquement correcte, puisqu’il devrait être hors de l’Eglise. Comment être uni à un loup maçonnique qui détruit chaque jour l’Eglise et baise la main des prêtres promouvant l’homosexualité ? Il est à notre avis possible de reconnaître la validité de l’élection d’un pape tout en refusant toute union avec lui parce qu’il est hérétique… Nous ne sommes pas du tout convaincus que Dieu et la Sainte Vierge donnent leur secours pour aider à rester unis à François, comme le dit cette déclaration ! Nous restons cependant ouverts à toute explication théologique complémentaire que pourrait nous fournir un prêtre. 

Conclusion

Nous supplions le Père Pierre-Marie, dont la vocation dominicaine est la défense de la vérité de ne pas entraîner son couvent dans une voie ambiguë et dangereuse. Nous adjurons les prêtres qui y voient clair de l’aider et de lui expliquer mieux que nous ce qui ne va pas dans cette déclaration. Mettons le respect humain au placard, par amour pour Dieu et pour les âmes et sachons reconnaître nos erreurs entièrement et clairement. Loin de diminuer l’autorité du prêtre sur les fidèles, l’humble reconnaissance de ses défauts lui conquiert tous les cœurs. Saint Paul et Saint Pierre se sont accusés publiquement dans leurs épîtres et ce sont les princes des apôtres et nous nous confessons devant eux de nos péchés tous les jours. Faisons donc ce que nous aurions aimé avoir fait au moment de notre mort. 

La véritable amitié ne tolère pas les fautes doctrinales ou morales chez ses amis, parce que tolérer chez eux des erreurs graves, c’est les exposer au purgatoire et à ne pas atteindre le degré de gloire auquel ils sont appelés. La véritable charité fraternelle exhorte donc sans cesse, à temps et à contretemps, quand la matière est grave, non seulement pour le bien de ses amis mais aussi pour le bien des âmes qui leur sont confiées. Et ici, nous sommes en matière doctrinale importante. Il n’y a donc pas à hésiter. Ce que penserons les autres de nous importe peu. Ce qui compte, c’est de plaire à Dieu. 

Nous allons à présent répondre à quelques objections assez fréquentes :
- Des prêtres ont dit à InDominoSperavi (auteur de cet article) qu'elle était orgueilleuse de leur désobéir quand ils lui disent de se taire et qu'elle était également très orgueilleuse de vouloir prêcher ainsi... 
Réponse :
- Pour ce qui est de l'obéissance, les apôtres et Saint Thomas d'Aquin nous ont enseigné qu'il fallait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. La question n'est donc pas de savoir si InDominoSperavi est désobéissante ou non. La question est de savoir si Dieu veut qu'elle désobéisse. 
Pour trouver la réponse, il faut étudier les textes de ces déclarations de fidélité catholique : sont-ils bons ou mauvais ? Si ces textes sont bons, InDominoSperavi a tort de désobéir. S'ils ont une mauvaise doctrine, ils sont dangereux pour les âmes. S'ils sont dangereux pour les âmes, ils blessent le Cœur de Notre-Seigneur. Toute doctrine qui met en danger les âmes et par là même blesse le Cœur de Notre-Seigneur doit être combattue, afin de faire la volonté de Dieu (cf. Saint Thomas en note 4, ainsi que d'autres citations du même auteur que nous allons donner ci-dessous). Ces citations disent que lorsque la foi est en jeu ou/et que le prochain est en danger dans son corps ou dans son âme, il faut réagir publiquement. Nous avons démontré dans cet article et dans l'article précédent sur la première déclaration de fidélité catholique en quoi ces deux textes étaient dangereux pour les âmes, au plan doctrinal. Ils doivent donc être combattus, à cause de leur mauvaise doctrine, par principe. 
Il y a cependant une raison supplémentaire de circonstance qui rend encore plus nécessaire ce combat : ces textes sont présentés comme des chartes officielles. Ils sont présentés comme la doctrine officielle de l'USML, d'Avrillé. Le Père Pierre-Marie demande même que la déclaration du 26 octobre 2014 fasse l'unanimité dans la Résistance, parce qu'elle est "vraiment catholique", selon lui. Il écrit : "Espérons que tous ceux qui veulent continuer le bon combat pour la Tradition catholique sauront s'unir autour d'une telle déclaration de fidélité… vraiment catholique." Le Père Pierre-Marie veut donc faire de ce texte dangereux la charte de toute la Résistance ! InDominoSperavi doit donc désobéir et s'opposer à ce texte qui doit être combattu, tant pour une raison de principe, en raison de son fond doctrinal erroné, qu'en raison de l'importance morale qu'on veut lui donner :
- L'importance qu'on veut donner à ce texte s'exprime tout d'abord par le choix de présenter faussement cette déclaration [ancienne mouture du 6 août : la pire] surmontée d'une photographie de tous les prêtres présents à Avrillé le 16 juillet 2014, alors beaucoup de ces prêtres n'ont pas la même doctrine que ce texte et veulent la conversion de Rome avant de faire un accord (abbés Trincado, Faure, Rioult, Hewko, Pinaud, Chazal, Pfeiffer au moins...) 
- On veut également donner de l'importance à ce texte par la publication de celui-ci sur le site officiel de l'USML qui est sous la tutelle morale de Mgr Williamson. 
- On accentue encore l'importance de ce texte par sa publication louangeuse dans le Sel de la terre n°89.
- Enfin, on confirme l'importance de ce texte et on l'amplifie encore davantage par sa publication épurée mais toujours très dangereuse  sur le site officiel d'Avrillé avec demande par le Père Pierre-Marie que toute la Résistance s'unisse doctrinalement autour de cette déclaration inacceptable.

