mardi 27 janvier 2015

Nouvelles et réflexions diverses sur les derniers événements



Un petit mot pour expliquer à nos lecteurs la raison de notre silence ces derniers jours : tout d'abord, qu'ils se rassurent, nous n'abandonnons pas le combat le moins du monde. 

Nous avons suivi de loin l'invitation coupable des Bénédictins de l'Immaculée dans le chœur d'une église de la FSSPX, les dernières bêtises de l'abbé Pfluger, la conférence d'un évêque conciliaire aux séminaristes de la FSSPX... Il est criminel de faire parler un tel évêque publiquement, en lui donnant une position d'autorité , même s'il est "conservateur" et même s'il est peut-être bien intentionné : le fait est que c'est un évêque qui ne condamne pas Vatican II. C'est un évêque qui ne condamne pas la nouvelle messe. Il ne condamne pas les erreurs comme il le faut, sinon il serait persécuté gravement et ne serait pas en poste, béni par le Pape François. C'est un évêque qui a donc une doctrine mauvaise. La conférence de cet évêque aux séminaristes est une preuve supplémentaire que la Fraternité saint Pie X va très mal et que nous avons raison d'être dans la Résistance. 

Quant aux déformations que l'abbé Simoulin fait de Mgr Lefebvre qu'il présente comme un apôtre de Jésus et Marie sur la fin de sa vie, avant d'être un combattant, nous sommes d'accord avec la sapinière : c'est faux... comme s'il fallait opposer les deux : il est évident qu'un véritable apôtre de Jésus et Marie est un combattant jusqu'à la fin de sa vie. On ne peut pas dire qu'on aime Jésus et Marie si l'on décide en même temps de taire la vérité quand elle continue d'être attaquée. Spiritualité et combat de la foi ne s'opposent pas ou ne se succèdent pas en phase différentes d'une vie, mais sont sans cesse étroitement liés. Il n'y pas de véritable sainteté sans affirmation courageuse de la vérité quand c'est nécessaire. Et Mgr Lefebvre a toujours continué de le faire, même s'il n'avait pas les idées claires au sujet de l'accord qu'il fallait envisager de faire avec Rome et au sujet du protocole du 5 mai 1988 après les sacres, contrairement à ce que dit Mgr Williamson dans son commentaire eleison n°391... 

Ce commentaire eleison n°391 présente de bons aspects car il critique le protocole du 5 mai 1988 et le présente à présent clairement comme mauvais. Nous en remercions vivement Mgr Williamson. Il était temps qu'une condamnation officielle de ce Protocole soit faite dans la Résistance, étant donné les problèmes liés à l'attitude ambiguë de l'abbé Pivert sur ce point... Mgr Williamson a fait là réellement une action bonne et utile... Mais de là à dire que Mgr Lefebvre a vu son erreur et s'est rétracté sur son protocole à cause de la doctrine de celui-ci, c'est faux. Mgr Lefebvre s'est rétracté uniquement pour une raison pragmatique, parce qu'il a vu qu'on ne lui donnerait pas d'évêque et qu'on cherchait à le tromper. Il suffit de relire des citations de Mgr Lefebvre en mai, juin et décembre 1988 ainsi qu'en juillet 1989 disant textuellement que son protocole était acceptable (voir notre article en onglet, par exemple)... Mgr Williamson a tort de présenter Mgr Lefebvre comme un modèle sur ce point à partir du 6 mai 1988. La vérité est faite de nuances. Il ne faut déformer les faits ni en un sens, ni dans l'autre...

Quelle est donc la raison de notre silence, actuellement ? D'une part le devoir d'état, mais surtout la rédaction d'une étude qui est importante et qui sera publiée en février sur ce blog. Nous avons donc décidé de cesser pour le moment de courir après l'actualité, car certaines études doctrinales sont parfois plus utiles, actuelles et nécessaires que le commentaire des événements qui se succèdent sans cesse et se recouvrent les uns les autres. 

A bientôt dans quelques jours ou dans quelques semaines, en février. Nous ne savons pas exactement combien de temps cette étude va prendre : entre une et trois semaines, probablement.

Bien en union de prières et de combat. Nous comptons sur les prières de nos lecteurs et nous demandons à Dieu et à la Sainte Vierge qu'ils les en récompensent au centuple.

InDominoSperavi.

dimanche 18 janvier 2015

Que pouvons-nous espérer de nos prières pour nous et pour les autres ? Comment devons-nous demander pour être exaucés ?



IIa IIae Question 83 article 15 -- Solution 2 :

2. (...)
Si ce qu'on demande (...) pour soi-même n'est d'aucune utilité pour la béatitude, on ne le mérite pas. Il arrive même qu'à le demander et à le désirer, on perde tout mérite, par exemple si l'on demandait à Dieu l'accomplissement d'un péché, prière sans piété. 

Parfois cependant il s'agit d'une chose inutile à notre salut, sans qu'elle lui soit manifestement contraire. En ce cas, bien que cette prière puisse nous mériter la vie éternelle, on ne mérite pas d'obtenir ce qu'on demande. Aussi S. Augustin dit-il : « Lorsque nous supplions Dieu avec foi, pour obtenir des choses nécessaires à cette vie, c'est la miséricorde qui nous exauce, et la miséricorde encore qui se refuse à nous exaucer, car le médecin sait mieux que le malade ce qui est utile à sa faiblesse. » Voilà pourquoi S. Paul ne fut pas exaucé lorsqu'il demandait que Dieu éloigne de sa chair l'aiguillon, parce que cela ne lui était pas avantageux. 

Mais si ce qu'on demande est utile à la béatitude, parce que cela concerne notre salut, on le mérite non seulement par la prière, mais encore par d'autres bonnes œuvres. C'est pourquoi on reçoit infailliblement ce qu'on a demandé, mais au moment où on doit le recevoir. « Il y a des demandes que Dieu ne refuse pas, mais qu'il fait attendre pour les exaucer au bon moment », dit S. Augustin. 

Toutefois, cet accomplissement peut être empêché, si l'on ne persévère pas à le demander, ce qui fait dire à S. Basile : « Quand vous demandez sans recevoir, c'est que vous demandez ce qu'il ne faut pas, ou bien sans foi, avec légèreté, ou ce qui ne vous était pas utile, ou sans persévérance. » En effet, on ne peut mériter en justice la vie éternelle pour autrui, comme nous l'avons dit précédemment'. C'est pourquoi, par voie de conséquence, on ne le peut pas non plus pour ce qui se rapporte à la vie éternelle. C'est pourquoi on n'est pas toujours exaucé lorsque l'on prie pour un autre, comme nous l'avons dit plus haut.

Il y a donc quatre conditions dont la réunion fait qu'on obtient toujours ce qu'on demande. Il faut demander pour soi, ce qui est nécessaire au salut, avec piété et avec persévérance.



Objections :
1. Il semble que les pécheurs n'obtiennent rien de Dieu par la prière, car il est dit en S. Jean (9, 31) : « Nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs. » Et cela s'accorde avec le livre des Proverbes (28, 9) : « Celui qui, pour ne pas entendre la loi, se bouche les oreilles, sa prière est maudite. » Donc, la prière des pécheurs n'obtient rien de Dieu.

2. Les justes obtiennent de Dieu ce qu'ils méritent, nous venons de le voir. Mais les pécheurs ne peuvent rien mériter, car ils n'ont pas la grâce, ni davantage la charité qui est « la vertu de la piété », dit la Glose sur le texte de S. Paul (2 Tm 3, 5) : « Ils ont les dehors de la piété, mais ils rejettent la vertu qui la donne. » Ils ne prient donc pas avec piété, ce qui est nécessaire pour obtenir ce qu'on demande, nous l'avons dit. Ils n'obtiennent donc rien par la prière.

3. « Le Père n'exauce pas volontiers la prière que le Fils n'a pas dictée », dit Chrysostome. Or, dans la prière enseignée par le Christ, il est dit : « Remets-nous nos dettes comme nous les remettons nous-mêmes à nos débiteurs », ce que ne font pas les pécheurs. Donc, ou bien ils mentent en parlant ainsi, et se rendent indignes d'être exaucés; ou bien, s'ils ne le disent pas, ils ne sont pas exaucés puisqu'ils ne suivent pas le modèle de prière donné par le Christ.

Cependant, S. Augustin nous dit : « Si Dieu n'exauçait pas les pécheurs, c'est en vain que le publicain aurait demandé : "Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis." » Et S. Jean Chrysostome : « Quiconque demande reçoit, qu'il soit juste ou pécheur. »

Conclusion :
Deux choses sont à considérer chez le pécheur : la nature, que Dieu aime, et le péché, qu'il déteste. Si dans sa prière c'est le pécheur comme tel qui demande, c'est-à-dire en suivant son désir du péché, Dieu ne l'écoute pas, par miséricorde. Mais parfois aussi il est exaucé pour son châtiment, lorsque Dieu permet qu'il se précipite encore davantage dans le péché. « Il y a des choses que Dieu refuse par bonté, et qu'il accorde par colère », dit S. Augustin. Mais quand le pécheur prie sous l'inspiration d'un bon désir de la nature, Dieu l'exauce, non par justice car le pécheur ne le mérite pas, mais par pure miséricorde; pourvu toutefois que soient sauvées les quatre conditions énumérées plus haut : demander Pour soi-même, les biens nécessaires au salut, avec piété et avec persévérance.