- Pour ce qui est de l'orgueil de vouloir prêcher, la réponse est dans Saint Thomas d'Aquin, déjà cité ci-dessus. Non seulement ce n'est pas de l'orgueil, mais c'est un devoir strict de parler publiquement quand la foi est mise en danger, même si cela doit scandaliser le prochain. Un texte qui accepte des parties de Vatican II sans préciser lesquelles met clairement la foi en danger. Le Père Pierre-Marie demande à toute la Résistance de s'unir autour de ce texte. Il est donc bon de s'opposer publiquement à ce texte. Saint Thomas vient également à notre aide de façon parfaite à ce sujet dans la IIa IIae question 33 article 4 (solution 2) : " Résister en face ", c'est-à-dire devant tout le monde, dépasse la mesure de la correction fraternelle ; et Paul n'aurait pas ainsi repris Pierre s'il n'avait été son égal en quelque manière pour la défense de la foi.

Si tout fidèle est l'égal du Pape quand il s'agit de défendre la foi, alors a fortiori, ce même fidèle qui critique le Pape François est également l'égal d'un prêtre dans la défense de la foi. Ce n'est donc pas de l'orgueil de s'opposer à des prêtres qui ne voient pas qu'un texte est dangereux pour la foi.
Saint Thomas donne également une autre règle précieuse dans la IIa-IIae question 37 article 1, sur la discorde :"[...] 2. Une volonté qui adhère à Dieu est une règle juste, et il y a péché à se mettre en désaccord avec elle; de même, une volonté qui s'oppose à Dieu est une règle mauvaise, et il est bon de ne pas s'accorder avec elle. Provoquer une discorde qui supprime la bonne concorde réalisée par la charité est un péché grave; (...). Mais causer la discorde pour supprimer une concorde mauvaise, fondée sur une volonté mauvaise, mérite l'éloge. C'est pourquoi S. Paul a eu raison de jeter la discorde entre ceux qui s'accordaient dans le mal. Le Seigneur a bien dit en parlant de lui-même (Mt 10, 34): " je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. "


L'anonymat :

Deux autres objections concernant l'anonymat ont été faites également à InDominoSperavi : 
Objection a
Protégée par son anonymat, InDominoSperavi demande aux prêtres de faire des documents publics et signés. Qu'elle montre l'exemple et dise déjà qui elle est, avant de leur demander des choses difficiles qu'elle ne veut pas faire elle-même. 
Réponse :
InDominoSperavi est une femme. Elle n'a de ce fait pas d'autorité en temps normal pour enseigner... Seules les circonstances exceptionnelles des temps que nous vivons lui permettent de faire ce qu'elle fait en toute justice. Son nom ne rajouterait aucun poids moral à ses propos. Ce n'est pas une personne de poids. On saurait juste que c'est Madame  X qui pense cela. Le fait de donner son nom n'aiderait pas les âmes à y voir clair davantage. 
Par contre, elle ferait une imprudence grave en donnant son nom, étant donné certaines circonstances particulières. Elle doit donc se taire sur son identité si elle ne veut pas pécher par imprudence. Par contre, si un jour son identité était révélée, elle y verrait la volonté de Dieu et elle continuerait à assumer le même combat à visage découvert, dans la mesure où Dieu le lui permettrait.
Les prêtres, eux, ont pour vocation de défendre la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ. S'ils publiaient leur nom, cela ne serait pas une imprudence. Ils doivent témoigner pour défendre la doctrine de leur Maître, si elle est attaquée. De plus leur nom a beaucoup de poids et d'autorité pour influencer les âmes vers le bien. Ce sont les pasteurs des âmes. Quand ils parleront publiquement pour défendre intégralement la vérité, InDominoSperavi sera heureuse de se taire et de se contenter de les publier.

Objection b Quand une personne anonyme demande aux prêtres de prendre position, ils ne sont pas tenus de lui répondre.

Réponse :
Normalement, les prêtres ne devraient pas avoir besoin qu'on leur demande de défendre la vérité. Ils devraient voir le problème par eux-mêmes et agir immédiatement, sans que les fidèles aient besoin d'aller les trouver. Ce qui aurait dû se passer, c'est que les prêtres réagissent immédiatement en août 2014 à la publication de la déclaration de fidélité catholique. Cependant, il est vrai qu'il arrive souvent qu'on ne voie pas un problème de prime abord. Mais dans ce cas, quand un fidèle le fait remarquer, qu'il soit anonyme ou non, du fait qu'ils devraient de toute façon faire leur devoir de défendre la vérité, les prêtres ne peuvent donc pas se retrancher derrière cette excuse de l'anonymat d'InDominoSperavi pour ne pas condamner ce texte. La seule raison qui pourrait les exempter de ce combat, c'est que le texte soit bon, ce qui n'est pas le cas... 

Autre objection : c'est à l'évêque et non à une femme (InDominoSperavi) d'exhorter à temps et à contretemps. Ces paroles de Saint Paul demandant de prêcher à temps et à contretemps s'adressaient à un évêque, pas aux fidèles ... De plus la Révélation enseigne que les femmes ne doivent pas enseigner, cf. Saint Paul. 

Réponse :
Cette règle est vraie en temps ordinaire quand les hommes (clercs ou non) défendent bien la vérité. Quand la vérité est attaquée et qu'aucun homme ne la défend suffisamment clairement, c'est aux femmes ou même aux enfants de prendre le relais (cf. cet article ainsi que l'article mis en lien en bas de celui-ci. On peut lire dans ce dernier article une citation de Saint Thomas d'Aquin de Ila IIa IIae question 3 article 2, très éclairante à ce sujet). InDominoSperavi a demandé à Mgr Williamson et aux prêtres de parler, en leur envoyant cet article à l'avance, en avant-première. Ils n'ont pas jugé bon de le faire. Elle doit donc, malgré son indignité, parler à leur place, en attendant que l'un d'entre eux au moins sorte de son silence. Elle a confiance que ce jour arrivera. Elle prie pour qu'il arrive le plus vite possible.

Note :

(1) Mgr Lefebvre ne s’est pas trompé uniquement sur le point des relations avec Rome. Il avait une doctrine incertaine en certains autres domaines liés à la crise et donc pas bien définis ou connus et nouveaux pour lui. Nous ne lui en voulons pas et nous comprenons qu’il ait été perdu dans cette situation exceptionnelle. Mais nous souhaiterions que la Résistance cesse de se réclamer de lui quand sa doctrine est fausse ou ambiguë et qu’elle dise clairement ce qu’il n’allait pas chez lui. Sinon, nous allons recommencer les mêmes erreurs et nous serons toujours faibles, sans logique ni consistance doctrinale…