Solutions :
1. Cette parole, explique S. Augustin, fut prononcée par l'aveugle avant l'onction, c'est-à-dire alors qu'il était imparfaitement éclairé. Elle n'a donc pas valeur définitive. On pourrait toutefois l'accepter comme vraie si on l'entendait du pécheur comme pécheur. C'est aussi en ce sens que la prière du pécheur est qualifiée de maudite.

2. Le pécheur ne peut prier avec piété, si on l'entend de l'habitus vertueux qui doit informer sa prière. Mais sa prière peut être pieuse par son objet conforme à la piété, de même que, sans avoir l'habitus de justice, on peut vouloir quelque chose de juste, nous l'avons montré. Cette prière n'est pas méritoire, mais elle peut fort bien être exaucée, car le mérite est fondé en justice, mais l'impétration est fondée sur la grâce de Dieu.

3. Comme nous l'avons dit l'oraison dominicale est prononcée en la personne de l’Église entière. Aussi, celui qui la prononce en refusant de remettre les dettes à son prochain, ne ment pas, car s'il ne dit pas la vérité quant à sa personne, ce qu'il dit est vrai en la personne de l'Église. Mais il est hors de celle-ci par son fait, et cela rend sa prière infructueuse. Il arrive cependant que des pécheurs soient prêts à remettre à leurs débiteurs, et leurs prières sont alors exaucées, conformément à ces paroles de l'Ecclésiastique (28, 2) : « Pardonne au prochain qui t'a nui, et tes péchés seront remis à ta prière. »

IIa IIae Question 17 

ARTICLE 3 ─ Peut-on espérer la béatitude d'un autre par la vertu d'espérance ?

Objections :
1. Il le semble, car l'Apôtre écrit aux Philippiens (1, 6) : " J'en suis bien sûr, celui qui a commencé en vous cette oeuvre excellente la portera à sa perfection jusqu'au jour du Christ Jésus. " Mais la perfection de ce jour sera la béatitude éternelle. On peut donc espérer pour autrui la béatitude éternelle.

2. Les biens que nous demandons à Dieu, nous espérons les obtenir de lui. Or nous demandons à Dieu qu'il conduise les autres à la vie éternelle, selon S. Jacques (5, 16) : "Priez les uns pour les autres afin que vous soyez sauvés." Nous pouvons donc espérer pour les autres la béatitude éternelle.

3. L'espoir et le désespoir ont le même objet. Or on peut désespérer de la béatitude éternelle d'autrui. Autrement S. Augustin dirait en vain : "On ne doit désespérer d'aucun homme, tant qu'il est vivant." Donc on peut aussi espérer pour autrui la vie éternelle.

Cependant, S. Augustin dit " Il n'y a d'espérance que pour les réalités dépendant de Dieu, lequel est considéré comme prenant en charge ceux qui ont l'espérance. "

Conclusion :
On peut espérer quelque chose de deux façons. D'une part de façon absolue, et alors il ne peut s'agir que d'un bien difficile se rapportant à celui qui espère. D'autre part, en présupposant autre chose, et alors l'espérance peut viser des biens se rapportant à autrui.

Pour en être persuadé, il faut savoir que l'amour et l'espérance diffèrent en ce que l'amour implique une certaine union de l'aimant à l'aimé, tandis que l'espérance implique un mouvement ou une tendance de l'appétit vers un bien difficile. Or, l'union suppose des réalités distinctes, et c'est pourquoi l'amour peut directement concerner un autre qu'on unit à soi par l'amour, en considérant cet autre comme soi-même. Mais un mouvement vise toujours un terme propre proportionné au mobile; et c'est pourquoi l'espérance regarde directement le bien propre du sujet, et non celui qui concerne autrui.

Mais si l'on présuppose une union d'amour avec autrui, alors on peut désirer et espérer un bien pour autrui comme pour soi-même. En ce sens, on peut espérer pour autrui la béatitude éternelle, en tant qu'on lui est uni par l'amour. Et de même que c'est l'unique vertu de charité qui nous fait aimer Dieu, nous-mêmes et le prochain, de même aussi c'est par une seule vertu d'espérance qu'on espère pour soi-même et pour autrui.

Solutions :
Cela donne la réponse aux Objections.

samedi 17 janvier 2015

Les étrennes de Notre-Seigneur



Sainte Gertrude chapitre V, livre IV (extrait)

(...) Ensuite elle dit au Seigneur: « O très doux Ami, daignez, comme un amoureux époux, souhaiter la bonne année à cette communauté qui vous est si chère. » Le Seigneur répondit : « Renovamini spirite mentis vestræ : Renouvelez-vous dans l'esprit de votre âme. » (Ephes. iv, 23.). Elle reprit : « Que votre tendresse n'oublie pas, ô Père très miséricordieux, en ce jour, de votre très sainte Circoncision, de retrancher tous nos défauts. » Le Seigneur répondit encore : « Que l'observance de votre Règle vous serve de circoncision. » Elle dit alors : « O très aimé Seigneur, pourquoi répondez-vous avec une sorte de sévérité, comme si vous ne vouliez pas pour cela nous offrir le secours de votre grâce et que nous fussions réduites à nos propres forces, quand cependant, selon votre parole, nous ne pouvons rien faire sans vous ? » Le Seigneur, profondément touché par la douceur de ces paroles, fit reposer l'âme sur son sein, et la caressant avec tendresse : « Je veux si bien, dit-il, vous accorder mon secours que si quelqu'un, pour ma gloire et mon amour, s'applique en ce premier jour de l'année à repasser avec componction tous ses manquements à la Règle, et se propose de les éviter à l'avenir, je veux être pour lui comme un bon maître qui prend sur ses genoux son petit élève, lui apprend les lettres en les montrant du doigt, corrige ses fautes et répare ses omissions. De même je corrigerai miséricordieusement les défauts de celui-là, et ma bonté paternelle suppléera à ses négligences. Si, en enfant distrait, il a commis quelque oubli, je le remarquerai à sa place et je le réparerai. » Le Seigneur ajouta : « Celui qui détournera sa volonté de tout mal pour ne chercher que mon bon plaisir, recevra de mon Cœur divin la lumière de la connaissance, et je dirigerai ses doigts pour qu'il me prépare les étrennes les plus conformes à ma gloire et à ma dignité et les plus utiles à son salut. Ainsi chaque année l'âme pourra, comme une épouse fidèle, m'offrir ce présent, c'est-à-dire m'offrir les arrhes de l'union, à moi qui suis son Époux brillant de beauté. »

Ensuite elle se mit en prière pour une personne qui désirait ardemment obtenir de Dieu, par sa recommandation et comme étrenne, une fidélité parfaite dans l'adversité comme dans la prospérité. Le Seigneur répondit avec bonté : « Puisqu'elle a la volonté de m'adresser cette demande, c'est moi qui reçois d'elle des étrennes de prix. Mais comme il est convenable de lui rendre un présent afin d'exaucer sa prière, je désire lui offrir des étrennes qui nous soient communes, c'est-à-dire profitables pour elle et agréables pour moi : je trouverai dans ma part une gloire nouvelle, tandis qu'elle pourra travailler, avec le secours de ma grâce, à embellir la sienne d'heure en heure. Quand une mère enseigne sa fille, elle la laisse exécuter elle-même le travail, mais elle la dirige par son expérience ; de même mon éternelle sagesse préparera les étrennes avec l'aide de cette personne. »

Elle comprit aussi que les perles et les pierreries qui devaient orner ces étrennes étaient l'amour et les saints désirs, les pensées qui avaient Dieu pour objet et procédaient de la crainte ou de l'amour, de l'espérance, de la joie, etc., car loin de négliger une seule pensée, Dieu les fait toutes servir au salut éternel. 

Alors elle pria pour plusieurs personnes, et spécialement pour l'une d'elles à qui elle avait jadis involontairement donné une occasion de trouble. Le Seigneur lui répondit : « Par ce trouble j'ai dilaté son âme et préparé sa main afin qu'elle soit en état de recevoir mes dons avec plus d'abondance et d'une manière plus digne. » Elle répondit : « Hélas ! Seigneur, pour purifier cette personne que vous aimez, j'ai été, moi misérable, comme un fléau dans votre main ! -- Pourquoi, dis-tu : hélas ! reprit le Seigneur, puisque celui lui purifie mes élus sans avoir l'intention de leur nuire et en compatissant au contraire à leur souffrance, est entre mes mains comme un fléau léger, dont le mérite s'accroît tandis qu'il sert à purifier les autres ? »

vendredi 16 janvier 2015

Mgr Lefebvre a-t-il signé tous les documents du concile Vatican II ? Qu'a-t-il dit exactement au sujet des rapports avec Rome ?




Des lecteurs nous ont plusieurs fois écrit en disant que Mgr Lefebvre avait signé tous les documents du concile Vatican II et il y a eu déjà des polémiques à ce sujet dans le monde de la Tradition. La vérité est que Mgr Lefebvre a refusé de signer Dignitatis humanae et Gaudium et spes. Les signatures de lui qu'on a produites pour ces documents étaient uniquement des signatures d'émargement, pour justifier de sa participation aux séances du concile.