a. Par exemple, concernant la juridiction de suppléance. Mgr Lefebvre dit qu’elle est donnée par les fidèles. Il se trompe en affirmant cela et Mgr Tissier de Mallerais le relève de façon voilée, dans son livre Marcel Lefebvre, p. 552. Il dit qu’il faut prendre ces paroles de Mgr Lefebvre cum grano salis… La juridiction de suppléance vient du Christ, chef de l’Eglise, voilà la vraie doctrine. Elle est justifiée par la loi suprême de l’Eglise qui est salus animarum, suprema lex. Mais ce n’est pas parce que la loi suprême est le salut des âmes que ce sont ces mêmes âmes qui donnent la juridiction. Ce qu’il faut dire, c’est que la loi suprême étant le salut des âmes, Dieu par amour pour les âmes et pour les sauver, donne alors Lui-même directement juridiction au prêtre détenant la bonne doctrine et les bons sacrements… « Ergo fides ex auditu ; auditus autem per verbum Christi » « La foi naît donc de la prédication et la prédication se fait sur l’ordre du Christ », enseigne Saint Paul (Romains, X,17)… Per verbum Christi : par mandat du Christ.
Un article sera fait un jour sur ce sujet, car cela a des conséquences très concrètes sur l’esprit et l’action des prêtres. Recevant leur juridiction de Dieu, ils n’ont pas à attendre que les fidèles les appellent. Ils doivent aller au devant d’eux. Cette vérité vécue est très puissante pour donner au prêtre autorité, confiance, esprit apostolique. S’il est convaincu que sa juridiction de suppléance vient de Dieu et non de l’appel des fidèles, il peut appuyer son apostolat sur la volonté immuable et toute-puissante de Dieu. Il sait que Dieu lui demande d’aller enseigner toutes les nations, parce qu’il porte avec lui un trésor qu’il a le devoir de communiquer le plus possible. Il ne base donc plus son apostolat sur la volonté des fidèles, parfois changeante, parfois hésitante, parfois inexistante. Il ne s’interdit pas d’agir, si on ne l’appelle pas. Tel le Bon Pasteur, il va le premier au devant des brebis perdues pour les réveiller, les secouer, les sauver. L’Eglise n’est pas une démocratie. Elle est monarchique. La juridiction vient donc de son Chef, le Christ.

b. Le distinguo église conciliaire/ Eglise catholique, fait par Mgr Lefebvre.
Cf. l’article : Le distinguo église conciliaire/ Eglise catholique, fait par Mgr Lefebvre est-il de foi ? Doit-il avoir une influence sur notre attitude vis-à-vis de Rome ?



(2) Voici le texte de la déclaration nouvelle mouture publiée le 26 octobre 2014 sur le site des Dominicains.

« Fidèles à l’héritage de Mgr Marcel Lefebvre, et en particulier à sa mémorable « Déclaration » du 21 novembre 1974, nous adhérons de tout notre cœur, de toute notre âme, à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité.

  Selon l’exemple de ce grand prélat, intrépide défenseur de l’Eglise et du Siège apostolique, nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II, et après le concile dans toutes les réformes et orientations qui en sont issues.

  Ces réformes et orientations, en effet, ont contribué et contribuent encore à la démolition de l’Eglise, à la perte de son esprit missionnaire, à la propagation de l’indifférentisme – par l’œcuménisme et le dialogue interreligieux -, à la ruine du sacerdoce, à l’anéantissement du Sacrifice et des sacrements, à l’affaiblissement de l’autorité pontificale, à l’anarchie théologique, à la confusion de l’action pastorale, à la disparition de la vie religieuse, à un enseignement naturaliste et teilhardien dans les universités, les séminaires, la catéchèse, enseignement issu du libéralisme et du protestantisme condamnés maintes fois par le magistère solennel de l’Eglise.

  Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l’Eglise depuis vingt siècles, et à l’époque récente par les textes-clés de sa doctrine antilibérale et antimoderniste, à savoir:
    - Mirari vos, de Grégoire XVI,
    - Quanta cura et le Syllabus, de Pie IX,
    - Immortale Dei et Libertas, de Léon XIII,
    - Pascendi, de saint Pie X (avec le serment antimoderniste),
    - Quas primas et Mortalium animos, de Pie XI,
    - Humani generis, de Pie XII.

  « Si nous-même, dit saint Paul, si un ange venu du Ciel vous annonçait autre chose que ce que je vous ai enseigné, qu’il soit anathème ! ». Et l’Apôtre insiste : « Nous l’avons déjà dit et aujourd’hui je le répète, si quelqu’un vous prêche autre chose que ce que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Epître aux Galates, 1, 8-9).

  Si donc une contradiction vient à se manifester dans les paroles ou les actes du pape, ainsi que dans les actes des dicastères romains, par rapport à la doctrine traditionnelle, alors nous choisissons ce qui a toujours été enseigné et nous faisons la sourde oreille aux nouveautés destructrices de l’Eglise, et à toute « herméneutique » prétendant démontrer la continuité entre ces nouveautés et le magistère constant des siècles passés.