Nous reproduisons ici l'interview intégrale de Mgr Lefebvre donnée dans le Fideliter 79 de janvier-février 1991, où il donne cette explication. Nous allons devoir bientôt étudier cette interview de façon approfondie, pour d'autres raisons. Il s'agit de la fameuse interview dans laquelle il dit qu'il est allé trop loin dans ses rapports avec Rome.


A l'occasion du vingtième anniversaire de la fondation de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, Monseigneur Lefebvre a bien voulu répondre aux questions que nous lui avons posées. « Ce n'est plus seulement une question de liturgie, aussi importante soit-elle, qui nous sépare de Rome, mais une question de Foi ». On retiendra aussi comment le prélat ruine les calomnies qui ont été formulées contre lui à propos des documents conciliaires sur la liberté religieuse et « L'Eglise dans le monde de ce temps ».

FIDELITER - Depuis les sacres il n'y a plus de contacts avec Rome ; cependant comme vous l'avez raconté, le cardinal Oddi vous a téléphoné vous disant : « II faut que les choses s'arrangent. Demandez un petit pardon au Pape et il est prêt à vous accueillir ». Alors pourquoi ne pas tenter cette ultime démarche et pourquoi vous paraît-elle impossible ?
Monseigneur Lefebvre - C'est absolument impossible dans le climat actuel de Rome qui devient de plus en plus mauvais. Il ne faut pas se faire d'illusions. Les principes qui dirigent maintenant l'Eglise conciliaire sont de plus en plus ouvertement contraires à la doctrine catholique.
Devant la Commission des droits de l'homme des Nations Unies, le cardinal Casaroli a récemment déclaré : « Je désire m'attarder quelque peu sur un aspect spécifique de la liberté fondamentale de pensée et d'agir selon sa conscience, donc la liberté de religion... L'Eglise catholique et son Pasteur suprême, qui a fait des droits de l'homme l'un des grands thèmes de sa prédication, n'ont pas manqué de rappeler que, dans un monde fait par l'homme et pour l'homme, toute l'organisation de la société n'a de sens que dans la mesure où elle fait de la dimension humaine une préoccupation centrale ». Entendre cela dans la bouche d'un cardinal ! De Dieu il n'en parle pas !
De son côté le cardinal Ratzinger, en présentant un document fleuve sur les relations entre le Magistère et les théologiens, affirme dit-il « pour la première fois avec clarté » que « des décisions du Magistère ne peuvent être le dernier mot sur la matière en tant que telle » mais « une espèce de disposition provisoire... Le noyau reste stable mais les aspects particuliers sur lesquels ont une influence les circonstances du temps peuvent avoir besoin de rectifications ultérieures. A cet égard on peut signaler les déclarations des papes du siècle dernier. Les décisions antimodernistes ont rendu un grand service mais elles sont maintenant dépassées ». Et voila, la page du modernisme est tournée ! Ces réflexions sont absolument insensées.
Enfin le Pape est plus œcuméniste que jamais. Toutes les idées fausses du Concile continuent de se développer, d'être réaffirmées avec toujours davantage de clarté. Ils se cachent de moins en moins. Il est donc absolument inconcevable que l’on puisse accepter de collaborer avec une hiérarchie semblable.

FIDELITER – Pensez-vous que la situation se soit encore dégradée depuis que vous aviez – avant les sacres – engagé des conversations qui avaient abouti à la rédaction du protocole du 5 mai 1988 ?
Monseigneur – Oh oui ! Par exemple le fait de la profession de foi qui est maintenant réclamée par le cardinal Ratzinger depuis le début de l’année 1989. C’est un fait très grave. Car il demande à tous ceux qui les ont ralliés ou qui pourraient le faire de faire une profession de foi dans les documents du Concile et dans les réformes post-conciliaires. Pour nous c'est impossible.
Il faudra encore attendre avant d'envisager une perspective d'accord. Pour ma part je crois que seul le Bon Dieu peut intervenir, car humainement on ne voit pas de possibilités pour Rome de redresser le courant.
Pendant quinze ans on a dialogué pour essayer de remettre la Tradition en honneur, à la place qui lui est due dans l'Eglise. Nous nous sommes heurtés à un refus continuel. Ce que Rome accorde a présent en faveur de la tradition, n'est qu'un geste purement politique, diplomatique pour forcer les ralliements. Mais ce n'est pas une conviction dans les bienfaits de la tradition.

FIDELITER - Quand on voit que Dom Gérard et la Fraternité Saint-Pierre ont obtenu de conserver la liturgie et le catéchisme, sans - disent-ils - n'avoir rien concédé, certains qui sont troublés de se trouver en situation difficile avec Rome, peuvent être tentés à la longue de se rallier a leur tour  par lassitude. « Ils arrivent bien, disent-ils, à s'entendre avec Rome sans n'avoir rien lâché ».
Monseigneur - Quand ils disent qu'ils n'ont rien lâché, c'est faux. Ils ont lâché la possibilité de contrer Rome. Ils ne peuvent plus rien dire. Ils doivent se taire étant données les faveurs qui leur ont été accordées. Il leur est maintenant impossible de dénoncer les erreurs de l'Eglise conciliaire. Tout doucement ils adhèrent, ne serait-ce que par la profession de foi qui est demandée par le cardinal Ratzinger. Je crois que Dom Gérard est en passe de faire paraître un petit livre rédigé par l'un de ses moines, sur la liberté religieuse et qui va essayer de la justifier.
Du point de vue des idées. Ils virent tout doucement et finissent par admettre les idées fausses du Concile, parce que Rome leur a accordé quelques faveurs pour la Tradition. C'est une situation très dangereuse.
Au cours de l'audience qu'il a accordée à Dom Gérard et à une délégation des moines du Barroux, le Pape a exprimé le désir de les voir évoluer toujours davantage. Il ne s'en est pas caché. Il faut qu'ils se soumettent encore plus à l'archevêque et qu'ils prennent garde de ne pas faire en sorte que les réformes conciliaires soient sous-estimées parce qu'on leur a accordé des exceptions à la règle liturgique du Conçue. Il faudrait aussi qu'ils fassent un effort pour ramener tous ceux qui ne sont pas encore dans l'obéissance au Saint-Père.
Ce sont des invitations pressantes qui leur sont faites et c'est bien là le but des privilèges qui leur ont été accordés.
C'est pourquoi Dom Gérard a écrit à la Mère Anne-Marie Simoulin, au Père Innocent-Marie, aux Capucins de Morgon et à d'autres personnes pour essayer même de me toucher. A son retour de Rome il a lancé cette offensive pour tenter de convaincre tous ceux qui ne le suivent pas d'emprunter son sillage et de se rallier à Rome.
Tout ce qui leur a été accordé, ne leur a été consenti que dans le but de faire en sorte que tous ceux qui adhèrent ou sont liés à la Fraternité s'en détachent et se soumettent à Rome.

FIDELITER - Dom Gérard reprend ainsi le rôle qui avait été dévolu à Mgr Perl.
Monseigneur - J'ai eu l'occasion de voir au moins trois lettres que Mgr Perl a envoyées en réponse à des personnes qui lui avaient écrit. C'est toujours la même chose. Il faut absolument faire un effort auprès de ceux qui n'ont pas compris la nécessité de se rallier au Pape et au Concile. C'est dommage, écrit-il, de constater qu'il n'y a pas eu plus de ralliements.

FIDELITER - Vous avez dit en désignant Dom Gérard et les autres : « Ils nous trahissent. Ils donnent maintenant la main à ceux qui démolissent l'Eglise, aux libéraux, aux modernistes ». N'est-ce pas un peu sévère ?
Monseigneur - Mais non. Ils ont fait appel à moi pendant quinze ans. Ce n'est pas moi qui suis allé les chercher. Ce sont eux-mêmes qui sont venus vers moi pour me demander des appuis, de faire des ordinations, l’amitié de nos prêtres en même temps que l'ouverture de tous nos prieurés pour les aider financièrement. Ils se sont tous servis de nous tant qu’ils ont pu. On l'a fait de bon cœur et même généreusement. J'ai été heureux de faire ces ordinations, d'ouvrir nos maisons pour qu'ils puissent profiter de la générosité de nos bienfaiteurs... Et puis, tout à coup, on me téléphone . on n’a plus besoin de vous, c'est terminé. Nous irons chez l'archevêque d Avignon. On est maintenant d'accord avec Rome. Nous avons signé un protocole.
Ce n'est pas de gaieté de cœur que nous avons eu des difficultés avec Rome Ce n'est pas par plaisir que nous avons dû nous battre. Nous l'avons fait pour des principes, pour garder la foi catholique. Et ils étaient d accord avec nous. Ils collaboraient avec nous. Et puis tout à coup on abandonne le vrai combat pour s'allier aux démolisseurs sous prétexte qu'on leur accorde quelques privilèges. C'est inadmissible.
Ils ont pratiquement abandonné le combat de la foi. Ils ne peuvent plus attaquer Rome.
C'est ce qu'a fait aussi le Père de Blignières. Il a changé complètement. Lui qui avait écrit tout un volume pour condamner la liberté religieuse, il écrit maintenant en faveur de la liberté religieuse. Ce n'est pas sérieux. On ne peut plus compter sur des hommes comme ceux-là, qui n’ont rien compris à la question doctrinale.
J'estime en tout cas qu'ils commettent une grave erreur. Ils ont péché gravement en agissant comme ils l'ont fait, sciemment avec une désinvolture invraisemblable.
J'ai entendu dire que des moines auraient l'intention de quitter le Barroux disant qu'ils ne peuvent plus vivre dans une atmosphère de mensonge. Je me demande comment ils ont pu rester jusqu'à présent dans cette atmosphère.
De même ceux qui sont chez Dom Augustin. Ils étaient encore plus traditionalistes que nous et à présent ils ont complètement versé de l'autre côté. Pour tous les jeunes qui sont là, c'est affreux de penser à un tel renversement. Ils sont entrés au monastère pour être vraiment dans la Tradition. C'était la Tradition la plus sûre, la plus ferme, plus encore que la Fraternité. Ils pensaient être garantis pour toujours. Et puis ils retournent complètement leur veste... et ils restent. C'est inexplicable.

FIDELITER - Le Père de Blignières, l'Abbé de Nantes et Dom Gérard vous ont pratiquement accusé de mensonge quand vous avez assuré ne pas avoir signé deux documents du Concile Dignitatis humanae sur la liberté religieuse et Gaudium et Spes. La revue Sedes sapientiae a reproduit un document tiré des archives du Vatican où figure votre nom écrit de votre main. Qu'en est-il exactement et quel est ce document ?
Monseigneur - Cette idée de l'interprétation des signatures signifiant une approbation des documents conciliaires a germé dans le  cerveau mal intentionné du Père de Blignières.
Les approbations ou refus des documents étaient évidemment accomplis pour chaque document en particulier. Le vote était secret, accompli sur des fiches individuelles, et fait avec un crayon spécial qui permettait le calcul électronique des votes. Les fiches étaient ramassées par les secrétaires, de la main de chaque votant.
Les grandes feuilles qui circulaient de main en main parmi les Pères du Concile et où chacun apposait sa signature n'avaient aucun sens de vote pour ou contre, mais signifiaient notre présence à cette séance de votes pour quatre documents.
Il faudrait vraiment prendre les Pères qui ont voté contre les textes pour des girouettes, en faisant croire qu'ils auraient approuvé ce qu'ils ont refusé une demi-heure avant.
On voit ce que l'on peut attendre de l'imagination de ceux qui sont des girouettes et qui adorent ce qu'ils avaient brûlé auparavant, comme le Père de Blignières, Dom Gérard et la girouette par excellence qu'est l'Abbé de Nantes.

FIDELITER - Certains parmi les fidèles sont tentés de garder de bonnes relations avec ceux qui se sont ralliés, voire d'assister à la messe ou aux cérémonies qu'ils célèbrent, pensez-vous qu'il y a là un danger ?
Monseigneur - J'ai toujours mis en garde les fidèles par exemple vis-à-vis des sédévacantistes. Ils disent aussi : la messe est bien, nous y allons.
Oui, il y a la messe. Elle est bien, mais il y a aussi le sermon ; il y a l'ambiance, les conversations, les contacts avant et après, qui font que tout doucement on change d'idées. C'est donc un danger et c'est pourquoi d'une manière générale j'estime que cela fait un tout. On ne va pas seulement à la messe, on fréquente un milieu.
Il y a évidemment des gens qui sont attirés par les belles cérémonies qui vont aussi à Fontgombault, où l'on a repris la messe ancienne. Ils se trouvent dans un climat d'ambiguïté qui à mon sens est dangereux. Dès lors que l'on se trouve dans cette ambiance, soumis au Vatican, soumis en définitive au Concile, on finit par devenir œcuméniste.

FIDELITER - Le Pape est très populaire. Il mobilise les foules, il veut rassembler tous les chrétiens dans l'œcuménisme, dont il a dit qu'il faisait  la pierre angulaire de son pontificat. A première vue cela peut paraître une noble pensée de vouloir effectivement rassembler tous les chrétiens.
Monseigneur - Le Pape veut faire l'unité en dehors de la foi. C'est une communion. Une communion à qui ? A quoi ? En quoi ? Ce n'est plus une unité. Celle-ci ne peut se faire que dans l'unité de la foi. C'est ce que l'Eglise a toujours enseigné. C'est pourquoi il y avait les missionnaires, pour convertir à la foi catholique. Maintenant il ne faut plus convertir. L'Eglise n'est plus une société hiérarchique, c'est une communion. Tout est faussé. C'est la destruction de la notion de l'Eglise, du catholicisme. C'est très grave et cela explique que nombreux soient les catholiques qui abandonnent la foi.
Quand on ajoute à cela tous les propos scandaleux qui ont été tenus à l'occasion du synode sur le sacerdoce, les déclarations comme celles des cardinaux Decourtray et Danneels, on se demande comment il peut encore y avoir des catholiques.
Après Assise et après de semblables déclarations, on comprend qu'il y ait beaucoup de gens qui s'en aillent chez les Mormons, chez les Témoins de Jéhovah ou ailleurs. Ils perdent la foi, c'est normal.

FIDELITER - A propos du synode, le cardinal Lorscheider, annonçant que deux Brésiliens mariés avaient été ordonnés prêtres, a demandé que soit étudiée la possibilité d'ordonner des hommes mariés « de vie éprouvée ».
Monseigneur - Tout cela est dirigé contre le célibat des prêtres. Le synode qui va se tenir en Afrique sera probablement une étape vers l'abolition du célibat des prêtres, si toutefois le Bon Dieu n'intervient pas avant.

FIDELITER - On cite en exemple le développement du catholicisme et l'accroissement considérable du nombre des vocations dans les pays d'Afrique, notamment au Zaïre, où l'on compte plusieurs centaines de séminaristes.
Monseigneur - Mais il faut voir comment ils sont formés. Dans ces pays du Tiers-monde il y a beaucoup d'enfants et c'est une promotion sociale que d'être prêtre. Ce n'est malheureusement pas un réel progrès du catholicisme.
Je ne dis pas que tout soit négatif. Mais ce sont tous des séminaristes conciliaires, avec la nouvelle messe, l'introduction du tam-tam, l'inculturation dans la liturgie. Quelle religion vont-ils avoir ? Ce ne sera plus la religion catholique, mais une espèce de syncrétisme religieux avec des manifestations purement extérieures. C'est grave, parce que c'est la démolition de tout le travail accompli par les missionnaires.

FIDELITER - Plus qu'une question de liturgie, dites-vous souvent, c'est maintenant une question de foi qui nous oppose à la Rome actuelle.
Monseigneur - Certainement la question de la liturgie et des sacrements est très importante, mais ce n'est pas la plus importante. La plus importante c'est celle de la foi. Pour nous elle est résolue. Nous avons la foi de toujours, celle du concile de Trente, du catéchisme de saint Pie X, de tous les conciles et de tous les papes d'avant Vatican II.
Pendant des années ils se sont efforcés à Rome de montrer que tout ce qui était dans le Concile était parfaitement conforme à la Tradition. A présent ils se découvrent. Le cardinal Ratzinger ne s'était jamais prononcé avec autant de clarté. Il n'y a pas de Tradition. Il n'y a plus de dépôt à transmettre. La tradition dans l'Eglise, c'est ce que dit le Pape aujourd'hui. Vous devez vous soumettre à ce que le Pape et les évêques disent aujourd'hui. Pour eux voilà la tradition, la fameuse tradition vivante, seul motif de notre condamnation.
Ils ne cherchent plus maintenant à prouver que ce qu'ils disent est conforme à ce qu'a écrit Pie IX, à ce qu'a promulgué le concile de Trente. Non tout cela est fini, c'est dépassé, comme dit le cardinal Ratzinger. C'est clair et ils auraient pu le dire plus tôt. Ce n'était pas la peine de nous faire parler, de discuter. C'est maintenant la tyrannie de l'autorité, parce qu'il n'y a plus de règle. On ne peut plus se référer au passé.
Dans un sens les choses deviennent aujourd'hui plus claires. Elles nous donnent toujours davantage raison. Nous avons affaire à des gens qui ont une autre philosophie que la nôtre, une autre manière de voir, qui sont influencés par tous les philosophes modernes et subjectivistes. Pour eux il n'y a pas de vérité fixe, il n'y a pas de dogme. Tout est en évolution. C'est là une conception tout à fait maçonnique. C'est vraiment la destruction de la foi. Heureusement, nous, nous continuons de nous appuyer sur la Tradition !

FIDELITER - Oui, mais vous êtes seul contre tous.
Monseigneur - Oui, c'est un grand mystère.