  On ne peut modifier profondément la lex orandi (la liturgie), sans modifier la lex credendi (la règle de la foi). A messe nouvelle correspondent : catéchisme nouveau, sacerdoce et séminaires nouveaux, nouvelle pastorale des sacrements, nouveau droit canon, bible œcuménique, nouvelles formes de dévotion, nouveaux critères de sainteté, Eglise charismatique et pentecôtiste éclatée en « communautés » disparates, toutes choses opposées à l’orthodoxie, au magistère de toujours, et à l’unité catholique.

  Cette Réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l’hérésie et aboutit à l’hérésie. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d’adopter cette Réforme et de s’y soumettre de quelque manière que ce soit. La seule attitude de fidélité à l’Eglise et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d’acceptation de la Réforme, même s’il faut recourir, pour survivre, à des solutions canoniques d’exception – car le salut des âmes est la loi suprême - ou subir, éventuellement, d’injustes condamnations.

  C’est pourquoi, sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment, nous entendons maintenir la profession intégrale de la foi sous l’étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la sainte Eglise catholique, au souverain pontife et aux générations futures.

  C’est pourquoi, aussi, nous nous en tenons fermement à tout ce qui a été cru et pratiqué dans la foi, les mœurs, le culte, l’enseignement du catéchisme, la formation du prêtre, l’institution de l’Eglise, par l’Eglise de toujours et codifié dans les livres parus avant l’influence moderniste du concile, en attendant que la vraie lumière de la tradition dissipe les ténèbres qui obscurcissent le ciel de la Rome éternelle.

  En l’état, l’amour de l’Eglise et notre fidélité à la mémoire et au combat de Mgr Lefebvre requièrent, plus que jamais, une confession vigoureuse et publique de la foi face aux fauteurs d’erreurs quels qu’ils soient. Dans cet esprit, et pour hâter, autant qu’il dépend de nous, le retour de l’Eglise à sa propre tradition bimillénaire, nous supplions respectueusement et instamment le Souverain Pontife d’accomplir dès que possible, comme Vicaire de Jésus-Christ, Successeur de Pierre, et Docteur de la foi, trois gestes de la plus haute importance :

  — déclarer qu’il tient fermement, dans le même sens que ses prédécesseurs, la doctrine de Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, Pie X, Pie XI et Pie XII, dénonçant les erreurs de la « culture libérale » : ainsi serait réaffirmée, contre la fallacieuse « liberté religieuse » et les « droits-de-l’homme-sans-Dieu », la Royauté sociale de Jésus-Christ,

  — rétablir le serment antimoderniste, prescrit en 1910 et abrogé en 1967, pour l’accès aux ordres de la hiérarchie ecclésiastique : ainsi serait donné un coup d’arrêt au processus de corruption de la foi dans le clergé et parmi les fidèles, cause de « l’apostasie silencieuse » des masses catholiques,

  — faisant usage du privilège de l’infaillibilité pontificale (cf. constitution Pastor aeternus de Vatican I, condamner solennellement les textes de Vatican II contraires aux définitions irréformables du magistère antérieur : ainsi serait révoquée la prétendue autorité d’un concile « pastoral », « nouvelle Pentecôte » de l’Eglise, qui se révèle être, cinquante ans après, le plus grand désastre de son histoire.

  Enfin, pour obtenir la paix du monde, nous implorons également du pape François qu’il daigne effectuer la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, selon la demande du Ciel transmise à Fatima, et dans les formes requises par cette demande.

  Ce faisant, avec la grâce de Dieu, le secours de la Vierge Marie, de saint Joseph, de saint Pie X, nous sommes convaincus de demeurer unis à l’Eglise, une, sainte, catholique, apostolique et romaine, ainsi qu’aux successeurs de Pierre, et d’être les fidèles dispensateurs des mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ in Spiritu Sancto.

En la fête du Christ Roi, 26 octobre 2014. » (fin de citation).