FIDELITER - Dans le dernier bulletin « INTROIBO », le Père André note que bien qu'ils disent la nouvelle messe, une dizaine d'évêques fournissent un espoir. Ils sont qualifiés « d'évêques traditionnels » par le « Trombinoscope épiscopal ».
Monseigneur - Oui, mais ils sont tous conciliaires. Il n'y a que Mgr de Castro Mayer et moi qui ayons résisté au Concile et à ses applications, alors que pendant le Concile nous étions 250 à être opposés à ses erreurs.
On me faisait relire récemment la prophétie de Notre-Dame-de-Quito, où au début du XVIIe siècle, la Très Sainte Vierge Marie a révélé à une sainte religieuse la dissolution des mœurs et la crise affreuse qui atteint aujourd'hui l'Eglise et son clergé, annonçant aussi qu'un prélat se consacrerait à la restauration du sacerdoce.
La Très Sainte Vierge a annoncé cela pour le XXe siècle. C'est un fait. Le Bon Dieu a prévu ce moment dans l'Eglise.

FIDELITER - Vous avez souligné que vous aviez acquis la conviction que l'œuvre que vous avez entreprise est bénie du Bon Dieu, car en plusieurs occasions, elle aurait pu disparaître.
Monseigneur - Oui, c'est vrai. Nous avons toujours subi des attaques, très dures, très pénibles. Souvent des gens qui ont travaillé avec nous, qui ont été nos amis se sont retournés contre nous et sont devenus vraiment des ennemis. C'est très douloureux, mais il n'y a rien à faire. On s'aperçoit au bout de quelque temps que ceux qui nous en veulent et qui essayent de nous détruire, sombrent et que nous, nous continuons, il faut croire tout de même que la ligne de foi et la Tradition telle que nous l'avons adoptée, telle que nous la suivons est impérissable, parce que c'est l'Eglise et que Dieu ne peut pas laisser périr son Eglise.

FIDELITER - Qu'est-ce que vous pouvez dire à ceux. d'entre les fidèles qui espèrent toujours en la possibilité d'un arrangement avec Rome ?
Monseigneur - Nos vrais fidèles, ceux qui ont compris le problème et qui nous ont justement aidés à poursuivre la ligne droite et ferme de la Tradition et de la foi, craignaient les démarches que j'ai faites à Rome. Ils m'ont dit que c'était dangereux et que je perdais mon temps. Oui, bien sûr, j'ai espéré jusqu'à la dernière minute qu'à Rome on témoignerait d'un petit peu de loyauté. On ne peut pas me reprocher de ne pas avoir fait le maximum. Aussi maintenant, à ceux qui viennent me dire : il faut vous entendre avec Rome, je crois pouvoir dire que je suis allé plus loin même que je n'aurais dû aller.

FIDELITER - Vous répondez : vous n'avez pas à craindre, parce que nous sommes avec la Tradition, avec les conciles d'avant Vatican II, avec tout ce que les papes qui l'ont précédé ont déclaré...
Monseigneur - Oui, c'est évident, si nous inventions quelque chose on pourrait craindre que notre invention ne subsiste pas. Mais nous ne faisons rien de nouveau.
Il y a peu de temps je voyais un évêque, un de mes amis avec lequel nous avons travaillé pendant le Concile et qui était tout à fait d'accord avec moi à ce moment là. Et il me disait : « C'est malheureux que vous soyez en difficulté avec Rome ».
Comment, lui ai-je répondu, vous qui avez lutté au Concile pour les mêmes motifs que moi, pouvez-vous maintenant vous étonner ? Nous avons fait des réunions continuelles ensemble et avec d'autres pour essayer de maintenir la ligne de la Tradition dans le Concile. Et a présent vous avez abandonné tout cela. Est-ce que ce que nous faisions était répréhensible ?
Voyez les résultats du Concile. Est-ce que vous pouvez m'en donner qui soient bons, qui soient positifs. Où et dans quel domaine le Concile et les réformes qu'il a engendrées, ont-ils apporté un renouveau extraordinaire dans l'Eglise ?
Il n'a pas pu répondre. Il n'y a rien. Tout est négatif.

FIDELITER - Et le charismatisme ?
Monseigneur - C'est encore négatif. C'est le diable, puisque des charismatiques viennent nous demander de les exorciser. Il faut croire qu’ils sont possédés par le diable.
Ils appellent l'Esprit. Quel esprit ? Qu'il y en ait parmi eux qui soient de bonne volonté, sans doute, qui s'efforcent de prier, de faire des adorations sans doute, mais le démon est malin. Il attire d'un côté, de l’autre il récupère.
Nous n'avons pas fini de lutter. Moi disparu, mes successeurs auront encore à combattre.
Mais le Bon Dieu peut tout. Au plan politique il aurait été difficile de prévoir il y a un ou deux ans ce qui se passe actuellement. On n imaginait pas que le rideau de fer serait levé, que l'Allemagne se réunifierait. Maintenant on dit que l'éclatement de l'empire soviétique est proche.
J'ai reçu une lettre d'un évêque ukrainien qui voulait prendre contact avec nous, pour qu'on l'aide à éditer un catéchisme, parce qu’ils n ont plus rien. Il a fait plus de quinze ans de prison soviétique avec d’autres. Un certain nombre d'entre eux sont maintenant libérés.
Il a retrouvé son diocèse dans un état épouvantable, parce que tout appartient désormais à l'Eglise orthodoxe. Ils ont tout pris. Alors, ils essayent de récupérer ce qu'ils peuvent, mais ils ont contre eux le Vatican, qui est empoisonné par cette affaire. Le retour de ces évêques et de ces prêtres qui veulent faire revivre l'Eglise catholique en Ukraine gêne le Vatican, qui ne veut surtout pas avoir d'histoires avec le Kremlin et avec les orthodoxes. Ce renouveau catholique en Ukraine les gêne. C'est ce que m'écrit cet évêque : « II y a vraiment un mystère qui plane pour nous en ce qui concerne l'attitude de Rome. »
Pour nous ce n'est pas un mystère!

FIDELITER - Quel bilan peut-on dresser de la Fraternité après vingt ans d'existence ?
Monseigneur - Le Bon Dieu a voulu la Tradition. Je suis intimement convaincu que la Fraternité représente le moyen que le Bon Dieu a voulu pour garder et maintenir la foi, la vérité de l'Eglise et ce qui peut être encore sauvé dans l'Eglise. Grâce aussi aux évêques qui entourent le Supérieur général de la Fraternité, qui remplissent leur rôle indispensable de mainteneurs de la foi, de prédicateurs de la foi, et qui communiquent les grâces du sacerdoce et de la confirmation, la Tradition demeure inchangée et toujours source féconde de la vie divine.
Tout cela est vraiment très consolant et je pense que nous devons remercier le Bon Dieu et continuer à garder fidèlement les trésors de l'Eglise, en espérant qu'un jour ces trésors reprendront la place qui leur est due à Rome et qu'ils n'auraient jamais dû perdre.

Propos recueillis par André CAGNON
Source : Fideliter n° 79 de janvier-février 1991

mercredi 14 janvier 2015

Saint Hilaire de Poitiers et la défense de la vérité


Voici les premiers mots du De Trinitate III de Saint Hilaire de Poitiers. Nous y trouvons de précieux conseils méthodologiques dans le combat pour la vraie doctrine, une analyse très fine de la tournure d'esprit de celui qui s'éloigne de la vérité et des conseils sur l'état d'esprit à avoir quand nous sommes persécutés à cause de la vérité. Ce passage de Saint Hilaire donne des outils de discernement et encourage au combat. 
Nous faisons suivre cet extrait de son traité par des textes de la Messe in medio ecclesiae, dite pour la fête du saint, car nous y trouvons également des conseils précieux.


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1. Pour découvrir la vérité, il importe de faire preuve d'objectivité

Cela ne fait aucun doute, toute expression propre au langage humain est toujours susceptible de susciter la contradiction : lorsque des volontés ont une orientation différente, les manières de penser s'opposent elles aussi ; c'est pourquoi celui qui lutte contre les tendances que manifestent les jugements de ses adversaires, se doit de les réfuter en reprenant les affirmations qui l'ont heurté.
Car, bien que toute parole soit parfaite lorsqu'elle rend compte du vrai, cependant une phrase qui traduit la vérité risque encore de prêter flanc aux critiques, parce qu'elle n'a pas pour les autres la même tonalité que pour nous, ou parce qu'on est plus ou moins bien disposé à la recevoir : à une vérité mal comprise ou qui choque, s'oppose l'égarement d'une volonté, ou stupide ou vicieuse.
Car tout entêtement dans des désirs qui sont devenus nôtres, est un excès ; et la passion de la controverse se fige dans un élan aveugle, quand la volonté n'est plus soumise à la raison et ne prend pas soin d'étudier la doctrine, mais quand, au contraire, nous recherchons obstinément une bonne raison à l'appui de nos désirs, ou adaptons à nos manières de voir l'enseignement qui nous est donné. S'il en est ainsi, le système que nous construirons sera un assemblage de mots, plutôt qu'une science rendant compte de l'essence des choses ; il sera fondé non sur le vrai, mais sur ce qui nous plaira : la volonté l'utilisera à son profit pour justifier ses fantaisies, au lieu de le pousser par son impulsion, vers la perception d'une vérité conforme à la raison. Voilà donc comment toutes les objections que nous opposent nos adversaires, émergent de volontés vicieuses qui cherchent à faire aboutir leur point de vue, et un combat acharné s'engage entre l'affirmation du vrai, et la défense de ce qui plaît : la vérité tient bon, et la volonté dévoyée résiste ! Au reste, si celle-ci ne précédait pas la raison, mais si, par une saine conscience de ce qu'est le vrai, elle était poussée à vouloir ce qui est vrai, jamais elle ne chercherait une doctrine conforme à sa passion : la considération de la doctrine serait le mobile qui mettrait en branle la volonté toute entière. Aucune parole ne contredirait la vérité, puisque chacun se garderait de défendre comme vrai ce qui lui plairait, mais commencerait d'abord par vouloir ce qui est vrai.

2. Tel n'est pas le cas des hérétiques

L'Apôtre connaissait bien ces volontés dévoyées ; il écrit à Timothée et lui dit, entre autres conseils lui permettant de témoigner de sa foi et d'annoncer la parole : « Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais, l'oreille les démangeant, ils s'entoureront de maîtres en quantité, au gré de leurs propres désirs ; détournant l'oreille de la vérité, ils se tourneront vers des fables » (2 Tm 4, 3).
En effet, lorsque, poussés par l'impiété, ces gens ne supporteront plus la saine doctrine, ils se donneront alors une foule de maîtres pour leur enseigner ce qu'ils souhaitent, c'est-à-dire qu'ils se construiront des systèmes adaptés à leurs désirs : n'ayant nul souci d'être instruits, ils rassembleront des docteurs pour leur donner un enseignement conforme à leurs goûts ; ainsi, cette horde de maîtres qu'ils auront recherchés et rassemblés, donnera satisfaction à l'ardeur de leurs vœux par les doctrines qu'ils mettront au jour. Et si l'on ignore par quel esprit un tel délire inspiré par une stupide impiété, désire un enseignement falsifié, faute de pouvoir supporter une saine doctrine, qu'on l'apprenne du même Apôtre qui écrit encore à Timothée : « L'Esprit dit clairement que dans les derniers temps, certains renieront la foi pour s'attacher à des esprits trompeurs et à des doctrines diaboliques, séduits par des menteurs hypocrites » (1 Tm 4, 1-2).
Quels progrès peut-on faire en effet, dans la connaissance de Dieu, si l'on recherche de tous côtés ce qui nous plaît, plutôt que ce qui nous est enseigné ? Et quel respect pour l'enseignement donné par Dieu montre-t-on, lorsqu'au lieu de désirer. apprendre, on projette sur la doctrine l'objet de nos vœux ? Ces gens ont en abondance de quoi exciter leurs esprits qui ne cherchent qu'à tromper, et ils apportent des preuves pour appuyer les mensonges que débite leur prétendue fidélité à Dieu.
Car mentir sans en avoir l'air, va de pair avec l'abandon de la foi ; cela permet de montrer, au moins dans les paroles, la foi que la conviction intime a perdue. Et chez eux, cette foi simulée devient sacrilège, par tout ce mensonge dont leurs paroles sont remplies, eux qui altèrent la sainteté de la vraie foi par les élucubrations de leur fausse doctrine : de fait, leur enseignement est un ramassis composé en fonction de ce qui leur plaît, plutôt qu'en conformité avec la foi de l'Evangile. Leurs oreilles les démangent, et le plaisir tant attendu d'entendre annoncer des nouveautés conformes à leurs désirs, les chatouillent agréablement ; aussi, complètement sourds à l'écoute de la vérité, ils se vouent tout entiers à des chimères : ils habillent leurs paroles d'une apparence de vérité, alors qu'ils sont bien incapables de dire ou d'entendre ce qui est vrai !

3. La saine doctrine est vouée à l'exil

Oui, cela saute aux yeux : nous voici arrivés à ces temps si déplorables dont nous parle l'Apôtre ! Car après s'être cherché des maîtres pour nous annoncer que le Fils est une créature plutôt que Dieu, on s'intéresse à présent davantage à des caprices humains qu'aux doctrines que professe une foi saine. La démangeaison qu'en éprouvent leurs oreilles, porte ces gens à écouter ce qui flatte leurs désirs, à tel point que maintenant, la multitude de leurs docteurs, pour avoir du succès, n'a plus qu'à répéter un seul refrain : Dieu, le Fils unique, n'a rien à voir avec la puissance et la vraie nature de Dieu le Père ; et voilà que nous n'avons plus qu'à croire, ou bien qu'il est un Dieu d'une autre espèce, ou bien qu'il n'est pas Dieu. Dans l'un et l'autre cas, il s'agit d'une profession de foi impie et propre à donner la mort, soit qu'on nous parle de deux dieux dotés d'une divinité différente, soit qu'on nie catégoriquement qu'il soit Dieu, celui dont la nature procède de Dieu par sa naissance. 
Mais un tel enseignement plaît aux oreilles de ceux qui se sont écartés de l'écoute de la vérité pour se tourner vers des fables. Car on ne supporte plus d'entendre la saine doctrine, et celle-ci est tout entière vouée à l'exil avec ceux qui la proclament.

4. Mais nous nous réjouissons de notre exil

Bien que la saine doctrine connaisse l'exil, par la volonté de tous ceux qui se sont donnés une foule de maîtres selon leurs désirs, la prédication de la vérité, elle, ne sera pourtant pas vouée à l'exil, éloignée de tous les saints ! Car, exilés, nous parlerons au moyen de ces livres, et la parole de Dieu qui ne saurait être enchaînée, se répandra librement, avertissant de la venue de ce temps dont parle l'Apôtre dans cette prophétie : puisque les hommes ne peuvent plus supporter avec patience d'entendre la vérité, et qu'ils se trouvent une foule de maîtres pour satisfaire à leurs caprices humains, il n'y a plus à en douter, nous voici arrivés à cette époque ; et l'on comprend que, si les hérauts de la vraie foi sont en exil, la vérité est exilée, elle aussi avec eux. Mais ne nous attristons pas sur le temps présent ! Au contraire, nous avons de quoi nous réjouir, puisque l'iniquité se manifeste en ces jours qui nous voient en exil : incapable de supporter la vérité, elle bannit ceux qui annoncent une doctrine intègre, pour se donner une foule de maîtres selon ses désirs. Oui, nous nous réjouissons de notre exil, nous exultons dans le Seigneur, car la plénitude de la prophétie faite par l'Apôtre, s'est réalisée pleinement en nous !

5. Nous avons réfuté les textes que nous opposaient nos adversaires

Les livres précédents, me semble-t-il, présentaient l'exposé d'une foi saine et pure ; et même si, comme il en est de tout langage humain, toute parole risque de prêter flanc à la contradiction, le déroulement de notre réfutation a, je pense, été réglé de manière à ce que personne ne puisse s'y opposer sans étaler son impiété. Car voilà si bien démontrée la vérité de tous les textes qu'avec l'art inspiré par leur fourberie, les hérétiques empruntent aux Evangiles, que maintenant, il n'est plus permis de les combattre avec l'ignorance pour excuse, mais qu'au contraire, les contester c'est affirmer son impiété. En effet, selon le don qui nous a été départi par le Saint-Esprit, nous avons adopté une telle démarche dans l'exposé de notre foi, que, personne du moins, ne puisse s'arroger le droit de nous accuser d'avoir menti.

Extrait de l'épître de la messe in medio ecclesiae :
Ce texte de Saint Paul tient les deux bouts de la chaîne : il ne faut pas céder un pouce de terrain dans la défense de la vérité mais en même temps il ne faut pas avoir de zèle amer et il faut garder la patience et le souci d'instruire.
II Tim. IV, 1-2 (français) (latin)

"Je t'adjure devant Dieu et le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, et par son apparition et par son règne : prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, censure, exhorte, avec une entière patience et souci d'instruction."

Evangile de la messe in medio :

Nous en donnons le texte intégral ( Saint Matthieu V, 13-19), précédé des deux versets qui viennent juste avant celui-ci, dans le texte de la messe. Il est frappant de voir que la défense de la vérité est liée à la persécution, dans l'esprit de Notre-Seigneur. De plus, Notre-Seigneur affirme non seulement que c'est un devoir de montrer à tous la vérité, mais qu'il faut la montrer sans l'altérer, même sur un détail. Les derniers versets sont traduits d'après le missel Dom Lefebvre et non la Bible Crampon.

Saint Matthieu V, 11-19 :
Heureux serez-vous, lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux ; car c'est ainsi qu'ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous.
Vous êtes le sel de la terre; mais si le sel s'affadit, avec quoi le salera-t-on ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors pour être foulé aux pieds par les hommes. 
Vous êtes la lumière du monde : une ville, située au sommet d'une montagne, ne peut être cachée. 
Et on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. 
Qu'ainsi votre lumière brille devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. 
Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir, mais parfaire. 
Car, je vous le dis en vérité, jusqu'à ce que passent le ciel et la terre, pas un seul iota, pas un menu trait de la Loi ne passera, que tout ne soit accompli. 
Celui-là donc qui violera un seul de ces commandements, même des plus petits et enseignera aux hommes à faire de même, sera déclaré le plus petit dans le royaume des cieux ; celui au contraire qui les aura pratiqués et enseignés, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des cieux. 

dimanche 11 janvier 2015

Sr Marie Laetitia excommuniée ?

sermon sur la montagne

Voici le texte officiel relatant les faits qui se sont passés à Saint Nicolas du Chardonnet, dimanche 28 décembre 2014.