(3) Extrait de la conférence de presse donnée par Mgr Lefebvre le 15 juin 1988 : "Nous avons été surpris de voir qu’ils voulaient nous faire signer un texte doctrinal. Étant donnée l’ouverture qu’avait manifestée le cardinal Ratzinger par sa lettre du 28 juillet, l’année dernière, il n’était plus question de problèmes doctrinaux. Nous avons donc été un peu surpris que l’on nous remette sous les yeux ce qui avait fait l’objet d’une incompréhension pendant quinze ans. Nous étions opposés par des questions doctrinales précisément. Mais comme l’article 3 de la partie doctrinale du protocole assurait que nous pouvions reconnaître qu’il y avait des points dans le Concile, dans la liturgie et dans le Droit canon qui n’étaient pas parfaitement conciliables avec la Tradition, alors cela nous a satisfait. En quelque sorte on nous donnait satisfaction sur ces points-là. Cela nous permettait de discuter des points dans le Concile, dans la liturgie, et dans le Droit canon. C’est ce qui nous a permis de signer ce protocole doctrinal, sans quoi nous ne l’aurions pas signé." (fin de citation)
Commentaire :
"3. À propos de certains points enseignés par le Concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège Apostolique, en évitant toute polémique."
Comme nous l'expliquons dans notre article sur Mgr Lefebvre à partir de juin 1988, Mgr Lefebvre considère qu’il n’accepte pas le Concile Vatican II en signant cela. Il se trompe. Il l'accepte. En effet, il utilise dans le texte du protocole le verbe « paraître » et non le verbe « être ». Cela sous-entend qu’en fait, même si cela n’en a pas l’air, ces points litigieux du Concile sont conciliables avec la Tradition. Il dit que certains points du Concile lui « paraissent difficilement conciliables avec la Tradition ». « difficilement » est également un mauvais terme, rempli de compromission. Il aurait fallu utiliser la négation « ne…pas ». En effet, si quelque chose paraît difficilement conciliable, cela signifie non seulement que ce n’est qu’une apparence (cf. paraître), mais aussi, qu’avec de la bonne volonté et un peu de travail, on va pouvoir lever la difficulté (cf. difficilement). De plus, Mgr Lefebvre s’engageait à ne pas faire de polémique. Cela sous-entendait donc que la foi n’était pas en danger, ce qui est faux. Comment peut-on avoir une attitude positive d'étude et de communication vis-à-vis de l'hérésie, vis-à-vis des idées maçonniques qui découronnent Notre Seigneur ?

(3 bis) "On nous a alors remis la question du Concile sous les yeux, dont nous ne voulions pas entendre parler. On a trouvé une formule, acceptable à la rigueur." Mgr Lefebvre, un an après les sacres, Fideliter 70, juillet 1989.

(4) Saint Thomas  : IIa IIae question 33 article 7 :
Sur la dénonciation publique de péchés il faut distinguer. Les péchés sont en effet ou publics ou secrets. S'ils sont publics, il n'y pas seulement à procurer un remède à celui qui a péché, pour le rendre meilleur, mais aussi à tous ceux qui en ont eu connaissance, afin d'éviter qu'ils ne soient scandalisés. De tels péchés méritent donc des reproches publics, selon cette parole de S. Paul (1 Tm 5, 20) : " Le coupable, reprends-les devant tout le monde, afin que les autres en éprouvent de la crainte. " Ce qu'il faut entendre des péchés publics, comme S. Augustin en fait la remarque.
Aux péchés secrets paraît au contraire s'appliquer la parole du Seigneur (Mt 18, 15) " Si ton frère a péché contre toi... " En effet, s'il t’avait offensé publiquement devant d'autres, il aurait également péché contre eux, en les troublant. Mais parce que même des péchés secrets peuvent blesser le prochain, il faut encore distinguer.
Il y a en effet des péchés secrets qui sont nuisibles au prochain, corporellement ou spirituellement ; quand par exemple quelqu’un traite secrètement pour livrer la ville aux ennemis ; ou lorsque, en privé, un hérétique détourne de la foi. Parce que celui qui pèche ainsi en secret ne s'en prend pas seulement à toi, mais également aux autres, il faut immédiatement procéder à une dénonciation, pour empêcher le mal ; à moins qu'on ait de bonnes raisons de croire qu'on pourra atteindre aussitôt ce résultat par une admonition secrète.
Commentaire :
Le principe est donc le suivant : si quelqu'un met le prochain en danger dans son corps ou dans son âme, il faut dénoncer publiquement son péché (dont il n'est parfois pas conscient et donc dans ce cas, pas coupable, subjectivement), que ce péché soit public ou secret.