"Dimanche 28 décembre 2014
Excommunication d’une religieuse
à la Paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet

Pendant la messe, vers la fin du Credo, Monsieur l’abbé de La Rocque vient me trouver et me demande de le suivre à la sacristie. Afin d’éviter tout scandale, j’obtempère. Une fois dans son bureau, il m’explique qu’il a eu Mgr de Galarreta au téléphone. Celui-ci lui confirme (ce qu’il savait déjà) qu’une lettre m’a été adressée, le 8 septembre dernier, me signifiant mon renvoi de la congrégation des Dominicaines de Brignoles et, partant, le relèvement de mes vœux. Je dois en conséquence quitter immédiatement l’habit que je porte indûment. Aussi Monsieur le curé a-t-il prévenu tous ses vicaires de ne plus désormais me donner la communion. 
Mgr de Galarreta pourra éventuellement me réduire à l’état de pieuse laïque à vœux privés. J’objecte que, selon nos propres constitutions, seul le Pape peut me délier de mes vœux. Alors Monsieur l’abbé de La Rocque se fâche, indigné : « Depuis quarante ans, tous les religieux et religieuses de la Tradition jouissent de la juridiction de suppléance, mais quand on a un différend avec ses supérieurs, on ne reconnaît plus cette juridiction ! » J’émets alors le dessein d’écrire à Mère Générale. Et j’apprends que c’est à la demande de celle-ci s’étant plainte à Suresnes de la tolérance du clergé parisien à mon endroit qu’on me refuse désormais la communion. Monsieur l’abbé de La Rocque ajoute que, eu égard à l’état de santé de ma mère très malade que je veille depuis un mois et qu’une telle mesure tuerait, on me tolérera encore quelques semaines en habit et que lui-même pourrait me communier en privé... à la condition de n’en point parler et de raser les murs. Je le remercie pour sa sollicitude, quitte la place et rejoins ma chaise à la fin de la consécration. Plus tard, je conduis Maman au banc de communion. Pour moi, je suis excommuniée par la FSSPX. 

En la fête du Saint Nom de Jésus 2015.
Sœur Marie-Laetitia"

Commentaire d'Avec l'Immaculée :

Voici quelques enseignements de Notre-Seigneur qui peuvent nous être utiles. Nous les exposerons puis nous essayerons d'en tirer les conséquences pratiques :

1) Dans l'évangile de Saint Matthieu, chapitre V, v. 10 à 12 : 
Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux!
Heureux serez-vous, lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux; car c'est ainsi qu'ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous.

2) La communauté de Sainte Gertrude fut également injustement anathématisée par des clercs félons (les chanoines d’Halberstadt) pendant la vacance du siège épiscopal. Voici la conversation que la sainte eut avec Jésus à cette occasion :

Gertrude : « Permettrez-vous, ô mon très aimant Seigneur, que nous qui sommes vos membres, nous soyons séparées de vous par l'anathème dont nous menacent ceux qui veulent prendre nos biens ? »
Jésus lui répond : « Que celui qui pourrait enlever des profondeurs de mon âme l'amour qui m'unit à vous, que celui-là vous sépare de moi ! Cet anathème ne vous atteint pas plus qu'un couteau de bois ne trancherait un corps solide : il ne peut le pénétrer et y imprime à peine une trace légère de son passage. » (...) Livre 3, chapitre XVI

Du fait de cet interdit, la communauté de Sainte Gertrude était privée de communion. Gertrude demande alors à Notre-Seigneur de les communier spirituellement (Livre 3, ch. XVII). Elle voit qu’au cours de la messe, elle est exaucée pour les religieuses qui sont animées par la confiance.

a. Il ressort de ces enseignements de Jésus-Christ qu'un anathème ou une privation de sacrement injuste, non seulement ne prive d'aucune grâce mais au contraire en donne davantage ! Ce genre de sanctions ne peut donc en aucun cas nuire à une âme confiante. Jésus se communique alors autrement, si on le lui demande. 
La doctrine de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus sur la communion permanente peut également être d'un grand secours. Voir cet article.

b. A propos de la juridiction,
- il est clair qu'on ne peut pas s'en remettre au pape qui est indigne car hérétique et encourageant les immoralités les plus graves. Etant donné qu’il mène les âmes en enfer, nous avons le devoir de refuser sa juridiction sur nous, tant qu’il n’est pas entièrement et parfaitement converti. 
- on ne peut s’en remettre non plus à Mgr de Galarreta qui est aveuglé en matière grave, puisque Sr Marie Laetitia est partie de Brignoles pour des raisons de foi. 

Il est vrai que l'abbé de la Rocque a en partie raison sur le principe, quand il dit que la juridiction de suppléance doit être suivie également en cas de difficulté avec les supérieurs... Mais il faut cependant prendre soin de préciser que tout dépend de la nature de la difficulté ! Il faut distinguer avec Saint Thomas (cf. cet article: Si des supérieurs commandent de faire des choses ou d'obéir à des orientations qui vont contre la volonté de Dieu en mettant la foi et ou les âmes en danger, il faut dans ce cas désobéir aux mauvais supérieurs pour obéir à Dieu.

La communauté de Brignoles étant accordiste et soutenant la FSSPX qui n'a jamais condamné officiellement et clairement la déclaration du 15 avril 2012 de Mgr Fellay et qui continue de prôner les orientations mauvaises du Chapitre de 2012, il n'y a plus aucune obligation d'obéissance envers ces personnes qui mettent la foi en danger. Il y a même au contraire un devoir grave de se dissocier d'elles clairement... 

La juridiction de suppléance de Mgr de Galarreta n'était valide qu'en tant qu'il défendait la foi. En effet, la juridiction de suppléance n’est justifiée que par le cas de nécessité.  Le cas de nécessité permet à quelqu’un de commander alors qu’il n’en a normalement pas la permission, en vertu du principe que le salut des âmes est la loi suprême. Mais si la personne revêtue de la juridiction de suppléance par le Christ met à son tour les âmes en danger par ses infidélités, alors sa juridiction de suppléance disparaît, puisque le but qui la justifiait (le bien des âmes) n’est plus atteint, par la faute de cette personne. Mgr de Galarreta ne défend plus correctement la foi depuis le Chapitre de 2012 et surtout depuis la conférence de Villepreux du 13 octobre 2012

Il persécute  même ceux qui veulent rester fidèles à la foi. Il est donc vertueux de refuser d'obéir à cet évêque et de refuser d'obéir à Mgr Fellay. En l’occurrence, la désobéissance est même un devoir.

Concrètement, Sœur Marie Laetitia  peut donc garder son habit, contre toutes les règles canoniques ordinaires, car elle est partie de sa communauté non en raison d’un caprice mais en raison d’un danger grave pour la foi. Les Dominicaines enseignantes de Brignoles et de Fanjeaux sont d’ailleurs en situation aussi « irrégulière » que Sr Marie Laetitia, à notre avis, puisqu’elles portent actuellement l’habit religieux bien que leurs mères fondatrices aient quitté leur communauté initiale conciliaire en s'opposant à leurs supérieures modernistes, pour défendre la foi. Sr Marie Laetitia ne fait que répéter ce qu’ont fait les mères fondatrices de Fanjeaux et de Brignoles. Où donc est le mal ? Elle se retrouve dans des circonstances analogues à celles de la fondation de ces deux communautés : pour la défense de la foi, elle est obligée de quitter sa communauté et d'en fonder une autre. Elle a donc tous les droits que lui donne le principe salus animarum suprema lex (le salut des âmes est la loi suprême). Pour faire la volonté de Dieu, Sr Marie Laetitia n'a besoin de l'approbation d'aucune autre autorité que celle de Jésus-Christ, le Chef par excellence et la source de toute autorité, puisqu’il est Dieu. Et comment sait-elle si elle a ou non l’approbation de Jésus-Christ ? Tout simplement en constatant que la droite doctrine n’est plus défendue ni par Brignoles, ni par Mgr de Galarreta.

En mars 2012, l'abbé de la Rocque pensait qu'on ne pouvait pas accepter Vatican II à la lumière de la Tradition (cf. sa conférence )... Mais cependant il n'a, à notre connaissance, jamais condamné clairement et officiellement la déclaration du 15 avril 2012 de Mgr Fellay qui dit le contraire. Qui ne dit mot consent. 

L’abbé Pfeiffer dit qu'il faut quitter entièrement tous les prêtres de la FSSPX, même s'ils sont en privé bien pensants, car par leur inertie, ils approuvent et cautionnent implicitement les mauvais principes fellaysiens exprimés officiellement par les six conditions du chapitre de 2012 et la déclaration doctrinale du 15 avril 2012, jamais officiellement condamnée. Les prêtres de la FSSPX collaborent donc au mal par leur silence, même s'ils s'en défendent. Nous rejoignons le point de vue de l’abbé Pfeiffer sur ce point. Nous pensons cependant qu'on peut faire encore quelques exceptions pour des prêtres qui ont pris position clairement et publiquement comme l'abbé Moulin ou l'abbé Koller, par exemple. Mais nous croyons qu'il faut quitter les prêtres silencieux ou les prêtres qui ont une conduite ambiguë, en raison du principe donné par le Pape St Félix III, cité dans Inimica vis :"c'est approuver l'erreur que de ne pas y résister ; c'est étouffer la vérité que de ne pas la défendre... Quiconque cesse de s'opposer à un forfait manifeste peut en être regardé comme le complice secret." 

L'abbé de la Rocque soutient Mgr Fellay qui accepte le principe de remettre la Fraternité sous l'autorité d'hérétiques et qui persécute ceux qui s'y opposent. Cet abbé persécute ceux qui s'opposent aux principes de la mauvaise déclaration du 15 avril  2012. Il soutient donc implicitement cette déclaration... Il n'y a donc plus obligation d'aller à la messe à Saint Nicolas, à notre avis.

Etant donné que plusieurs fidèles sont persécutés ou se posent des questions sur l’assistance aux messes de la FSSPX, nous allons étudier un peu ce que l’on peut faire au plan des sacrements :

Pour ce qui est de la confession, Fr Pfeiffer a expliqué qu'on pouvait toujours aller se confesser aux prêtres de la FSSPX car on n'était pas en communicatio in sacris en se confessant, mais seulement en assistant à la messe. Il nous semble cependant qu’il vaut mieux éviter de se confesser à ces prêtres, à moins d'une vraie nécessité, car on s'expose à recevoir des conseils de prêtres libéraux, à s'attacher à eux et à se faire culpabiliser d'appartenir à la Résistance ou, tout au moins, à être tenté de quitter la Résistance pour suivre tel ou tel prêtre "saint" et "gentil", en oubliant la primauté de la doctrine et du combat de la foi.

Si un prêtre de la FSSPX refusait (comme cela est déjà arrivé à plusieurs reprises) de donner l'absolution à un fidèle, non à cause de péchés graves non regrettés mais à cause de la fidélité de ce fidèle au combat de la foi de la Résistance, il existe une façon de se confesser spirituellement, en étant purifié de tous ses péchés par Jésus (NB : cette méthode est réservée aux personnes en état de péché véniel ou bien aux personnes qui sont dans l’impossibilité réelle d’avoir un autre prêtre. Voir la note 1). Cette solution est exposée dans Sainte Gertrude livre 3 chapitre LX. On la voit se plaindre à Notre-Seigneur de ne pouvoir se confesser et Notre-Seigneur lui propose alors miséricordieusement, non seulement de lui remettre tous ses péchés mais encore de renouveler en elle de façon mystique les sept sacrements : 
« Chaque fois que tu le désireras, moi qui suis le souverain prêtre et le vrai pontife, je serai à ta disposition pour renouveler en ton âme, par une seule opération, les sept sacrements. J'agirai alors avec plus d'efficacité que jamais prêtre ni pontife ne le pourrait en les administrant l'un après l'autre : je te baptiserai dans mon sang précieux ; je te confirmerai dans la puissance de ma victoire ; je t'épouserai dans la foi de mon amour ; je te consacrerai dans la perfection de ma vie très sainte ; je briserai les liens de tes péchés dans ma bonté miséricordieuse. Dans l'excès de ma charité, je te nourrirai de moi-même, et je me rassasierai à mon tour en jouissant de toi. Par la suavité de mon Esprit, je te pénétrerai intérieurement d'une onction si efficace, que la douceur de la dévotion paraîtra découler de tous tes sens et de toutes tes actions. Tu seras ainsi de plus en plus sanctifiée et adaptée aux jouissances de la vie éternelle. » 
Cette grâce, bien qu'ayant été donnée à Gertrude, peut nous être également donnée si nous le désirons, en vertu d’une promesse, faite à la sainte (cf. explications détaillées en note 2)

Cette grâce de la confession spirituelle, proposée parmi tant d'autres grâces, par Notre-Seigneur à Sainte Gertrude, rejoint également la doctrine de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus qui disait qu'elle ne craignait pas le purgatoire. Elle enseignait à ses novices à ne pas en avoir peur, malgré leurs imperfections, à condition qu'elles vivent bien l’acte d’offrande à l'amour miséricordieux et s'offrent sans cesse à Jésus qui brûlerait dans son amour leurs fautes, au fur et à mesure qu'elles les lui présenteraient humblement avec confiance. (Cela suppose bien sûr de faire sincèrement de son mieux pour progresser en vertu sinon, cela deviendrait du quiétisme ; Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a mis en garde Sr Marie de la Trinité contre ce danger). Sainte Gertrude a eu également la grâce de pouvoir brûler ses péchés dans le feu de l’amour (cf. Livre III,chapitre XVI)

Pour ce qui est de la proposition de communier en privé, faite par l’abbé de la Rocque, nous ne savons pas avec certitude si c'est un acte considéré ou non comme étant en communicatio in sacris. Mais Saint Herménégilde a refusé de communier en privé dans sa prison  des mains d'un évêque arien. L'abbé de la Rocque n'est pas hérétique mais soutient implicitement par son silence la déclaration du 15 avril 2012 qui accepte les hérésies de Vatican II à la lumière de la tradition (ce qui est impossible : on ne peut accepter des hérésies à la lumière de la tradition). Il soutient aussi Mgr Fellay qui a dit à l'abbé Picot dans le courant de l'été 2014 : si elle est prise dans son contexte, la déclaration du 15 avril 2012 est bonne. cf. cet article.  Donc à notre avis, l'abbé de la Rocque et les vicaires qui lui obéissent font trop de compromissions avec l'hérésie pour qu'on se sente encore en conscience obligés d'aller communier en privé de leur main, s’ils nous le proposent. Nous les apparentons à des Ecclesia Dei puisqu’ils soutiennent Mgr Fellay et ne condamnent pas sa déclaration du 15 avril 2012 qui a un esprit Ecclesia Dei. Or nous savons que pour la protection de notre foi, il faut se séparer des Ecclesia Dei (sauf s’il y  a urgence de confession ou d’extrême onction et qu’il n’y a pas d’autre solution).

Note :
(1) Si l’on est en état de péché mortel, cette méthode de sainte Gertrude ne peut être utilisée qu’en cas d’impossibilité réelle de trouver un autre prêtre. Mais en France, il y a toujours moyen de trouver assez rapidement un autre prêtre, à moins d’être dans l’impossibilité de se déplacer et d’en faire venir un chez soi. La méthode de sainte Gertrude ne doit donc pas encourager à se passer de sacrements et à prendre une tournure d’esprit protestante. Elle est destinée aux âmes dans l’impossibilité réelle d’avoir un prêtre ou bien aux âmes qui sont privées de sacrements, ne sont pas en état de péché mortel et veulent augmenter leur amour de Dieu, ou encore aux âmes ferventes qui mènent déjà une vie sacramentelle régulière et qui, tout en continuant à la mener, veulent augmenter leur charité par leurs désirs.

(2) Certains pourront objecter que cette grâce du renouvellement des sept sacrements est exceptionnelle, est réservée à Sainte Gertrude et n’est pas pour nous. Nous avons eu cette objection, il y a quelque temps. On peut se rassurer sur ce point grâce à une promesse qui a été faite à la sainte. Cette promesse est développée dans le livre II du Hérautde l’Amour divin au chapitre XX. Et elle est reprise au livre V du Héraut de l’Amour divin, chapitre XXIX.

Si nous résumons ce qui est dit dans ces deux chapitres, voici en quoi consiste cette promesse : Quiconque se recommandera aux prières de Sainte Gertrude et lui demandera des choses bonnes pour le salut éternel sera infailliblement exaucé, à condition de remercier auparavant Dieu pour cinq grâces données à Gertrude, en réparation de ses propres négligences. Si donc on veut obtenir le renouvellement mystique des sacrements, par exemple, on est exaucé, puisque c’est une chose bonne pour notre salut, à condition de demander cette faveur :
- au nom de l'amour avec lequel le Seigneur a choisi Gertrude de toute éternité (1ère grâce dont il faut remercier),
- au nom de l’amour avec lequel Dieu l'a préparée à recevoir ses grâces (2ème grâce),
- au nom de l’amour avec lequel Dieu s’est uni à elle (3ème grâce), a pris en elle ses délices (4ème grâce) et a consommé  son union avec elle dans le ciel en lui faisant part de tous ses biens (5ème grâce).

D’autres promesses sont attachées à cette prière, si on la fait assez régulièrement : « on ser[a] enrichi d'autant de grâces spirituelles [que Gertrude], sinon à l'instant même, du moins en temps opportun. »

Sur la fiabilité des Révélations de Sainte Gertrude, le livre a eu tous les imprimatur.

Dom Guéranger, dans l’année liturgique écrit : La liste des admirateurs de sainte Gertrude serait longue. Mais il est encore une autorité plus imposante : nous voulons dire celle de l’Église elle-même.(…) La personne de Gertrude et l’esprit qui l’animait y sont à jamais recommandés et glorifiés aux yeux de tous les chrétiens, par le jugement solennel contenu dans l’Office de la Sainte.